Une Rolls qui patine un peu

Airs d'opéra

Par Laurent Bury | ven 05 Octobre 2012 | Imprimer
 
Il n’est désormais plus permis de croire que l’œuvre de Pergolèse se limite au Stabat Mater et à La Serva padrona. Si Riccardo Muti put agir en pionnier lorsqu’il imposa Lo Frate ’nnamorato en décembre 1989 à la Scala de Milan, ces temps sont loin et, grâce au festival de Jesi, les compositions lyriques de Pergolèse n’auront bientôt plus de secret pour les mélomanes. Ces dernières années, on a ainsi vu se succéder, en version scénique, toutes ses opere serie. En 2008 était programmée La Salustia (1732), en coproduction avec l’opéra de Montpellier, dans la mise en scène de Jean-Paul Scarpitta. En 2009, Il Prigionier superbo (1733), en 2010 Adriano in Siria (1734) et L’Olimpiade (1735), production reprise en 2011, en même temps que La Salustia, confiée cette fois à Juliette Deschamps. Ces quatre piliers de la production pergolésienne dans le domaine du « Dramma per musica » sont précisément ceux que l’on retrouve dans le programme du présent disque.
Des différentes productions de Jesi, dont on espère qu’elles déboucheront toutes sur des DVD, on ne connaissait jusqu’ici que l’Adriano in Siria (la captation du Prigionier superbo paraîtra prochainement chez Arthaus). Plombé par une absence de mise en scène et par une distribution inadéquate, le spectacle de 2010 (DVD Opus Arte) valait surtout par son intermède comique, Livietta e Tracollo, réinséré comme à la création entre les actes de l’opera seria. Dans le rôle-titre, Marina Comparato peinait à incarner l’empereur romain épris de sa captive, et ne semblait pas entièrement capable de restituer à l’œuvre tout son relief et toutes ses couleurs. Pour Adriano in Siria, la plus-value apportée par Daniela Barcellona est donc incontestable : la mezzo s’empare trois airs d’Adriano avec des moyens différents : graves somptueux, richesse du timbre, virtuosité jamais prise en défaut. La musique prend ici une tout autre dimension que sur la scène du Théâtre Pergolèse de Jesi. Se plaindra-t-on alors que la mariée soit trop belle ?
D’abord, on est en droit de trouver un peu lassant ce programme qui réunit presque exclusivement des airs mettant en avant la vélocité. Hormis le « Che fiero martire », tiré du Prigionier superbo, qui échappe heureusement à la règle, tout n’est ici que rage et emportement. Malgré les pauses constituées par les Sinfonie fort bien interprétées par le Concerto de’ Cavalieri, c’est trop d’énergie, trop d’agitation. N’aurait-il pas été possible de trouver, dans la tessiture de madame Barcellona, quelques airs sinon plus apaisés, du moins où les tourments du personnage s’expriment sans une telle poussée d’adrénaline ? Le syndrome Vivaldi semble avoir encore frappé. Ensuite, comme on le verra dans un avenir proche, DVD aidant (croisons les doigts), tout n’est pas faible à Jesi, loin de là. La perle rare pourrait bien avoir été trouvée en la personne de Marina De Liso : superbe en Metalce d’Il Prigionier superbo, avec des graves sonores, mieux que convaincante en Marziano dans La Salustia, voilà une rivale de taille pour Daniela Barcellona, dont le moteur semble ici parfois tourner un peu dans le vide. Sans compter que, pour Licida de L’Olimpiade, un timbre plus juvénile ne serait pas malvenu…
 
 
 
 
 

 

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