Demain, et puis demain, et puis encore demain

Macbeth

Par Laurent Bury | jeu 17 Mai 2012 | Imprimer
 
Il en va des mises en scènes d’opéra comme de la vie selon Macbeth, dans son monologue : le choix des captations en DVD est un récit conté par un idiot, qui ne signifie rien, et qui répète à l’infini les mêmes platitudes. Paris, Londres, Barcelone… que de voyages et que d’honneurs pour une production au mieux vaguement agréable à regarder ! Créée à Bastille en 1999, le Macbeth monté par Phillida Lloyd (dont on a récemment pu voir au cinéma La Dame de fer avec Meryl Streep) n’avait guère enthousiasmé. De jolis décors, à la rigueur, une chorégraphie passablement ridicule, et quelques moments plus inspirés séparés par de longs tunnels. La production avait pourtant été reprise en 2002 à Paris et exportée vers Covent Garden la même année ! Sans doute son classicisme de bon aloi en faisait-elle l’antidote à la très décoiffante version qu’avait donnée David Pountney de ce même opéra en 1990 à l’ENO. Déjà reprise en 2006, avec Violeta Urmana et Thomas Hampson, elle fut donnée pour la troisième fois à Londres en 2011. Sans oublier un passage par le Liceu, où Opus Arte, déjà, l’avait filmée, le DVD réunissant Carlos Alvarez et Maria Guleghina. Alors pourquoi cette nouvelle version ? Pour les deux gloires britanniques en tête d’affiche, sans doute.
 
Natif du Sussex, directeur musical de Covent Garden depuis 2002, Antonio Pappano tient sans doute à voir immortaliser ses interprétations verdiennes, son Don Carlo et son Simon Boccanegra londoniens ayant déjà connu le même sort. Toujours meilleur dans le dernier Verdi que dans les œuvres de jeunesse, il trouve avec cette partition hybride un terrain propice, où il peut éviter un certain côté « fanfare » qui a parfois pu pu gêner. L’autre Anglais de la soirée, Simon Keenlyside, s’oriente depuis peu vers un répertoire plus lourd et aborde les barytons verdiens, sans toujours convaincre vraiment. Son Macbeth semble un peu distancié, comme si l’artiste ne parvenait pas à s’intéresser tout à fait à un héros qui, selon lui, n’a pas grand-chose dans la tête (voir son interview dans les bonus), ni même à un compositeur qui, toujours d’après son interview, n’attribue qu’une ou deux couleurs à chaque personnage, là où Mozart propose une palette infiniment plus variée.
 
Autour de ces deux Britanniques, une distribution internationale : l’Américain Raymond Aceto est un Banquo correct mais sans grande personnalité. Son compatriote Dimitri Pittas est un sympathique jeune ténor, déjà Macduff sur le DVD du Met de New York : tous deux interprètent fort honorablement l’unique air que Verdi leur a accordé, mais n’ont guère le temps de marquer les esprits. Il en va tout autrement de Liudmyla Monastyrska. Après avoir fait des débuts londoniens anticipés en mars 2011 – appelée en dernière minute pour chanter Aïda en remplacement de Micaela Carosi initialement prévue –, la soprano ukrainienne fait forte impression par l’aisance avec laquelle elle parcourt une tessiture particulièrement étendue, jusqu’au fameux contre-ré de la scène de somnambulisme. Plus étonnante, sa façon de piquer toutes les notes d’ornement, qui donne l’impression que la monstrueuse héroïne chante l’air des clochettes. Enfin, même pour une prise de rôle, l’actrice paraît bien limitée, cantonnée à des moues boudeuses, lèvre retroussée et regards par en-dessous. Pour elle comme pour certains de ses collègues, la caméra aurait mieux fait de nous éviter les gros plans sur ces visages roulant de gros yeux pour mieux exprimer leur stupeur. Bref, l’ensemble manque terriblement de sauvagerie, de passion, pour une œuvre à la vidéographie déjà bien garnie.
 

 

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