Où ça, une voix laide ?

Macbeth

Par Laurent Bury | jeu 13 Décembre 2018 | Imprimer

Ce n’est plus un secret pour personne : si la relève est assurée sur le plan vocal en Italie, c’est notamment grâce à la grande Anna Pirozzi. Si cette soprano n’a toujours pas eu l’occasion de se produire à Paris autrement qu’en version de concert, le festival de Sanxay a fait découvrir aux mélomanes son Abigaille dès 2014, sa Tosca l’été dernier, et vraisemblablement son Aida l’an prochain. La soprano napolitaine est actuellement en pleine possession de ses moyens : le DVD a déjà immortalisé sa Leonora du Trouvère, que rejoint à présent sa Lady Macbeth, un de ses rôles fétiches. Pourquoi ? Parce que ce personnage a inspiré à Verdi le meilleur de cette partition shakespearienne, et parce que la version « de Paris » se situe à cheval entre deux esthétiques, et exige de son interprète des qualités difficiles à réunir. Une Lady Macbeth à qui les notes du rôle ne posent aucun problème et dont la voix est apte à refléter la démesure de la meurtrière qui bascule dans la folie, voilà qui est précieux. Après, si vous tenez à une voix « laide », il faudra aller voir ailleurs, car madame Pirozzi offre un chant toujours expressif mais sans jamais se permettre de sonorités vilaines, et elle a bien raison. Reste le problème du jeu d’acteur, qui semble ne pas avoir été franchement une priorité de cette production partagée entre Naples et Turin.

Depuis sa Carmen en ouverture de saison à La Scala en 2009, on sait ce qu’Emma Dante peut apporter à l’opéra, avec quelle inventivité elle sait revisiter certains moments les plus convenus. Dans ce Macbeth, comme le signalait Yannick Boussaert, elle livre une série d'images saisissantes, comme le meurtre du roi visualisé à plusieurs reprises par le héros pendant son monologue, ou comme ce Duncan christique dont le corps comme descendu de croix est lavé par des femmes pendant tout le finale de l’acte II. Les costumes de la toujours très imaginative Vanessa Sannino ne manquent pas de surprendre, mais le spectacle inclut aussi des choix moins heureux. Des cactus artificiels pour représenter la forêt de Birnam, vraiment ? Une grande scène de copulation avec figurants généreusement dotés d’organes virils postiches lors de la première apparition des sorcières, et des parturientes qui simulent l’accouchement au-dessus des chaudrons lors de leur deuxième grande scène, est-ce bien nécessaire, ou bien transgressif ? Le plus grave est malgré tout le travail théâtral très limité qui semble avoir été effectué avec les rôles principaux, et dont les gros plans du DVD viennent hélas souligner la faiblesse. A part rouler de gros yeux ou sortir les griffes pour quelques gestes félins, le couple Macbeth n’a pas grand-chose à proposer pour traduire l’horreur de ses ambitions.

C’est dommage pour Roberto Frontali, qui est un Macbeth très convaincant vocalement, et qui prouve lui aussi que la relève est assurée dans le camp des barytons verdiens en Italie, mais qui pâtit à son tour du manque de direction d’acteur, dans un rôle où celle-ci serait particulièrement utile. Egalement livré à lui-même paraît le jeune ténor Vincenzo Costanzo, à la voix pourtant prometteuse, alors que Macduff, qui a certes peu à chanter, devrait pouvoir faire figure de défenseur du bien et être de taille à s’opposer à Macbeth. Moindre mal pour Marko Mimica, dont le solide Banco parvient à traverser cette production avec sérénité.

Engagées dans l’entreprise, les forces du Teatro Massimo font preuve d’une belle cohérence, tant sur le plateau que dans la fosse, même si les tempos assez retenus de Gabriele Ferro peinent souvent à donner à la musique le côté inquiétant qu’elle devrait avoir. Verdi a beau avoir fait chanter ses sorcières sur des rythmes évoquant davantage les danses de salon que le sabbat de Walpurgis, d’autres chefs n’en ont pas moins sur en tirer des résultats plus frappants.

 

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