Holy night

Une nuit américaine

Par Laurent Bury | mar 08 Novembre 2016 | Imprimer

Pour Samuel Barber (1910-1981), l’affaire est entendue, et il a trouvé en France des défenseurs suffisamment actifs pour que son œuvre commence à y être connue. Pour Aaron Copland (1900-1990) également, une place au panthéon de la musique américaine est assurée, même si ses œuvres vocales gagneraient à être plus souvent interprétées en Europe. Morton Feldman (1926-1987) est un nom qui évoquera quelque chose pour les mélomanes les plus curieux, notamment grace à The Rothko Chapel ou à son opéra Neither d’après Samuel Beckett. Mais Steven Stucky ? Mais Eric Whitacre, et Morten Lauridsen ? Ce n’est pas le moindre des mérites du disque Une nuit américaine que de faire découvrir ces compositeurs étatsuniens, dans des œuvres majoritairement sacrées.

Quelques mots d’abord sur les moins familiers. Né en 1949, Steven Stucky vient de décéder en février dernier et le disque est dédié à sa mémoire. Whispers, qui ouvre ce programme pour chœur a cappella, est une très belle pièce, austère mais frappante. Morten Lauridsen est né en 1943 mais est toujours de ce monde : son catalogue n’inclut pratiquement que de la musique chorale, profane ou sacrée, notamment un Lux Aeterna qui n’a aucun rapport avec celui de Ligeti ! Son O Magnum mysterium n’est peut-être pas la pièce qui retiendra le plus l’attention.

Eric Whitacre est le plus jeune des compositeurs ici réunis (il est né en 1970). Si Sleep s’appuie sur un poème de facture tout à fait traditionnelle, il a eu la coquetterie de faire traduire en latin le texte en anglais qui sert de point de départ à Lux Aurumque, mélodie très planante. Même suspension pour Christian Wolff in Cambridge, de Morton Feldman, où le texte se réduit au son A étiré sur de longues harmonies.

Composés en 1921, les Motets de Copland frappent au contraire par leur entrain, par leur vigueur rythmique. Il était sans doute inévitable d’enregistrer l’Agnus Dei de Barber, mais cette pièce désormais célébrissime a connu des interprétations plus vibrantes, plus immédiatement touchantes. Le chœur Les Métaboles retient davantage l’attention dans les cinq autres pièces de Barber, d’un intérêt réel bien que moins fréquentées. Sous la direction précise de Léo Warynski, les vingt-huit chanteurs proposent une belle illustration de leurs talents, avec ce virage vers l’ouest après un premier disque qui, malgré son titre – Mysterious Nativity – était parti vers l’est avec des œuvres de compositeurs russes de notre temps.

 

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