Tous les chemins mènent à Carmen

Georges Bizet

Par Christophe Rizoud | jeu 24 Septembre 2015 | Imprimer

Chaque nouveau volume de la collection Classica est une gageure pour son auteur. Comment en moins de 200 pages dresser le portrait historique et musicologique d'un compositeur et de son œuvre ? Si la plupart optent pour le confort chronologique, Jérôme Bastianelli, actuellement directeur général délégué au musée du quai Branly et auteur dans la même collection des biographies de Mendelssohn et Tchaïkovski, a choisi une approche plus originale qui tient lieu de démonstration en quatre points du génie de Bizet.

A l’âge de 17 ans, après des études brillantes au Conservatoire de Paris, le jeune Georges donne vie en un mois à la Symphonie en Ut qu’il range dans un coin à peine composée pour l’oublier définitivement. Elle attendra 80 ans pour être créée et fait partie aujourd’hui des chefs d’œuvre du genre. Plus attiré par l’opéra que par la musique orchestrale, Bizet n’explora ensuite que sporadiquement un territoire sur lequel il aurait pu régner en maître. Tel est le premier point.

En 1861, Franz Liszt lors d’un dîner chez Fromental Halevy  joue une de ses compositions pour piano, si difficile qu’il explique ne connaître que deux pianistes capables de l’exécuter convenablement : Hans von Bülow et lui-même. Mais après avoir entendu Georges Bizet, présent ce soir-là, triompher du morceau sans la moindre anicroche, il se reprend et, dixit Charles Pigot, le premier biographe de Bizet, s’exclame : « J’avais cru qu’il n’y avait que deux hommes capables de lutter victorieusement contre les difficultés dont j’ai pris plaisir à hérisser ce morceau ; je m’étais trompé ; nous sommes trois, et je dois ajouter, pour être juste, que le plus jeune des trois est peut-être le plus audacieux et le plus brillant. » Pourtant, le compositeur de Carmen tout au long de sa courte vie n’a fait que peu de cas de ce talent extraordinaire, pour les mêmes raisons sans doute que précédemment la musique orchestrale : l’opéra, rien que l’opéra. C’est là le deuxième point.

L’opéra, parlons-en justement. Sur ce troisième point, Jérôme Bastianelli se heurte aux limites de l’exercice tant il y aurait à dire. Trente pages écrites pourtant d’une écriture habilement dosée entre l’indispensable et l’anecdotique ne sauraient suffire à balayer un sujet auquel Bizet consacra l’essentiel de son énergie, du Docteur Miracle, farce en un acte qui lui valut en 1856 le premier prix, ex-aequo avec Charles Lecocq, du concours d’opérette lancé par Jacques Offenbach, jusqu’à Carmen, l’objet principal – avec la Suite de L’Arlésienne – du quatrième et dernier chapitre de ce livre.

C’est effectivement avec son dernier ouvrage lyrique, le plus joué au monde aujourd’hui, que Bizet touche à la gloire, posthume puisqu’il mourra à l’âge de 36 ans, le 3 juin 1875, trois mois pile après la première représentation, qui fut – faut-il le rappeler – un fiasco, sans avoir pu mesurer l’incroyable succès de ce qui demeure son chef d’œuvre. A l’invitation de l’auteur, une fois le volume refermé sur quelques indications discographiques, on se prend à imaginer les opéras qui auraient succédé à Carmen si cette mort précoce n’en avait à jamais empêché la géniale composition.

 

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