Dans le cochon, tout est bon

Il Postino

Par Laurent Bury | sam 10 Novembre 2012 | Imprimer
 
Avec Plácido Domingo, on le sait, il n’y a jamais rien à jeter : tout est exploitable, tout est vendable, à défaut d’être forcément très consommable. Et sur ce point, le communiqué de presse qui accompagne le DVD de l’opéra Il Postino est particulièrement éloquent. Les représentations de cette œuvre au Châtelet en juin 2011 ont marqué « la dernière apparition de Plácido Domingo sur scène en France ; il y triompha bien sûr, tant le public français de l’opéra lui voue une véritable passion ». Dès lors, il est clair que nous avons quitté le domaine du jugement artistique pour basculer dans l’adulation inconditionnelle de la star. Domingo est forcément sublime, Il Postino fut forcément un triomphe. Et qu’importe alors que feu Daniel Catán (1949-2011), à qui cet opéra avait été commandé par le directeur général de l’opéra de Los Angeles, un certain P. Domingo, n’ait été qu’un bien piètre compositeur lyrique. Celui qui ne visionne pas ce DVD avec les lunettes roses du Placidolâtre aura quand même du mal à s’enthousiasmer pour cette musique d’ameublement, dont les rares envols ne correspondent qu’aux moments de pastiche les plus éhontés (Puccini en général, plus une pincée de Debussy et de Ravel). Que cet opéra soit mélodique n’est évidemment pas un problème ; là où le bât blesse, c’est dans la pauvreté extrême des couleurs orchestrales, dans l’absence totale d’imagination sonore, avec ces duos sans surprise et ces chœurs à l’unisson. Les quelques moments comiques doivent tout au texte et aux situations, rien à la musique. La mise en scène de Ron Daniels n’arrange rien, platement illustrative, avec son côté « décors de Rogert Harth et costumes de Donald Cardwell ».
Comme on pouvait s’en douter, Charles Castronovo est infiniment préférable à sa malheureuse doublure, qui assurait la moitié des représentations au Châtelet. Le timbre est évidemment on ne peut plus différent de celui de Domingo, mais ce ténor-là sait au moins ce que chanter veut dire, et il joue assez bien son rôle de benêt. Amanda Squitieri, sa dulcinée, n’a à offrir qu’un timbre prématurément vieilli et des aigus chevrotants. Son vibrato vaut bien celui de Cristina Gallardo Domâs, qui a derrière elle une carrière nettement plus longue. Remplacée à Paris par une Patricia Fernandez trop jeune pour le rôle, Nancy Fabiola Herrera tient dignement son rôle de mère. A la longue tignasse qui dépasse de sa casquette de facteur, on reconnaît tout de suite Vladimir Chernov qui, n’étant plus persona grata au Met, assure désormais les seconds rôles (voire les quatrièmes, comme ce Giorgio) chez son ami Placido. Plácido Domingo, lui, chante en pantoufles, au propre comme au figuré, ce rôle de poète débonnaire, communiste (si peu), très épris de sa jeune épouse (qu’il déshabille dès sa première apparition). Daniel Catán lui a ménagé plusieurs airs sur mesure, propres à satisfaire ses aficinoados. Conclusion du communiqué de presse : « Les fans de Domingo autant que le nombreux public du Châtelet, seront sans aucun doute intéressés par ce DVD ». Cela fait sans doute assez de gens pour en écouler un nombre respectable. Mais si vous aimez l’opéra et pas exclusivement Domingo, ce DVD ne suscitera en vous pas une once d’intérêt.
 

 

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