Une « standing ovation » méritée

Giulio Cesare in Egitto - Paris (TCE)

Par Marcel Quillévéré | lun 16 Octobre 2017 | Imprimer

Jubilation générale ce lundi 16 octobre 2017, au Théâtre des Champs Elysées lors du Giulio Cesare de Haendel en version de concert, dans une sorte d’osmose chaleureuse entre le plateau et la salle. Comme si les musiciens et les chanteurs, grisés par le défi que leur lance la virtuosité du chant haendélien, entraînaient tout le public dans leur exaltation. Au pupitre, Ottavio Dantone, à la tête de son Academia Bizantina, donne le ton dès la première partie de l’ouverture. Les accents soulignés, les traits soudain fulgurants et les silences savamment rythmés, créent une tension qui rompt avec la solennité qu’on y entend souvent. Tout n’est qu’expression et drame, et l’allegro fugué qui suit annonce avec force les conflits passionnels qui en seront la trame. Magnifique ! L’opéra est très sobrement et judicieusement mis en espace. Dès l’air d’entrée de Jules César, le contre-ténor américain Lawrence Zazzo fait feu de tout bois. Sa voix puissante, aux aigus sonores et larges, voire tonitruants (ce qui sied parfaitement au rôle) sait jouer avec des suavités proches du murmure. Sa virtuosité impressionne car elle est toujours au service de l’expression dramatique. En scène, il a même un côté fellinien en campant, dans l’outrance et l’ambigüité, ce personnage ambitieux et calculateur avec une petite touche de ridicule particulièrement bienvenue. Le public l’applaudit à tout rompre. Son « Al lampo dell’armi » et « Da quel torrente », tenus à un rythme d’enfer par Dantone à l’orchestre, déclenchent le même enthousiasme.

A ses côtés on retrouve deux des chanteurs de la version enregistrée par le Complesso Barroco d’Alan Curtis. Filippo Mineccia y interprétait déjà Tolomeo. Que de chemin parcouru ! Il est époustouflant vocalement. La voix est puissante et sensuelle, capable de nuances infinies qui ôtent le caractère trop facilement bouffe du personnage. Quant à la chanteuse hongroise Emöke Baráth qui chantait Sesto avec Curtis, elle est à présent une Cléopâtre de rêve. Une technique solide, avec une émission égale sur toute la tessiture, lui permet la précision que requière la vocalise haendélienne et des piani soutenus qui passent toujours l’orchestre. Une voix chaude, et même percutante dans l’invective, capable aussi de messa di voce et de sons filés très émouvants. Enjôleuse à souhait (« V’adoro pupille »), amoureuse aussi et toute d’émotion contenue dans un « Piangeró »  acclamé par les spectateurs. Quant au baryton Riccardo Novaro, il campe avec justesse la complexité d’un Achilla à la fois brutal, bouffe (on rit souvent dans l’opéra !) et bouleversant face à  sa mort annoncée. La mezzo Julie Boulianne, en digne représentante de la belle école de chant québécoise, interprète Sesto avec intériorité et une belle vocalité. A ses côtés la française Delphine Galou, un peu timide au premier acte, emporte l’adhésion avec son air final où son chant plus soutenu s’épanouit.

Enfin Ottavio Dantone et son Academia Bizantina nous offrent une lecture passionnante de l’ouvrage qui ne relâche pas un seul instant la tension dramatique et qui, avec de subtiles couleurs orchestrales, met en valeur l’incroyable diversité de la musique de Haendel. Le joueur de cor naturel (instrument périlleux s’il en est) accompagne le célèbre « Va tacito e nascosto » avec une dextérité remarquable. Dans cet ensemble, tous sont de grands solistes : du premier violoncelle au premier violon, qui accompagne avec espièglerie l’air bucolique de César (acte II), et au théorbe qui se détache soudain dans la musique « céleste » de la scène de séduction de l’acte II. Ce Giulio Cesare méritait bien la « standing ovation » que lui a faite le public du Théâtre des Champs Elysées.

 

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