Ah, le pâle écarlate

The Scarlet Letter

Par Laurent Bury | sam 07 Octobre 2017 | Imprimer

Avec son roman La Lettre écarlate (1850), Nathaniel Hawthorne offrait à la littérature américaine une de ses œuvres essentielles, qui a inspiré une bonne douzaine de versions cinématographiques, le rôle de Hester Prynne incombant à des actrices aussi diverses que Lillian Gish ou Emma Stone en passant par Demi Moore. On sait moins que La Lettre écarlate suscita dès 1855 un opéra, et qu’on en dénombre pas moins de 17 adaptations lyriques avant celle de Lori Laitman, créée en 2016, dont Naxos publie aujourd’hui une captation en direct (on serait au moins curieux de connaître l’opéra signé en 1895 par le chef et compositeur américain Walter Damrosch, dont la première en concert vit Lillian Nordica incarner l’héroïne, mais c’est une autre histoire).

Lori Laitman, donc, compositrice états-unienne née en 1955, avait déjà à son actif quelque deux cents mélodies, des pièces chorales et deux œuvres lyriques : Come to Me in Dreams, opéra de chambre en un acte (2004), et The Three Feathers (2015), opéra pour enfant. Initialement prévue en mai 2013 et repoussée pour raisons financières, la création a finalement eu lieu en mai 2016 à Denver, où est établi Opera Colorado. Le premier rôle féminin avait été prévu pour Elizabeth Futral, mais sans doute celle-ci s’est-elle désistée entre-temps.

Hélas, comme face à tant d’opéras américains d’aujourd’hui, ce qui frappe avant tout à l’écoute, c’est un terrifiant manque d’ambition musicale : pourquoi toujours vouloir refaire du Puccini, en infiniment moins inventif ? Près d’un siècle après Turandot, est-il vraiment impossible de proposer autre chose qui puisse convenir au public d’outre-Atlantique ? Ce lyrisme convenu, cette pauvreté harmonique, cette orchestration sans la moindre surprise, tout cela paraît d’un autre âge, ou d’un autre univers sonore que ce qu’il est convenu en Europe d’appeler opéra. La seule scène qui retient un peu l’attention est celle où apparaît la sorcière Mrs Hibbons, et pour cause : la plaquette d’accompagnement nous apprend que la compositrice y a fait usage de « rythmes agités, imprévisibles pour évoquer le statut d’outsider du personnage ». Quant au livret, qu’il soit en vers n’aurait en soi rien de gênant si lesdits vers évitaient une métrique trop régulièrement iambique et s’ils s’élevaient au-dessus d’une désolante platitude. 

La seule véritable raison de prêter une oreille à cette heure trois quart de musique est peut-être la présence de Laura Claycomb dans le rôle principal. Bien connue des lyricomanes pour son répertoire allant de Mozart (Konstanze) à Strauss (Zerbinetta) en passant par Donizetti (Lucia), cette soprano colorature américaine est une artiste attachante, au timbre porteur d’émotion. Dommage que le rôle qu’elle interprète soit finalement aussi plat. Autour d’elle, rien de bien remarquable : le ténor Dominic Armstrong sonne plus comme un ténor de caractère que comme un personnage de premier plan, fût-il un anti-héros comme Dimmesdale. Malcolm MacKenzie ne peut pas rendre Chillingworth plus consistant que la partition ne le fait. Margaret Gawrysiak bénéficie, on l’a dit, d’une scène un peu plus originale que le reste de cet opéra, ce qui lui permet de faire vivre son personnage, si épisodique soit-il. Quant à Daniel Belcher, il s’avère ici tout aussi piètre baryton que dans l’Armide de Lully, venue à Versailles avec la troupe de l’Opera Atelier Toronto.