Un Noël paradisiaque !

Das Paradies und die Peri - Paris (Philharmonie)

Par Clément Taillia | mer 21 Décembre 2016 | Imprimer

Au début de cette saison, Daniel Harding avait choisi les Scènes de Faust pour inaugurer son mandat de directeur musical de l'Orchestre de Paris. Avec Le Paradis et la Péri, il offre pour les fêtes un oratorio de Schumann encore plus méconnu et, à première vue, encore plus aride. Un cadeau empoisonné ? Légèrement postérieur aux Dichterliebe, contemporain des deux premières symphonies, cet oratorio profane s'inspire de Thomas Moore mais ne retient des parfums orientalistes de Lalla-Rookh que les cadres de son canevas d'action. Pas d'exotisme musical à attendre, sauf peut-être dans le choeur « Doch seine Ströme sind jetzt rot », aux percussions très présentes, et dans la croisière sur le Nil du début de la deuxième partie. 

Mais si Robert Schumann renonce au pittoresque, c'est pour mieux exprimer l'universalité du chemin de croix de cette Péri, soucieuse de mettre tous ses efforts dans la recherche du salut. La sobriété du discours musical épouse alors l'ascétisme qui marque la quête de cette héroïne, et aboutit, in fine, à une fantastique jubilation orchestrale et vocale.

Les parties solistes, si elles sont rarement longues, exigent des instruments solides et à l'aise sur un large ambitus. La grâce naturelle de Christiane Karg, la sensualité juvénile de sa voix, la légère acidité de son timbre, dessinent une Peri proche de l'idéal. Lui répond le soprano plus corsé et plus mature de Kate Royal, dans un parfait contrepoint musical. Si Andrew Staples, qui doit assumer seul toutes les parties de ténor, montre parfois des difficultés d'intonation, la profondeur tremblée de Matthias Goerne et la belle aisance de Gerhild Romberger complètent un magnifique plateau

De sa battue unique, à la fois créative et précise, Daniel Harding ne perd jamais une occasion de souligner la vitalité de l'architecture, d'encourager la mobilité des phrasés, d'assouplir les textures, d'exalter une profusion de timbres et de couleurs. L'Orchestre de Paris et les choeurs, auxquels échoient les temps forts de l'œuvre, lui répondent comme un seul homme : en un trimestre, leur collaboration artistique a atteint une maturité qui donne envie d'entendre la suite... 

 

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