Un tour à Tours

Ensemble Jacques Moderne - Tours

Par André Peyrègne | mar 12 Octobre 2021 | Imprimer

Le propre de l’Ensemble Jacques Moderne est de s’occuper de musique ancienne.
Jacques Moderne était, au XVIème. siècle, à Lyon, l’un des pionniers de l’imprimerie musicale.

Un ensemble vocal porte son nom aujourd’hui afin de lui rendre hommage. Il a été fondé à Tours en 1993 par Joël Suhubiette, lequel dirige également l’ensemble les « Eléments » basé, lui, à Toulouse.

Ces deux ensembles sont l’exemple de ce qui se fait de bien en matière de musique ancienne et de musique en général en région. Grâce à ce genre d’entreprise, la musique vit, prospère et resplendit partout dans le pays. C’est la puissance de la « région ». Réjouissons-nous et encourageons !

L’Ensemble Jacques Moderne, qui s’est produit jusqu’en Amérique ou au Japon, a donné ce dimanche un concert dans sa Touraine d’origine, en l’Église Saint Julien de Tours, dans le cadre des Concerts d’Automne.


Ensemble Jacques Moderne (Photo AP)

Ce concert était, d’une certaine façon, un manifeste de la régionalisation. Car, outre que l’ensemble vocal était un ensemble régional, les compositeurs du programme étaient aussi des provinciaux des XVIIe et XVIIIe siècles : Moulinié, né à Carcassonne, Gilles né à Tarascon, Campra, né à Aix-en-Province. Et, à l’époque, il était encore plus difficile qu’aujourd’hui de s’imposer à Paris lorsqu’on ne faisait pas partie de la Cour.

Moulinié devint maître de musique de Monsieur Gaston – je veux dire de Gaston d’Orléans, fils d’Henri IV, qui avait le titre de « Monsieur ». (Bon, oublions que Moulinié mourut, ivre, en tombant dans la trappe de sa cave à vins !) Gilles eut son célèbre Requiem joué aux obsèques de Rameau et de Louis XV. Quant à Campra, il se hissa au rang d’inspecteur de l’Académie royale de musique (Opéra) et de maître de musique de la Chapelle Royale. Voilà la gloire des gens de province !

Les musiques des Moulinié, Gilles ou Campra sont pleines d’élégance, de raffinements vocaux. Pendant une heure trente, sous les hautes voûtes gothiques de l’église de Tours, on s’est laissé charmer par contours mélodiques des cantates du premier, par les dialogues vocaux des motets du second, par les beautés harmoniques des chants du troisième. Bien serrés sur nos chaises d’église, nous étions enlacés par ces voix chantées qui nous reliaient au passé. Rôle historique de la musique ! On s’est laissé soulever par la vague douce et sereine de ces chants qui nous venaient de trois ou quatre siècles en arrière. Pas de coups d’éclat, pas  de crescendos tonitruants, pas  de roulements de timbales, mais un doux délice de voix qui s’entremêlaient, s’enlaçaient, se répondaient, étaient porteuses d’harmonie et de foi. L’ensemble Moderne leur donnait vie avec un soin et un engagement admirables. Beaucoup de chanteurs passaient du rôle de choriste à celui de soliste. Nous nous garderons de détailler les mérites individuels des uns ou des autres tant ils formaient un ensemble uni.

Ce concert fut une magnifique victoire des musiciens « de province ». On était à Tours et l’on se sentait à Versailles . On ne regrettait pas notre tour à Tours .

 

 

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