Salut à la France

Histoire de l’opéra français. Du Consulat aux débuts de la IIIe République.

Par Nicolas Derny | mer 16 Décembre 2020 | Imprimer

Volume II d’une ambitieuse Histoire de l’opéra français, « Du Consulat aux débuts de la IIIe République » paraît avant l’alpha (« Du Roi-Soleil à la Révolution ») et l’oméga (« De la Belle Époque au monde globalisé ») de la trilogie prévue par Fayard. Maître d’œuvre de ce chantier titanesque, Hervé Lacombe s’est entouré des meilleurs chercheurs, recrutés dans l’Hexagone pour la plupart (Joël-Marie Fauquet, Jean-Christophe Branger, Emmanuel Reibel, Jean-Claude Yon…), bien au-delà pour quelques-uns (Bristol, Cologne, Essen, Hawaï…). Soit cinquante-huit spécialistes dont l’objectif est de « brosser le tableau de la vie lyrique en France au XIXe siècle dans sa diversité, de décrire ses mécanismes, de connaître ses acteurs, d’analyser son répertoire et sa réception, de suivre ses évolutions, de comprendre ses valeurs et de dégager ses thématiques, d’observer son écho dans la culture du temps et de mesurer son rayonnement ». Excusez du peu. Politique, économie, esthétique, marketing, tout y passe pour un aperçu des plus larges.

Les auteurs commencent par dresser un panorama de la situation dans la capitale. Un état des lieux d’autant plus nécessaire que la carte et l’organisation des maisons varie avec les différents régimes et leurs administrations (emplacements, modèles de subventions ou de nominations...). Cette passionnante plongée dans le monde des théâtres examine leurs différents statuts juridiques, passe en revue leurs sources de recettes et postes de dépenses, nous emmène des travées du parlement aux coulisses de la claque. Et si Paris bat la mesure, l’étude n’oublie ni les régions, ni les colonies, ni le rayonnement du genre à l’étranger (de la Scandinavie à l’Amérique en passant par Bruxelles, qui accueille bien des créations).

Vous pensiez que seule l’inspiration des créateurs guidait leur plume ? Détrompez-vous. Tandis que les décrets qui délimitent les genres dictent la forme de la musique, la censure nettoie les livrets, dont l’analyse des « thématiques constitutives » constitue la troisième partie de l’ouvrage. Et puisque le théâtre lyrique est un travail d’équipe, la somme décrit la surprenante destinée de quelques directeurs (entrepreneurs-administrateurs à tout faire généralement promis à la ruine), suit les parcours variés de fameux librettistes (Scribe par-dessus tout, qui crée le grand opéra et réinvente l’opéra-comique), examine la carrière du chanteur (l’avant, l’après, le star system), pousse la porte de l’atelier du compositeur. Le rôle des éditeurs, traducteurs, journalistes et critiques est aussi passé au crible, en plus d’un portrait des publics et d’une étude sur les produits dérivés (livrets, morceaux séparés éventuellement inédits ou arrangés…).     

Pas question, bien sûr, de se limiter aux grands titres  qui remplissent toujours les salles. Au contraire. Si on lit avec délice les passionnants paragraphes que Gérard Condé consacre à Gounod et ceux d’autres auteurs pas moins experts, dévolus à Massenet, Berlioz ou au Bizet d’avant Carmen, l’esprit curieux se plongera d’abord dans ceux sur Auber, Hérold, Adam et Halévy, sans oublier les lignes qui démontent la mécanique dramaturgique des grandes œuvres de Meyerbeer ou reviennent sur la raison d’être de l’opérette. Le succès et les déboires de quelques étrangers à Paris (Rossini, Verdi, Wagner) font aussi l’histoire de France. Ils ne sont pas négligés.

Bref, une première livraison à lire de long en large, et en travers : les parties se recoupent et les sections se complètent sans trop d’inutiles redites, ponctuées de brefs portraits de gosiers illustres. Ne manquent que quelques pistes discographiques, qui nous indiqueraient où pêcher bien des perles oubliées. 

 

 

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