Faire plaisir et se faire plaisir

Gala lyrique au Palais Garnier - Paris (Garnier)

Par Yannick Boussaert | sam 19 Juin 2021 | Imprimer

On sentait l’excitation et le plaisir d’assister au gala lyrique du Palais Garnier, premier concert depuis bien longtemps pour l’immense majorité du public, venu malgré les fourches caudines du pass sanitaire. Une élégante soirée, menée par la baguette sautillante de Mark Wigglesworth et qui réunissait quatre artistes lyriques de stature internationale et par ailleurs présent à l’affiche de Tosca et du Soulier de satin.

La phalange de l’opéra de Paris démarre le concert tout en crescendo avec l’ouverture de Guillaume Tell, le violoncelle solo tout en rondeur est rapidement secondé par toute la virtuosité des cordes et chaque pupitre trouvera l’occasion de briller avant que le chef australien ne fasse monter la sauce : le ton est donné ! C’est dans cette ambiance que Luca Pisaroni vient chanter son « mille troisième » air du catalogue de Leporello avec la même science délicieuse des couleurs, des accents et un phrasé mozartien souverain. Ces mêmes facéties trouveront un emploi truculent dans l’air de Méphistophélès de la Damnation de Faust avec une Louison tout à fait idoine d’un Ludovic Tézier goguenard et guère effrayé par le loup. Nos deux clés de fa assurent le show et finissent de dérider ce gala dans le duo Malatesta – Don Pasquale qui les voit rivaliser de traits comiques, d'œillades, de virtuosité pour finir par faire trembler les murs à l’unisson de leur aigu conclusif. Ludovic Tézier aura entre-temps remporté la palme à l'applaudimètre avec deux morceaux de choix. La scène complète de Don Carlo di Vargas fait l’étalage de sa science du texte, de ses réserves inépuisables de souffle et de puissance et du sens dramatique d’un rôle qu’il maîtrise à la perfection. On plonge directement au cœur de la scène et l’on suit avec frissons le dilemme du frère revanchard vers sa résolution meurtrière. Puis, après une bacchanale de Tannhäuser (version de Paris avec castagnettes donc mais étrange découpage de l’ouverture tout de même) un rien dissipée où le dionysiaque l’emporte définitivement sur l'apollinien, le baryton français s’essaie à la romance de Wolfram extraite du même opéra. On louera ici le phrasé et l’interprétation mâchoires serrées de douleur rentrée, tout en regrettant l’attention presque maladive portée à la prononciation qui nuit au naturel et à la poésie de l’air.

L'italianità et le drame reviennent, c’est une évidence, au ténor et à la soprane. Maria Agresta s’attaque à froid à l’air final de Manon Lescaut avec un certain succès, qui repose en grande partie sur ses moyens vocaux conséquents. Mais l’émotion n’est pas encore tout à fait au rendez-vous. On saura grâce à Michael Fabiano de faire entendre la grande scène de Corrado extraite d’Il Corsaro quasi jamais donnée de ce côté-ci des Alpes. Ici ,dans un Verdi encore engoncé dans les canons belcantistes, le ténor américain ne convainc pas tout à fait dans un cantilène peu varié et mezzo forte de part en part. La cabalette qui suit lui sied bien davantage : le mordant et l'héroïsme qu’il déploie provoquent la première franche ovation de la soirée. Ces deux interprètes concluent ensemble ce gala par la scène Mimi - Rodolfo du premier acte de La Bohème. Amusant de penser qu’à la Bastille c’est un autre grand duo d’amour puccinien qu’ils interprètent tous les autres soirs. Là, et nonobstant quelques scories bénignes, ils font montrent d’une belle complicité, de nuances élégantes et font chavirer Garnier au mot d’amore.

 

 

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