Quand un ouvrage sur Du Mont émerveille

Henry Du Mont

Par Frédéric Platzer | lun 01 Août 2011 | Imprimer
C’est toujours avec une certaine appréhension que l’on ouvre un ouvrage de musicologie, ne sachant pas très bien ce qu’on va pouvoir y trouver. En effet, tout est possible. Aussi bien une étude des plus absconses et hermétiques, autrement dit très savante et peu accessible au profane, qu’une biographie du type (très) grand public écrite dans le style d’hebdomadaire féminins où l’aspect anecdotique prime. Heureusement pour nous, l’ouvrage de 480 pages de Laurence Decobert n’appartient à aucune de ces deux catégories car il est non seulement très sérieux et documenté mais encore très agréable à lire, même si on n’appartient pas au premier cercle des spécialistes de musique baroque française. La typographie est claire, les exemples musicaux pertinents et l’iconographie ne lésine pas sur la couleur, ce qui n’est pas si fréquent.
 
Construit très classiquement – la vie puis l’œuvre – on y apprend tout ce qu’il faut savoir sur le parcours de ce musicien Liégeois dont la carrière a culminé comme sous-maître de la Chapelle de Louis XIV, pour ne mentionner que sa charge la plus prestigieuse. Arrivé jeune à Paris, il a gravi un à un tous les échelons du métier de musicien avec, ce que l’auteure nous fait bien sentir, une honnêteté et une humanité de tous les instants, bien loin nous semble-t-il de celle de celui qui va devenir pratiquement au même moment Surintendant de la Musique. La lecture de l’inventaire de ses biens confirme bien cette impression : au moment de sa mort, s’il possède quelqu’argent qu’il va entièrement distribuer, son patrimoine mobilier est véritablement insignifiant. Même ses instruments de musique sont plus que modestes ! De plus, au-delà de la seule biographie de Du Mont, on peut y (re)trouver l’organisation extrêmement rigoureuse et hiérarchisée des différentes musiques, ce qui ne constitue pas l’aspect le moins intéressant du livre.
 
Laurence Decobert s’attache ensuite à nous présenter les sources imprimées et manuscrites de l’œuvre de notre musicien, essentiellement vocal et religieux. De par ses fonctions, Henry Du Mont a en effet composé une grande quantité de motets – le genre religieux alors à la mode en France au xviie siècle – aussi bien à petit effectif (voix seule et continuo, dialogues, trios) qu’à effectifs plus imposants (un ou deux chœurs avec continuo ou orchestre). Toujours dans le domaine sacré, il est également l’auteur de pièces en plain-chant et d’airs spirituels (sur des textes en français traduits des Écritures). Plus étonnant et moins connu, il a également écrit des chansons et quelques pièces pour clavier appartenant au domaine de la suite. Pour finir, il a laissé quelques « symphonies » (pièces pour orchestre) destinées à des ensembles de violes.
Honnêtement, la lecture de la dernière partie, qui s’attache à la description minutieuse des œuvres, s’effectue assez souvent en diagonale à moins de connaître parfaitement les partitions dont il est question ou bien d’effectuer une recherche sur l’une d’entre elles.
Pour conclure et sans gros risque de se tromper, on peut dire qu’il s’agit de l’ouvrage de référence sur Henry Du Mont et on ne peut qu’espérer qu’il va susciter la production prochaine d’enregistrements de ses œuvres, le catalogue discographique du compositeur étant assez mince (seule une dizaine d’albums est actuellement disponible).
 
Frédéric Platzer
 
 

 

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