Les mezzos sont intelligentes

Le Code et la Diva

Par Yvan Beuvard | ven 19 Juin 2020 | Imprimer

Voilà un roman comme on les aime, tout particulièrement lorsque la complicité ne se dément jamais avec l’auteur. Après de nombreux ouvrages, celui-ci, mélomane averti, a choisi de nous entraîner dans une quête, une enquête, un jeu de piste, dont la musique nous livrera les clés. Un signet, inséré, liste pas moins de 42 oeuvres qui donnent les « indices pour casser le code », témoignant du goût très sûr et de l’éclectisme du personnage central, dont la disparition accidentelle est le point de départ de l’histoire. Le fils cadet du défunt, attachant, généreux comme naïf, se trouve entraîné dans un labyrinthe… Une diva en devenir surprend par son activité musicale intense, débordante, servie par un agent qui excelle à la soutenir. Qu’importe si le dénouement paraît un tantinet capillotracté, si, ponctuellement, telle situation manque de vraisemblance (à Tétouan), nous avons cru à l’histoire, dont on sort réjoui.

On y trouve évidemment tout ce qui fait un excellent policier, servi par une plume élégante, habile. L’action est d’une actualité évidente, les questions relatives au monde, à son économie, au climat, chères au défunt, croisent les données musicales et poétiques, qui s’enlacent pour tisser des liens essentiels. On se laisse porter, de Belleville à Montmartre, aux beaux quartiers, à Toulouse, dans les restes de campagne de la périphérie parisienne, au Maroc, pour une plongée dans des univers insoupçonnés. Pleyel, le TCE, la Philharmonie, Saint-Germain-des-Prés, La Halle aux grains, La Monnaie, le Nouveau Siècle, chacun y retrouvera, ou découvrira, ces lieux de pèlerinage musicaux.  On y rencontre, bien vivant, Krzysztof Penderecki dirigeant un de ses derniers concerts, et tant de noms, de voix et de visages connus, voire familiers. Les notations sont d’une vérité criante : il faut avoir vécu telle ou telle situation, fréquenté tel ou tel milieu pour les peindre avec cette exactitude. Subtil, fondé sur l’observation de relations familiales, professionnelles et amicales complexes, le récit est captivant, riche en surprises et en rebondissements. Il fourmille d’observations justes, qui participent à le rendre crédible. Les personnages ont la densité attendue, certains pourraient être nos proches. Ainsi le lecteur s’identifiera, ici et là, à tel ou tel, tant la vérité des portraits et des propos leur donne vie.

Dès le prélude, un célèbre rébus (Frédéric II – Voltaire) donne le ton, avant que les mots de passe, la clé, et leur recherche constituent un des ressorts de l’action. L’intrigue, complexe, est particulièrement soignée, sorte d’opéra en trois actes, introduits par un prélude et s’achevant par un finale. Andante, scherzo, puis allegro feroce se succèdent.  L’épaisseur du volume ne doit pas décourager le lecteur. Dès le début, on est captivé et on le demeurera tout au long des 478 pages, qui se lisent, se dévorent avec gourmandise. Un régal. A consommer, sans modération, pour le plaisir de l’esprit et la curiosité renouvelée.

 

 

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