A éviter, sinon à fuir...

Musiques polyphoniques d'art contrapuntique, années 1180-1530

Par Yvan Beuvard | mar 19 Février 2019 | Imprimer

Après un « essai d’initiation aux musiques médiévales polyphoniques ou contrapuntiques » (sic), publié en 2015 par le même éditeur, Alain von Roden nous propose ces « informations sur les compositeurs et leurs œuvres vocales et instrumentales » sous un titre apparenté : Musiques polyphoniques d’art contrapuntique. Derrière cet intitulé faussement savant se cache une compilation mal digérée, scolaire, de quelques ouvrages relatifs au sujet : c’est une sorte de vade-mecum, confus, le manifeste de l’association qu’il a créée. La destination de ces 145 pages de texte, précédées de 5 pages de table des matières, laisse dubitatif.

En effet, la première partie (« origines, organisations et évolutions ») est subdivisée en musiques polyphoniques (on vous fera grâce des redondances) et monodiques, au motif que les premières empruntent leur thématique aux secondes. La seconde partie consiste dans l’énumération confuse des genres, des instruments, des danses, des ensembles géographiques et des compositeurs. La cohérence fait défaut. Par exemple, on découvre avec stupéfaction que les « trouvères de Flandres » relèvent de la polyphonie et sont placés dans la partie relative à l’Ars antiqua. Affirmer sans nuance que l’appellation « motet » recouvre une forme illustrée de façon continue du XIIe siècle jusqu’au « début du XXe siècle » ( pourquoi pas le XXIe ?) témoigne d’une méconnaissance profonde. L’annexion de Bouillon par feu la région Champagne-Ardenne (p.80) pourrait être source de conflit. Un bêtisier prendrait autant de pages qu’en comporte l’ouvrage. La terminologie est fantaisiste, ambiguë, rompt avec l’usage constant, sans que la raison en soit claire (« Ecole de Notre-Dame de Paris », pour Ecole de Notre-Dame ; « Ars Nova maniéré »  ou « Ars Nova subtilior » pour Ars subtilior etc.) et contribue à l’opacité du propos. Les instruments, les danses font l’objet de quelques pages tout aussi confuses qui confirmeraient, si besoin était, la superficialité de cet essai. Aucun exemple musical n’est offert, ne serait-ce que pour illustrer visuellement les techniques d’écriture. Alors que les biographies les plus succinctes de bien des compositeurs de second ordre  sont énumérées, pas un mot de celle de Machaut.

Les sources documentaires sont systématiquement omises. Aucune référence, une bibliographie et une discographie indigentes, l’auteur passe sous silence des ouvrages récents d’une autre qualité. Le seul intérêt pourrait résider dans la tentative de mise en relation des lieux de création, de diffusion, de mémoire et de leur architecture sacrée.  La bonne volonté, l’amour de ces musiques ne suppléent pas les lacunes, les carences évidentes. Que l’auteur puisse se prévaloir d’une association, sise à l’UFR de musique et musicologie de Paris IV, héritière de l’Institut de Musicologie de la Sorbonne, dont les contributions à la connaissance de la musique ancienne furent essentielles, laisse perplexe.

De multiples erreurs factuelles, des omissions graves, une organisation non hiérarchisée, brouillonne à souhait, une terminologie ambiguë voire inappropriée, nous incitent à renvoyer les amateurs aux ouvrages fondamentaux, classiques.

 

VOUS AIMEZ NOUS LIRE…

… vous pouvez nous épauler. Depuis sa création en 1999, forumopera.com est un magazine en ligne gratuit et tient à le rester. L’information que nous délivrons quotidiennement a pour objectif premier de promouvoir l’opéra auprès du plus grand nombre. La rendre payante en limiterait l'accès, a contrario de cet objectif. Nous nous y refusons. Aujourd’hui, nous tenons à réserver nos rares espaces publicitaires à des opérateurs culturels qualitatifs. Notre taux d’audience, lui, est en hausse régulière avoisinant les 160.000 lecteurs par mois. Pour nous permettre de nouveaux développements, de nouvelles audaces – bref, un site encore plus axé vers les désirs de ses lecteurs – votre soutien est nécessaire. Si vous aimez Forumopera.com, n’hésitez pas à faire un don, même modeste.

Partager

Auteur