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Cinq questions à Jennifer Rowley

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Interview
18 juin 2018
Cinq questions à Jennifer Rowley

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Jeune soprano américaine, Jennifer Rowley est déjà invitée sur les plus grandes scènes internationales. Elle chantera Leonora dans Il trovatore à l’Opéra de Paris du 21 juin au 14 juillet prochains.


Comment est née votre vocation pour l’opéra ? Quelles études avez-vous suivies ?

Lorsque j’étais enfant ma mère m’a fait donner des cours de danse, quotidiennement, ce qui m’a permis de découvrir et d’aimer toute sorte de musiques mais vers l’âge de 16 ans j’étais un peu trop grande pour continuer alors j’ai trouvé une école où  l’on apprenait à chanter et danser, vous savez comme dans la série Glee. Là j’ai suivi un cours de comédie musicale car je rêvais d’aller à Broadway, ensuite j’ai passé une audition à l’université Baldwin Wallace où j’ai été prise. Un jour, un professeur m’a dit que ma voix n’était pas faite pour la comédie musicale mais pour l’opéra. Je connaissais la musique classique, la musique pop, le jazz mais je n’avais jamais entendu d’opéras. Ce professeur m’a suggéré d’écouter des ouvrages de Mozart, Verdi, Puccini et c’est lorsque j’ai entendu la Reine de la nuit, ses notes piquées, ses suraigus incroyables, que j’ai eu le déclic. J’ai donc changé de voie et vers l’âge de 21 ans, j’ai eu l’opportunité d’aller étudier au Teatro Colón à Buenos Aires dans le cadre d’un échange. J’ai été la première étudiante de l’Ohio – où je suis née – à participer à ce programme. Un jour, la personne qui m’hébergeait m’a emmené voir La Traviata dans une salle grande comme une arène avec des écrans géants de part et d’autre de la scène. Je suis restée bouche bée durant toute la représentation et j’ai dit à ma logeuse que c’était cela que je voulais faire dans la vie. Ma vocation était née. Je n’avais encore jamais vu représenter un opéra entier, c’est pourquoi cette Traviata restera toujours pour moi un souvenir inoubliable. Je suis restée pendant deux ans à Baldwin Wallace ensuite je suis allée à l’Indiana University pour me perfectionner et décrocher un Master of Music degree, après quoi, en 2008 je me suis rendue au Teatro Comunale de Bologne où j’ai travaillé ma voix et mon italien et où j’ai chanté Magda dans La Rondine. Ce n’étaient pas mes débuts sur scène mais en Italie. A l’école j’avais déjà fait Street Scene de Kurt Weil à 21 ans et la Reine de la nuit à 22 ans. Ensuite lorsque j’étais à l’Indiana University, j’ai eu mon premier engagement professionnel à l’âge de 23 ans à Cleveland. Il s’agissait de la première Dame dans La Flûte enchantée sous la direction d’Anton Coppola, l’oncle du cinéaste. J’étais également la doublure de la Reine de nuit et un soir, son interprète étant malade, j’ai chanté les deux rôles.

Y a-t-il des cantatrices, du présent ou du passé que vous admirez ou qui vous inspirent ?

J’adore Leyla Gencer aussi bien dans Verdi que dans le bel canto. Je l’écoute souvent sur You Tube car je la trouve incroyable. J’aime aussi Maria Callas ainsi que Martina Arroyo avec qui j’ai étudié. Lorsque j’étais à l’Université d’Indiana elle était venue le temps d’une master class. Par la suite, je me suis rendue à New-York où j’ai travaillé avec elle pour préparer mes rôles, apprendre à me tenir en scène et c’était un grand privilège pour moi car elle était exceptionnelle dans les opéras de Verdi, Aïda, Ballo in maschera etc…  Parmi les chanteuses d’aujourd’hui, ma préférée est Anna Netrebko. J’ai même eu l’occasion de chanter Musette à ses côtés à Londres pour la dernière série de la fameuse production de La Bohème de John Copley au Royal Opera House. Ce fut une expérience incroyable pour moi, c’est une femme vraiment très sympathique. J’aime aussi beaucoup Sondra Radvanovsky, je ne peux pas croire que je vais chanter dans la même production qu’elle à Paris. Aujourd’hui, c’est elle la reine du bel canto.

Que ressent une jeune chanteuse lorsqu’elle s’apprête à débuter à l’Opéra de Paris ?

C’est pour moi un très grand honneur parce que ce théâtre est l’un des cinq ou six plus grands opéras au monde, au même titre que le Met, Covent Garden, Vienne etc… J’ai reçu cette proposition alors que je venais de débarquer à Las Vegas avec mon époux pour y fêter notre anniversaire de mariage. Nous buvions du champagne dans un bar lorsque mon agent m’a appelée pour me dire de me rendre à Paris le lendemain. J’ai répondu que j’étais désolée, que j’étais en vacances mais mon mari m’a dit qu’il fallait que j’accepte une opportunité aussi importante pour ma carrière. Donc, le lendemain matin nous sommes rentrés chez nous pour changer de vêtements, j’ai pris la partition et me suis rendue à l’aéroport pour prendre l’avion de paris. A peine arrivée, j’ai commencé à répéter. Tout le monde est sympathique ici. J’adore la salle, elle est grande et très belle, la production me plait beaucoup, elle est moderne … J’aime les productions modernes parce qu’elles constituent un défi pour moi et cela me plait. J’aime les défis.

Vous avez déjà chanté plusieurs fois le rôle de Leonora. Comment concevez-vous ce personnage ?

Pour moi Leonora c’est la Juliette de Shakespeare. Elle en a la jeunesse, la fraîcheur, elle est amoureuse pour la première fois, elle est passionnée comme on peut l’être quand on est jeune et elle a une âme rebelle. Son histoire est presque la même que celle de Juliette, en amour elle n’a pas fait le bon choix puisqu’elle aime un ennemi, quelqu’un qui appartient au camp adverse en pleine guerre civile. De plus durant l’intrigue le personnage évolue, la jeune fille amoureuse du début devient une femme prête à se battre et à mourir pour son amour. A la fin elle est une véritable héroïne. C’est ainsi que je la conçois et que je veux la chanter, sans la moindre lourdeur puisqu’elle est jeune et c’est d’ailleurs mieux pour ma voix.
Les difficultés de la partition résident dans le fait que c’est un opéra de Verdi qui comporte bien des passages belcantistes. Il ne faut pas se laisser envahir par l’émotion car si elle te serre la gorge tu ne peux plus chanter. Donc il faut préparer le rôle avec beaucoup de précautions et bien approfondir la technique car il y a des passages avec des coloratures qui sont très expressifs avec un orchestre puissant, or avec une voix trop lourde il est difficile d’exécuter ces coloratures. J’ai déjà chanté le rôle récemment à l’Opéra de Lille et au Met, ce qui était de la folie car je chantais Tosca quand Peter Gelb me l’a proposé. J’ai donc fait une Tosca le vendredi et j’ai ensuite enchaîné avec cinq jours de répétitions du Trovatore. Passer ainsi de Puccini a Verdi n’est pas facile mais je l’ai fait. De plus pendant les représentations du Trovatore, j’étais également la doublure pour Tosca.

Quels sont vos projets immédiats ?

Après Paris, je vais à New-York pour participer à la première saison du Teatro Nuovo où se déroule le Caramoor Festival, consacré au bel canto, sous la direction de Will Crutchfield qui est un très grand spécialiste du genre. J’y Chanterai Medea in Corinto di Simone Mayr. J’adore cette musique, elle est très belle. J’aime chanter le bel canto car c’est un véritable médicament et une cure de jouvence pour la voix. Après des rôles lourds comme Tosca, ma voix a besoin de revenir au bel canto pour se ressourcer. Ensuite j’irai à Florence pour y chanter Il Trovatore sous la direction de Fabio Luisi. Je suis ravie parce que j’adore l’Italie et j’apprécie beaucoup le maestro Luisi. Après quoi je participe à la saison du Met avec Adrienne Lecouvreur et Tosca. J’ai aussi dans un avenir proche des engagements à Zurich, en Australie, à Marseille et à Dallas. Je dois aborder prochainement Un ballo in maschera ainsi que Roberto Devereux, un autre opéra belcantiste. Je suis très contente. Un jour, j’aimerais pouvoir chanter les trois reines donizettiennes et Luisa Miller. J’adore cet opéra pour lequel j’étais la doublure du rôle-titre cette saison au Met. Et plus tard, Madame Butterfly et Manon Lescaut. Même si j’ai déjà fait Cyrano de Bergerac de Franco Alfano avec Roberto Alagna et Guillaume Tell, je n’envisage pas d’opéra français dans un futur plus ou moins proche. Comme pour l’instant je ne parle pas votre langue, c’est assez difficile pour moi.  

Propos recueillis à Paris le 16 juin 2018 et traduits de l’italien

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