Rien de la magie de cette partition n’échappe au chef et l’auditeur est immédiatement happé par les diaprures impalpables du célèbre Prélude pour ne plus être jamais lâché. Quel raffinement, quelle poésie, y compris dans les moments les plus dramatiques ! Tout ici n’est que fusion de timbres, fluidité des structures, évidence du discours… Une leçon magistrale ! La distribution est au diapason : Jess Thomas, alors à son zénith, déploie un chant noble et lumineux, qui sait se faire tendre quand il le faut, héroïque ailleurs – et toujours d’une grande intelligence. Quoique captée un peu tard, Elisabeth Grümmer est quasi idéale : loin des jeunes filles éplorées ou des ingénues un peu mièvres que l’on pourra trouver çà et là, elle incarne une Elsa terriblement humaine, blessée, frémissante et sensible. Face à eux, les deux méchants de l’histoire trouvent en DFD et Ludwig des interprètes saisissants de vérité, mêlant noblesse et noirceur avec une efficacité à faire froid dans le dos. Avec sa profondeur et sa noirceur légendaires, Gottlob Frick parachève cette quinte flush royale. Une disque “classique”, au meilleur sens du terme.
Jess Thomas (Lohengrin), Elisabeth Grümmer (Elsa), Dietrich Fischer-Dieskau (Telramund), Christa Ludwig (Ortrud), Gottlob Frick (Heinrich der Vogler), Otto Wiener (Héraut du roi)
Rudolf Kempe (direction), Orchestre philharmonique de Vienne & Chœur du Staatsoper de Vienne.
Warner – 1964




