Aux sources du baroque anglais

The Queen's delight

Par Yvan Beuvard | mar 03 Novembre 2020 | Imprimer

Les (fausses) traditions conduisent trop souvent à la redécouverte des œuvres anciennes en chaussant les lunettes des musicologues de l’entre-deux guerres. Examinées dans l’exclusif contexte du corpus des œuvres conservées dans nos bibliothèques, on les prive ainsi de leurs racines, le plus souvent populaires. Il n’est pas étonnant que les années où fleurissait le folk correspondaient à la renaissance de la musique ancienne et du baroque. Les interactions furent nombreuses. Naïk Raviart, qui signe le premier texte introductif de la plaquette d’accompagnement, en fut l’une des initiatrices, avec son frère, Yvon Guilcher, auxquels notre connaissance de la danse doit tant (1).

Poursuivant avec toujours autant de bonheur cette rencontre des sources écrites et de traditions orales, François Lazarevitch et ses Musiciens de Saint-Julien répondent précisément à cette attente : « Goûter un peu du quotidien des hommes du passé », et leur réussite est pleinement convaincante.

The English Dancing Master (1651) demeure une incontournable référence. Le travail de recherche de François Lazarevitch aboutit à nous proposer des « tubes » de l’époque, que chacun avait en tête. Musiques qui fleurent bon le terroir, jigs, contredanses et autres musiques à danser firent fureur, ce dont témoigne le recueil de John Playford. Comment résister à la vigueur rythmique, à l’entrain, à la séduction des timbres instrumentaux et vocaux ? Un peu plus de la moitié des pièces sont chantées, alternant avec des danses instrumentales. Parenthèse bienvenue, la plainte de Sefauci's farewell où la viole de gambe, la flûte et le luth se conjuguent pour cette page superbe. A signaler également, la chanson à boire Bacchus's health, confiée évidemment aux voix d'hommes du groupe, sur laquelle se conclut l'enregistrement.

Fiona McGown, que l’on connaît et apprécie dans de multiples répertoires, de Cavalli à Saarihao, Olivier Greif et Camille Pépin, s’est bien coulée dans le moule, comme si elle avait pratiqué cette forme singulière de chant depuis toujours. Son mezzo chaleureux, ensoleillé, vif, participe à la dynamique des pièces. Enea Sorini, le baryton, est parfaitement dans son élément. Les Musiciens de Saint-Julien, « broken consort », associant des timbres variés et riches, sont le truchement de cette belle histoire, de ce voyage incroyable dans l’Angleterre au tournant des années 1700. La jeunesse, « l’esprit de jeu et de liberté » séduiront l’auditeur, qu’il soit novice ou amateur de musique ancienne.

Livret d’accompagnement bien documenté, où Naïk Raviart signe quelques pages relatives aux « Ballades et contredanses », suivies d’une interview de François Lazarevitch. Les textes des mélodies – savoureux – et leur traduction française complètent l’ensemble.

 

(1) Naïk Raviart a signé plusieurs communications en résonance avec ce disque, particulièrement :           
- « Influence de la danse française savante des xviie et xviiie siècles sur les répertoires traditionnels d’Écosse et d’Irlande », in Résonances, Actes du colloque des 3es rencontres de musique ancienne, ARCODAM, Châteaugiron, 1989.
- « Danse irlandaise traditionnelle et danse française ancienne », in Tradition et histoire dans la culture populaire, Centre Alpin et Rhodanien d’Ethnologie, Grenoble, 1990.

 

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