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	<title>Karol SZYMANOWSKI - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Karol SZYMANOWSKI - Compositeur - Forum Opéra</title>
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		<title>SZYMANOWSKI, Król Roger — Francfort</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/krol-roger-francfort-le-loup-dans-la-bergerie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 May 2022 18:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dernière représentation à Francfort du Roi Roger, opéra rarement donné de Karol Szymanowski. De par le monde on ne dénombre en effet que trois productions au cours de cette saison 2021/22 et on saura gré à Sylvain Cambreling (qui connaît bien la maison pour l’avoir dirigée  au milieu des années 1990) d’avoir porté cette pièce &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dernière représentation à Francfort du <em>Roi Roger</em>, opéra rarement donné de Karol Szymanowski. De par le monde on ne dénombre en effet que trois productions au cours de cette saison 2021/22 et on saura gré à <strong>Sylvain Cambreling</strong> (qui connaît bien la maison pour l’avoir dirigée  au milieu des années 1990) d’avoir porté cette pièce avec une énergie et un enthousiasme communicatifs. Il conduit le Frankfurter Opern-und Museumsorchester sans faille au travers des trois actes enchaînés sans pause. La partition de Szymanowski est d’une richesse infinie et exige en permanence l’adaptation à des discours musicaux multiples. Le chœur grégorien introductif côtoie de longues plages où domine tantôt la pâte romantique ou post-romantique (l’élégie de Roxane au II), et tantôt un discours impressionniste qui nous rappelle que nous sommes au siècle de Stravinsky. Tout cela, Cambreling réussit à le formaliser avec homogénéité, sans que la juxtaposition parfois abrupte des discours musicaux paraisse artificielle. On retrouvera cette même cohésion dans les parties vocales.</p>
<p><strong>Johannes Erath</strong> met en scène une pièce piégeuse entre toutes puisque l’action est réduite à sa plus simple expression. Il s’agit, rappelons-le, de l’apparition soudaine dans la cour du roi Roger II de Palerme (nous sommes au XIIe siècle) d’un berger que l’Eglise juge hérétique et qui se prétend porteur d’un message divin, christique. Il se dit envoyé de Dieu et prône un discours d’amour et de paix. Ce discours touche particulièrement Roxane, l’épouse de Roger, et elle finira par le suivre. Le roi, quant à lui, qui résiste jusqu’au bout à l’hérésie, hésite et finalement laisse partir Roxane pour se retrouver seul face à lui-même. L’un des deux librettistes, Jaroslaw Iwazkiewicz (le second étant son cousin, le compositeur lui-même) précisera une donnée capitale : « le contenu anecdotique, la trame réelle du drame est moins importante que sa substance interne et émotionnelle ».</p>
<p>On peut facilement imaginer que cette précision a été au cœur de la proposition du metteur en scène allemand qui prend le parti de relier les trois actes et d’en faire une progression ininterrompue, de surcroit dans un même lieu. Originellement en effet les trois actes devaient se dérouler dans la cathédrale de Palerme, puis dans un palais oriental et enfin dans les ruines d’un théâtre grec. Ce parti pris a l’immense avantage de densifier et d’intensifier fortement la progression dramatique. Le lieu, du coup, n’est plus identifié ; les décors représentent un vaste plan incliné montant vers le fond de scène et se heurtant à un mur oblique blanc. Les seules issues étant les deux côtés et une trouée au milieu du plan incliné. Les personnages eux-mêmes sont dépouillés de leurs attributs, à l’exception peut-être de Roger qui porte sa couronne…à la main (jamais sur le chef en revanche), ne sachant trop qu’en faire. Mais l’archevêque et la diaconesse portent des habits civils de même que Roxane. Erdrisi, le conseiller du roi, est en fauteuil roulant une bonne partie de la pièce. Quant au Berger qui est, dramatiquement et même vocalement le personnage prépondérant (Szymanowski avait au départ choisi comme titre de l’œuvre « Le Berger »), il apparaît tout de blanc vêtu (sa chevelure également est blanche), mais non comme un Christ en chemin, berger de son troupeau, mais bien plutôt comme un vulgaire gourou dépoitraillé, chemise blanche grande ouverte.</p>
<p>Erath voit donc le Berger comme un aigrefin, un manipulateur, un escroc usant de son charme pour gagner la confiance de ceux qu’il va détourner de leurs chemins. Et le charme opère : dès son apparition et comme par magie, le peuple voit tomber sur lui une pluie de sortilèges. Et chacun de se gratter, comme piqué d’un soudain accès de démangeaisons. La tunique dont se saisit le berger devient une relique que chacun s’arrache, Roxane la première, qui, dès le deuxième acte va la revêtir. Roxane qui acceptera que le Berger la rejoigne sur sa couche.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" height="312" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/krol_roger_2021-22_barbara_aumueller_04.jpg?itok=UOjhUm47" width="468" /><br />
	© Barbara Aumüller</p>
<p>Il n’y a donc pas d’ambiguïté dans cette proposition, ce qui en fait aussi la faiblesse. Alors que Szymanowski joue fortement sur le non-dit, l’ambivalence des sentiments, la lente évolution des esprits, qui finiront par se ranger sous la bannière du berger, il semble qu’ici au contraire tout est joué d’avance, que le Berger, comme un <em>deus ex machina</em>, arrive et, tel le loup entrant dans la bergerie, emporte la partie d’emblée. Le centre de gravité de la pièce se retrouve de ce fait entièrement reporté vers Roger, finalement seul à douter et à lutter. Même Edrisi, son fidèle compagnon, finira par se lever de son fauteuil roulant, comme miraculeusement guéri, sans doute grâce à sa proximité avec le Berger.</p>
<p>Cambreling réunit autour de lui une distribution qui a fortement contribué au succès de cette série de représentations. <strong>Nicholas Brownlee</strong>, depuis deux ans membre de la troupe, défend le role-titre avec une immense conviction et un baryton sonore et chantant. Il est un roi d’emblée désemparé, en lutte et résistance permanentes : il entraîne avec lui le spectateur, témoin comme lui de la forfaiture en cours. Szymanowski avait prévu pour le rôle du Berger un ténor aux accents solaires et lumineux. <strong>Gerard Schneider</strong> possède cette lumière dans la voix et aussi l’indispensable puissance qui lui permet, surtout au III, de se projeter au-dessus de l’orchestre. <strong>Jane Archibald</strong> est une Roxane gagnée corps et âme à son gourou. Ce rôle est redoutable car il requiert une soprano tout autant colorature (élégie au II) que dramatique (tout le III) et la Canadienne semble tout autant l’une que l’autre. <strong>Samuel Levine</strong> est Edrisi, au ténor tenant tête au roi ; il a lui aussi justement recueilli les faveurs du public.</p>
<p><strong>Alfred Reiter</strong> (l’archevêque) et <strong>Marvic Monreal</strong> (la diaconesse), complètent une distribution globalement très homogène et qui démontre une fois de plus que la troupe est une force de l’opéra de Francfort.</p>
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		<title>SZYMANOWSKI, Stabat Mater — Paris (Radio France)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/karol-szymanowski-stabat-mater-radio-france-paris-radio-france-automne-a-varsovie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Oct 2021 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est avec un fort beau programme que Krzysztof Urbański faisait son retour à la Maison de la Radio. Le chef polonais dirigeait vendredi soir un panorama de la musique polonaise du XXème siècle. Placé en ouverture du concert, le Thrène à la mémoire des victimes d&#8217;Hiroshima enfonçait la porte de la modernité. Ce tube de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;est avec un fort beau programme que Krzysztof Urbański faisait son retour à la Maison de la Radio. Le chef polonais dirigeait vendredi soir un panorama de la musique polonaise du XXème siècle.</p>
<p>Placé en ouverture du concert, le <em>Thrène à la mémoire des victimes d&rsquo;Hiroshima</em> enfonçait la porte de la modernité. Ce tube de la musique contemporaine repris de nombreuses fois au cinéma a valu à son compositeur Krzystof Penderecki une renommée internationale. Est-ce l&rsquo;habitude de l&rsquo;enregistrement qui nous surprend à l&rsquo;écoute en live de cette pièce ? Les 52 cordes de l&rsquo;Orchestre Philharmonique de Radio France sonnent un peu ternes. Il faut dire qu&rsquo;en optant pour une écriture très divisée, le compositeur se refuse tout effet orchestral.</p>
<p>Le contraste avec le magistral <em>Concerto pour orchestre</em> de Witold Lutosławski n&rsquo;en est que plus saisissant. Partition peu jouée, elle mérite pourtant une meilleure place dans les programmes symphoniques, tant elle met en valeur l&rsquo;orchestre qui la sert. On y retrouve un Philhar&rsquo; en grande forme, tant chez les solistes de la petite harmonie que dans les pupitres de cordes. La battue originale mais toujours précise et musicale de <strong>Krzysztof Urbański</strong> fait des merveilles dans le virtuosissime deuxième mouvement, si difficile de mise en place.</p>
<p>La transition avec le <em>Stabat Mater</em> de Szymanowski est encore un contraste, de nature différente. Les deux partitions ont bien des choses en commun (facture orchestrale exceptionnelle, souvenirs de mélodies populaires polonaises), mais Szymanowski choisit un moyen d&rsquo;expression diamétralement opposé. Ce Stabat polonais est une œuvre toute en retenue, un Requiem confidentiel duquel émane une lumière douce et réconfortante.</p>
<p><strong>Simona Šaturová</strong> <a href="https://www.forumopera.com/janacek-messe-glagolitique-radio-france-paris-messe-megalithique">nous avait déjà parue bien discrète dans une Messe glagolitique il y a deux ans.</a> Sa prestation dans Szymanowski peine à convaincre davantage : le calme et la retenue de la pièce font place à la minauderie, comme s&rsquo;il fallait s&rsquo;excuser de chanter cette musique. La présence noble et directe de <strong>Katharina Magiera</strong> est bien plus juste dans ses intentions, et sa voix d&rsquo;alto au timbre riche et profond convient parfaitement à l&rsquo;œuvre. La partie de baryton qui revient à <strong>Adam Plachetka</strong> contraste par ses accents dramatiques. Parfois couvert par une grande masse orchestrale, le baryton tchèque sait pourtant se faire entendre grâce à placement impeccable et une grande richesse en harmoniques aigües.</p>
<p>Préparé par <strong>Edward Caswell</strong>, le Chœur de Radio France se fond admirablement dans la toile orchestrale délicatement tissée par Krzysztof Urbański. On savoure la clarté de la diction polonaise, et le son pur et transparent choisi pour donner à une musique désincarnée juste ce qu&rsquo;il faut de corps et de vie.</p>
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		<title>We Mgłach</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/we-mglach-karol-netait-pas-encore-roi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Jun 2017 05:03:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Si Le Roi Roger est désormais inscrit au répertoire des plus grandes maisons d’opéra, et si certaines de ses œuvres pour orchestre se sont imposées au programme des concerts, on ne peut pas dire que les mélodies de Karol Szymanowski soient encore couramment interprétées par les chanteurs hors de Pologne. La barrière de la langue &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si <em>Le Roi Roger</em> est désormais inscrit au répertoire des plus grandes maisons d’opéra, et si certaines de ses œuvres pour orchestre se sont imposées au programme des concerts, on ne peut pas dire que les mélodies de Karol Szymanowski soient encore couramment interprétées par les chanteurs hors de Pologne. La barrière de la langue y est sans doute pour quelque chose : si les Occidentaux sont prêts à maîtriser le russe ou le tchèque, les opéras polonais sont trop peu donnés pour tenter les artistes de s’initier à l’idiome de Moniuszko. Heureusement, il ne manque pas d’artistes de talent pour nous faire entendre cette musique, et il existait déjà au moins une intégrale des mélodies de Szymanowski : 4 CD parus en 2004 chez Channel Classics, avec notamment Piotr Beczala et Juliana Gondek. Le label Dux poursuit de son côté une entreprise parallèle lancée en 2007 avec premier un volume de « Szymanowski Songs » confié la soprano Anna Mikołajczyk, et poursuivi en 2013 avec la soprano Dagmara Świtacz. C’est à présent le tour du ténor Rafał Majzner.</p>
<p>Evidemment, les mélodies avec orchestre ont jusqu’ici davantage eu la faveur des interprètes : les envoutants <em>Chants du muezzin amoureux</em> fascinent évidemment par leurs mélismes orientaux, au même titre que les <em>Chants d&rsquo;une princesse de conte de fées</em>. Même dans les œuvres pour voix et piano, bien d’autres compositions de la maturité ont une séduction plus immédiate que les pièces de jeunesse réunies dans ce disque : toutes les pages qu’on entend ici ont été écrites entre 1900 et 1905, autrement dit par un compositeur qui cherche encore sa voix, Szymanowski étant né en 1882, et ce n’est peut-être pas par là qu’il convient de découvrir son œuvre.</p>
<p>Dommage que Dux n’ait pas jugé opportun de faire figurer dans le livret d’accompagnement les textes et leur traduction (au moins en anglais) ; au prix de quelques efforts, on peut les trouver sur Internet, bien sûr, mais pour un compositeur dont la musique a encore besoin d’être soutenue pour intéresser davantage l’auditeur hors de Pologne, il aurait été confortable de les avoir immédiatement sous la main. La tâche est encore compliquée par un problème aussi dans la numérotation des plages : on constate un décalage entre ce qui est indiqué et ce que l’on entend, car les <em>Trois Fragments</em> op. 5 occupent en fait les plage 8, 9 et 10, immédiatement suivies par les <em>Quatre Mélodies</em> op. 11 ; <em>Le Cygne</em>, annoncé en plage 10, occupe la plage 7…</p>
<p><strong>Rafał Majzner</strong> possède un joli timbre, mais le ténor semble souvent atteindre les limites de son instrument, avec des tensions et un aigu poussé qu’on aimerait plus assuré, avec un rien moins de vibrato parfois. L’interprète semble investi et soucieux de traduire la mélancolie et les tourments dont on devine qu’ils s’expriment dans plusieurs de ces mélodies aux harmonies déjà audacieuses et imprévisibles. La pianiste <strong>Katarzyna Rzeszutek</strong> le soutient de son mieux, mais il n’en reste pas moins que l’on réservera ce disque à qui souhaiterait connaître le jeune Szymanowski (et qui ne possèderait pas encore d’autre version des mêmes pages).</p>
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		<item>
		<title>Król Roger</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/krol-roger-certes-pas-abscons/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Dec 2015 01:17:59 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En juin 2009, quand Gérard Mortier tira sa révérence en offrant la création scénique du Roi Roger en France, Renaud Machart réclamait dans Le Monde une « lecture moins absconse et obstruse » que cela proposée par Krzysztof Warlikowski. Longtemps l’apanage de ses compatriotes, l’opéra de Szymanowski avait connu en 1999 un premier enregistrement non-polonais, grâce à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En juin 2009, quand Gérard Mortier tira sa révérence en offrant la <a href="http://www.forumopera.com/spectacle/entre-errance-et-illumination">création scénique du <em>Roi Roger</em></a> en France, Renaud Machart réclamait dans <em>Le Monde</em> une « lecture moins absconse et obstruse » que cela proposée par Krzysztof Warlikowski. Longtemps l’apanage de ses compatriotes, l’opéra de Szymanowski avait connu en 1999 un premier enregistrement non-polonais, grâce à la version dirigée par Simon Rattle avec Thomas Hampson dans le rôle-titre. Grâce au DVD que publie Opus Arte, il existe désormais pas moins de trois captations de cette œuvre qui a mis près d’un siècle à s’imposer hors de ses frontières (sans oublier son autre opéra <em>Hagith</em>, composé vers 1912, également disponible sur le marché). En 2007, a été filmée à Wroclaw une intéressante production signée Mariusz Treliński, metteur en scène que le Met a récemment accueilli le diptyque <em>Iolanta/Château de Barbe-Bleue</em>, et en 2009, David Pountney avait mis <em>Le Roi Roger </em>à l’affiche du festival de Bregenz, spectacle coproduit par Barcelone et situé dans un vaste amphithéâtre blanc et anonyme, où l’action paraissait un peu noyée.</p>
<p>Pour n’être plus tout à fait inconnue, l’œuvre emblématique de Szymanowski n’en reste pas moins assez méconnue et il est légitime que l’on aspire à en donner une présentation clairement accessible, sans s’éloigner d’emblée de la lettre du livret. En la programmant à Covent Garden, <strong>Kasper Holten</strong> savait qu’il pouvait se permettre une transposition dans le temps (le public du Royal Opera House n’en est plus à exiger une action authentiquement située dans la Sicile médiévale), mais qu’il était nécessaire de rendre compréhensibles les enjeux de l’action, ce que certains semblent souvent perdre de vue. Autrement dit, on comprend tout, mais c’est peut-être au prix d’une vision un peu naïve des choses, là où un minimum d’inconfort n’aurait pas forcément été de refus.</p>
<p>Transposition, oui, mais rassurante : nous sommes à l’époque de la création de l’œuvre, chapeaux cloches pour les dames, costumes sombres pour les messieurs. Au milieu d’une sorte de théâtre austère dont le chœur occupe les loges, une énorme tête devant laquelle le roi se prosterne évoque à la fois la spiritualité (est-ce Dieu ?), l’autoritarisme (Big Brother ?) et, tout simplement, l’esprit par opposition à ce corps, dont le Berger vient chanter les plaisirs. Au deuxième acte, quand cette tête pivote, on découvre qu’elle contient le cabinet de travail de Roger ; par un symbolisme assez peu fin, le sous-sol est occupé par un groupe d’hommes nus et sales qui se frottent lascivement aux piliers de soutènement avant de monter les escaliers pour saccager la bibliothèque royale. Succombant à cette tentation, la reine Roxane se retrouve bientôt avec du cambouis sur sa robe rose, manifestation visible de la souillure morale introduite par le Berger (d’où quelques problèmes de raccords : le DVD mêlant deux prises, Roxane change de traces sales d’une seconde à l’autre…). Au dernier acte, le nouveau régime s&rsquo;apparente clairement au nazisme, avec son autodafé de livres. En résumé, le décor est spectaculaire, mais ce qui s’y passe l’est beaucoup moins. A noter cependant, les bonus offrent entre autres la possibilité de visionner l’intégralité de l’opéra en écoutant – en voix off par-dessus la musique – les commentaires du metteur en scène et du chef d’orchestre.</p>
<p>Par chance, l’orchestre dirigé par <strong>Antonio Pappano</strong> est aussi somptueux que l’exige cette partition au post-romantisme suffocant, et les chœurs sont tout à fait la hauteur, avec une mention spéciale pour la chorale d’enfants. Avec <strong>Mariusz Kwiecień</strong>, Covent Garden a fait appel au meilleur titulaire actuel du rôle, qui l’incarnait déjà à Paris en 2009, et dont on est sûr qu’une direction d’acteur plus affutée aurait pu le conduire à transmettre bien davantage d’émotion. Le ténor albanais <strong>Saimir Pirgu </strong>ne s’aventure guère hors du répertoire italien et mozartien : à part une <em>Iolanta</em> en 2012 à Vienne, ce <em>Roi Roger</em> est l’une de ses rares incursions dans la musique de l’Est, qui aurait pourtant d’intéressants personnages à lui offrir (mais moins d’air ultra-connus et bissables, évidemment). On remarquera que son Berger chante en voix de tête la plupart des notes les plus aiguës, ce qui a au moins l’avantage d’éviter l’émission en force. Belle découverte avec la Roxane de <strong>Georgia Jarman </strong>; cette soprano new-yorkaise, qu’on a pu entendre en <a href="http://www.forumopera.com/la-boheme-bordeaux-grand-spectacle-pour-grand-ecran">Musetta à Bordeaux</a>, est parfaitement à l’aise dans les mélismes de l’air de la reine au deuxième acte. Même s’il a renoncé aux Parsifal et autres grands rôles au profit des ténors de caractère, <strong>Kim Begley </strong>n’en est pas moins un Edrisi de luxe.</p>
<p>Autrement dit, une belle réussite sur le plan sonore, mais on recommandera plutôt la version de Wroclaw pour qui voudrait aller plus loin dans l’exploration scénique du <em>Roi Roger</em>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Ewa Podles n’est pas aidée</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/ewa-podles-nest-pas-aidee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Dec 2014 12:52:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>D’après ses meilleurs spécialistes – on songe à notre collègue Brigitte Cormier –, il paraît que l’art d’Ewa Podleś est transcendé lorsque la contralto s’exprime dans sa langue natale. On le croit volontiers, mais il semble hélas qu’il faille le croire aveuglément. Le label Accentus Music vient de faire paraître un disque où on l’entend &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>D’après ses meilleurs spécialistes – on songe à notre collègue Brigitte Cormier –, il paraît que l’art d’<strong>Ewa Podleś </strong>est transcendé lorsque la contralto s’exprime dans sa langue natale. On le croit volontiers, mais il semble hélas qu’il faille le croire aveuglément. Le label Accentus Music vient de faire paraître un disque où on l’entend chanter une œuvre de Szymanowski, les <em>Trois Fragments de poèmes de Jan Kasprowicz </em>composés pour voix et piano en 1902, transcrits pour voix et orchestre par gzegorz fitelberg. L’orchestre symphonique de la radio national polonaise dirigé Alexandre Liebreich interprète en première partie le <em>Concerto pour orchestre </em>de Lutosławski, avant de soutenir Ewa Podleś. Hélas, pour guider l’écoute de ces quelque dix-huit minutes de musique, l’éditeur n’a pas jugé bon de fournir le texte des poèmes, même dans leur version originale. On en est donc réduit à rêver sur les titres, « Mon chant du soir », « Je suis et je pleure » et « Seigneur Dieu », ou à se débrouiller avec la traduction allemande disponible sur Internet. Avec un minutage assez chiche (46 minutes en tout et pour tout), voilà un disque qui ne semble guère chercher à attirer l’auditeur de bonne volonté.</p>
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		<item>
		<title>Quelques points de vue européens sur l&#8217;ère Mortier à travers Le Roi Roger</title>
		<link>https://www.forumopera.com/quelques-points-de-vue-europeens-sur-lere-mortier-a-travers-le-roi-roger/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Anne Le Nabour]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jul 2009 06:15:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>    Le Roi Roger à l’Opéra Bastille marque la fin du mandat de Gérard Mortier : dans les critiques du spectacle, les journalistes du monde entier en ont profité pour faire un bilan de ces cinq années. Pour beaucoup, l’opéra polonais, dont la mise en scène de Krzysztof Warlikowski a suscité la polémique, constitue la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p> </p>
<p>			<strong><em>Le Roi Roger </em>à l’Opéra Bastille marque la fin du mandat de Gérard Mortier : dans les critiques du spectacle, les journalistes du monde entier en ont profité pour faire un bilan de ces cinq années. Pour beaucoup, l’opéra polonais, dont la mise en scène de Krzysztof Warlikowski a suscité la polémique, constitue la métaphore de cette fin de règne.</strong></p>
<p><strong>Mariusz Kwiecien</strong>, Le Roi Roger &#8211; <strong>Olga Pasichnyk</strong>, Roxana<br />
			Dans l’opéra de Karol Szymanowski, « le roi a abjuré la tradition, la société et le conformisme. Délivré de toutes responsabilités, il apparaît tel un nouveau-né, estime le journaliste de <em>Klassikinfo</em> : cette fin est en même temps un commencement comme pour Gérard Mortier qui quitte la direction de l’Opéra de Paris et prend la saison prochaine la tête du Teatro Real de Madrid ». Faire ses adieux avec un opéra polonais est peu commun mais « c’est à l’image du début de son mandat que le directeur belge avait inauguré par son œuvre préférée <em>Saint François d’Assise</em> de Olivier Messiaen, atteignant d’emblée un sommet », rappelle encore le journaliste.</p>
<p>			Pour <em>Online Musik Magazin</em>, le bilan est plus que positif, puisque « Gérard Mortier accumule les mérites : il a rajeuni le public et recentré le répertoire sur le 20e siècle, sa gestion du budget a été bonne et l’orchestre de l’opéra a atteint un haut niveau. » Selon <em>KlassikInfo</em>, « Mortier a réussi à attirer dans son théâtre tant d’excellents chanteurs que d’admirables chefs d’orchestre et de brillants metteurs en scène ce qui n’est pas forcément contradictoire » et il évoque le <em>Fidelio</em> de Johan Simon, le « brutal » <em>Macbeth</em> de Dmitri Tcherniakov, la création de Kaija Saariaho, <em>Adriana Mater</em> ou encore la production du « très sensible opéra de chambre <em>Melancholia</em> ». Mais malgré toutes les audaces et les succès, « Mortier n’est pas non plus un magicien : le <em>Don Giovanni</em> hyperréaliste de Michael Haneke fut assez difficile à imposer et la création de la lourdaude <em>Princesse de Bourgogne</em> de Philippe Boesmans, un véritable flop. »</p>
<p>			Quant à l’orchestre de l’Opéra de Paris, il recueille tous les suffrages, notamment dans <em>Le Roi Roger</em> : « l’orchestre a un son velouté, coloré et le jeu est pertinent », « Kazushi Ono mise sur un son riche de suggestions faisant ainsi flotter un parfum d’exotisme ». Les chanteurs ne sont pas en reste : « Dans le rôle de Roger, Mariusz Kwiecin est grandiose, Olga Pasichnyk en Roxana, rayonnante », s’enthousiasme le <em>Frankfurter Rundschau</em>. Pour Benjamin Herzog de <em>KlassikInfo</em>, Eric Cutler, en berger est « un ténor au comble de sa forme ».</p>
<p><strong>Olga Pasichnyk</strong>, Roxana &#8211; <strong>Eric Cutler</strong>, Le Berger &#8211; <strong>Mariusz Kwiecien</strong>, Le Roi Roger<br />
			La mise en scène est beaucoup moins consensuelle : elle est « énigmatique » pour Roberto Becker de <em>Online Musik Magazin</em>, elle évacue « la thématique des guerres de religion entre chrétienté et culte dionysiaque préférant se faire s’affronter deux modes d’existence : d’un côté le conformisme matrimonial et de l’autre l’amour libre » selon Benjamin Herzog. Et il poursuit, déçu : « De façon peu originale, c’est un hippie qui incarne le berger [prédicateur] ». Ce-dernier est montré du doigt par « une bigoterie bourgeoise et terrifiante dans le look des années 70 qui se transforme bientôt en une véritable Inquisition ». Roberto Becker ajoute qu’à « la différence de la mise en scène de Hans Hollmann à Bonn [la saison dernière] qui cherchait à élucider par la sublimation, l’homosexualité du compositeur et transformait l’histoire en un <em>coming out</em>, curieusement, Warlikowski ne souligne pas du tout cette problématique. » Charles T. Downey de <em>Ionarts</em> pense « qu’une partie du problème provient des images vidéo tirées pour la plupart du film de Pasolini <em>Théorème</em> qui rend hommage sur un mode homo-érotique à la jeunesse et à la beauté ». Roberto Becker conclut : « il se peut que Warlikowski veuille remettre en question le culte actuel voué au corps svelte et au jeunisme. Mais quand à la fin, l’émancipation de Roger des règles orthodoxes débouchent sur un échec et qu’il n’aspire plus qu’à retrouver sa femme et son fils ou alors quand [le metteur en scène] présente le berger et son message comme un divertissement pour enfants à la Mickey, il jette le bébé avec l’eau du bain ».</p>
<p>			  </p>
<p>			Les journalistes étrangers n’ont pas manqué de souligner les huées d’une rare violence adressées au metteur en scène polonais. Le public parisien est apparemment réputé plus sage. C’est un « déferlement », un « tonnerre » de huées qui s’est abattu sur Warlikowski mais au moins comme le relève le site de <em>PolskieRadio</em>, « le directeur est content d’avoir réussi à susciter un débat passionné au sein du très respectable Opéra Bastille. » Mission accomplie ! </p>
<p>			 </p>
<p>			<strong>Anne Le Nabour</strong></p>
<p>			 </p>
<p>			Sources :</p>
<ul>
<li>LANGE, Joachim : « Therapeutisches Schwimmen im Jungbrunnen » in <em>Frankfurter Rundschau</em>, 9 juillet 2009 </li>
<li>HERZOG, Benjamin: „Freiheit mit roten Fingernägeln“ in <em>KlassikInfo</em> (<a href="http://www.klassikinfo.de/">www.klassikinfo.de</a>), 18 juin 2009 </li>
<li>BECKER, Roberto: „Vom Luxuspool zur Blechtonne“ in <em>Online Musik Magazin</em> (<a href="http://www.omm.de/">www.omm.de</a>), </li>
<li>DOWNEY, Charles: „<em>King Roger</em> Decapitated in Paris“ in Ionarts (<a href="http://www.ionarts.blogspot.com/">www.ionarts.blogspot.com</a>), 8 juillet 2009 </li>
<li>“Warlikowski’s <em>King Roger</em> scandalizes Paris” in <a href="http://www.polskieradio.pl/">www.polskieradio.pl</a>, 3 juillet 2009 </li>
</ul>
<p>			 </p>
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		<item>
		<title>SZYMANOWSKI, Król Roger — Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/entre-errance-et-illumination/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marcel Quillevere]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Jul 2009 16:35:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il semblait à Aschenbach /que Tadzio/ / lui souriait là-bas et lui montrait le large…/qu’il/ tendait sa main vers le lointain et s’élançait comme une ombre dans le vide énorme et plein de promesses… » Thomas Mann – Mort à Venise   Le Berger Ecoutez, dans le silence de la nuit, l’appel secret et lointain du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>          <em>Il semblait à Aschenbach /que Tadzio/ / lui souriait là-bas et lui montrait le large…/qu’il/ tendait sa main vers le lointain et s’élançait comme une ombre dans le vide énorme et plein de promesses… »</em></p>
<p>Thomas Mann – <em>Mort à Venise</em></p>
<p> </p>
<p>Le Berger</p>
<p><em>Ecoutez, dans le silence de la nuit, l’appel secret et lointain du bruit de la mer ? Qui me suivra là-bas ?</em></p>
<p>Karol Szymanowsky &amp; Jaroslav Iwaskiewicz – <em>Le Roi Roger</em></p>
<p> </p>
<p>Gérard Mortier a fait un beau cadeau aux Parisiens en leur offrant <em>Le Roi Roger</em> de Szymanowsky en guise de dernier spectacle. Il faut le remercier d’avoir enfin créé à Paris une version scénique de ce chef d’œuvre dont un concert aux Champs Elysées, en 1996, avait déjà révélé toutes les beautés. Une œuvre, créée à Varsovie en 1926, toujours aussi mystérieuse, pour laquelle il fallait un metteur en scène à la hauteur, ce qui n’est pas le cas de <strong>Krzysztof Warlikowski</strong> qui alourdit sans cesse le propos ou s’en distancie par une ironie hors sujet, en lui ôtant finalement toute sa grandeur. Il y avait pourtant là matière à faire un magnifique spectacle tant cet opéra, merveilleux hymne à la vie et au soleil, résonne aujourd’hui plus fortement que jamais. Un superbe antidote à tant de dogmatismes, d’intégrismes et d’obscurantismes.</p>
<p>   </p>
<p>L’œuvre est nourrie de romantisme européen (et de son orientalisme). On pense aussi à Nietszche, à Thomas Mann, et, plus près de nous, à Pasolini et aux philosophes nietzschéens d’aujourd’hui (Savater, Onfray). Œuvre crépusculaire, elle débute au coucher du soleil et se termine à l’aube. C’est un grand rituel nocturne d’1h30, un voyage vers l’éblouissement de l’aube quand au bout du chemin, le Roi Roger chante son hymne au soleil (mot essentiel qui termine l’opéra). La recherche humaine de la transcendance y prend racine au plus profond de l’amour humain et il suffit d’un intrus (comme Tadzio dans <em>Mort à Venise</em> ou le Jeune Homme dans <em>Théorème</em>) pour remettre tout en cause jusqu’à entrevoir l’illumination. L’intrus est ici un jeune et beau berger qui parcourt la Sicile en invoquant un Dieu inconnu dont la philosophie, faite d’amour et de plaisir séduit de plus en plus d’adeptes. Le Roi Roger est intrigué, son épouse Roxane subjuguée. Le beau jeune homme rencontre le roi et lui entrouvre par la musique et la danse, les portes de son royaume de lumière. Roxane part rejoindre ses disciples et le Roi, à son tour, décide de « devenir pèlerin » (on songe aux « pèlerins de l’éternité » de Byron). La nuit s’achève alors qu’il erre dans la nature. Roxane l’appelle, il demeure seul et chante avec exaltation : « Du fond de ma solitude, j’arracherai mon coeur limpide et l’offrirai au soleil ». Pour suivre le berger ? La question reste posée. </p>
<p>   </p>
<p>Quel dommage donc que ce cheminement intérieur, ce rituel complexe et quasiment ésotérique soient rendus totalement abscons par une mise en scène aussi anecdotique  qui, à force de tics et de gadgets inutiles (le Disneyworld final !), fait de l’explication de texte prétentieuse au énième degré. C’est parfois beau, souvent esthétisant, mais il aurait fallu un Olivier Py (si sensible à cette problématique et toujours si proche de la musique) pour rendre justice à l’opéra et en révéler, en un geste amoureux, toutes les beautés. Dans le film qui est imposé au début et qui distrait trop de la musique, le metteur en scène invoque le baron von Gloeden et ses éphèbes de Sicile, les années Woodstock, Joe Dalessandro et le film <em>Flesh</em>. Le parti pris « années 60 » s’essouffle très vite, le couple Roger-Roxane se réduit à un couple de bourgeois désabusés et l’apparition du berger en hippie est tellement caricaturale que le personnage en devient ridicule. </p>
<p> </p>
<p>Mais la sublime musique de Szymanowski résiste heureusement à ce fatras et fascine les spectateurs. Dans la fosse, <strong>Kazushi Ono</strong>, à la tête d’un splendide Orchestre de l’Opéra, déploie avec lyrisme et grandeur une palette de couleurs impressionnante. Il comprend tellement cette musique, tout imprégnée de Shreker, Scriabine et Strauss et aussi de Debussy, Ravel et Roussel. Les cordes chantent l’amour avec un goût de miel (sublime leitmotiv, à l’unisson, du chant du berger). Les vents sont, tour à tour, violence, tourments et soleil cuivré (émouvants soli du hautbois, de la flûte). Sur scène, Mortier a réuni la plus belle distribution dont on pouvait rêver : <strong>Jadwiga Rappé</strong> (Diaconesse) et <strong>Wojtek Smylek</strong> (impressionnant Archevêque), <strong>Stefan Margita</strong>, dont la voix sonore a tout le dramatisme du conseiller Edrisi. <strong>Eric Cutler</strong> est le meilleur Berger qui existe actuellement, un ténor rare, grand interprète de Bellini, qui négocie aisément la tessiture aiguë et redoutable du rôle en se permettant toutes les nuances dont rêvait Szymanowski. <strong>Olga Pasichnyk</strong>, à la voix timbrée et veloutée, est une merveilleuse et belle Roxana. Quant au rôle écrasant du Roi Roger, il est interprété, avec une maestria tout simplement confondante, par le jeune <strong>Marius Kwiecien</strong>. Un baryton exceptionnel à la voix ronde et sonore, un comédien hors pair au physique de jeune premier, qui a fait un véritable triomphe aux saluts. Tous les artistes ont été ovationnés par une salle comble, excepté le metteur en scène accueilli par des huées que voulait couvrir une autre partie du public qui rendait ainsi hommage, sans doute, au travail audacieux réalisé par Gérard Mortier à Paris. Pari réussi : les spectateurs sont venus en masse découvrir <em>Le Roi Roger</em>.</p>
<p> </p>
<p> </p>
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		<title>Le Roi Roger</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/piece-maitresse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Cormier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2009 09:26:22 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Bien sûr, cette nouvelle livraison de l’Avant-scène Opéra1 arrive à point pour nous préparer à l’entrée du Roi Roger au répertoire de L’Opéra national de Paris, mais elle fait beaucoup plus. Elle éveille chez le lecteur intérêt et curiosité pour un compositeur en passe de conquérir la place prépondérante que sa postérité immédiate, en raison &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>          Bien sûr, cette nouvelle livraison de l’Avant-scène Opéra1 arrive à point pour nous préparer à l’entrée du <em><strong>Roi Roger</strong></em> au répertoire de L’Opéra national de Paris, mais elle fait beaucoup plus. Elle éveille chez le lecteur intérêt et curiosité pour un compositeur en passe de conquérir la place prépondérante que sa postérité immédiate, en raison de circonstances particulières, ici éclairées, n’a que trop tardé à lui reconnaître.</p>
<p>À travers les diverses contributions rassemblées dans les « Regards sur l’œuvre », les faits historiques, les événements de la vie privée, les rencontres musicales et leurs résonances psychologiques sont mis en lumière. La chronologie détaillée de Karol Szymanowski (1882-1937), abondamment illustrée de photographies, nous apprend que l’opéra est pour lui l’expérience artistique prédominante et que c’est à treize ans que le « choc de Lohengrin décide de sa vie ». Quant aux extraits de correspondance entre le compositeur et son cousin co-librettiste, l’écrivain polonais Iwaszkiewicz, ils nous font découvrir en direct une genèse curieusement fiévreuse et laborieuse à la fois. Et important complément à cette étude : un historique de l’opéra polonais depuis Moniuszko, où Piotr Kaminski ne se contentant pas de relater, nous ouvre encore d’autres horizons.</p>
<p>Selon le plan habituel de la revue, ce numéro donne les clés nécessaires à une connaissance approfondie d’une œuvre originale et novatrice d’une étrange beauté : argument, acte par acte, langage musical avec guide d’écoute, livret en langue polonaise, avec sa traduction française. On y trouve, recensées, les représentations du Roi Roger à l’affiche à travers le monde, avec leurs distributions depuis la création à Varsovie en 1926 jusqu’à aujourd’hui. Une petite quarantaine. À noter que leur rythme s’accélère nettement depuis une douzaine d’années.</p>
<p>Une courte discographie du <em>Roi Roger</em> et la « petite vidéographie szymanowskienne » établies par Didier van Moere, musicologue et biographe de Szymanowski2 apportent dans un style limpide une analyse fine et expertement argumentée.</p>
<p>Enfin, pour ne pas oublier l’essentiel d’une inspiration demeurée en filigrane, laissons parler Dominique Fernandez qui conclut ainsi son article « De Platon à Gide » : « Œuvre magnifique aux sonorités mystérieuses, à la fois oratorio, messe et drame, Le Roi Roger reste le premier opéra qui ait exalté l’homosexualité comme une invitation à s’évader en dehors des contraintes sociales et des conventions imposées par l’opinion dominante. »</p>
<p>Un passionnant numéro sur un opéra fascinant d’une densité et d’une originalité qui le situent assurément parmi les chefs-d’œuvre lyriques de son époque.<br />
 </p>
<p><strong>Brigitte CORMIER</strong></p>
<p>______</p>
<p>Comme il se doit, la revue n’ignore pas l’actualité. Elle publie les critiques de deux spectacles récents en France. Une sélection de DVD et de CD avec « révérences » à Maria Stuarda, (Donizetti, Antonino Fogliani, Pizzi), à Rossini early operas, (Gelmetti, Hampe) et à Alfonso et Estrella, (Schubert, Harnoncourt, Jürgen Flimm) ; pour les CD, « révérences » à Madama Butterfly, (Puccini, Antonio Pappano) et à La Petite Renarde rusée, Vaclav Neumann.<br />
 </p>
<p>1 <a href="http://www.asopera.com/">http://www.asopera.com</a></p>
<p>2 Didier van Moere, Szymanowski, Paris, Fayard, 2008</p>
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		<title>Stabat Mater, op. 83</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/mysticisme-polonais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Derny]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Oct 2008 15:54:05 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Bien qu’il fut le plus grand compositeur polonais de son temps (j’écrirais « de l’histoire » si je ne craignais de mourir « accidentellement » écrasé sous un Pleyel d’où résonneraient encore quelques pleurnicheries au chromatisme chopinien…), Karol Szymanowsky et sa musique si surprenante restent méconnus du « grand » public. Son néo-classicisme, son romantisme &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>          Bien qu’il fut le plus grand compositeur polonais de son temps (j’écrirais « de l’histoire » si je ne craignais de mourir « accidentellement » écrasé sous un Pleyel d’où résonneraient encore quelques pleurnicheries au chromatisme chopinien…), Karol Szymanowsky et sa musique si surprenante restent méconnus du « grand » public. Son néo-classicisme, son romantisme et son éclectisme dérangent… Pourtant, l’écriture est toujours raffinée, sensuelle, mystérieuse et très fine. En matière de musique vocale, ses opéras (dont Le Roi Roger) et son Stabat Mater sont autant de chefs d’œuvres. Difficile de ne pas également mentionner un corpus pianistique passionnant, de magnifiques concertos pour violon et quelques pages symphoniques admirables.</p>
<p>
Tout d’abord conçu comme un « requiem paysan », le Stabat Mater (1926), dont le texte est traduit en polonais, est marqué par le fossé qui sépare l’écriture « archaïsante » des parties chorales (très monolithiques) et la finesse infinie de l’accompagnement orchestral. Le caractère essentiellement intimiste de l’oeuvre est rompu çà et là par quelques démonstrations de force d’un effectif assez limité. Les pages religieuses suivantes (Veni Creator et Litanies à la Vierge Marie) appellent les mêmes commentaires. Les deux pièces qui complètent le programme de ce disque (Demeter et Penthesilée), largement antérieures à ces pages, sont également remarquables, même si elles n’égayeront pas les soirées automnales des amateurs de bel canto…</p>
<p>Outre la beauté de cette musique, c’est la direction d’Antoni Wit qui attire l’attention sur cet enregistrement. Le chef parvient à équilibrer la dualité de l’écriture chœur/orchestre d’une savante manière. Une main de fer (la direction du chœur) dans un gant de velours (mise en lumière des subtilités de l’instrumentation et souplesse du phrasé) qui met parfaitement en valeur les trouvailles harmoniques de ces partitions. Si Iwona Hossa a du mal a dissimuler ses limites dans l’aigu et manque à certains moments d’assurance dans l’intonation de cette musique difficile, la prestation des chanteurs est dominée par Ewa Marciniec, solide mezzo-soprano qui s’illustre surtout dans Penthesilée et par le baryton Jaroslaw Brek, semble-t-il taillé pour l’opéra russe… Une très belle version à prix économique, idéale pour découvrir cette musique tellement envoûtante.</p>
<p><strong>Nicolas Derny </strong></p>
<p> </p>
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