Caprices de reines

Architectures de théâtre à Versailles ; lieux présents et lieux disparus

Par Laurent Bury | mer 01 Février 2017 | Imprimer

Comme nous vous l’avons signalé en novembre, le château de Versailles accueille jusqu’aux premiers jours du printemps une exposition consacrée aux « fêtes et divertissements », riche de très nombreux documents iconographiques, dont un catalogue rend compte. Au milieu des portraits, dessins, accessoires et éléments de décor, le visiteur remarque ici et là des écrans vidéo qui proposent une visite virtuelle de salles de spectacle disparues. C’est précisément à celles-ci que s’intéresse le volume publié par les éditions Honoré Clair, où les textes commandés à d’éminents spécialistes sont accompagnés non seulement de plans et dessins d’époque, mais aussi de photographies de leur reconstitution permise par la magie de l’informatique. Revivent ainsi, de manière assez stupéfiante, des lieux pour la plupart éphémères, mais pour lesquels avaient été sollicité tout le savoir-faire des divers corps de métier jadis nécessaires à la construction d’un théâtre.

Des opéras, on en donna à Versailles dès le début des années 1680, et pendant un siècle. Louis XIV y fut bien sûr pour quelque chose, mais ce que nous rappelle ce livre, c’est que pas mal des lieux destinés aux spectacles lyriques furent créés à la demande des dames qui régnaient sur la France ou sur le cœur du roi. Certes, l’Opéra royal fut érigé à l’occasion du mariage du futur Louis XVI, mais il n’est que le plus récent des lieux versaillais dévolus aux arts de la scène, et encore, il dut se partager entre différentes fonctions, avec une triple configuration, selon que le plancher en était plus ou moins relevé grâce à un système d’une étonnante modernité. Le 16 mai 1770, la salle fut inaugurée par un grand banquet ; le 17, elle accueillit une représentation d’opéra, le Persée de Lully dans sa révision récemment ressuscitée par Hervé Niquet (le spectacle fut un fiasco faute de répétitions, malgré une machinerie alors supérieure à celle de tous les théâtres publics. Et dès le 19 mai, on y donnait un bal paré, sa dernière utilisation sous l’ancien régime étant un bal donné en juillet 1784, en l’honneur de Gustave III de Suède (un ballo in maschera, peut-être…). Avant cela, la salle du Manège de la Grande Ecurie avait été utilisée dès 1682 pour donner plusieurs tragédies lyriques de Lully (Persée, Phaéton, Roland…), et était devenue en 1745, pour le mariage du Dauphin, un autre « lieu à transformation », tantôt salle de bal, tantôt salle de théâtre où l’on avait créé La Princesse de Navarre, de Voltaire et Rameau.

Pour le reste, c’est à Madame de Pompadour et à Marie-Antoinette que revient l’initiative. Formée dans sa jeunesse au théâtre et au chant, la marquise avait remporté de beaux succès sur le théâtre construit au château d’Etiolles par l’oncle de son mari. Devenue maîtresse du roi, la Pompadour prit ombrage des représentations d’opéra privées que donnait chez elle la comtesse de La Marck. Ainsi fut créé le « Théâtre des Cabinets », qui s’installa en 1748 dans le fameux Escalier des Ambassadeurs : il s’agissait d’un théâtre entièrement démontable, mais avec cintres, dessous et loges pour les artistes. Une aquarelle de Cochin représentant la Pompadour chantant dans Acis et Galatée permet de s’en faire une assez bonne idée. Le théâtre en question fut néanmoins détruit à l’automne 1750, et la marquise s’en fit construire un autre, plus définitif, dans son château de Meudon. C’est aussi Madame de Pompadour qui avait tenté de faire agrandir la scène de la Comédie de la cour des Princes, salle exiguë et mal équipée où l’on avait quand même pu monter le Thésée de Lully en 1688, et qui resta en usage jusqu’en 1785. Le 4 janvier 1786, Œdipe à Colone de Sacchini fut créé dans la Comédie de l’aile Neuve, salle provisoire et démontable, elle aussi, mais « suffisamment grande pour servir alternativement à l’opéra et à la comédie ». Le dernier spectacle qui y fut présenté, le 29 mai 1789, réunissait deux opéras en un acte de Grétry (utilisé par la Comédie-Française de 1800 à 1815, ce théâtre fut finalement détruit en 1834).

A Marie-Antoinette, on doit la construction du théâtre de Trianon, bâtiment dont la vocation privée justifiait la discrétion extérieure. Par un souci d’économie, bien exceptionnel de la part de la reine, l’édifice devait avoir une scène égale à celle du théâtre du château de Fontainebleau, afin de pouvoir utiliser les mêmes décors. Dotée d’une machinerie conséquente et d’une fosse pour 24 musiciens, cette salle vit se produire Marie-Antoinette pour la première fois dans Le Roi et le fermier, de Sedaine et Monsigny. On y donna en 1784 Dardanus de Sacchini et Le Barbier de Séville de Paisiello, après quoi la reine se détourna du théâtre au profit de son cher Hameau.

 

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