Gloire immortelle de Gounod

Charles Gounod, Mémoires d'un artiste

Par Yvan Beuvard | mer 28 Février 2018 | Imprimer

Bi-centenaire de sa naissance oblige : Gounod est à l’honneur. Régulièrement réédité, cet ouvrage essentiel à la connaissance du compositeur et de son oeuvre, ses « mémoires » font l’objet d’une nouvelle publication. Celle-ci, enrichie et particulièrement soignée, est due aux soins compétents et à la plume experte de Gérard Condé, que l’on ne présente plus. On se souvient en particulier de son Gounod (Fayard, 2009), qui demeure la référence. Les péripéties qui présidèrent à l’édition posthume d’écrits de plusieurs sources sont relatées avec minutie : le recueil  est factice, assemblage de textes rédigés à différents moments de sa vie. Au plan stylistique, comme dans la matière traitée, la lecture trahit parfois ces collages.

Une brève et passionnante introduction, juste ce qu’il faut de notes pour renseigner tel ou tel passage, voilà qui ajoute à l’éclairage et à la compréhension de ce compositeur. Dans une langue élégante, claire, agréable, à l’image des qualités de son auteur, nous allons suivre l’orphelin qui, plus que toute autre, aima et vénéra sa mère, depuis son enfance, sa formation, ses premiers essais, jusqu’à sa gloire finale. Le musicien sourira de quelques anecdotes. Ainsi, on découvre que Duprez, avant d’être célèbre, fut son maître de solfège. Gounod n’obtint jamais le moindre prix au Conservatoire. Il apprit la guitare durant son séjour romain. L’impératrice Eugénie aurait pu être la librettiste d’un ballet qu’il qualifie d’ « auguste chimère »…

Dans un style empreint de naturel et de simplicité, avec élégance, il donne vie à ses portraits, aux paysages, aux ambiances.  Nous l’accompagnons dans tous ses ouvrages, ses voyages, ses séjours, ses relations personnelles et musicales. Les aventures parfois scabreuses de notre musicien, en filigrane, sont explicitées par les notes de l’éditeur. Nous recueillons aussi ses observations, ses pensées, ses confidences.

Si la gestation de ses ouvrages est fréquemment relatée (Mireille, Cinq-Mars, Polyeucte particulièrement), Faust, dont il avait découvert le texte à Rome, s’y taille naturellement la part du lion. On croise Duprez, Monpou, la Malibran, Rossini, Lablache, Reicha, Habeneck, Cherubini, Halévy, Lesueur, Ingres, Pauline Viardot, Fanny Mendelssohn et tant d’autres. La clairvoyance de ses jugements sur Berlioz, Rossini, Meyerbeer, Wagner ne manque pas de surprendre. La lucidité, la mesure, fondées sur une connaissance approfondie des œuvres en font un modèle. Les pages consacrées à Berlioz comme à Wagner méritent de figurer dans les anthologies tant elles sont sûres et pénétrantes.

Le tableau de la Rome décadente du tout début des années quarante est un précieux témoignage, qui complète ceux de Berlioz et de Stendhal. Naples, Florence, puis Venise, puisqu’il part pour Vienne, nous valent des observations originales. Plus tard, témoin et acteur attentif de la vie musicale à Londres, on en retient de savoureuses notations sur la fonction de l’oratorio dans la capitale britannique, mais surtout sa relation trop confiante au monde de l’édition (pingrerie de Choudens, rapacité des Anglais). Enfin, ses considérations sur la musique, sur le livre, sur la vie et la mort, renforcent l’estime sinon l’amour que nous portons à l’homme, sincère, qui se livre sans fard. Des pages essentielles sur l’adaptation de la musique à la prose (pp. 263 sqq.) méritent d’être relues et méditées.

L’ouvrage, dans cette nouvelle édition, réunit tout ce qu’un lecteur averti peut en attendre : les sources, bien sûr, mais aussi l’impressionnant catalogue d’une œuvre dont la dimension vocale est essentielle, une éphéméride, chronologie détaillée de la vie du compositeur, qui permet de le suivre pas à pas, et un index général. Le roman d’une vie dont la musique est le fil conducteur.

 

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