Une version de référence

Didon and Aeneas

Par Claude-Pascal Perna | jeu 16 Septembre 2010 | Imprimer
Dido and Aeneas, est largement représenté dans la discographie. Œuvre phare de la musique vocale anglaise du XVIIe siècle, l’une des seules pouvant s’apparenter à un genre d’opéra de scène baroque, elle reçut pourtant un accueil mitigé et plutôt confidentiel, l’esthétique musicale de l’époque, particulièrement dans une Angleterre puritaine, ne consentant qu’une clémence toute relative à l’expression des sentiments humains, fussent-ils tirés du Livre IV de l’Enéide de Virgile. L’effectif réduit des solistes et instrumentistes, la simplicité mélodique de l’écriture en font cependant un ouvrage particulièrement attachant.
 
Point de grand nom de la scène lyrique ou du répertoire baroque dans ce nouvel enregistrement, contrairement à d’autres versions dites « de référence »1 et un constat positif : on évite ici les pièges faciles faits de maniérismes, de lourdeurs et de  « sur-chant » que certains solistes, rompus à l’opéra, ont imposé dans les rôles principaux, pêchant, pour ainsi dire, par manque de pudeur face à une oeuvre finalement intimiste.
 
L’ensemble La Nouvelle Ménestrandie – Cappella Mediterranea est constitué de jeunes talents et bénéficie du soutien de la Fondation Orange et d’autres mécènes. A sa tête, on trouve le chef argentin Leonardo Garcia Alarcón dont le travail d’approche musicologique est remarquable. Il se dégage de sa direction d’orchestre une étonnante pureté, un chatoiement extrême dans le traitement des instruments à vents et à cordes. Résultat : on tient là une version épurée, dénuée de toute surcharge ou affectation pour une lecture fraîche et parfaitement équilibrée (totale symbiose entre l’orchestre, les chœurs, les solistes), le tout mené avec un soin approfondi et un discernement certain dans les choix opérés (notamment l’ajout d’instruments à vents et le recours à la lyra viol pour certains récitatifs.qui confèrent à l’orchestre une tonicité et une brillance exemplaires).
 
Même satisfecit côté chanteurs : Solenn’ Lavanant Linke (Dido), profondément humaine et poignante dans sa simplicité, à la voix fraîche mais tour à tour suave et enveloppante, culminant dans un attachant lamento « When I am laid in earth » ;  Alejandro Meerapfel (Aenes), au mordant et à l’incicivité exemplaires ; Yeree Suh (Belinda) rayonnante de fraîcheur et de souplesse. Fabián Schofrin (la Magicienne) présente quelques inégalités dans l’émission qui n’altèrent en rien une interprétation enjouée. Quant aux Sorcières de Magali Arnault et Marianna Flores, elles sont proprement étourdissantes : brillante palette de couleurs et agilité confondante. L’Esprit est chanté par Christophe Carré contre-ténor limpide, au timbre attachant et à l’émission sûre. Enfin, last but not least, la voix ronde et veloutée du ténor Valerio Contaldo (Marin) parachève une distribution brillante. Il est intéressant de noter que plusieurs solistes complètent avec bonheur le petit effectif du chœur.
 
Saluons donc une entreprise jeune et dynamique qui a tenu le pari de rendre cette version de Dido and Aeneas non seulement captivante à plus d’un titre, mais aussi et surtout, indispensable.
Claude-Pascal PERNA
1 A l’instar de celles dirigées par Anthony Lewis, Raymond Leppart, Nikolas Harnoncourt, Sir Charles MacKerras, William Christie, Andrew Parrott ou René Jacobs.
 
 
 

 

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