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	<title>Nino ROTA - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Nino ROTA - Compositeur - Forum Opéra</title>
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		<title>ROTA, Il cappello di paglia di Firenze – Liège</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Nov 2025 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On connait Nino Rota pour ses nombreuses musiques de film (environ 150) mais il fut aussi un prolifique compositeur symphonique, chambriste, de ballet, ou encore de musique vocale ou lyrique. Sur ces douze opéras, seul Il cappello di paglia di Firenze est donné avec une certaine régularité (par exemple à Toulouse il y a un &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On connait Nino Rota pour ses nombreuses musiques de film (environ 150) mais il fut aussi un prolifique compositeur symphonique, chambriste, de ballet, ou encore de musique vocale ou lyrique. Sur ces douze opéras, seul <em>Il cappello di paglia di Firenze</em> est donné avec une certaine régularité (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rota-il-capello-di-paglia-di-firenze-bordeaux-auditorium/">par exemple à Toulouse il y a un un an)</a>. Le livret, écrit par le compositeur et sa mère, Ernesta Rota Rinaldi, est basé sur la célèbre pièce d&rsquo;Eugène Labiche and Marc-Michel, <em>Un chapeau de paille d&rsquo;Italie</em>, elle-même originellement mêlée de couplets. Si l&rsquo;opéra est d&rsquo;une longueur à peu près équivalente à celle de la pièce, c&rsquo;est toutefois au prix d&rsquo;une modification fondamentale de la structure : pour faire place à des airs, duos ou ensembles, le ménage est fait dans les dialogues originaux aux répliques souvent pleines d&rsquo;esprit, voire hilarantes ou absurdes (1). Le point commun reste l&rsquo;intrigue et le rythme endiablé qu&rsquo;elle impose. Le cheval de Fadinard a avalé le chapeau de paille d&rsquo;une jeune femme. Celle-ci l&rsquo;avait accroché à un arbre alors qu&rsquo;elle était en galante compagnie dans les bois avec son amant. Le couple vient faire une scène chez Fadinard : ils exigent qu&rsquo;il trouve un chapeau identique afin de ne pas éveiller les soupçons du mari au retour de son épouse. Fadinard part à la recherche dudit chapeau, poursuivi tout au long de ses pérégrinations par son beau-père, son épouse, un oncle sourd et toute la noce, aucun ne comprenant quoi que ce soit à son comportement. Fadinard trouve le temps de se marier entre temps et tout finira bien pour tout le monde, mari jaloux excepté. La musique de Nino Rota rend bien la folie de cette course continue. Les mélodies sont charmantes, légères et gaies, sans toutefois marquer immédiatement la mémoire, comme le thème du <em>Parrain</em> ou sa musique de cirque des <em>Histoires</em> <em>extraordinaires</em>. À part quelques dissonances ponctuelles (notamment dans les ensembles et plutôt en seconde partie), la partition reste d&rsquo;un grand classicisme, cherchant à conquérir le cœur du public plutôt que l&rsquo;intellect des musicologues.</p>
<p>Le rythme de l&rsquo;ouvrage repose essentiellement sur les épaules de l&rsquo;interprète de Fadinard à qui revient la charge d&rsquo;imprimer la dynamique de cette course éperdue. <strong>Ruzil Gatin</strong> est ici absolument parfait, débordant d&rsquo;énergie. Sa tache est d&rsquo;autant moins aisée que le rôle réclame d&rsquo;alterner des moments de statisme (ses nombreux airs) et d&rsquo;autres qui font avancer l&rsquo;action (dialogues, ensembles). Le chanteur est à l&rsquo;aise avec la tessiture, offrant une voix bien projetée et une richesse de timbre qu&rsquo;on ne trouve pas souvent chez la plupart des ténorinos. <strong>Pietro</strong> <strong>Spagnoli</strong> incarne Nonancourt, le beau-père de Fadinard. Le chant est digne mais la projection un peu limitée. Sa voix ne tonne pas suffisamment quand il clame offusqué que « Tout est rompu ! » (un<em> running gag</em> de l&rsquo;ouvrage). Le baryton italien manque de la rondeur attendue : on entend ici un Figaro (avec quelques moments de tendresse) quand on attendrait un Bartolo dépourvu de malice. Dans le court rôle de Maupertuis, le mari jaloux, <strong>Marcello</strong> <strong>Rosiello</strong> offre une voix puissante et une composition idéale, à la fois drôle et un brin inquiétante. <strong>Maria Grazia Schiavo</strong> est une Elena pleine de charme, très à l&rsquo;aise dans un chant piano empreint d&rsquo;une douce poésie. La voix d&rsquo;<strong>Elena Galitskaya</strong> (Anaide, l&rsquo;épouse infidèle) nous a semblé un peu étriquée, avec un grave faible et un médium manquant de largeur, mais on appréciera son aisance scénique. Le rôle de la modiste est court mais <strong>Elisa Verzier</strong> y faire preuve d&rsquo;une belle autorité et d&rsquo;une belle qualité de timbre. Le rôle de la Baronessa di Champigny est plus développé : la jeune femme est censée posséder un chapeau identique. Elle confond Fadinard avec le célèbre violoniste virtuose qu&rsquo;elle a invité pour un concert privé auquel la noce participera en toute inconscience. Dans ce rôle d&rsquo;élégante charmeuse, <strong>Josy</strong> <strong>Santos</strong> déploie un beau timbre de mezzo, charnu, avec une bonne projection et un bel abattage scénique. <strong>Rodion Pogossov</strong> (l&rsquo;amant d&rsquo;Anaide) offre une voix de baryton chaude et sonore. <strong>Lorenzo Martelli</strong> est un Felice (le domestique de Fadinard) au timbre percutant. <strong>Blagoj Nacoski</strong> incarne avec humour et une grande aisance scénique le double rôle du noceur Achille et d&rsquo;un garde enrhumé. Encore moins développés, les rôles du Zio Vézinet (<strong>Didier</strong> <strong>Pieri</strong>) et du caporal des gardes (<strong>Marc Tissons</strong>) sont ici bien campés, ainsi que les chœurs dont les différents artistes sont bien caractérisés.</p>
<p>La production de <strong>Damiano Michieletto</strong> s&rsquo;articule autour d&rsquo;un plateau tournant qui permet des changements de décors rapides. Le metteur en scène italien surajoute de nombreux effets mais ce surplus d&rsquo;idées nuit à la simplicité et à l&rsquo;immédiateté de l&rsquo;ouvrage. Le rythme reste insuffisant, avec un jeu d&rsquo;acteur qui pourrait être nettement plus fouillé, plus endiablé, plus original. Les éclairages, blanc bloc opératoire ou vert salade, manquent de chaleur. La transposition (a priori dans les années 50) n&rsquo;apporte pas d&rsquo;éclairage particulier mais permet une belle variété de costumes. On passe à côté de la <em>farce</em> <em>musicale</em>. Ce soir, le rythme est imprimé dans la fosse. À la tête d&rsquo;un orchestre de l&rsquo;Opéra Royal de Wallonie-Liège en pleine forme, <strong>Leonardo Sini</strong> sait faire ressortir la (gentille) folie de cette musique, soulignant certains détails d&rsquo;une partition plus complexe qu&rsquo;on ne le sent au premier abord, tout en réglant parfaitement le plateau vocal. En dépit d&rsquo;une orchestration qui met en avant les instruments à vent (!), le chef sait équilibrer les différents pupitres. Au final, le plaisir du public est évident, faisant un triomphe cette ouvrage sympathique et revigorant qui a  l&rsquo;immense avantage de nous mettre de bonne humeur.</p>
<p>(1) Un exemple de dialogue de la pièce originale :<br />
— Vous me dites : « Attends-moi, je vais chercher un parapluie. » J’attends, et vous revenez au bout de six mois&#8230; sans parapluie !<br />
— Tu exagères ! d’abord il n’y a que cinq mois et demi&#8230; quant au parapluie, c’est un oubli&#8230; je vais le chercher&#8230;</p>
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		<title>ROTA, Il cappello di paglia di Firenze &#8211; Bordeaux (auditorium)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rota-il-capello-di-paglia-di-firenze-bordeaux-auditorium/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Nov 2024 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’auditorium de Bordeaux nous rappelle opportunément que Nino Rota, connu pour ses musiques de films de Fellini (La strada, La dolce vita) ou Visconti (Le guépard), sans oublier Le Parrain (Coppola) a également composé des symphonies, des ballets mais aussi quinze opéras, dont le quatrième, Il cappello di paglia di Firenze (on garde en français &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’auditorium de Bordeaux nous rappelle opportunément que Nino Rota, connu pour ses musiques de films de Fellini (<em>La strada</em>, <em>La dolce vita</em>) ou Visconti (<em>Le guépard</em>), sans oublier <em>Le Parrain</em> (Coppola) a également composé des symphonies, des ballets mais aussi quinze opéras, dont le quatrième, <em>Il cappello di paglia di Firenze</em> (on garde en français le titre de la pièce de Labiche, <em>Le chapeau de paille d’Italie</em>), conserve une vraie notoriété et vient d’être donné trois fois dans le magnifique écrin du Cours Georges Clémenceau .<br />
Entendons-nous bien, en guise d’opéra, nous sommes là dans un parfait vaudeville et la musique est à l’avenant – c’est bien d’une opérette qu’il s’agit, avec tout le sérieux que cela implique. Ce soir Nino Rota s&rsquo;amuse.<br />
La trame narrative a l&rsquo;épaisseur d&rsquo;un papier de cigarette : le matin du jour où Fadinard va se marier, son cheval mange le chapeau de paille d’une jeune femme (Anaïs) en tendre conversation avec son amant. Ce couple le suit jusque chez lui et refuse de quitter les lieux tant que Fadinard n’aura pas remplacé le chapeau par un autre identique car Anaïs a un mari jaloux, qui s’étonnerait de cette disparition…Rassurons-nous, le chapeau sera remplacé et tout finira bien.<br />
Mais ce qui compte c’est la musique de Rota, qui nous rappelle qu’il fut un maître de la mélodie italienne. Ce qui a fait (dès sa création en 1955) et fait toujours le succès de cette pièce, c’est le déferlement d’airs, duos, mélodies en tout genre, à vous donner le tournis, avec de singulières réussites ( le duo Fadinard &#8211; Anaïs au I ou l’ensemble conclusif par exemple). Profusion de rythmes ternaires, de valses et bien sûr quelques dissonances qui nous rappellent que nous sommes tout de même au milieu du XXe siècle.<br />
L’impression de concentré de musique est ici d’autant plus renforcé que <strong>Julien Duval</strong> et <strong>Salvatore Caputo</strong> ont opté pour une version légèrement abrégée (il manque tout de même une vingtaine de minutes sur la centaine que dure l’œuvre originale). Etait-il nécessaire de se priver notamment de l’ouverture, qui disparaît entièrement ? Pas si sûr. De ce fait, le rythme est échevelé et le spectateur ne voit pas le temps filer, l’ouvrage étant donné sans entracte.<br />
Autre parti pris original : nous avons droit à une version réduite pour chœurs, solistes et piano. Point d’orchestre donc, seul un violoniste (excellent <strong>Tristan Chenevez</strong>) viendra épauler les magnifiques interventions de La Baronessa. Ce choix peut surprendre, voire décevoir, mais il s’explique entre autre par le plateau vocal, composé de solistes du chœur de l’Opéra de Bordeaux qui, pour vaillants qu’ils soient, n’auraient pas tous pu concourir avec l’orchestre souvent foisonnant imaginé par Rota. Ceci dit, le pari est réussi et l&rsquo;accompagnement discret renforce l’ambiance bon enfant, vaudevillesque et d’opérette, qu’a recherchée à coup sûr Julien Vidal, le metteur en scène, chaleureusement applaudi au baisser de rideau.</p>
<pre style="text-align: center;"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/©_Pierre_Planchenault__DSC5649-1294x600.jpg" alt="" width="692" height="321" />
© Pierre Planchenault</pre>
<p>Dans une scénographie totalement en rouge et blanc, il a imaginé un espace de jeu central, entouré de coulisses visibles par le public. Un choix de couleurs tranchées, qui évoquent le cirque, une référence qui rappelle de grands moments de la carrière de Nino Rota. Dans une démarche d’éco-conception, dans laquelle s’est lancée l’Opéra National de Bordeaux depuis quelque temps maintenant, il s’agit là d’une production « zéro achat », les matériaux, décors, costumes et accessoires provenant des stocks de l’Opéra de Bordeaux.<br />
Revenons au plateau vocal ; le chœur de l’opéra National n’a plus à démontrer son professionnalisme ; le rythme est tenu, l’italien est soigné et les consignes chorégraphiques suivies à la lettre. Nous l’avons dit, les solistes sont tous issus du chœur. Le couple de jeunes mariés (<strong>Maria</strong> <strong>Goso</strong> et <strong>Daniele</strong> <strong>Maniscalchi</strong>) tient la route en se cramponnant parfois, <strong>Mitesh</strong> <strong>Khatri</strong> est un oncle pénible à souhait et la basse est sonore. <strong>Rebecca</strong> <strong>Sørensen</strong> (Elena) a la voix percutante mais qui peut être aussi un peu criarde, <strong>Héloïse</strong> <strong>Derache</strong> est une modiste épatante et qui sait se faire entendre. Felice (<strong>Olivier Bekretaoui</strong>), Achille (<strong>Luc Default</strong>), Nonancourt (<strong>Loïck Cassin</strong>) et Emilio (<strong>Jean-Philippe</strong> <strong>Fourcade</strong>) complètent de belle façon la distribution.<br />
Nous aurons remarqué deux solistes du chœur qui pourraient très raisonnablement envisager des rôles plus consistants : <strong>Eugénie Danglade</strong> est une baronne excentrique à l’alto merveilleusement chaleureux ; et <strong>Jean-Pascal Introvigne</strong> est un Beaupertuis à la basse déjà forte, bien projetée et pour tout dire prometteuse.<br />
Comment enfin ne pas saluer la performance de <strong>Martin Tembremande</strong>, pianiste aux multiples talents (il est notamment titulaire de l’orgue de Saint-Louis de Bordeaux) qui a accompagné au piano l’ensemble avec élégance et sans jamais faillir, et celle du chef des chœurs de l’Opéra de Bordeaux depuis dix ans déjà, Salvatore Caputo, qui dirige chœurs, solistes et pianiste avec sobriété et efficacité.</p>
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		<title>Récital Roberto Alagna / Ludovic Tézier &#8211; Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-roberto-alagna-ludovic-tezier-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Sep 2024 05:26:17 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Lorsque deux des plus célèbres chanteurs actuels se retrouvent sur la même scène, cela promet une soirée électrisante, riche en émotions et en prouesses vocales. On ne présente plus Roberto Alagna et Ludovic Tézier, le premier est le ténor français le plus fêté dans le monde depuis près de quatre décennies d’une carrière exemplaire, le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsque deux des plus célèbres chanteurs actuels se retrouvent sur la même scène, cela promet une soirée électrisante, riche en émotions et en prouesses vocales. On ne présente plus <strong>Roberto Alagna</strong> et <strong>Ludovic Tézier</strong>, le premier est le ténor français le plus fêté dans le monde depuis près de quatre décennies d’une carrière exemplaire, le second, l’un des meilleurs barytons actuels. Ses interprétations du répertoire verdien notamment, font autorité, les plus grands théâtres le réclament, de New-York à Milan en passant par Londres, Paris, Madrid, Munich ou Vienne ainsi que les grands Festivals d’été. La série Les Grandes Voix les a réunis à la Philharmonie de Paris pour un concert unique sous la direction de <strong>Giorgio Croci</strong>, dans des œuvres d’opéras allemands, français et italiens.</p>
<p>C’est une ovation qui accueille les deux artistes vêtus à l’identique d’un smoking et d’une chemise noire sur laquelle tranche une cravate bleue. Le programme s’articule en deux parties qui comportent chacune deux duos, deux airs, et des pages orchestrales. Peu de raretés dans ce programme rebattu constitué d’ouvrages que les deux chanteurs interprètent depuis longtemps, à l’exception de<em> Halka</em> du compositeur polonais Stanisław Moniuszko dont le ténor a gravé un air dans <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/roberto-alagna-60/">son dernier album</a>. Dès le premier morceau le ton est donné, les deux artistes interprètent le duo de<em> Lucia di Lammermoor</em> « Orrida è questa notte » souvent coupé à la scène, avec une fougue, un investissement dramatique et une forme vocale des grands soirs, soutenus par la direction éminemment théâtrale de Giorgio Croci, à la tête du Belgian National Orchestra. Toute cette partie jusqu’à l’entracte sera de la même eau. Dans l’air de <em>Halka</em>, le ténor exprime avec une grande sensibilité les tourments de Jontek, jeune montagnard éconduit par sa belle. Le baryton répond avec « Nemico della patria » chanté avec l’élégance vocale qu’on lui connaît, loin de tout débordement vériste. Une interprétation sobre et poignante à la fois qui se hisse au niveau des plus grands interprètes du personnage. Tous deux se rejoignent dans la grande scène des retrouvailles de Posa et Don Carlo au premier acte de l’opéra de Verdi. Les deux complices interprètent cet ouvrage depuis de nombreuses années aussi bien en français qu’en italien. On se souvient encore du premier Don Carlos du ténor, qui avait mis Paris à ses pieds au Châtelet en 1996 ou du Posa triomphal de Tézier à Bastille en 2017. Ce soir leur interprétation ne démérite pas et s’ils ont choisi la version italienne ils chantent le second couplet de « Dio che nell’alma infondere » en français déchaînant l’enthousiasme de la salle.</p>
<p>La seconde partie du concert commence par une sorte de gag, Roberto Alagna arrive seul en scène et attend son partenaire qui ne vient pas. Pour faire patienter les spectateurs, il plaisante avec eux et le chef sans parvenir à masquer tout à fait une certaine inquiétude qui grandit à mesure que le temps s’écoule. Finalement Ludovic Tézier fait son entrée et explique qu’il a été victime d’un problème d’ascenseur. Sans plus attendre, le chef lève sa baguette, mais sans doute déconcentré par l’incident, le ténor cherche ses marques au début du duo des <em>Pêcheurs de perles</em> et ne retombe sur ses pieds qu’au bout de quelques mesures. Soutenu par son collègue, tous deux finiront cette scène sous les applaudissements nourris du public. L’air de Lohengrin verra notre ténor trébucher légèrement à la fin de la première phrase et rencontrer quelques difficultés pour arriver au bout. Fatigue passagère ? Roberto Alagna retrouvera sa forme dans le duo de <em>L’Elixir d’amour</em>, un ouvrage cher à son cœur, qu’il fréquente depuis une trentaine d’années et qui lui a permis de rencontrer son épouse au cours d’une série de représentations à Londres en 2012. Entre ces deux pages, Ludovic Tézier aura proposé une version quasi anthologique de l’air de Wolfram, un personnage qu’il a abordé il y a plus de vingt ans et qu’il interprète avec une émotion contenue et un legato impeccable. Après avoir chanté presque tous les rôles de baryton verdiens le voici qui se tourne désormais vers le répertoire wagnérien.  En 2021, son Amfortas a conquis le public viennois et en janvier prochain, il sera Wotan dans <em>L’Or du Rhin</em> à la Bastille.</p>
<p>Pas moins de cinq bis viendront conclure ce concert, le duo d’Otello « Si pel ciel » un rien tendu, l’inusable « Parla più piano » de Nino Rota, chanté en sicilien par Alagna et en italien par Tézier,  « Libertà » une jolie mélodie de David Alagna interprétée par son frère, « Les Feuilles mortes » dans une version en demi-teintes par Ludovic Tézier.et pour finir « La Danza » de Rossini, en duo, devant une salle en délire.</p>
<p>Soucieux de respecter le style de chaque compositeur qu’il aborde, <strong>Giorgio Croci</strong>, à la tête du Belgian National Orchestra, adopte des tempos modérés propres à laisser s’épanouir les voix de ses chanteurs. Parmi les pages orchestrales proposées citons un prélude de l’acte trois de <em>La Traviata</em>, lugubre à souhait et une ouverture des <em>Vêpres siciliennes</em> contrastée mais quelque peu tonitruante. Le prélude de <em>Lohengrin</em> brillant et solennel nous aura convaincu davantage.</p>
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		<title>ROTA, Aladino e la lampada magica &#8211; Martina Franca</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rota-aladino-e-la-lampada-magica-martina-franca/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Jul 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En 1926, l’année de la création de Turandot, Nino Rota a 15 ans et il compose un opéra, Il Principe porcaro* d’après un conte d’Andersen. C’est la manifestation d’un goût pour le fantastique qui ne le quittera pas, comme en témoignent Lo scoiatolo in gamba*, en 1959, sur un livret d’Eduardo di Filippo, et Aladino &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En 1926, l’année de la création de <em>Turandot</em>, Nino Rota a 15 ans et il compose un opéra, <em>Il Principe porcaro</em>* d’après un conte d’Andersen. C’est la manifestation d’un goût pour le fantastique qui ne le quittera pas, comme en témoignent <em>Lo scoiatolo in gamba*</em>, en 1959, sur un livret d’Eduardo di Filippo, et <em>Aladino e la lampada magica</em> créé en 1968 après deux années de composition – de 63 à 65 – suivies de retouches et de révisions jusqu’en 1967.<br />
Pourquoi un opéra et pourquoi choisir ce conte des Mille et une nuits ? Et pourquoi pas ? Le renom de Nino Rota comme compositeur de musiques pour le cinéma est tel qu’on ignore – en France – à peu près tout de sa contribution au genre lyrique. <em>Le chapeau de paille d’Italie</em> est considéré comme un heureux accident de parcours dans une carrière somme toute moins noble, car c’est un préjugé répandu qu’écrire pour le cinéma, c’est plus facile qu’écrire pour l’opéra. De là à penser que Nino Rota est un compositeur du second rayon il n’y a qu’un pas. Pourtant certains chefs d’orchestre se souviennent de leur confusion lorsque, appelés à diriger de la musique symphonique de Nino Rota sans avoir lu la partition, ils découvrirent la complexité de l’écriture.<br />
Car c’est une des découvertes que favorise la proposition du Festival de la Valle d’Itria, Nino Rota, à l’époque de la composition – et il semble que ce fut toujours vrai tout au long de sa vie de compositeur – n’a jamais suivi les modes, se bornant à écrire ce qui lui plaisait, prenant çà ou là des éléments à insérer dans son discours sans s’assujettir à une quelconque chapelle. Oui, on peut entendre tel fragment mélodique, tel accord, telle combinaison de timbres, qui vont rappeler Puccini, Gershwin, Bernstein ou Richard Strauss, mais on peut exclure l’intention d’imiter un filon. Plutôt, comme Rossini lui-même et plus tard Stravinsky, le réemploi de stylèmes dépourvus de signification intrinsèque mais adaptables à un contexte nouveau.<br />
Le découpage du conte donne une structure en trois actes. Au premier, Aladin est abordé par le mage maghrébin, qui lui raconte être son oncle et l’entraîne dans une quête mystérieuse au terme de laquelle le Génie d’un anneau magique aidera Aladin à échapper à la mort.  Au deuxième acte, alors qu’il va vendre la lampe pour se procurer de quoi subsister, sa mère la nettoie et un autre Génie apparaît, qui peut lui procurer tout ce qu’il peut désirer. Tombé amoureux de la fille du Roi il envoie sa mère la demander en mariage, et il aura satisfaction car le Génie de la lampe accumule les richesses exigées par le cupide souverain. Au troisième acte, alors qu’il est à la chasse, le méchant magicien revient dans l’intention de se rendre maître de la lampe. Il y parvient et transporte le palais et la princesse en Afrique. A son retour, Aladin désespéré invoque le Génie de l’anneau, qui le met en présence de la princesse, à laquelle il demande de séduire le magicien et de lui faire boire un narcotique. En fait il mourra, Aladin récupérera la lampe, et retournera avec son épouse au pays qui est le leur. Il reviendra au chœur d’enfants – dirigé par <strong>Angela Lacarbonara</strong> – qui avait ouvert la représentation de la refermer puisque le fil conducteur du spectacle est cet enfant qui s&rsquo;est attardé dans la bibliothèque à lire le conte d&rsquo;Aladin et qui s&rsquo;y retrouve quand il a lu tout le conte, environné des personnages auxquels sa lecture a donné vie.<br />
Une chose surprenante est la taille de l’orchestre. Nino Rota le voulait massif, et le spectacle de  l’effectif des musiciens du Teatro Petruzelli de Bari suscite chez notre voisin une exclamation : mais c’est berliozien ! Il faut également un chœur d’hommes, un chœur de femmes, un chœur d’enfants, autant dire que ce spectacle réclame beaucoup de moyens humains, ce qui influe sur le coût de la production. Est-ce pour cela que la mise en scène s’est privée d’outils techniques qui auraient pu rendre spectaculaires les épisodes de la caverne, les défilés à travers la ville ou le palais du Roi ? Et que les chœurs masculins et féminins restent invisibles dans les avant-scènes à jardin et à cour, une facilité pour la mise en scène, délivrée du souci de gérer les mouvements, et une économie pour les costumes ?<br />
Quand les fonds sont comptés l’inventivité doit seconder la sobriété. Conçu par <strong>Leila Fteita</strong>, un élément de décor unique percé de deux portes représente les rayons d’une bibliothèque publique entièrement garnis de livres du sol au plafond. Certains des panneaux de ce décor sont mobiles et permettront de dévoiler l’entrée de la caverne ou de révéler le palais magique. Au devant s’étend un plan incliné jusqu’à l’avant-scène qui sera l’espace de jeu. A jardin et à cour, deux espaces latéraux permettent l’apparition du chœur d’enfants, ou l’arrivée de personnages secondaires, les choristes adultes étant dans les caches aux deux extrémités de la scène.<br />
Des accessoires servent à caractériser les lieux et les étapes de l’action : tapis, cageots, pour la place du marché, meubles succincts pour le logis d’Aladin, baignoire et rideau tendu pour le bain de la princesse, coussins et tapis pour la palais du Roi. Petites déceptions,  pourquoi rassembler des brindilles, comme le demande le pseudo-oncle pour faire un feu qui ne s’enflamme pas ? Pourquoi les pierreries dont il est dit qu’elles sont énormes sont-elles invisibles ? Et pourquoi les plateaux précieux que l’orfèvre paie sans rechigner ne sont-ils pas plus grands et plus nombreux ? Le lecteur peut imaginer, mais le spectateur demande à voir !</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ALadino_Marco-Ciaponi_c-ClarissaLapollaph18092-1294x600.jpg" alt="" width="677" height="314" />
© Clarissa Lapolla</pre>
<p>Du récit de Shéhérazade l’adaptation a conservé l’essentiel, au prix d’ellipses qui peuvent déconcerter qui n’est pas informé des étapes du conte. Une bonne part de l’appréhension du récit par le public passe par les costumes. Leila Fteita renonce à l’option chinoise – le lieu où est censé se dérouler l’aventure –  et habille à l’orientale tous les personnages, avec des pantalons bouffants particulièrement réussis, et une touche d’excentricité particulière pour les deux génies, très colorés. Très réussie, grâce aux lumières de <strong>Francesco Siri</strong>, la première intervention du magicien maghrébin, qui fige les personnages par la puissance de son verbe.<br />
C’est <strong>Marco Filippo Romano</strong> qui l’incarne, donnant à sa voix la noirceur qui révèle celle de son âme, le mielleux du trompeur ou le rogue de l’autorité impatiente, jusqu’à la mièvrerie de l’amoureux berné ; s’il semble parfois à la corde pour les notes les plus basses, en revanche il est très à son aise dans le rôle du Roi, esclave de sa cupidité et de sa gourmandise, véritable marionnette du Grand Ministre. Cette versatilité confirme un talent bien connu.<br />
L’autre grand rôle est celui d’Aladin, incarné par le ténor <strong>Marco Ciaponi</strong>. Passée la légère déconvenue de ne pas voir l’adolescent espéré – car tel est le personnage du conte – on adhère à son engagement. L’écriture ne mettra vraiment en valeur l’étendue de sa voix que lors de ses effusions avec la princesse mais elle est homogène, la projection est bonne et les intentions expressives sont justes.<br />
Deux rôles féminins se détachent, celui de la mère et celui de la princesse, dans l’ordre de leur apparition. La première, incarnation de l’amour maternel, dévoué, indulgent et jamais tranquille avec un garnement comme Aladin, trouve en <strong>Eleonora Filipponi </strong>une interprète nuancée. La seconde, <strong>Claudia Urru, </strong>que la mise en scène soumet à une pantomime en ombre chinoise pour la scène du bain, révèle son lyrisme dans les scènes d’amour avec Aladin, l’écriture ne poussant jamais sa voix ronde dans ses retranchements.<br />
Les autres interprètes, <strong>Rocco Cavalluzzi </strong>en Grand Ministre et <strong>Omar Cepparolli</strong>, l’orfèvre, sont sans reproches, même si le second a semblé un peu fatigué. Bonnes prestations des compagnons de jeu d’Aladin, les trois ténors <strong>Pepe Hannan</strong>, <strong>Davide Zaccherini</strong> et <strong>Zachary McCulloch. </strong>Mention spéciale pour <strong>Anastasia Churakova </strong>dans le rôle de la servante agent momentané du destin de la lampe.<br />
Quant aux deux génies, leurs courtes interventions sont impeccables de tenue, tant pour <strong>Alexander Ilvakhin </strong>– l’anneau – que pour <strong>Giovanni Accardi – </strong>la lampe.<br />
Il serait particulièrement regrettable de ne pas mentionner les interventions chorégraphiques virtuoses d’ <strong>Emanuela Boldetti</strong> et <strong>Samuel Moretti </strong>; elles s’insèrent remarquablement dans le spectacle sans le moindre hiatus, ce n’est pas un mince exploit !<br />
<strong>Francesco Lanzillota</strong>, dont deux enfants chantent dans le chœur des voix blanches, aime manifestement cette partition, et c’est probablement le cas des instrumentistes, qui la font briller, des délicats accents de la harpe primitive aux accents menaçants et mystérieux aux abords de la grotte, cuivres étincelants qui annoncent le cortège de la princesse, brouhaha de la salle d’audience, solennité bruyante de la marche festive vers le palais, sombres accords de la tristesse de la princesse, le riche tissu mélodique et harmonique de la musique de Nino Rota est déployé avec amour.<br />
L’écriture vocale n’a pas pour objet de ressusciter le bel canto pas plus que l’écriture musicale ne cherche à reproduire le passé ou à se conformer à une actualité de son temps. Dans le conte, pour Nino Rota, le plus important n’est pas de dire quelque chose, mais de raconter. C’est pourquoi il est des niveaux de lecture différents, du divertissement pour enfants au récit initiatique à l’image de <em>La Flûte enchantée</em>, certains analysant les péripéties comme les étapes d’une initiation, une quête de vérité  libératrice car débouchant sur la lumière, à l’image d’Aladin qui retrouve le jour après être descendu aux Enfers. Quelle que soit la conclusion à laquelle on s’arrête, reste le plaisir d’avoir découvert l’intégralité d’une œuvre dont la France ne connaît encore que la version très largement abrégée qui fut donnée à Colmar, Mulhouse et Strasbourg à l’initiative de Vincent Monteil, ainsi qu’à Saint-Etienne et à l’Opéra-Studio – sauf erreur.</p>
<p><span style="white-space: pre-line;">*<em>Le Prince porcher / L&rsquo;écureuil astucieux</em></span></p>
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		<title>La Notte di un nevrastenico&#124;Gianni Schicchi — Montpellier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-notte-di-un-nevrastenico-gianni-schicchi-montpellier-lopera-facon-fellini/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Jun 2017 08:02:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Loin des grands sentiments, amour, trahisons et morts violentes qui constituent le fonds de commerce du grand opéra, Montpellier propose un spectacle composé de deux délicieuses comédies légères et drôles, dont la première est rarement représentée. La Nuit d’un neurasthénique est un court essai (35 minutes) de Nino Rota (compositeur de près de 170 musiques &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Loin des grands sentiments, amour, trahisons et morts violentes qui constituent le fonds de commerce du grand opéra, Montpellier propose un spectacle composé de deux délicieuses comédies légères et drôles, dont la première est rarement représentée. <em>La Nuit d’un neurasthénique</em> est un court essai (35 minutes) de Nino Rota (compositeur de près de 170 musiques de films dont ceux de Fellini, mais aussi d’une douzaine d’opéras dont un charmant <em>Chapeau de paille d’Italie</em> – <a href="https://www.forumopera.com/il-cappello-di-paglia-di-firenze-nantes-rota-rehabilite"><em>Il cappello di paglia di Firenze</em> trop peu joué en France</a>).</p>
<p>L’argument en est simple, mais ô combien permanent, le bruit la nuit dans les hôtels : portes qui claquent, clients qui parlent dans les couloirs, eau qui coule, voisins sans gêne, bref la liste est inépuisable, et notre héros a droit à la totale. Pour être tranquille, il a réservé trois chambres contigües, mais l’hôtelier malhonnête a quand même loué les deux qui encadrent la sienne : d’un côté un jeune homme inconscient installé par un portier peu discret, de l’autre un jeune couple aux ébats sonores, bref la nuit est longue, même passée à compter les moutons felliniens qui envahissent la chambre. La mise en scène de <strong>Marie-Ève Signeyrole</strong> est bien structurée, pleine de trouvailles, dans les décors à la fois allusifs et efficaces de <strong>Fabien Teigné</strong>, les costumes élégants et bien en situation de <strong>Yashi</strong> et les éclairages savants de <strong>Philippe Berthomé</strong>. Les chambres et leurs occupants se mêlent, les accessoires descendent des cintres, et les nombreuses vidéos viennent souligner l’action sans l’alourdir. Peut-être n’était-il guère utile de pousser l’insomniaque neurasthénique et misanthrope au suicide final, faisant ainsi basculer la comédie dans le drame, mais la metteuse en scène voulait à tout prix un cadavre pour faire la jonction avec l’œuvre suivante.</p>
<p><img decoding="async" alt="" height="291" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/la_nuit_dun_neurasthrnique12_marc_ginot_copie.jpg?itok=4KfNWUNY" width="468" /><br />
	La Notte di un nevrastenico, Bruno Taddia (Il portiere) © Photo OONM / Marc Ginot</p>
<p>Après l’entracte, l’hôtelier (<em>il portiere</em>) qui manipulait tous les personnages dans la première œuvre devient le peu recommandable Gianni Schicchi, qui trompe allègrement son monde à la manière d’un Mosca dans <em>Volpone</em>. La mise en scène se fonde au fil des rebondissements de l’action sur d’incessants changements d’atmosphère et de dominantes colorées, sans que ceux-ci engendrent la moindre lassitude. De larges vidéos en fond de scène, utilisées seulement par moment et à très bon escient, accompagnent poétiquement de passages de moineaux les moments élégiaques (« O mio Babbino caro ») avant de se muer en vols d’étourneaux affamés puis en nuages de sauterelles ravageuses. La joyeuse anarchie de la première œuvre continue encore plus endiablée, et même agressive, jusqu’à culminer dans une poursuite finale à la Fellini. Un très beau travail de mise en place théâtral et de direction d’acteurs, soutenu par une vive et efficace direction d’orchestre de <strong>Francesco Lanzillotta</strong>, très attentif aux chanteurs. L’ensemble a séduit et conquis les spectateurs, curieusement clairsemés, de cette première.</p>
<p>	Il faut dire que la distribution est à la mesure de la qualité du travail scénique. Elle est dominée par <strong>Bruno Taddia</strong>, remarqué à chacune de ses apparitions à travers le monde, et qui avait été un extraordinaire <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/en-panne">Figaro du <em>Barbier</em> au Châtelet</a>. Il conserve intacts sa verve, son autorité scénique, sa voix percutante, son côté sautillant et élastique qui font merveille à la fois dans <em>La Nuit</em> (il portiere) que dans <em>Gianni Schicchi</em> (rôle titre). Cet élève de Paolo Montarsolo montre à quel point le beau chant joint à une gestuelle bien comprise peut devenir un instrument comique d’une efficacité redoutable. <strong>Bruno Praticò</strong> (le neurasthénique) est lui aussi fort drôle dans la manifestation un peu désespérée de sa monomanie psychotique, dont il exprime le caractère extrême de sa voix sonore de baryton-basse. <strong>Romina Tomasoni</strong> est irrésistible en Zita, personnage plausible en même temps que caricature effrayante, qu’elle surjoue à plaisir dans les limites que lui impose la mise en scène, en même temps qu’elle assure la partie chantée avec brio de sa belle voix de mezzo. <strong>Davide Giusti</strong> place son timbre de ténor bien projeté au service de Lui et de Rinuccio, tandis que sa parteniare <strong>Giuliana Gianfaldoni</strong> (Lei et surtout Lauretta) chante très joliment l’air attendu « O mio Babbino caro » sans toutefois arriver ni à l’intérioriser ni à le rendre vraiment personnel. Tous les autres rôles aux allures felliniennes sont tenus à la perfection. Donc au total une belle soirée, mais un peu courte, pour laquelle on aurait volontiers apprécié une troisième œuvre, par exemple un petit lever de rideau du genre du <em>Téléphone</em> de Menotti.</p>
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		<title>Montpellier coiffé au poteau par Biel</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/montpellier-coiffe-au-poteau-par-biel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Nov 2016 16:04:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au printemps dernier, Valérie Chevalier annonçait pour l’Opéra de Montpellier une saison dont l’une des originalités était le couplage de Gianni Schicchi avec l’opéra en un acte de Nino Rota La notte di un nevrastenico, pour juin 2017. Mais comme les bonnes idées n’appartiennent à personne, voilà que l’herbe va lui être coupée sous le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au printemps dernier, Valérie Chevalier annonçait pour l’Opéra de Montpellier une saison dont l’une des originalités était le couplage de <em>Gianni Schicchi </em>avec l’opéra en un acte de Nino Rota <em>La notte di un nevrastenico</em>, pour juin 2017. Mais comme les bonnes idées n’appartiennent à personne, voilà que l’herbe va lui être coupée sous le pied par le théâtre de Biel, en Suisse, puisque le même diptyque sera proposé dès ce mois de décembre, avant une tournée dans différentes villes d’Allemagne. Principales différences : à Montpellier, <strong>Marie-Eve Signeyrole</strong> mettra en scène le Rota avant le Puccini, alors qu’en Suisse, ce sera apparemment l’inverse dans la production réglée par <strong>Andreas Zimmermann</strong>. En France, deux artistes différents tiendront le rôle-titre de chaque œuvre (<strong>Bruno Praticò </strong>et <strong>Bruno Taddia</strong>), alors qu’à Biel <strong>Michele Govi</strong> (vu <a href="http://www.forumopera.com/il-trittico-metz-enfin-trois">en Schicchi à Metz</a>) cumulera les deux. Et si à Montpellier, les chanteurs français seront nombreux (<strong>Kévin Amiel, Elodie Méchain, Julien Véronèse, Julie Pasturaud, Aimery Lefèvre</strong>…), à l’étranger, notre seul compatriote figurant dans la distribution sera la basse <strong>Eric Martin-Bonnet</strong>.</p>
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		<title>Sévag Tachdjian, la bonne fée de l&#8217;Opéra de Tours</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/sevag-tachdjian-la-bonne-fee-de-lopera-de-tours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Jan 2016 10:25:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tous les chemins mènent sur une scène d&#8217;opéra. Avant d&#8217;être baryton basse, Sévag Tachdjian fut un de nos rédacteurs jusqu&#8217;en 2006, année où il intègre le CNSM de Lyon. Là, il étudie pendant quatre ans dans la classe de Françoise Pollet avant de rejoindre en 2012 la jeune troupe de l&#8217;Opéra du Rhin. Il s&#8217;apprête &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Tous les chemins mènent sur une scène d&rsquo;opéra. Avant d&rsquo;être baryton basse, <strong>Sévag Tachdjian</strong> fut un de nos rédacteurs jusqu&rsquo;en 2006, année où il intègre le CNSM de Lyon. Là, il étudie pendant quatre ans dans la classe de <strong>Françoise Pollet</strong> avant de rejoindre en 2012 la jeune troupe de l&rsquo;Opéra du Rhin. Il s&rsquo;apprête à interpréter les 22, 24 et 26 janvier à l&rsquo;Opéra de Tours le rôle d&rsquo;Alidoro, le précepteur du Prince dans <em>La Cenerentola </em>de Gioachino Rossini, l&rsquo;équivalent de la bonne fée dans le conte de Perrault (<a href="http://www.operadetours.fr/la-cenerentola">plus d&rsquo;informations</a>). On pourra ensuite l&rsquo;applaudir en Capitaine dans le très attendu <em>Don César de Bazan</em> de Jules Massenet  (un de <a href="http://www.forumopera.com/actu/les-spots-de-la-saison-2015-2016">nos spots cette saison</a>) en tournée avec les Frivolités Parisiennes à partir du 28 février, puis en Génie de la Lampe dans <em>Aladin ou la lampe merveilleuse</em> de Nino Rota à l&rsquo;Opéra de Saint-Etienne en octobre 2016. Encore un rôle de magicien, on n&rsquo;échappe pas à son destin.</p>
<p><iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/EB9HTHWGZ7U" width="560"></iframe></p>
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		<title>ROTA, Aladin et la lampe merveilleuse — Colmar</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/de-lautre-cote-de-la-lanterne-magique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Dec 2013 22:58:39 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/de-l-autre-ct-de-la-lanterne-magique/</guid>

					<description><![CDATA[<p>    Depuis plusieurs années, l’Opéra du Rhin a pris l’habitude de proposer, pour chaque saison, un opéra destiné plus spécialement au jeune public. C’est une belle manière de le faire venir à l’opéra et de donner ainsi aux enfants la possibilité de connaître plus tard un désir de spectacle lyrique. On ne sait pas &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           <br />
			 <br />
			Depuis plusieurs années, l’Opéra du Rhin a pris l’habitude de proposer, pour chaque saison, un opéra destiné plus spécialement au jeune public. C’est une belle manière de le faire venir à l’opéra et de donner ainsi aux enfants la possibilité de connaître plus tard un désir de spectacle lyrique.</p>
<p>			On ne sait pas assez que Nino Rota, connu surtout comme l’inoubliable compositeur de la musique de plus de 150 films, dont <em>La Strada</em>, <em>Les Vitelloni</em> ou <em>Le Guépard</em>, et par ailleurs l’auteur d’une thèse sur la musique de la Renaissance, a aussi composé de nombreux morceaux de musique de chambre, des concertos et des symphonies, de la musique vocale et de ballet, et onze opéras. La reprise par l’Opéra studio, cellule de formation lyrique de l’Opéra National du Rhin, de son<em> Aladino e la lampada magica</em>, opéra composé en 1968 et donné dans cette même mise en scène de <strong>Waut Koeken</strong> à l’ONR en 2009, rend justice à une œuvre qui ne s’adresse pas qu’aux enfants. La richesse harmonique et le sens dramatique de sa musique sont soutenus par l’utilisation subtile des timbres, et la composition vocale permet de camper de vrais personnages dont les affects émeuvent le public.</p>
<p>			Au Théâtre municipal de Colmar, la scène exiguë de la belle salle à l’italienne accueille les décors enchanteurs de <strong>Marnik Baert</strong>,<strong> Marcoen Dolhain </strong>et <strong>Waut Koeken</strong>, patchwork de tapis orientaux figurant tour à tour et entre autres une chambre d’enfant, un désert, un palais, une grotte. Un livre géant s’ouvre sur des pages blanches où apparaissent images et inscriptions, proposant au public un spectacle qui adopte le rythme d’une lecture – aussi bien voyons-nous au début le jeune Aladin lisant dans son lit à la lueur d’une lampe de poche. Malgré l’étroitesse des lieux, la magie opère : l’apparition du sinistre Magicien du Maghreb, la remarquable basse <strong>Andrey Zemskov</strong>, ne manque pas de faire frissonner les enfants les plus jeunes qui assistent au spectacle et de fasciner les autres. La dimension méphistophélique qui émane du personnage donne à la quête d’Aladin un aspect véritablement faustien, que ne démentent en rien les deux génies, celui de l’anneau, le baryton espagnol <strong>David Oller</strong>, à la voix souple et sonore, et celui de la lampe, le baryton-basse <strong>Sévag Tachdjian</strong>, à la diction particulièrement distincte et aux graves chaleureux. Tous deux forment d’ailleurs un tandem scénique dont la chorégraphie est parfaitement au point. Il était pourtant délicat de ne pas se prendre les pieds dans les (nombreux) tapis, et difficile de faire mouche auprès des plus jeunes après les contorsions physiques et vocales (dans un autre genre, certes) du génie dans le dessin animé des studios Disney. Mais là aussi le charme agit : l’humour, soutenu par la beauté des voix et la justesse de l’interprétation, formant contrepoint aux épisodes momentanément tragiques, conquiert le public.</p>
<p>			 <br />
			On avoue avoir été un peu inquiet quand le Génie de l’anneau envoie dans la salle, à pleines poignées, des papillotes sur lesquelles se jettent les enfants auxquels il demande d’applaudir le prince Aladin. Mais ce bref épisode participatif se clôt aussi vite qu’il est apparu. Là encore, l’opéra reprend ses droits, sans sacrifier au pur amusement. Il faut dire que les interprètes sont tous remarquables, à commencer par les jeunes interprètes que sont <strong>Sunggoo Lee</strong>, Aladin sensible et ingénu, disposant d’une riche palette d’inflexions, <strong>Gaëlle Alix</strong>, princesse Badr’-Al-Budur dont la plastique avantageuse accompagne avec bonheur la qualité d’une voix limpide et le talent scénique requis par un rôle exigeant. Il faut saluer la belle prestation de la mezzo-soprano <strong>Lamia Beuque</strong> (entendue l’an dernier en Mirabelle dans <em>Les Aventures du Roi Pausole</em> à Genève) qui prête à la mère d’Aladin une voix d’une belle maturité, ample et soyeuse, tandis que l’excellent baryton <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong> prend un plaisir visible à incarner l’amusant et curieux sultan. Les trois servantes <strong>Milena Bischoff</strong>, <strong>Rumiko Koyama</strong> et <strong>Corinne Sattler</strong> composent un trio d’une grande homogénéité qui contribue au succès de l’ensemble.</p>
<p>
			On formulera un seul regret, celui d’une adaptation en français du livret italien qui prête parfois aux personnages des propos en rupture de style avec l’ensemble. L’utilisation de l’argot crée un décalage qui ne paraît pas très heureux : « Grouille-toi Aladin », s’exclame soudain le Magicien qui jusque là parlait comme un livre, ou encore, un peu plus tard, « J’y pige que dalle », tandis que la Princesse, au langage pourtant si châtié et au chant si pur, se laisse aller à un : « Il est maboul, il yoyote de la touffe » sans que rien ne vienne justifier pareils écarts. À cet égard, il n’est pas sûr que l’utilisation systématique de l’apocope, en supprimant la prononciation chantée du –e en fin de mot, rende service à la musicalité du texte.</p>
<p>			Dans la fosse, l’Ensemble instrumental du Conservatoire de Strasbourg et de l’Académie supérieure de musique nous entraîne avec un grand luxe de nuances dans les méandres de cette aventure, brève comme un songe (une heure et quart), que la baguette de <strong>Vincent Monteil</strong> nous fait redécouvrir, de même qu’il nous dévoile en plusieurs endroits les beautés insoupçonnées d’une partition regardant parfois du côté de l’opéra romantique et du grand opéra, même s’il s’agit ici de l’orchestration réduite par <strong>Rainer Schottstädt</strong>. Citations musicales, autocitations de Nino Rota et pastiches parsèment aussi la musique comme le chant, tandis que le livret nous rappelle que la scène lyrique se situe de l’autre côté de cette lanterne magique qu’est le cinéma. L’opéra comme face cachée du compositeur forme ici l’envers de sa musique de film : dans ses imprécations, le Magicien ne s’écrie-t-il pas : « Ator onin, ator onin » ?</p>
<p>			À Mulhouse (La Sinne) le 8 janvier à 14h30 et à 20h, à Strasbourg (CMD) les 17, 18 janvier à 20h, 19 janvier à 15h, 22 janvier à 14h30. Avec en alternance pour Aladin : Jean-Christophe Born, et pour la Princesse Badr’-Al-Budur : Kristina Bitenc.</p>
<p>			 </p>
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		<title>ROTA, Il cappello di paglia di Firenze — Nantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/il-cappello-di-paglia-di-firenze-nantes-rota-rehabilite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Elisabeth Bouillon]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Nov 2012 20:38:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Le Giulio Cesare mis en scène par Patrice Caurier et Moshe Leiser au festival de Salzbourg en 2012 pouvait laisser craindre le pire. C’est donc avec une certaine appréhension que nous avons pris place dans un théâtre Graslin fraîchement rénové pour le plus grand confort des spectateurs (de la place pour les jambes et &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Le <em>Giulio Cesare</em> mis en scène par <strong>Patrice Caurier</strong> et <strong>Moshe Leiser</strong> au festival de Salzbourg en 2012 pouvait laisser craindre le pire. C’est donc avec une certaine appréhension que nous avons pris place dans un théâtre Graslin fraîchement rénové pour le plus grand confort des spectateurs (de la place pour les jambes et des fauteuils d’orchestre en quinconce pour une meilleure visibilité) d’autant que<em> Il cappello di paglia di Firenze</em> ayant disparu depuis 12 ans des scènes françaises*, sa résurrection nous tenait à cœur. Fort heureusement, le tandem a opéré un virage à 180 degrés, servant la merveilleuse comédie de Nino Rota avec intelligence, perspicacité et une grande acuité dramaturgique. Le décor réaliste qui figure des intérieurs bourgeois manque peut-être d’inspiration mais la place principale du petit bourg et la scène finale réputée pour ses difficultés de réalisation sont très réussies. Les costumes historiques évoquent efficacement les caricatures de Daumier. Seule ombre au tableau, tout le monde sur scène, chœur inclus, est affublé d’un faux nez qui uniformise partiellement l’excellente direction d’acteurs.</p>
<p>			Dans son livret, écrit en collaboration avec sa mère, la pianiste concertiste Ernesta Rinaldi, Rota a resserré la pièce, réalisant par là-même «<em> un opéra où le rythme domine, où l’on peine à reprendre son souffle.</em> <em>Pour le chef, le défi est de parvenir à donner ce sentiment de folie et de course perpétuelle&#8230; Dans cette musique qui paraît si simple à l’écoute, on n’a pas droit à l’erreur. </em>» Ainsi s’exprime<strong> Giuseppe Grazioli </strong>qui soutient cette gageure à la perfection. Grand spécialiste de Nino Rota dont il a entrepris d’enregistrer l’œuvre intégrale avec l’orchestre Giuseppe Verdi de Milan, il fait preuve d’une rare maîtrise, ménageant dans cette lumineuse <em>farsa </em>musicale d’intenses moments de poésie. Sous sa baguette, cette musique originale mais tissée de réminiscences apparaît comme une proche parente du Rake’s Progress de Stravinski.</p>
<p>			Plus encore que les autres parties, déjà très acrobatiques, le rôle principal nécessite une grande maîtrise vocale et scénique : Fadinard est présent tout au long de l’ouvrage. L’excellent ténor <strong>Philippe Talbot</strong>, qui est également comédien et metteur en scène, se joue de ces difficultés et ne montre aucune marque de fatigue. L’agitation un peu ridicule voulue par les premières scènes (n’oublions pas qu’il est à la recherche d’un chapeau de paille brouté par un cheval, et qu’il ne pourra épouser sa belle Elena qu’après l’avoir retrouvé) fait rapidement place à une réelle oppression, laquelle finit par virer au cauchemar sans pour autant cesser de nous faire rire car c’est la règle du jeu, le tout entrecoupé de moments d’un lyrisme envoûtant. Son timbre homogène et chaleureux ne perd jamais de son éclat, même dans les <em>pianissimi</em> les plus raffinés. Beau succès de<strong> Peter Kalman</strong> en inénarrable Nonancourt, le futur beau-père, personnage de composition désopilant. <strong>Claudio Otelli, </strong>en Beaupertuis, réussit le prodige de nous émouvoir et nous faire trembler tout en prenant un bain de pieds en chemise de nuit.<strong> Boris Grapp</strong>e, baryton lyrique de haut niveau, incarne avec bonheur Emilio, un militaire droit sorti d’un opéra comique de Donizetti. Très bonnes prestations également des deux ténors <strong>Beau Palmer</strong> et <strong>Emmanuele Giannino</strong>, ainsi que des seconds plans<strong> Jean-Louis Meunier </strong>et<strong> Guy-Etienne Giot</strong>.</p>
<p><strong>Hendrickje Van Kerckhove</strong> est une Elena convaincante. Son personnage évolue tout au long de l’opéra, avec des volte-face savoureuses. La petite oie blanche du premier acte, sœur jumelle de la Cunégonde de Christophe dans <em>La Famille Fenouillard,</em> évoque d’abord Nanette durant ses duos avec Fadinard, se métamorphose en héroïne puccinienne dans le grand duo de l’acte II, puis se transforme en Traviata vocalisante pour redevenir petite oie blanche avec un air à vocalises tout droit sorti des<em> Contes d’Hoffmann </em>(la Poupée) à l’acte III. Elle finit par s’affranchir au IV dans un air très<em> bel canto</em> où elle prend contre tous le parti de son fiancé. Tout cela sans difficulté apparente, avec un timbre frais et une voix bien posée. Hélas, <strong>Elzbieta Szmytka </strong>(Anaide et La Modiste), excellente scéniquement, a perdu, elle, ce timbre frais et toutes les qualités vocales qui l’avaient propulsée si rapidement dans des rôles principaux au Festival de Salzbourg. Quant à la mezzo-soprano <strong>Elena Zilio</strong>, elle campe une baronne irrésistible de drôlerie mais la voix, affligée d’un vibrato excessif, a perdu en qualité.<br />
			 <br />
			L’accueil enthousiaste du public lors des saluts et l’allégresse partagée des nombreux enfants présents, nouvellement initiés au genre opéra, laissent espérer que la direction d’Angers-Nantes-Opéra se risquera à produire un autre opéra de Nino Rota, ce compositeur si aimé des cinéphiles et si méconnu des opéraphiles. Souhaitons longue vie à cette production qui mérite d’être largement programmée sur d’autres scènes françaises et étrangères.</p>
<p>			* L’opéra a été représenté à l’Opéra de Lyon en mai 1999 (Claire Gibault/Claudia Staviski), puis au Capitole en mars 2000 (Emmanuel Plasson/Nicolas Joël).</p>
<p>			 </p>
<p>
			 </p>
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		<title>ROTA, Aladin et la lampe merveilleuse — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/genial/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Emmanuel Lephay]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Mar 2010 21:59:13 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/gnial/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Nino ROTA (1911-1979)   Aladin et la lampe magique Conte lyrique en trois actes Livret de Vinci Verginelli d&#8217;après Les Mille et Une Nuits Nouvelle production de l&#8217;Opéra Studio Coproduction Opéra National du Rhin / Opéra de Lausanne   Création française      Mise en scène : Waut Koeken Décors : Marnik Baert, Marcoen Dolhain Costumes : Carmen Van &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>          <strong>Nino ROTA </strong><strong>(1911-1979)</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Aladin et la lampe magique</strong></p>
<p>Conte lyrique en trois actes</p>
<p>Livret de Vinci Verginelli d&rsquo;après <em>Les Mille et Une Nuits</em></p>
<p>Nouvelle production de l&rsquo;Opéra Studio</p>
<p>Coproduction Opéra National du Rhin / Opéra de Lausanne</p>
<p> </p>
<p>Création française</p>
<p> </p>
<p></p>
<p>  </p>
<p>Mise en scène : Waut Koeken</p>
<p>Décors : Marnik Baert, Marcoen Dolhain</p>
<p>Costumes : Carmen Van Nyvelseel</p>
<p>Lumières : Glen D&rsquo;haenens</p>
<p>Adaptation du livret en français : Benoît Deleersnyder</p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Aladin : Xin Wang</p>
<p>Le Magicien du Maghreb : Andrey Zemskov</p>
<p>Princesse Badr&rsquo;-Al-Budur : Anaïs Mahikian</p>
<p>Mère d&rsquo;Aladin : Eve-Maud Hubeaux</p>
<p>Le Sultan : Jean-Philippe Emptaz</p>
<p>Le Grand Vizir : Young-Min Suk</p>
<p>Le Génie de la lampe : Olivier Déjean</p>
<p>Le Génie de l&rsquo;anneau : Jean-Gabriel Saint-Martin</p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Ensemble orchestral et étudiants chanteurs</p>
<p>du Conservatoire National de Région de Strasbourg</p>
<p> </p>
<p>Direction musicale : Vincent Monteil</p>
<p> </p>
<p>Illkirch-Graffenstaden, L’Iliade, 10 mars 2010</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong></strong></p>
<p><strong>   </strong></p>
<p><strong>Génial !</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>En matière de spectacles pour enfants et adolescents, l’Opéra National du Rhin a toujours choisi de tirer le jeune public vers le haut avec des ouvrages ambitieux comme par exemple <em>L’Histoire du soldat</em> de Stravinsky, <em>Mahagonny Songspiel</em> de Kurt Weill, Le<em> Pont des ombres</em>, un opéra contemporain (en création mondiale) d’Olivier Dejours, ou cet <em>Aladin et la lampe merveilleuse</em> de Nino Rota, autant d’œuvres qui ne versent pas dans la facilité, qui réclament une réelle préparation du public mais dont l’accueil enthousiaste qu’elles suscitent ne peut que pousser à continuer sur cette même voie d’excellence et d’exigence. Car si l’excellence réside dans la programmation, elle réside également dans l’interprétation et les moyens alloués à ces spectacles. On ressort ainsi de cet Aladin émerveillé tant musicalement que scéniquement. </p>
<p> </p>
<p>La mise en scène du jeune metteur en scène <strong>Waut Koeken</strong> est en effet confondante d’ingéniosité et d’imagination. Le décor se compose d’un immense tapis volant agrémenté d’éléments de décors mobiles et d’une multitude de trappes permettant une circulation des personnages extrêmement habile. De superbes éclairages et projections (par exemple sur les pages d’un livre géant) permettent de camper des atmosphères très différentes. Les beaux et amusants costumes parachèvent cet enchantement visuel. Mais surtout, la prodigieuse direction d’acteurs laisse pantois. Il y a une incroyable vie sur le plateau et les personnages sont remarquablement campés et incarnés par les jeunes chanteurs de l’Opéra Studio qui se donnent à fond. </p>
<p> </p>
<p>Ces artistes se sont déjà produits dans les productions de la maison (comme <em>Louise</em> de Charpentier ou <em>Ariadne auf Naxos</em> de Strauss) où certains s’y sont fait remarquer. On retrouve ainsi avec plaisir celles qui formaient un très beau trio de femmes dans <em>Ariadne</em> dont <strong>Anaïs Mahikian</strong>, ici une superbe et ample Princesse, et <strong>Eve-Maud Hubeaux</strong> en mère d’Aladin dont on se délecte du très beau mezzo. L’Aladin de <strong>Xin Wang</strong> met un certain temps à se chauffer mais révèle une belle voix de ténor joliment menée. On sera hélas plus circonspect sur le magicien d’<strong>Andrey Zemskov </strong>dont le chant trop en force durcit la voix. Le reste de la distribution est enchanteur, tout particulièrement le génie de l’anneau, le baryton <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong>, superbe de timbre, de ligne et de prononciation. </p>
<p> </p>
<p>L’ensemble instrumental formé par des élèves du Conservatoire National de Région de Strasbourg est également excellent (on notera tout particulièrement le trompettiste et le timbalier). Ces jeunes musiciens montrent déjà un professionnalisme étonnant, car jouer en fosse n’est en rien similaire à jouer en symphonique. L’extrême attention qui doit être portée au chef et aux chanteurs nécessite une réactivité et une faculté d’adaptation importantes que ces musiciens ont acquises avec maestria. Il faut aussi louer leur chef, <strong>Vincent Monteil</strong>, qui sait les guider à la perfection et faire superbement sonner ce petit ensemble d’une vingtaine de musiciens. La partition de Nino Rota n’est en effet pas une pochade et renferme des passages d’un symphonique qui penche vers Wagner ou le grand opéra français. On reconnaît ça et là la patte du compositeur de musiques de films, mais sans ostentation : Rota a bien voulu écrire de la musique « savante » et il y a réussi. </p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Pierre-Emmanuel Lephay</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/genial/">ROTA, Aladin et la lampe merveilleuse — Strasbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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