Anecdotes, rumeurs, bruits

Par Sylvain Fort | jeu 01 Avril 2010 | Imprimer

A l’heure où le couple présidentiel déploie la grand’ voile de l’indignation publique et arme son bras de puissantes armes juridiques pour faire rendre gorge à ceux qui ont osé propager la rumeur d’une séparation de leurs augustes personnes, je tremble. Oui, je tremble, car j’ai, moi aussi, propagé la rumeur. Je pense même en avoir parlé non pas à une, mais peut-être à deux personnes. Trois ? Si la justice vient me quérir au saut du lit, j’ai déjà une idée : je dénoncerai mon coiffeur. C’est lui qui m’en a parlé le premier ! Il disait tenir cela de source très sûre ! A son tour, il pourra dénoncer la cliente bien informée qui lui aura valu de commettre le crime de lèse-majesté. A ce rythme, dans deux semaines, la France entière moisira dans des culs de basse-fosse. Non mais !
 
Las, ce ne sont là que des jeux d’enfants, comme disait l’autre. De bien menus divertissements comparés aux rumeurs folles dont bruisse depuis toujours le monde de l’opéra. Inutile de le nier, ô lyricophile : tu te repais sans vergogne de tous les racontars qui parcourent les couloirs venteux des théâtres, et tu propages avec une gourmandise non dénuée de vice abject les invraisemblables fariboles recueillies de la bouche des moins crédibles des bavards. C’est ainsi que nous savons tout des grossesses, des mariages, des divorces, des aventures et des déconvenues, des fantaisies sexuelles, des passions inavouables, des tics, des manies, des mégalomanies, des petitesses, des avanies, des tares, des errances de nos chanteurs et chanteuses. Il n’y a pas, pour le monde lyrique, de Gala, de Voici, de Closer, mais tout, nous savons tout ! Ah, qu’ils ne croient pas nous tromper ceux qui affichent dans les magazines officiels la mine grave de musiciens pénétrés de leur rôle : nous savons qu’à peine sortis de la suite confortable où ils auront pendant une heure pontifié un journaliste ému, ils courront retrouver leurs vices cachés – comme cet austère joueur de luth qu’un confrère surprit dans sa loge en train de fabriquer des poules en pâte à modeler, assis par terre, vêtu en tout et pour d’un short du Bayern de Munich. Encore cela est-il attendrissant. Pour des anecdotes plus corsées, il faudra se reporter au bouquin que vient de pondre Malcolm Egg, d’ordinaire plus versé dans l’analyse de la rhétorique d’Alban Berg que dans la collection de gossips lyriques. Son ouvrage, All about Lyrics (avec une couverture inspirée de Ronald Searle), édité à compte d’auteur, regorge d’épisodes amusants. Tout, vous saurez tout sur ce que Montserrat Caballé réclame comme collation avant tout concert lorsqu’elle se trouve en Asie, vous apprendrez qu’un célèbre directeur d’opéra américain fit suivre Placido Domingo par un détective pour s’assurer qu’il n’avait pas un frère jumeau tant l’agenda du ténor semblait impossible à un seul homme, vous lirez la triste galère de cette soprano russe qui, dans Manon Lescaut, fut prise d’une crise de rire virant à la crise d’épilepsie, devant un public hilare, vous apprendrez comment faisait Caruso pour honorer ses rendez-vous galants, souvent simultanés, et vous comprendrez pourquoi les chanteurs aiment tant les aéroports. Tout cela est raconté sans méchanceté, avec beaucoup de bonhomie et de causticité. Il est disponible dans les meilleures librairies musicales d’Angleterre (où nous le dénichâmes)… mais ne dépensez pas un billet de train pour l’aller acquérir. L’ouvrage n’existe pas. Si toutefois vous avez eu, lisant cet édito, envie de l’acquérir, sachez que vous serez bientôt, dans notre beau pays de France, passible du cachot. Non mais !
 
 
 

 

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