Forum Opéra

Bernard Foccroulle : « Pour l’œuvre de Philippe Boesmans, je parlerais volontiers de grâce »

arrow_back_iosarrow_forward_ios
Partager sur :
Interview
11 février 2026
La Boesmans Wave 26 va déferler sur Bruxelles !

En février, huit institutions culturelles bruxelloises de premier plan unissent leur forces pour célébrer la musique de Boesmans. Il nous a quitté en 2022 mais sa musique continue de nous émerveiller. Stéphane Degout et Sylvain Cambreling seront de la partie, et bien d’autres lors de concerts, récitals, masterclasses et même un colloque au Collège Belgique, ce mercredi 11 février. Nous avons rencontré Bernard Foccroulle, instigateur de la Boesmans Wave 26

Vous êtes à l’initiative d’un festival autour de Philippe Boesmans : de quoi s’agit-il ?

Notre idée, avec Fabrizio Cassol, était de créer une première « vague » autour de l’œuvre de Philippe Boesmans. Nous étions tous les deux très liés à ce compositeur : en ce qui me concerne, il s’agit d’un compagnonnage qui s’étend sur une cinquantaine d’années. En outre, Philippe a été compositeur à la Monnaie, dès les années 1980 sous la direction de Gerard Mortier, ensuite durant les quinze années de ma direction, et tous ses opéras ont continué à y être créés ou joués sous la direction de Peter De Caluwe. Cette relation de longue durée avec une maison d’opéra est un phénomène assez unique à notre époque, un phénomène qui a bénéficié autant au compositeur qu’à la maison d‘opéra.

Philippe nous a quittés il y a quatre ans. Fort heureusement, ses opéras continuent d’être joués en différents endroits, dans des reprises et dans de nouvelles productions. Cette vague Boesmans offre l’occasion de revisiter certaines de ses œuvres vocales et instrumentales, en-dehors du champ lyrique. Nous espérons que d’autres vagues suivront, dans d’autres villes et d’autres pays.

Stéphane Degout se produira dans un récital très original. Comment s’est constitué le programme et quel est le lien du chanteur avec l’œuvre de Boesmans ?

Stéphane Degout a créé deux opéras de Philippe Boesmans, Au Monde et Pinocchio. Une amitié nourrie d’une admiration réciproque est née de cette collaboration. Ici, nous avons pensé qu’il serait judicieux de réentendre Love & Dance Tunes, un magnifique cycle d’après Shakespeare. Stéphane Degout a accepté cette invitation en compagnie du pianiste Simon Lepper, et il a souhaité associer à ce concert Fleur Strijbos, l’une des jeunes artistes en résidence à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth (où lui-même donne cours). Nous avons pensé que très naturellement, Debussy serait à sa place dans ce programme, c’était certainement un des compositeurs préférés de Philippe. Poulenc sera également interprété, de même que quelques mélodies de Benoît Mernier et de ma composition, manière de montrer ce qui précède l’œuvre de notre ami, et ce qui le suit. 

La transmission occupe une place importante dans votre initiative. Quelle est la contribution de Sylvain Cambreling à cette démarche ?

Sylvain Cambreling a une longue fréquentation de l’œuvre de Boesmans, dont il était également l’un des amis les plus proches. A la Monnaie, il avait dirigé la création du cycle des Trakl-Lieder (1987), de l’orchestration du Couronnement de Poppée (1988) et de Reigen (1993). A l’Opéra de Paris, il a créé Yvonne en 2009. Ces dernières années, il a participé à deux nouvelles productions de Julie, ainsi que, notamment, Chambres d’à côté, dont il a donné une sensationnelle version enregistrée à la tête de son orchestre, le Symphoniker Hamburg.

Il nous a proposé de partager sa connaissance intime de l’univers du compositeur en dirigeant un concert de l’orchestre du Conservatoire de Bruxelles, et en coachant de jeunes chefs d’orchestre. C’est un formidable cadeau qu’il nous offre, tant au public qu’aux jeunes interprètes qu’il pourra introduire dans l’univers si singulier du compositeur. 

Philippe Boesmans © DR

Les opéras de Philippe Boesmans sont-ils encore joués ?

C’est un vrai bonheur de constater que plusieurs opéras de Philippe Boesmans sont en préparation dans différentes villes. Je pense notamment à son dernier opéra On purge bébé qui sera repris prochainement à l’Opéra de Lyon, mais aussi à de nouvelles productions de Julie, d’Yvonne, de Pinocchio, ou encore de Poppea e Nerone (la version révisée de l’orchestration de l’opéra de Monteverdi pour un orchestre de chambre). Depuis sa mort, certains de ses opéras ont fait l’objet de nouvelles productions au Portugal et en Allemagne, notamment.

Lorsque j’étais directeur de la Monnaie, j’avais fait en sorte que chacun de ses opéras fasse l’objet de coproductions ou de tournées, ce qui a certainement contribué à la diffusion de son œuvre lyrique. Je ne connais pas exactement le nombre de productions et de représentations, mais Reigen et Julie sont probablement ses opéras qui ont donné lieu au plus grand nombre de nouvelles productions au cours des deux dernières décennies.

Quelle est la place de l’œuvre de Boesmans aujourd’hui ?

Je peux seulement donner une réponse très personnelle à cette question. En tant qu’organiste, j’ai eu le bonheur de créer Fanfare II en 1973, et de jouer cette œuvre des dizaines de fois, en Europe, au Japon, en Amérique du Nord. C’est une œuvre d’une originalité exceptionnelle, l’une des œuvres pour orgue les plus impressionnantes de ces soixante dernières années. Après l’avoir enregistrée cinq fois sur CD, je viens de l’enregistrer en novembre dernier en une captation audiovisuelle qui contribuera, je l’espère, à une meilleure connaissance de cette œuvre-phare, notamment auprès de la jeune génération d’organistes.

Je constate par ailleurs que beaucoup de ses compositions des années 1960, 1970 et 1980 ne sont guère rejouées, ce que je regrette infiniment, car il y a là des trésors qui mériteraient d’être rejoués et réentendus.

En jetant un regard sur l’ensemble de son parcours musical, je suis frappé par plusieurs aspects. Tout d’abord, la plupart des compositions de Philippe Boesmans sont relativement accessibles en raison d’une séduction sonore immédiate, mais une écoute plus approfondie révélera toujours à l’auditeur attentif des merveilles cachées. Ensuite, il y a une nette continuité à travers les décennies : je pense à la liberté avec laquelle le compositeur crée, loin de tout dogmatisme, nourri par des musiques anciennes ou récentes, classiques ou populaires. Cette liberté ne peut qu’inspirer la jeune génération de compositeurs, quel que soit leur propre chemin esthétique. Ensuite, à l’instar des grands compositeurs d’opéras, Philippe Boesmans était homme de théâtre autant que compositeur. Je l’ai toujours connu passionné par le théâtre, et sa complicité avec des metteurs en scène tels que Luc Bondy, Joël Pommerat ou Richard Brunel lui a permis de mûrir ce sens de la théâtralité au cours des années et des décennies. Je parlerais enfin volontiers de la grâce qui émane de son œuvre : voila une qualité qui n’était pas forcément primordiale aux yeux des générations de compositeurs aux lendemains de la deuxième guerre mondiale, mais il est précieux de constater qu’en notre époque troublée, des artistes de toutes disciplines sont capables de grâce et de poésie. Philippe Boesmans est incontestablement l’un d’eux.

Boesmans Wave 26 : du 11 février au 26 mars, à Flagey, l'Académie Royale, la Monnaie, au Collège Belgique, à la Bibliothèque royale, au Conservatoire royal de Bruxelles, avec le Brussels Philharmonic et le Klara Festival.

Toutes les informations sur le nouveau site philippeboesmans.be

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

Plus qu’un témoignage, une somme capitale
LivreSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Retour sur l’année écoulée en dix angles de vue
Actualité
[themoneytizer id="121707-28"]