Fatalité, fatalité ?

Felicity Lott, Il nous faut de l'amour

Par Christophe Rizoud | lun 28 Novembre 2016 | Imprimer

« Il nous faut de l’amour » chante la belle Hélène dans l’opéra-bouffe du même nom, d’où le titre du livre consacré par Olivier Bellamy à celle qui fut au début de ce siècle une interprète inénarrable de la reine de Sparte : Felicity Lott. Pourtant, ce n’est pas cette réplique qu’aime à répéter la soprano anglaise (car d'amour, si l’on en croit son témoignage, elle ne manqua pas) mais une autre, tout aussi fameuse, «  C’est la fatalité ! ». Fatalité, sa carrière, couronnée par plusieurs distinctions ? Felicity Lott a été anoblie par la reine d’Angleterre, nommée en France chevalier de la Légion d'honneur et a reçu le titre de Bayerische Kammersängerin. Fatalité, ses rencontres et relations artistiques développées au fil du temps ? Carlos Kleiber, qui la surnommait « Meine Marchmallow » (sic) en référence à la Maréchale du Chevalier à la rose, ne jurait que par elle. Fatalité, son répertoire en marge des blockbusters de l’opéra : Verdi, Puccini, Wagner – Eva des Maîtres chanteurs exceptée, « une seule fois lors d’une série de six représentations » en 1990 à Londres ? Fatalité, son goût pour la mélodie, notamment française ? « La France a été un tournant capital dans ma vie. » Fatalité si, en parcourant en annexe la liste de ses rôles sur scène, reviennent inlassablement les noms de Strauss, Mozart, Poulenc, Britten ? Fatalité si son art du chant a toujours préféré le mot à l’effet ? « Pour moi, ce n’est pas suffisant d’avoir une belle voix. Il y a le texte et il faut faire vivre le personnage. »

A lire ses confidences, on comprend rapidement que Félicity Lott a trop d’intelligence pour croire son parcours personnel et musical soumis à une quelconque force du destin. La fatalité qu’elle invoque est un paravent nécessaire à sa modestie, tout comme l’autodérision dont elle use souvent sert à masquer un tempérament que l’on devine inquiet. « Pour me protéger, je détourne vers le rire » confie-t-elle d’ailleurs avant d’asséner « J’aime manger et boire. Ce n’est pas négociable ». Fumer aussi, un travers qu’elle partageait avec Régine Crespin, Première prieure lorsqu’elle chantait Blanche dans Dialogues des Carmélites au Théâtre des Champs-Elysées en 1980 – « J’étais impressionnée car c’était mon idole. Je ne trouvais rien à lui dire […] Elle a dû me trouver ennuyeuse comme la pluie »

Ses propos, classés par thème en une trentaine de brefs chapitres, se picorent plus qu'ils ne se dévorent. Décousus, ils se présentent comme une suite d’instantanés savoureux – souvenirs, impressions, anecdotes, réflexions – recueillis et compilés par un auteur trop impressionné ou trop pressé pour en extraire les pigments qu’aurait nécessités la peinture sur pied de la chanteuse et de la femme.

 

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