Wagner en pleine tempête (ana-chronique)

Le Vaisseau fantôme (Dresde) - Dresde

Par André Peyrègne | sam 09 Janvier 2021 | Imprimer

Il y a deux ans, quand notre directeur Camille de R. avait décidé de publier une série d’articles sur les métiers de l’opéra, nous avions rencontré un jeune librettiste et arrangeur qui vivait dans une quasi-misère, avec sa femme Minna, près de Paris, à Meudon. Il s’appelait Richard Wagner. Il avait 27 ans. D’aspect bourru, il nous avait reçu au premier étage de sa maison, dans la pièce où était installé son piano face à l’avenue qui monte au château. Certains jours, il n’avait pour se nourrir que les champignons de la forêt.

Il nous raconta qu’il avait vendu pour 500 francs à Léon Pillet, directeur de l’Opéra de Paris, un livret intitulé le « Vaisseau fantôme ». Cet ouvrage, on le sait, a été mis en musique sans succès, l’an dernier, par le chef de chœur Louis Dietsch.

Richard Wagner nous révéla alors qu’il avait écrit lui-même sa propre musique sur ce même livret. Il venait de l’achever à Meudon.

Aussi, lorsque nous avons appris que cet opéra serait donné le 2 janvier (1843) à Dresde, nous avons décidé d’aller assister à sa création.

Lors de notre entretien, Wagner nous avait expliqué comment l’idée de cet opéra lui était venue. C’était en 1836 lorsque, fuyant la Lettonie où il était poursuivi par les créanciers, il s’était embarqué vers l’Angleterre et que son navire avait essuyé une tempête épouvantable, l’obligeant à se réfugier dans un fjord norvégien. Cela avait fait ressurgir en lui les « Mémoires de Monsieur de Schnabelewopski » de Heine, qu’il avait lues autrefois et qui racontaient l’histoire d’un capitaine condamné à naviguer éternellement pour racheter l'amour d'une femme.

Nous nous sommes donc rendus le 2 janvier à l’opéra de Dresde. Nous y avons retrouvé le compositeur Hector Berlioz, qui est en ce moment en tournée de concerts en Allemagne. Le bâtiment de l’opéra de Desde, de style Renaissance, est de construction récente. Il a été inauguré en 1841. Richard Wagner y a été nommé directeur musical et y a fait représenter l’an dernier un premier ouvrage, « Rienzi ».


Le Vaisseau fantôme en 1843 à Dresde

Ce compositeur conçoit son opéra de A à Z, du livret à la mise en scène en passant par la direction d’orchestre. Sa musique se présente comme un flot continu, et non comme une succession d'airs séparés. Il attache aux idées et aux personnages des motifs musicaux que l’on retrouve au long de l’ouvrage. On n’est plus dans l’opéra historique de Rossini ou de Meyerbeer mais dans une œuvre romantique parcourue par des personnages romanesques ou légendaires. Ils trouvent leur libération dans une mort sublimée.

Le rôle de l’héroïne Senta était chantée par Wilhelmine Schröder-Devrient. Elle a une voix puissante, de la fougue, mais Berlioz, avec qui nous avons parlé à la fin, a trouvé exagérées ses attitudes scéniques. En revanche il ne tarissait pas d’éloge sur l’interprète du capitaine maudit, Michael Wächter – ainsi, d’ailleurs, que sur la direction d’orchestre de Wagner, et il s’y connaît  en la matière !

Pour notre part, nous avons trouvé quelconque le reste de la distribution.

Le spectacle n’a d’ailleurs obtenu qu’un succès moyen.

A la fin, nous avons rencontré Wagner dans sa loge. Il se souvenait de nous. A un moment, Wilhelmine Schröder-Devrient est arrivée. Elle lui a présenté le pianiste virtuose Franz Liszt dont il s’est dit heureux de faire la connaissance. Avant de partir, Wagner nous a demandé si on pouvait faire quelque chose pour l’aider à monter son prochain opéra à Paris. Il a dit qu’à Forum Opera, on avait de l’influence sur les milieux artistiques parisiens. L’opéra qu’il est en train de composer s’appelle «Tannhaüser ». On verra ce qu’on peut faire…


Wagner en 1842

 

 

 

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