BN à déguster

Trésors de la musique classique. Partitions manuscrites XVIIe - XXIe siècle

Par Laurent Bury | jeu 25 Octobre 2018 | Imprimer

Des livres, il y en a forcément beaucoup à la Bibliothèque Nationale. Des livres imprimés, surtout, mais pas seulement. Dans les coffres forts, bien des manuscrits dorment d’un sommeil dont ils sortent pour des consultations exceptionnellement accordées à des chercheurs patentés et lors des expositions offertes à la curiosité du grand public. Parmi ces manuscrits, même si l’on n’y songe pas forcément, il y a bien sûr les portées, les notes et les indications griffonnées d’une main plus ou moins assurée par des compositeurs. Pas seulement nationaux, d’ailleurs, lesdits compositeurs : même si le parcours va de Marc-Antoine Charpentier à Pierre Boulez, il déborde largement nos frontières hexagonales pour inclure des œuvres des plus grands génies de la musique qui ont fleuri dans d’autres pays. La France est très majoritaire – on est quand même à la Bibliothèque nationale  de France – mais ni l’Italie ni l’Allemagne ne sont absentes. Il ne manquerait que l’Angleterre, la Russie, l’Espagne et quelques autres nations pour que l’Europe des compositeurs soit entièrement représentée. Malgré tout, nous pouvons nous estimer chanceux de posséder, grâce à quelques siècles de dons et d’acquisitions, un aussi bel échantillonnage de la création musicale au fil du temps.

Naturellement, le lecteur de Forum Opéra ne trouvera pas dans ce volume que des partitions relevant de son genre favori. Il pourra néanmoins y admirer un pourcentage assez généreux (14 sur 34) d’œuvres où la voix occupe la place principale : de la musique d’église (le célébrissime Te Deum de Charpentier, la cantate Du Friedefürst, Herr Jesu Christ de Bach, le Requiem de Fauré), la cantate Faust et Hélène qui valut le Prix de Rome à Lili Boulanger, et évidemment des opéras, des Paladins de Rameau jusqu’à Dialogues des carmélites, avec notamment des œuvres écrites ou adaptées pour notre Grande Boutique (Guillaume Tell, Don Carlos, Tannhäuser) mais aussi des piliers du répertoire de Favart (Carmen, Les Contes d’Hoffmann, Werther). A chaque fois sont reproduites quelques pages manuscrites, que la BNF possède la partition dans son intégralité (comme pour Don Giovanni, offert par Pauline Viardot) ou seulement sous forme incomplète. Il peut s’agir de brouillons ou de mises au propre, d’œuvres canoniques ou de versions tombées dans l’oubli (comme le premier état du Faust de Gounod, récemment recréé sous l’égide du Palazzetto Bru Zane). On remarque ainsi que Carmen devait initialement « manger une friture et boire du manzanilla », formule opportunément remplacée par « danser la séguedille et boire du manzanilla ».

Ce n’est pas du tout, car à chaque fois, les reproductions du manuscrit sont accompagnées d’une présentation du compositeur et de l’œuvre, textes rédigés par une quinzaine de musicologues encadrés par Mathias Auclair, directeur du département de la musique à la BnF.  Cet éclairage érudit est complété par de superbes illustrations en couleurs : peintures, gravures, photographies, affiches, dessins de costumes ou de décors… (on se demande tout de même si l’aquarelle intitulée « A l’Opéra, vue sur la scène depuis une loge » date vraiment de 1850, et pas plutôt d’un siècle plus tard).

Voilà donc un ouvrage « patrimonial », luxueusement présenté et relié, où on trouve à lire autant qu’à contempler, et qui semble tout destiné à prendre le chemin des petits souliers que, dans deux mois, nous disposerons devant les cheminées. Juste une question, cependant : certes, Pierre Boulez est mort en 2016, ce qui justifie apparemment un titre incluant les mots « XXIe siècle », mais sa partition date de 1945 ; serait-ce qu'après cette date, la BnF n'a plus rien d'aussi glorieux à présenter ? Certainement pas. Est-ce plutôt, alors, que les compositeurs n'utilisent plus le crayon depuis quelques décennies ? Si Pascal Dusapin dépose ses manuscrits, seront-ils vraiment manuscrits ou s'agira-t-il d'impressions depuis un ordinateur ?

 

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