Un instrument parfait

Officium Defunctorum

Par Claude Jottrand | lun 06 Août 2012 | Imprimer
 
Parfois aussi intitulé Requiem, composé en 1605 pour les funérailles de la princesse Marie, sœur de Philippe II d'Espagne et veuve de l'empereur Maximilien II, L'Office des défunts de Tomas Luis de Victoria est généralement considéré comme son chef d'œuvre, sa partition la plus aboutie, dépassant tout ce que le compositeur avait pu écrire auparavant. De fait, cette partition se révèle d'une somptueuse richesse polyphonique, aussi savante que belle et puissante. Conçue pour un chœur à six voix (les pupitres de sopranos et de ténors sont dédoublés), la musique remplit tout l'espace avec une continuité parfaite, quasiment sans silence ni répit, provoquant rapidement à l'écoute une véritable ivresse sonore, propice à l'élévation spirituelle. L’ouvrage est présenté ici avec en complément de programme quatre motets du même Victoria, choisis parmi les plus représentatifs de son style et de sa science de la composition, et qui ne déparent en rien l'œuvre majeure du programme.
 
Derrière l'apparente austérité - tout espagnole - de l'écriture musicale, dictée par le sujet religieux, ces partitions révèlent en fait une sensualité diffuse, mais présente à tous les instants, que le Collegium Vocale met particulièrement bien en lumière. La remarquable homogénéité du chœur, sa couleur très reconnaissable, beaucoup plus riche que ce que l'on entend généralement dans ce type de musique, confèrent à cet enregistrement une intensité et une profondeur extrêmement convaincantes, sans aucune exagération mystique, l'autre écueil fréquent dans ce répertoire.
 
On ne peut évidemment séparer les éloges faits au chœur de ceux qu'on doit au chef, Philippe Herreweghe, qui le dirige depuis plus de quarante ans, qui en a conçu l'esthétique et la couleur, qui l'a patiemment construit et peaufiné au fil des années pour aboutir à l'instrument quasiment parfait que l'on entend aujourd'hui. Ils montrent ici, aussi bien que dans la musique allemande – celle de Bach en particulier qu'ils pratiquent le plus fréquemment – leur parfaite maîtrise du style, de la prononciation et de l'esprit de l'œuvre.
 
Une réussite de plus à l'actif de cette exceptionnelle phalange belge.
 

 

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