Ingo Metzmacher, le chef d’orchestre dramaturge

Vorhang auf !

Par Elisabeth Bouillon | ven 22 Mars 2013 | Imprimer
 
Ingo Metzmacher est un chef d’orchestre polyvalent, qui aime autant la scène que l’orchestre et maîtrise parfaitement la direction musicale d’opéra. Il a commencé sa carrière lyrique en 1987 avec Le nozze di Figaro à l’Opéra de Francfort, ce qui lui ouvrit les portes de nombreuses maisons d’opéra à travers le monde. Gérard Mortier l’invita à diriger Der ferne Klang à la Monnaie en 1989. De 1997 à 2005, il fut le chef d’orchestre attitré de l’opéra de Hamburg, puis de l’opéra d’Amsterdam. De 2007 à 2010, il dirige l’Orchestre Symphonique de Berlin. On a pu admirer son talent au Festival de Salzbourg où il a dirigé Al gran sole carico d’amore (2009) de Luigi Nono, la première mondiale de Dionysos de Wolfgang Rihm (2010), Die Soldaten de Zimmermann (2012) et on l’entendra cet été dans Gawain de Harrison Birtwistle. Il est actuellement au Grand Théâtre de Genève où il dirige le premier volet d’une Tétralogie qui se poursuivra jusqu’en 2014.
Dans cet ouvrage remarquable et d’une grande originalité, Ingo Metzmacher se révèle autant dramaturge que chef d’orchestre. L’ouvrage est structuré comme une pièce de théâtre, en trois actes composés de 5 scènes et de 4 interludes durant lesquels le lecteur est progressivement initié aux secrets de la scène lyrique. Chaque scène raconte un opéra, musique et livret confondus. Le premier acte regroupe cinq opéras à rôle-titre : Elektra de Richard Strauss, Don Giovanni de Wolfgang A. Mozart, Jenufa de Leoš Janáček, Don Carlos de Giuseppe Verdi et Lady Macbeth de Mensk. Le second réunit des œuvres qui racontent la destruction d’un rêve de vie par la dure réalité : Der ferne Klang de Franz Schrecker, Die Bassariden de Hans Werner Henze, Der Silbersee de Kurt Weill, Die Soldaten d’Alois Zimmermann et Der Freischutz de Weber. Enfin le troisième acte réunit sous le thème de l’amour plus fort que la mort L’Orfeo de Claudio Monterverdi, Tristan und Isolde de Richard Wagner, Les Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc, Le Château de Barbe Bleue de Béla Bartòk et Dionysos de Wolfgang Rihm. L’auteur ne s’explique ni sur ses choix, ni sur l’ordre dans lequel il fait se dérouler les « représentations », nous laissant notre entière liberté d’interprétation. En fait, il accomplit un véritable miracle, celui de nous faire découvrir ou revivre simultanément, par l’usage des seuls mots, non seulement l’action mais aussi la spécificité musicale de chaque opéra, avec son harmonie, ses couleurs vocales et orchestrales propres, exactement comme si nous assistions à la représentation. Il insiste sur le rôle complémentaire de la musique et des mots, sur le fait que le genre opéra repose sur cette complémentarité. La vivacité et l’intensité de ces évocations nous permet d’entrer plus avant dans les strates des œuvres qui nous sont déjà familières et elle suscite en nous l’envie d’écouter et de voir celles que nous ne connaissions pas encore. Et elle nous rend d’autant plus pénible, par comparaison, les mises en scène qui désolidarisent le texte de la musique, nous privant ainsi de l’essence même de l’œuvre.
Toutefois, Ingo Metzmacher ne se contente pas de nous guider à travers les arcanes de ces quinze chefs d’œuvre, il lève pour nous le rideau sur les mystères de la scène. La partie la plus novatrice de ce livre se trouve dans les « Verwandlung », c'est-à-dire « les changement à vue » (douze en tout) qui s’insèrent entre les quinze scènes de cet étonnant parcours lyrique. Il y met en scène une autre histoire : celle de la conception et la réalisation d’un spectacle d’opéra, le Wozzeck d’Alban Berg, tel qu’il fut représenté à l’Opéra de Hambourg en collaboration avec son collègue en titre, le metteur en scène Peter Konwitschny. On assiste à toutes les étapes principales de la réalisation, depuis le premier jour où le directeur musical et le metteur en scène se retrouvent jusqu’au suspens de la première où tous les collaborateurs attendent, le cœur battant, les réactions de leur premier public. Espérons qu’un éditeur aura la bonne idée de faire traduire et publier ce livre passionnant en français !
 
 
 

 

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