Du bout des doigts

Via Crucis

Par Claire-Marie Caussin | lun 08 Avril 2019 | Imprimer

C’est tout naturellement à l’approche de Pâques que le label Alpha Classics fait paraître un nouvel enregistrement du Via Crucis de Liszt, interprété par le Collegium Vocale Gent et Reinbert de Leeuw.

Ce qui surprend dans cette œuvre pour chœur et piano est l’extrême dépouillement dont le compositeur fait preuve, bien loin de la virtuosité de ses autres pièces pour clavier. Mais Reinbert de Leeuw se saisit d’emblée de la partition, tentant de faire émerger les détails expressifs qui la parsèment, notamment dans les nombreux passages solistes.

Le pianiste expose une atmosphère un peu inhabituelle où l’instrument semble garder une distance avec le propos : un sentiment d’étrangeté qui ne joue pas directement sur l’émotion de l’auditeur par de grands effets dramatiques, mais sur le mystère, sur un son qui semble venir de loin. On regrettera alors que les nuances pianissimo le fassent, à plusieurs reprises, presque totalement disparaître à l’oreille.

On peut s’interroger également sur la pertinence des légers décalages rythmiques introduits par Reinbert de Leeuw : en ne maintenant pas une pulsation parfaitement régulière, le pianiste fait naître une instabilité qu’on peut trouver signifiante ; mais n’est-ce pas s’autoriser de trop grandes libertés avec la partition ?

Le Collegium Vocale Gent au contraire fait preuve d’une grande précision. Choristes comme solistes adoptent un son pur, transparent, qui n’empêche pas une grande force – aux trois chutes du Christ et lors de la crucifixion – ni une belle densité – notamment à la sixième station.

Mais ce sont surtout le Salve Regina, le Vater Unser et l’Ave Verum Corpus, venant compléter l’album, qui soulignent le mieux les qualités des chanteurs. La première pièce, a cappella, leur permet de déployer toute une palette de nuances, tandis que la deuxième permet d’entendre distinctement les différents pupitres : on regrette alors par endroits un pupitre d’altos qui manque d’homogénéité, et un chant qui, se voulant volontaire et engagé, est parfois un peu forcé ; mais l’Ave Verum Corpus clôt l’enregistrement avec un son d’ensemble équilibré, un texte dit avec conviction, et toujours ce sens de la nuance et de la clarté : après l’atmosphère pesante du Via Crucis, c’est un peu la lumière au bout du chemin.

 

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