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	<title>Das Rheingold - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Das Rheingold - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>Rheingold à Séoul : Alberich n’a même plus de coulisses</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/rheingold-a-seoul-alberich-na-meme-plus-de-coulisses/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Arnaud Buissonin]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Oct 2026 06:57:18 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Familier de la Colline verte, Samuel Youn a incarné Alberich plus de cent fois, dans neuf productions de Das Rheingold, et l’on ne compte plus ses Hagen, Wanderer ou Fafner. En avril dernier, il retrouvait encore le Nibelung dans Siegfried au Théâtre des Champs-Élysées, sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. Et pourtant : « Je &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Familier de la Colline verte, <strong>Samuel Youn</strong> a incarné Alberich plus de cent fois, dans neuf productions de <em>Das Rheingold</em>, et l’on ne compte plus ses Hagen, Wanderer ou Fafner. En avril dernier, il retrouvait encore le Nibelung dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-paris-tce/"><em>Siegfried</em> au Théâtre des Champs-Élysées</a>, sous la direction de <strong>Yannick Nézet-Séguin</strong>. Et pourtant : « Je n’ai jamais vu une mise en scène pareille », confie le baryton-basse à l’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.yna.co.kr/view/AKR20261021083700005">agence coréenne Yonhap</a>.</p>
<p dir="ltr">À Séoul, les caméras de <strong>Lorenzo Fioroni</strong> suivent les chanteurs jusque dans les coulisses. Impossible de quitter son personnage, ne serait-ce que le temps de boire une gorgée d’eau. Le chanteur s’en amuse, tout en reconnaissant que l’exercice est éprouvant.</p>
<p dir="ltr">Du 29 octobre au 1er novembre, l’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.nationalopera.org/eng/show/showInfo/9440">Opéra national de Corée</a> présente <em>Das</em> <em>Rheingold</em>, coup d’envoi d’une Tétralogie que la maison entend monter avec ses propres forces d’ici 2029. La Corée du Sud a déjà accueilli le <em>Ring</em> du Mariinsky en 2005, puis celui du Nationaltheater de Mannheim à Daegu en 2022. En revanche, aucune compagnie coréenne ne s’y était attaquée seule. Le calendrier tombe bien : on fête cette année les 150 ans de la création du cycle intégral à Bayreuth.</p>
<p dir="ltr">À en croire les premières images, Fioroni abandonne les profondeurs aquatiques pour une chambre de motel miteuse. Avec sa vidéo en direct, le dispositif évoque le Golden Motel de la Route 66 imaginé par Frank Castorf pour son <em>Rheingold</em> de 2013. Alberich, sale, hirsute et brutal, serait en scène dès le prélude, et un revolver passerait de main en main sous l’œil impitoyable de l’objectif. Pour<strong> Yang Jun-mo</strong>, qui partage le rôle avec Youn, les changements d’échelle opérés à l’image traduisent les fluctuations du pouvoir. L’avidité du Nibelung annonce celle de Wotan, et les dieux ne valent guère mieux que ceux qu’ils dépouillent.</p>
<p dir="ltr"><strong>Lothar Koenigs</strong> dirige l’Orchestre symphonique national de Corée. La distribution, doublée, mêle artistes coréens et invités internationaux. <strong>Oleksandr Pushniak</strong> et<strong> Lee Sang-min</strong> chantent Wotan, <strong>Jonathan Stoughton</strong> et <strong>Kim Yo-han</strong> Loge, <strong>Daniela Köhler</strong> et <strong>Lim Se-kyung</strong> Freia.</p>
<p dir="ltr">Ces regards indiscrets n’inquiètent pas Youn : il espère surtout que la musique emportera la salle. Il se souvient d’avoir un jour senti les planches vibrer sous lui alors qu’il chantait allongé, tant l’orchestre déployait une puissance tellurique. Les caméras de Séoul pourront tout filmer, sauf ce qui fait trembler le plateau.</p>
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="베이스 사무엘윤 Samuel Youn (Alberich) - Das Rheingold" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/FvM4BRQqgEM?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-bayreuth-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Aug 2026 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>2026 est une Jubiläumsjahr à Bayreuth (une année jubilaire), celle des 150 ans d’existence du Festival. Une édition célébrée à l’avance comme si on savait ce qu’elle allait révéler, avec un marketing parfaitement orchestré, une communication léchée – des progrès manifestes ont été réalisés ces dernières années dans ce domaine – des informations distillées au &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">2026 est une <em>Jubiläumsjahr</em> à Bayreuth (une année jubilaire), celle des 150 ans d’existence du Festival. Une édition célébrée à l’avance comme si on savait ce qu’elle allait révéler, avec un marketing parfaitement orchestré, une communication léchée – des progrès manifestes ont été réalisés ces dernières années dans ce domaine – des informations distillées au compte-gouttes dès la clôture de l’édition 2025. Mais tout de même quelques grains de sable dans un engrenage présenté comme parfaitement huilé : la programmation pharaonique initialement prévue (les 10 opéras majeurs et <em>Rienzi </em>en sus) rapidement revue à la baisse (<em>Lohengrin</em>, <em>Tannhäuser</em> et <em>Tristan</em> <em>und</em> <em>Isolde</em> qui passent à la trappe), une santé financière de moribond, et, pour que la coupe soit pleine, une ultime polémique relative à une conférence annulée et puis finalement reprogrammée <em>in extremis </em>en ouverture des festivités sur fond de querelle relative à l’antisémitisme systémique dans l’histoire du Festival.<br />
Mais tout cela n’a pas découragé les inconditionnels wagnériens et, cette année, plus aucune place n’était en vente depuis mars 2026, ce qui, mis en perspective avec la situation de la billetterie des toutes dernières années, rend cette édition véritablement exceptionnelle.</p>
<p>Trois cycles du <em>Ring des Nibelungen</em> sont programmés cette année, nous assistons au second qui correspond assez exactement aux dates anniversaires célébrées : le 6 août 1876 eut lieu en effet la première des quatre répétitions générales (en présence de Louis II). Un second cycle eut lieu entre le 20 et le 23 août et le troisième se termina le 30 août. Succès musical mitigé, fiasco financier complet. Il fallut attendre 20 années pour que Cosima, elle-même à la mise en scène, reprogramme un <em>Ring</em>, ce qu’elle fera chaque année jusqu’en 1908 avant de passer la main à son fils Siegfried. A eux deux, ils mirent en scène 41 cycles. Leur succédèrent Hans Tietjen, Wieland Wagner, Wolfgang Wagner, Patrice Chéreau, Peter Hall, Harry Kupfer, Alfred Kirchner, Jürgen Flimm, Tankred Dorst, Frank Castorf et Valentin Schwarz, pour un total de 238 cycles (décompte donc avant cette édition jubilaire).<br />
Ce sont les seize productions de la Tétralogie qui constituent le terreau qui va nourrir ce Ring 10010110 (soit 150 en code binaire, base 2), intitulé « Vom Mythos zum Code » (« Du mythe au code »). Les germanophones parlent de « KI-Ring », une Ring dû à l’IA (<em>Künstliche Intelligenz</em> en allemand) : pas de metteur en scène à la manœuvre puisqu’on a demandé à l’IA de synthétiser les seize productions d’hier, et d’en extraire les moments qui vont illustrer celle d’aujourd’hui. Chargé de « guider » ce travail de sélection et d’adaptation, <strong>Marcus Lobbes</strong>, lui-même metteur en scène et directeur de l’académie de théâtre et du numérique à Dortmund.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rh_TOT_150726_111_cEnricoNawrath_press-1294x600.jpg" />
© Enrico Nawrath</pre>
<p>Cette synthèse est présentée pour ce Prélude comme une interminable succession d’images projetées sur une toile transparente presque invisible qui sépare la scène du public. Images souvent déformées, kaléidoscopiques, qui se succèdent à un rythme effréné pour ne pas dire infernal, et qui ne permettent que trop rarement de reconnaître quelle mise en scène est citée. La première image est poignante : c’est une photographie des trois Rheintöchter de la toute première mise en scène de Richard Wagner en 1876. Malheureusement les autres images vont se succéder si rapidement qu’on aura toutes les peines du monde à reconnaître à coup sûr ici Chéreau, là Schwarz ou encore Carstorf.<br />
Quelques repères apparaîtront bien ici et là : l’or du Rhin, le dragon, le crapaud, le pont vers le Walhalla, tout le reste est incompréhensible et, pour tout dire suscite le découragement : à quoi bon se torturer l’esprit à vouloir comprendre ce qui, au final, ne fait que nous détourner de la musique ?<br />
Plus fondamentalement, on s’interrogera sur une mise en scène qui n’en est pas une en réalité. Celle-ci montre certes mais n’explique rien, cite mais ne crée pas. C’est en fait une non-mise en scène (voire une anti-mise en scène) qui occupe vainement tout le terrain : non seulement les images sont omniprésentes, mais elles phagocytent même les personnages qui se retrouvent parfois invisibilisés par des projections qui les font littéralement disparaître. Que leur reste-t-il alors, à ces personnages : qu’ont-ils encore à nous dire ? Rien, strictement rien – ils font de la figuration : statiques la plupart du temps (la conduite d’acteur est réduite à néant), ils chantent leur rôle, engoncés dans des costumes tous absolument identiques (seul le Loge de Klaus-Florian Vogt est doté d’une paire d’ailes d’ange, s’agirait-il d’un clin d’œil à son <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/lohengrin-berlin-deutsche-oper-cygne-de-rejouissances/">légendaire Lohengrin</a> dans la mise en scène de Kasper Holten ?). <strong>Pia Maria Mackert</strong> a conçu pour les quatorze protagonistes la même combinaison semblant faite de plumes d’oiseaux (?), aux mille nuances de gris. C’est joli mais on n’en demande pas tant !<br />
Et surtout : que reste-t-il alors du concept de Gesamtkunstwerk si cher à Wagner ? Où sont la peinture, l’architecture ? Qu’en est-il de la mise en scène qui doit aider à dire le texte ? Heureusement, il reste le texte justement et la musique.<br />
La réception du cycle I a été très tumultueuse lorsque l’équipe en charge de la mise en œuvre de l’IA s’est montrée aux quatre baissers de rideau ; des scènes malheureusement courantes à Bayreuth pour les premières de nouvelles productions.<br />
Et pour ce premier épisode du cycle II (où la même équipe technique ne s’est pas présentée aux saluts), la première réaction du public a été de huer farouchement la représentation ; de longues secondes durant, les sifflets et les quolibets ont fusé, jusqu’à ce que les premiers chanteurs apparaissent. Ce sont alors d’immenses clameurs qui les ont remplacés, pour saluer comme il le convenait un plateau vocal comme on en réunit peu aujourd’hui.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rh_TOT_150726_083_cEnricoNawrath_press-1294x600.jpg" /></p>
<pre style="text-align: center;">© Enrico Nawrath</pre>
<p>C’était le premier Wotan de <strong>Michael Volle</strong> à Bayreuth : étonnant quand on sait que le natif de Freudenstadt est aujourd’hui une référence dans le rôle. Le léger vibrato des premières mesures est vite dissipé et rapidement s’imposent l’ampleur, la largeur et la profondeur de la voix : on attendra la quatrième dimension (la chaleur) pour <em>Die Walküre</em> !<br />
<strong>Klaus-Florian Vogt</strong> a gagné la bruyante faveur du public. Il est un Loge plus malin que malicieux, plus habile que tordu. La fraîcheur intacte de sa voix contraste avec les mauvaises énergies qui l’entourent et cela fait du bien.<br />
Magnifique prise de rôle de Fricka par <strong>Anna Kissjudit</strong>. Celle qui fut révélée en une Erda bouleversante (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-berlin-staatsoper-lor-resume-a-lanneau/">Berlin 2022, Thielemann/Tcherniakov</a>) monte en puissance avec ce rôle majeur. Elle lui confère une dignité, une force et une autorité portées par un chant toujours juste : le velours de la voix est là malgré les imprécations, les graves sont solides, habités, maitrisés ; en un mot, elle confère à Fricka ce rôle de maîtresse-femme qui se révélera certainement encore davantage dans l’épisode suivant.<br />
Nous avions découvert l’Alberich de <strong>Jochen Schmeckenbecher</strong> à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-budapest/">Budapest</a>. Il confirme ici combien il sait incarner la perversité d’un des personnages les plus sombres de la tétralogie. Il aurait certes pu pousser davantage encore la représentation du vice mais il campe un Nibelung déjà totalement perverti.<br />
Les deux géants Fafner (<strong>Peter Rose</strong>) et Fasolt (<strong>Mika</strong> <strong>Kares</strong>) font la paire. Ils possèdent tous deux les graves qui caractérisent la noirceur des complices.<br />
Froh (<strong>Siyabonga</strong> <strong>Maqungo</strong>) et Donner (<strong>Alexander</strong> <strong>Graasauer</strong>) tiennent impeccablement leurs parties en fin de quatrième tableau.<br />
<strong>Evelin</strong> <strong>Novak</strong> possède le soprano gracile et innocent qui sied à Freia ; <strong>Christa</strong> <strong>Mayer</strong> ne parvient pas à conférer à Erda la hauteur qui convient à celle qui vient donner leçon au dieu des dieux.<br />
Mention toute particulière aux trois Filles du Rhin. <strong>Katharina</strong> <strong>Konradi</strong> (Woglinde), <strong>Natalia</strong> <strong>Skrycka</strong> (Wellgunde) et surtout <strong>Marie</strong>&#8211;<strong>Henriette</strong> <strong>Reinhold</strong> (Flosshilde) font des merveilles dans la conversation à trois. Les voix s’enchevêtrent délicieusement, les soli sont empreints d’engagement et les timbres font des merveilles.<br />
Quant à <strong>Christian</strong> <strong>Thielemann</strong> il possède déjà le statut de demi-dieu à Bayreuth ! C’est lui qui reçoit les saluts les plus enthousiastes et les plus bruyants. C’est qu’il rend une copie digne des lieux, avec ce qu’il faut de majesté, de tenue et de retenue. Tempi plutôt allants et toujours ce soin particulier à ses chanteurs. On se demande quel art il met en œuvre  pour fédérer à ce point ses troupes. La tension est là mais jamais excessive, les instruments chantent littéralement comme s’ils étaient des personnages à part entière.<br />
Du grand art.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold &#8211; Budapest</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-budapest/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 Jun 2026 07:48:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>2026 est une année particulière à plus d’un titre pour les Budapesti Wagner-napok, le Festival Wagner de Budapest, sur la rive gauche du Danube. Il célèbre en effet cette année à la fois ses vingt ans d’existence, il honore l’année jubilaire des 150 ans du festival de Bayreuth en proposant une tétralogie complète en quatre &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>2026 est une année particulière à plus d’un titre pour les <em>Budapesti Wagner-napok</em>, le Festival Wagner de Budapest, sur la rive gauche du Danube. Il célèbre en effet cette année à la fois ses vingt ans d’existence, il honore l’année jubilaire des 150 ans du festival de Bayreuth en proposant une tétralogie complète en quatre jours (!) et, surtout, il célèbre son maître fondateur, le chef d’orchestre<strong> Ádám Fischer</strong>, qui, ayant décidé (il aura 77 ans en septembre) de passer la main, dirige pour la dernière fois en tant que directeur dans le Béla Bartók National Concert Hall du Müpa de Budapest. Pour finir en beauté et honorer comme il se doit les 150 ans du Ring (on rappellera pour l’anecdote que la toute première tétralogie des 13, 14, 16 et 17 août 1876 était dirigée par un chef hongrois, Hans Richter), il en conduit deux cycles complets, nous assistons au second.<br />
Un mot sur les liens indéfectibles qui unissent Fischer et ce festival qu’il a créé en 2006. Le destin d’Ádám Fischer a été fortement lié à celui de l’ancien premier ministre hongrois Viktor Orbán. Le chef d’orchestre a toujours été critique envers le premier ministre en exercice et, en 2010, il a démissionné à grands fracas de son poste de directeur de l’opéra de Budapest, position qu’il tenait depuis trois ans, pour dénoncer le retour au pouvoir d’Orbán et ce qu’il considérait comme des ingérences de sa part dans son travail (et notamment les nominations) à l’Opéra. Toutefois, le festival Wagner a constamment bénéficié du soutien de l’Etat, même entre 2010 et 2026, sous le mandat d’Orbán.<br />
Lorsqu’il crée ce festival en 2006 avec <em>Parsifal</em>, Fischer ne prétend évidemment pas concurrencer Bayreuth : il s’agit de produire des opéras en versions semi-scéniques ou scéniques et surtout de bénéficier de l’exceptionnelle acoustique de la salle Béla Bartók (qui compte 1656 places). C’est justement pour cette salle que le metteur en scène <strong>Hartmut Schörghofer</strong> a conçu sa tétralogie. Ne s’agissant pas d’une salle d’opéra avec toute la machinerie afférente, Schörghofer a imaginé un langage fondé sur les projections vidéo, le théâtre d&rsquo;ombres, les marionnettes, les danseurs et un dispositif scénique très flexible avec pour ainsi dire pas de décors : ainsi pour ce prologue de l’<em>Anneau</em> <em>du Nibelung</em>, nous n’avons droit qu’à une estrade sur laquelle monte alternativement les chanteurs (qui ne sont pas costumés si ce n’est en…récitalistes) et, comme fond de scène, des panneaux sur lesquels sont projetés soit des vidéos, soit des jeux d’ombres chinoises.<br />
Le premier <em>Ring</em> complet signé Schörghofer a été créé en 2008. Il a depuis été repris régulièrement et partiellement et des aménagements techniques dans la mise en scène ont été apportés. On peut dire qu’il s’agit d’un « Ring maison », aucune autre production n’ayant été proposée <em>in loco</em>.<br />
Schörghofer ne prétend ni révolutionner, ni interpréter l’<em>Anneau</em>. Il s’agit davantage d’adapter l’œuvre à une scène qui n’est pas une scène d’opéra. Et pour cela, l’outil vidéo va jouer un rôle prépondérant. C’est grâce à lui que seront figurés les décors : l’eau du Rhin avec des images très réussies des trois Filles s’y baignant, les montagnes qui abriteront le Walhalla, l’arc-en-ciel qui au dernier tableau servira de pont vers la résidence de Wotan. En revanche le Nibelheim ne sera pas vraiment représenté. Les jeux de lumières se projetant sur les panneaux en fond de scène sont esthétiquement de très bon goût et bien utilisés pour figurer des moments où, souvent, les metteurs en scène se cassent les dents. Citons-en deux, particulièrement réussis : la transformation d’Alberich en dragon puis en crapeau, se fait en ombres chinoises et c’est confondant de justesse. Et puis il y a Freia, dont l’ombre chinoise là encore va comme disparaître derrière l’or figuré par la couleur que revêtira sa silhouette.</p>
<p>Ádám Fischer possède avec l’orchestre symphonique de la radio hongroise un bel outil, dont il tire certainement le meilleur. La lecture de la partition est limpide, les intermèdes symphoniques entre les tableaux permettent de garder permanente la tension dramatique. Nous retenons bien sûr les 134 mesures initiales, arpégées en mi bémol, qui vont sous-tendre finalement tout le premier tableau. Commencées dans le noir complet (Fischer utilise un pointeur électrique pour battre la mesure), elles nous plongent d’emblée dans les eaux du Rhin. La fosse d’orchestre déborde (trois harpes sont perchées au deuxième balcon), les cordes sont magnifiques, on n’évitera pas quelques approximations des cuivres à certains moments pourtant sensibles. Nous avons hâte d’entendre la vision de Fischer dans les trois prochaines journées.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/rajna_PJ_090-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1782545669064" /></pre>
<pre style="text-align: center;">© János Postósz</pre>
<p>Le plateau vocal est homogène et appellera des ovations méritées en fin de partie. Tout commence superbement avec les Filles du Rhin. Woglinde (<strong>Orsolya Sáfár</strong>) a le soprano moqueur, Wellgunde (<strong>Gabriella Fodor,</strong> qui sera la Waltraute de <em>Walküre</em>) confine au mezzo et Flosshilde (<strong>Zsófia Kálnay</strong>) possède un mezzo qui confine à l’alto. Tout cela est bien en place, c’est agile, léger et crédible. Les frères Donner (<strong>Csaba</strong> <strong>Szegedi</strong>) et Froh (<strong>Zoltán Megyesi</strong>), Mime (<strong>Jürgen Sacher</strong>), Erda (<strong>Erika Gál</strong>, qui malheureusement nous fera parvenir son monologue du quatrième tableau depuis les coulisses avec image projetée), montrent tout le soin porté à la distribution des rôles seconds.<br />
Fasolt (<strong>Tijl Faveyts</strong>), avant de perdre sa superbe, aura fait montre d’une basse claire et bien portée, tandis que le faux-frère Fafner (<strong>Sorin Coliban</strong>) montre déjà toute la noirceur du personnage (on l’attend bien sûr dans sa partie plus consistante de <em>Siegfried</em>).<br />
<strong>Lilla Horti</strong> est une Freia toute frêle et parfaite en victime non consentante – la voix cependant est toute d’autorité. <strong>Norbert Ernst</strong> a pris quelque temps pour entrer pleinement dans le jeu de Loge ; d’abord emprunté, il donne la pleine mesure dans les deux dernières scènes.<br />
<strong>Atala Schöck</strong> (Fricka) aura davantage convaincu dans le premier tableau que dans le dernier. Sa première apparition est splendide avec une présence attentive et un mezzo vraiment envoûtant. La longue pause avant le quatrième tableau ne lui aura pas été bénéfique, les graves apparaissant davantage poitrinés. Ceci dit, il nous tarde de l’entendre dans sa partie autrement redoutable de Fricka dans <em>Walküre</em>.<br />
<strong>Jochen Schmeckenbecher</strong> possède le rôle d’Alberich sur le bout des doigts. Du premier au dernier tableau il brosse le tableau du fourbe parfait grâce à une voix qu’il tortille dans tous les sens et qui, à elle seule, montre toutes les facettes de la vilénie d’Alberich.<br />
Quant à <strong>Tomasz Konieczny</strong>, il est le Wotan tutélaire du Festival Wagner de Budapest. Présent dès 2007 (<em>Die Walküre</em>), il aura participé à 8 représentations en Wotan et deux en Wanderer. Présence magnifique, il apparaît sur scène un peu emprunté dans cette version semi-scénique et l’on sent que l’acteur en lui aimerait donner une pleine mesure. La voix sait être tour à tour chaude ou glaciale. Les faiblesses du personnage qui se révèleront davantage dans les deux prochaines journées, affleurent déjà sous le masque d’airain.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>WAGNER, Das Rheingold &#8211; Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-marseille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=213214</guid>

					<description><![CDATA[<p>Et si les metteurs en scène arrêtaient de fumer la moquette, wagnérienne notamment. S’ils se contentaient de mettre leur talent au service de l’œuvre, plutôt que de s’excaver la cervelle à la recherche d’un concept, le plus souvent mauvais. A Marseille, une nouvelle production de L’Or du Rhin plaide en faveur de ce retour à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Et si les metteurs en scène arrêtaient de fumer la moquette, wagnérienne notamment. S’ils se contentaient de mettre leur talent au service de l’œuvre, plutôt que de s’excaver la cervelle à la recherche d’un concept, le plus souvent mauvais. A Marseille, une nouvelle production de <em>L’Or du Rhin</em> plaide en faveur de ce retour à l’humilité – qui ne signifie pas pauvreté – à rebours <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/">des récents égarements parisiens de Calixto Bieito</a>. <strong>Charles Roubaud</strong> n’essaye pas de faire rentrer au forceps dans le prologue du Ring ses angoisses, visions, combats existentiels ou politiques – rayer la ou les mentions inutiles. Tout juste déplace-t-il le premier tableau dans une banque où Alberich, converti en technicien de surface, tentera de lutiner les Filles du Rhin avant de s’emparer du précieux métal entreposé dans un coffre-fort géant. L’idée ne sera pas plus développée ; dès la deuxième scène, le récit poursuit son cours dans son cadre littéral, aidé d’un plateau circulaire et des vidéos de <strong>Julien Soulier</strong> – belle projection du Walhalla en fond de scène, à la façon d’un château doré imaginé par Walt Disney. Les images se succèdent, rivalisant de prouesses techniques, des métamorphoses d’Alberich à la montée des dieux dans leur Trump Tower. A en juger par l’enthousiasme de la salle à l’issue de la représentation, que demande le public, si ce n’est qu’on lui raconte une histoire, telle qu’il l’aime et telle qu’il la comprend. Retrouver son âme d’enfant sans se poser plus de questions, par Wotan, que c’est bon ! – même si cette illustration ne prend en compte les enjeux théâtraux de l’œuvre qu’à travers certains personnages. A l’évidence, Loge et Alberich ont plus inspiré le metteur en scène que les géants et les dieux du Walhalla.</p>
<p>La narration puise aussi sa force dans la direction de <strong>Michele Spotti</strong>. Pour son baptême wagnérien, le maestro conduit d’une main de fer un orchestre dispersé jusque dans les loges latérales. L’exiguïté de la fosse marseillaise oblige à un tel dispositif avec ce que cela ajoute de difficulté en termes de précision mais aussi, pour le spectateur, d’immersion dans la partition. Chef de vision par la façon dont le Rhin liminaire charrie son flux de musique, du mi bémol initial à l’ascension du Walhalla, et chef de détail par la netteté avec laquelle se détachent les leitmotivs, Michele Spotti sculpte la matière instrumentale d’un geste puissant. La large palette sonore dans laquelle il trempe sa baguette, du murmure au fracas, est un procédé narratif imparable. L’attention portée au dialogue entre chanteurs et instruments – cordes, cuivres, percussion, tous galvanisés –, est gage d’intelligibilité dramatique. Ainsi avance le discours, libre mais contrôlé, sans que jamais la battue ne relâche sa tension.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rheingold-Marseille-2-c-Camille-Rovera.jpg" />© Camille Rovera</pre>
<p>Ce n’est pas un mince exploit de la part de l’Opéra de Marseille de proposer dans un opéra de Wagner une distribution française pour l’essentiel. Un tel tour de force n’aurait sans doute pas été possible il y a une dizaine d’années – dans une actualité lyrique anxiogène, le moindre signal positif mérite d’être souligné. Tous les chanteurs, ou presque, trempent pour la première fois dans l’eau du Rhin et le naturel avec lequel ils s’ébattent dans le chant wagnérien n’est pas la moindre des satisfactions de la matinée. Tous sans exception possèdent l’endurance, la projection suffisante pour surmonter un orchestre dont Michele Spotti règle le volume à bon escient – on l’a dit. Tous maîtrisent la déclamation et le nerf de l’écriture.</p>
<p>La distribution offre même la surprise de noms que l’on n’aurait pas imaginés dans ce répertoire. <strong>Eric Huchet</strong>, offenbachien accompli, sangle l’armure de Froh avec une facilité déconcertante. <strong>Yoann Dubruque</strong>, souvent apparenté à Mozart, lance d’un trait sûr les appels de Donner. <strong>Patrick Bolleire </strong>(Fasolt) et <strong>Louis Morvan</strong> (Fafner) se hissent à la hauteur des Géants, sans charbonnage ni caricature, dans une incarnation d’une sobre puissance. Loin de l’image de la marâtre acariâtre, d’une sensualité au contraire provocante, <strong>Marion Lebègue </strong>prête à Fricka un mezzo-soprano qui nous semble avoir encore gagné en chair et en ampleur. Sous la blonde chevelure de Freia toutes griffes dehors et tous aigus acérés, <strong>Elodie Hache</strong> laisse transparaître les sommets héroïques qu’elle pourrait un jour conquérir. En Erda, <strong>Cornelia Oncioiu</strong> suspend le temps par la seule densité de son chant, long et tenu. <strong>Marius Brenciu</strong> glapit Mime avec beaucoup de conviction et les Filles du Rhin – <strong>Amandine Ammirati</strong> (Woglinde), <strong>Marie Kalinine</strong> (Wellgunde), <strong>Lucie Roche </strong>(Flosshilde) – ondoient à l’unisson tout en préservant leur individualité. Le plus surprenant de tous reste <strong>Samy Camps</strong>, que l’on pensait ténor lyrique, voire léger, épousant toutes les ambiguïtés de Loge d’une voix incisive et claire, évoluant d’un pas souple, tant scéniquement que vocalement, au sein du drame dont il tire les ficelles avec brio.</p>
<p>Alberich peut-il être séduisant ? Telle est la question soulevée par <strong>Zolt</strong><strong>án Nagy</strong> en mal de bile et de noirceur, trop lumineux de prime abord pour l’âme damnée du Nibelung. Mais le chanteur transylvanien trouve en lui des ressources insoupçonnées pour proférer sans faillir une malédiction de l’anneau, peut-être moins effrayante que d’autres, mais plus insidieuse.</p>
<p>Après <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-der-fliegende-hollander-rouen/">un <em>Fliegende Holländer</em> à Rouen salué par notre confrère Clément Taillia</a>, <strong>Alexandre Duhamel</strong> ajoute un deuxième fleuron wagnérien à son palmarès. Là où le Hollandais repose sur une obsession unique, Wotan concentre des contradictions immenses : puissance, désir, peur, renoncement, culpabilité. C’est ce camaïeu de sentiments que donne à entrevoir le baryton français avec les moyens qui lui sont propres : une présence massive, une matière dense, graniteuse, un medium solide, un aigu dont la relative fragilité trahit la faiblesse du dieu et un legato de violoncelle qui maintient jusque dans les élans les plus sombres une ligne d’une grande humanité.</p>
<p>Il est de coutume de conclure un compte rendu de <em>Das Rheingold</em> sur des perspectives : à la lumière de ce premier jalon, que peut augurer la suite du cycle ? À Marseille, la question se pose en d’autres termes. <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-walkure-marseille-se-mefier-des-prejuges/">Die Walküre</a></em>, deuxième volet de la saga, a déjà vu le jour en 2022 dans les conditions contrariées de la pandémie. La saison prochaine, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/marseille-2026-27-grands-operas-grandes-voix-grande-saison/">dévoilée récemment</a>, n’annonce ni une reprise de cette première journée, ni une nouvelle production de la suivante – <em>Siegfried</em>. Qu’en sera-t-il des années à venir ? Dans le contexte actuel, l’effort budgétaire qu’exige la poursuite d’un <em>Ring</em> apparaît plus que jamais suspendu à la volonté des institutions. Mais il serait dommage d’en rester là.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold &#8211; Cologne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-cologne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Nov 2025 09:22:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le metteur en scène Paul-Georg Dittrich débute sa note d’intention dans le programme à disposition des spectateurs en évoquant le Ring du centenaire (Chéreau-Boulez) et les huées qui ont accueilli les premières représentations à Bayreuth. Avant le triomphe qui s’ensuivra. Pressentiment ? Certainement. Péché d’orgueil ? L’avenir nous le dira. A tout le moins le natif de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le metteur en scène <strong>Paul-Georg Dittrich</strong> débute sa note d’intention dans le programme à disposition des spectateurs en évoquant le <em>Ring</em> du centenaire (Chéreau-Boulez) et les huées qui ont accueilli les premières représentations à Bayreuth. Avant le triomphe qui s’ensuivra. Pressentiment ? Certainement. Péché d’orgueil ? L’avenir nous le dira. A tout le moins le natif de Brandebourg a-t-il conscience que la vision qu’il propose dans cette nouvelle production de l’<em>Anneau</em> <em>du Nibelung</em> qui commence à Cologne va porter à réflexion et, c’est normal à ce stade, poser davantage de questions qu’elle va apporter de réponses ; comme pour toute représentation de la saga des Nibelungen, seule la vision d’ensemble permet de mesurer la pertinence d’une proposition, mais reconnaissons d’emblée que ce Prologue nous donne bien envie de connaître la suite.<br />
La lecture qu’offre Dittrich de l’ensemble des quatre livrets est d’abord et avant tout politique ; elle se base sur la vision critique bien connue du capitalisme dont s’est souvent ouvert Wagner. Le <em>Ring</em> serait ainsi à lire comme une parabole : l’histoire d’un monde ruiné par les vils agissements d’une société qui ne se reconnaîtrait que dans la lutte pour la possession, la violence, la corruption et la destruction de la nature. En allant dans ce sens Dittrich veut revenir à une lecture davantage littérale du livret pour renforcer le message véhiculé : « davantage » dans le sens où il convient, selon lui, de restituer l’univers fantasmagorique des sources originelles de l’histoire sans se départir de ce qui fait tout le sel de l’histoire qui nous est contée. Donc oui, il y aura bien géants, dieux et déesses, crapaud, dragon et autre cape d’invisibilité. Dittrich revendique l’idée d’« une parabole sociétale et politique sous la forme d’un conte pour adultes. » Un conte qui montrerait la « chute » du monde, depuis les origines heureuses en passant par le péché originel et le paradis perdu. D’où l’idée force de cette proposition de considérer le monde de l’enfance, les enfants donc, comme la seule richesse existante : l’innocence et la force en devenir. L’or du Rhin c’est donc cette enfance pure qui, peu à peu, va être pervertie par le monde et les agissements des adultes.<br />
C’est ce qui explique le contraste saisissant des ambiances entre les deux premiers et les deux derniers tableaux. Dans le premier, les enfants jouent avec les Filles du Rhin, l’osmose entre eux va jusqu’à les amener à mimer leurs chants. Arrive Alberich qui va voler l’or et donc littéralement « kidnapper » l’un des enfants. C’est ici qu’il faut situer la « chute », la faute originelle. Dans le deuxième tableau, on est encore dans le conte de fées avec décors à l’avenant : Wotan est juché sur un croissant de lune et pêche à la ligne, Freia et Fricka ont revêtu des costumes de bonnes fées, Fasolt et Fafner arrivent dans un tractopelle en carton-pâte, les lances et autres marteaux sont en plastique grossier mais c’est la fin de l’innocence.<br />
Au troisième tableau, dans les profondeurs du Nibelheim, c’est une toute autre histoire. C’en est fini des décors joyeux et des couleurs criardes ; c’en est fini des enfants simples spectateurs finalement inquiets du monde des adultes. Les décors sont maintenant grisâtres, les enfants sont des ouvriers à la chaîne et Alberich a revêtu ses habits du diable. Des vidéos d&rsquo;enfants blessés, humiliés, en pleurs sont projetées. Wotan et Loge ont eux aussi quitté leurs costumes de joie. Quant au quatrième tableau, l’ambiance est – déjà ! – crépusculaire et l’on retiendra comme unique éclaircie dans ce sombre tableau, la fulgurante apparition d’Erda, tout de blanc vêtue d’une immense robe à panier avec cette magnifique image de ces enfants, perdus maintenant, qui viennent trouver refuge sous le panier protecteur de la mère nourricière. Et à défaut de pont menant au Walhalla, on aura droit à la projection vidéo de fusées dont on se demande si elles n’explosent pas en vol, ce qui ne laisserait rien augurer de bon !</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/rheingold_gp_0389_matthias_jung_kopie-1294x600.jpg" />© Matthias Jung</pre>
<p>Les conditions matérielles de cette série de huit représentations sont loin d’être idéales, pour le metteur en scène mais aussi et surtout pour les chanteurs et l’orchestre ; le bâtiment moderne de l’Offenbachplatz, qui abrite habituellement l’Opéra de Cologne, est actuellement en restructuration et, cette saison encore, les représentations se font dans la grande salle de la toute proche Staatenhaus, dont la vocation est d’accueillir les comédies musicales et autres concerts. L’acoustique est d’une rare sécheresse ; qui plus est, l’absence de fosse est fortement préjudiciable et à plusieurs égards : elle renvoie les chanteurs en fond de scène, minimalise l’espace réservé à la mise en scène et surtout rend périlleux l’équilibre entre l’orchestre et les chanteurs.<br />
Placé très près de l’orchestre, nous avons eu du mal à saisir la cohésion de l’ensemble. Les cuivres sont distribués tout à gauche et tout à droite, ce qui ne nous a pas convaincu, le mi bémol grave aux contrebasses est trop vite étouffé par les premiers vents et les cors ont parfois semblé fébriles. La lecture toutefois que propose <strong>Marc Albrecht</strong> à la tête du Gürzenich-Orchester Köln est convaincante. Il insuffle une dynamique dans les tuttis, reste en permanence en écoute des chanteurs et modère les ardeurs de l’orchestre pour que tout reste audible.<br />
La distribution est de belle facture et sans aucun point faible. Les trois <em>Rheintöchter</em> (<strong>Giulia Montanari</strong>,<strong> Regina Richter</strong>,<strong> Johanna Thomsen</strong>) sont vives à souhait ; les voix et les chorégraphies s’entrelacent à merveille comme les courants du fleuve, c’est une réussite. La belle posture de <strong>Bettina Ranch</strong> en Fricka, l’innocence de la Freia d’<strong>Emily</strong> <strong>Hindrichs</strong> et l’apparition convaincante d’<strong>Adriana</strong> <strong>Bastidas-Gamboa</strong> (membre de la troupe) en Erda complètent très heureusement la distribution féminine.<br />
Côté masculin, si <strong>Daniel Schmutzhard</strong> (Alberich) et <strong>Jordan Shanahan</strong> en Wotan ont quelque peu tardé à trouver leurs marques aux tableaux 1 et 2, leur prestation d’ensemble est très solide. Les voix portent lorsqu’il le faut et les applaudissements nourris en baisser de rideau sont mérités. Le Loge de <strong>Mauro Peter</strong> est incroyable de force et d’engagement. On aura envie de revoir <strong>Martin Koch</strong> en Mime dans <i>Siegfried</i> avec un rôle plus conséquent. Les frères de Freia (<strong>Miljenko Turk</strong> en Donner et <strong>Thuomas Katajala</strong> en Froh) et les deux géants Fafner (<strong>Sami Luttinen</strong>) et Fasolt (<strong>Christoph Seidl</strong>) complètent avantageusement cette production d’une grande homogénéité vocale.<br />
Le plus difficile commence maintenant : qu’en sera-t-il de la vision d’ensemble ambitieuse que propose Paul-Georg Dittrich lors du second épisode ? Réponse en mars avec la Première journée, les deux dernières étant programmées lors des deux prochaines saisons au bord du Rhin.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-bayreuth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Peut-on prétendre mêler nombrilisme scénique et génie interprétatif ? (Question rhétorique). Le Wotan (Tomasz Konieczny) de ce Ring obligé de jouer du vibrato (mais avec une technique très sûre, pour masquer les insuffisances des extrêmes de sa tessiture et parfois du médium, sans parler de la projection), est ici un riche industriel autoritaire, aux beaux &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Peut-on prétendre mêler nombrilisme scénique et génie interprétatif ? (Question rhétorique).<br />
Le Wotan (<strong>Tomasz Konieczny</strong>) de ce Ring obligé de jouer du vibrato (mais avec une technique très sûre, pour masquer les insuffisances des extrêmes de sa tessiture et parfois du médium, sans parler de la projection), est ici un riche industriel autoritaire, aux beaux restes, en short puis en costume clair. Voilà qui est à l’image de cette proposition scénique : presque impressionnante à l’extérieur, compliquée à lire mais vide à l’intérieur.<br />
Seul beau moment bouleversant de cette soirée : l’intervention d’Erda (superbe <strong>Anna Kissjudit</strong>) au quatrième tableau, (c’est tard) car soudain l’orchestre jusqu’ici souvent banal, se transcende, la suit et s’élève à la hauteur mythique du moment qu’on espérait vainement.<br />
Exit le mythe, place aux chamailleries et coups bas d’une famille, avec son avocat (le Loge d’un <strong>Daniel Behle</strong> en déficit de charisme et de projection), avec ses associés mafieux (Fafner et Fasolt), avec son personnel (Erda est l’assistante personnelle d’une Freia grande bourgeoise hagarde sous tranquillisants). Cette proposition se révèle au mieux absurde, entièrement influencée par les clichés du  <em>Regietheater</em> vus absolument partout depuis des décennies. L’admiration pour la réalisation technique s’impose tout de même avec la façon dont les panneaux du décor se combinent sur scène avec glissement, ellipses d’éléments apparaissant, disparaissant, et se superposant pour fabriquer cette petite scène écrasée à l’horizontale (cages, cubes, vitrines, voiture au garage (quelle originalité, quelle nécessité !) qui enferment les personnages. Pour la recension des topoï de cette esthétique qui eut parfois ses réussites dans le passé, notons les lumières hideuses, les costumes ringards, les perruques peu seyantes. Le tout assené avec un mâle pathétique, masquant mal une absence de vision roborative de l’œuvre. Comme les personnages tels qu’ils sont montrés ici (Fantasia chez les riches ploucs ou famille dysfonctionnelle façon « Festen »), la laideur et la caricature œuvrent au rapetissement et sont érigées en suprême étiologie des phénomènes. C’est fatigant de paresse intellectuelle – même si la prudence nous demande d’attendre la suite de cette tétralogie. Rassurons-nous : on devine que les éléments du décor sont recyclables, que tout cela est accompagné d’un discours très au point, séduisant. Pourtant, c’est l’ennui d’une lecture inutilement casuistique qui nous assomme.<br />
Ne demandez pas si les petites filles prisonnières d’une cage en verre chevauchant des jouets dans le 3e tableau (celui du Nibelheim, où les coups de pioche semblent ici des clés à molette qu’on entrechoque) sont les futures walkyries, si la petite fille sauvée par Erda est Sieglinde, si le sale garçonnet mal élevé et au comportement clairement pathologique (peut-être violé par Alberich ?) est Hunding ou Siegmund : on s’en moque. Tout ce prêchi-prêcha sans queue ni tête (car « librement inspiré du livret de R. Wagner » sic) est dispensable, même inspiré de photos réalistes prises à Croydon et autres villes anglaises ou américaines en déshérence dans les années 80.<br />
Bref où va-t-on ?<br />
Avec un Dieu fatigué, corrompu, saoul, (Wotan comme une sorte de Jeffrey Epstein), on revisite son Sigmund (Freud) laborieusement. Ne manquent dans l’intérieur de l’habitat divin ni le tableau pompier de la curée d’une chasse à courre, ni les photos d’enfants représentant (nous assure-t’on) les futurs jumeaux de « La Walkyrie » dans la chambre au confort suédois du dieu du Walhalla (nom propre qui ne désigne ici que le synonyme d’une super cuite à la fin).<br />
Alberich (formidable <strong>Olafur Sigurdarson</strong>, retors, d’une animosité souvent jubilatoire) est le frère, nous dit-on, jumeau de Wotan. Il lui a arraché un œil dans le ventre de sa mère (vidéo du Prélude, assez fade musicalement), ensuite il trempe dans un bassin avec les Filles du Rhin – en fait les nurses des enfants susnommés, un tantinet nymphomanes et impuissantes face au rapt dudit jeune garçon. Toute cette enfance représente le fameux or du titre qu’on veut s’approprier pour des orgies (sans doute) et pour la continuité de la race. On notera les performances de <strong>Marie-Antoinette Reinhold</strong> (Flosshilde) et de <strong>Natalie Skrycka</strong> (Wellgunde), au très beau mezzo. Cet enfant pour qui on se bat est un vrai sale gosse, constate-t’on dès le deuxième tableau, iconoclaste (sans doute <strong>Valentin Schwarz</strong> lui-même qui s’affiche en photo à neuf ans devant la partition de « Rheingold » avec la même coupe, la même casquette et le même casque d’écoute que le jeune figurant dans le programme destiné au public). Ce dernier va asperger la cage du Nibelheim de peinture rouge et jouer du revolver plusieurs fois comme son mauvais maître Alberich, nous empêchant avec cette agitation perpétuelle de profiter du récit de l’excellent Mime de <strong>Ya-Chung Huang</strong>.<br />
La Freia de <strong>Christina Nilsson</strong> et la Fricka de<strong> Christa Mayer</strong> offrent une interprétation hors pair (mais la seconde montre des signes de fatigue ou de refroidissement avec une voix un peu acidifiée au dernier tableau), quoique toujours réduites au commentaire.<br />
Fafner et Fasolt sont donc des nervis peu fascinants, même si les deux chanteurs font entendre un luxe de moyens parfois inégal : <strong>Tobias Kehrer</strong> résonne enfin dans le dernier tableau quand dès le premier tableau, <strong>Patrick Zielke</strong> a convaincu.<br />
Donner (<strong>Nicholas Brownlee</strong>) et Froh (<strong>Mirko Roschkowski</strong>) font le travail sans intéresser plus que ça le spectateur. La faute aux rôles que Valentin Schwarz leur assigne, totalement ternes.<br />
Alors si les dieux ne sont plus les dieux, puisque Wotan est un ploutocrate qui a perdu son charisme et sa lance taillée dans le frêne du monde, ne nous étonnons pas que l’orchestre, déjà cantonné à sa place d’élément parmi d’autres par le dispositif de la fosse souterraine de Bayreuth, ne soit guère passionnant non plus, à la pâte sonore ni suffisamment colorée, ni vraiment fuligineuse. Il n’est plus ce personnage comme nous en avons pris le goût dans d’autres théâtres et sous la baguette de chefs légendaires anciens ou modernes. Le discours musical est ici parfois illustratif sous la baguette de <strong>Simone Young</strong>, même si homogénéité des pupitres, parfaite adéquation entre fosse et chanteurs, et exactitude rythmique sont bel et bien au rendez-vous. Les instruments en intervention solo ou en tutti font parfois des miracles, vraies épiphanies de l’instant. À Bayreuth il faut des chefs d’exception. Pour conclure, le spectacle se révèle le plus souvent insipide, ce qui interroge pour les épisodes de cette reprise du cycle 2025 du Ring en ce mois d’août. Notons que la vision myope du jeune metteur en scène autrichien est très applaudie ce soir du 15 août – comme quoi le public ne sait pas ce qu’il veut après trois années de justes huées. Un enthousiasme aussi destiné aux chanteurs, me direz-vous.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold — Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-munich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Hasard des calendriers, les nouvelles productions ou reprises de la Tétralogie fleurissent un peu partout en Europe. La concurrence fait rage entre Londres, Berlin (Deutsche Oper et Staatsoper Unter den Linden), Bâle, Milan, Vienne, Paris ou encore Monte-Carlo&#8230; pour n’en citer que quelques-unes. Sollicité selon ses dires par plusieurs grandes maisons, Tobias Kratzer a finalement &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Hasard des calendriers, les nouvelles productions ou reprises de la <em>Tétralogie</em> fleurissent un peu partout en Europe. La concurrence fait rage entre Londres, Berlin (Deutsche Oper et Staatsoper Unter den Linden), Bâle, Milan, Vienne, Paris ou encore Monte-Carlo&#8230; pour n’en citer que quelques-unes. Sollicité selon ses dires par plusieurs grandes maisons, <strong>Tobias</strong> <strong>Kratzer</strong> a finalement choisi la proposition de Serge Dorny. Munich est d’ailleurs la ville où furent créés les deux premiers volets du cycle et Tobias Kratzer en est également originaire. Le metteur en scène s’était précédemment frotté au cycle à Karlsruhe en 2017, mais avec le seul <em>Götterdämmerung</em>, dans le cadre d’un <em>Ring</em> « à quatre mains », partagé avec 3 autres jeunes metteurs en scène (David Herrmann, Yuval Sharon et Thorleifur Örn Arnarsson).</p>
<p>Étrenné en début de saison, <em>Das Rheingold</em> est repris à l’occasion du festival, et c’est une réussite dont on attend avec impatience la suite. Kratzer aborde l’ouvrage avec les qualités qu’on lui connait : une vision renouvelée, une authentique connaissance du texte (quitte à le détourner habilement à l’occasion), une direction d’acteur au cordeau, un talent pour raconter une histoire et l’humour sarcastique qui le caractérise.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rheingold_2025_M.Winkler__c__Geoffroy_Schied-2-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Rheingold_2025_M.Winkler__c__Geoffroy_Schied-2-1024x683.jpg." />© Geoffroy Schied / Bayerische Staatsoper</pre>
<p>Nous sommes à l’époque contemporaine : devant une palissade sur laquelle est tagué la célèbre phrase de Nietzsche, « Dieu est mort », Alberich s’apprête à se suicider quand son attention est attirée par les filles du Rhin, trois adolescentes qui semblent tout droit sorties d’<em>Harry Potter</em>. Une (vraie) chèvre est également de la partie (allusion aux béliers qui tirent le char de Fricka dans <em>Die Walküre</em> ?). Les jeunes filles tourmentent le Nibelung avec des tours de magie, avant qu’il ne découvre l’or du Rhin et s’en empare. À la scène suivante, nous découvrons les dieux dans un décor d’église moyenâgeuse en travaux. Ils sont habillés comme le veut la tradition iconographique du XIXe siècle. Wotan, casque ailé sur la tête et œil gauche discrètement en berne, a fait construire un nouveau temple par des géants, deux prêtres en col romain : un présentoir propose des prospectus publicitaires à l’effigie du dieu, « Ton Wahalla, Ton Wotan » : Kratzer veut-il traiter de la résurgence du fait religieux, voire du paganisme, dans un occident athée, de l’effacement du christianisme au profit de sectes ? Il est encore trop tôt pour le savoir. Pressé de payer les géants avec l’or volé par Alberich, Wotan part pour le Nibelheim, accompagné de Loge, muni d’un Tupperware remplit des pommes magiques de Freia, lesquelles lui assurent la jeunesse éternelle. Ses pérégrinations font l’objet d’une vidéo réjouissante, le dieu voyageant dans l’indifférence générale, en dépit de son costume pour le moins incongru (dans l’avion, on le voit exaspéré par sa voisine qui dort sur son épaule). Alberich vit dans une espèce de box empli d’armes et d’ordinateurs, à la manière des hackers tels qu’on les représentent au cinéma. Mime, son frère et souffre-douleur, se console auprès de son chien (rôle muet heureusement, mais c’est un vrai chien !). Wotan profite de la transformation d’Alberich en crapaud pour l’enfermer dans son Tupperware. Dans la vidéo suivante, Wotan, réjoui, fait le voyage de retour. Avec l’aide de Loge qui provoque un feu de poubelle, il réussit à conserver le crapaud qu’on tente de lui confisquer à la douane. Une fois les géants payés, et Fasolt éliminé par son frère, un immense retable est découvert où les divers dieux viennent prendre place tandis que la foule se presse pour les adorer. L’histoire, telle que racontée par Kratzer, est à la fois drôle et noire et violente, illustrant l’aphorisme maintes fois rebattu de Chris Marker : « l’humour : la politesse du désespoir ». Une des filles du Rhin est blessée par balle par Alberich ; dans une scène qu’on croirait tirée de <em>Jurassic Park</em>, le chien de Mime est transformé en pâtée sanguinolente (Alberich est hilare tandis que son frère pleure son seul compagnon) ; capturé, Alberich est exposé complètement nu ; il a le doigt férocement coupé par Wotan lorsque celui-ci récupère l’anneau ; le nain se venge de son humiliation en pissant sur les colonnes du temple, etc.  La mise en scène est ainsi une succession de temps forts où l’on passe du rire au drame.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DAS_RHEINGOLD_Filmstill-1294x600.jpg" alt="" data-name="image" />© Manuel Braun, Jonas Dahl, Janic Bebi / Bayerische Staatsoper</pre>
<p>La direction de <strong>Vladimir Jurowski</strong> est implacable et précise, faisant ressortir la violence de la partition en miroir de celle exhibée sur scène. Elle est également nerveuse et rapide (2h19 contre 2h29 pour Simone Young à Bayreuth la vieille, durée d’exécution plus standard). L’orchestre est très transparent, avec des pupitres très dissociés (tout l’inverse du fondu bayreuthien d’ailleurs), avec des contrastes et des fulgurances qu’on retrouvait paradoxalement dans l’interprétation sur instruments d’époque de Gianluca Capuano à Monte-Carlo (il y a même des accidents dans les cuivres&#8230;). Quelque part, Jurowski n&rsquo;oublie pas que le <em>Rheingold</em> s&rsquo;inscrit aussi dans une continuité historique musicale : Wagner appréciait <em>La Muette de Portici</em> d&rsquo;Auber, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/rencontre-au-sommet/">avait fait ses dévotions à Rossini</a>, et l&rsquo;on a parfois qualifié ironiquement son <em>Rienzi</em> de « meilleur opéra de Meyerbeer » ! C’est un orchestre qui pétille, mais avec une malice noire quasi diabolique. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-munich/">Comme dans son récent <em>Don Giovanni,</em></a> le chef russe fait ici la démonstration d’une vision originale et cohérente, alliée à un authentique professionnalisme digne des vrais « chefs de fosse », avec une vraie attention au plateau. Au global, le directeur musical de l’institution offre ici une direction atypique, passionnante et convaincante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rheingold_2025_N.Brownlee_M.Rose_C.Mahnke__c__Geoffroy_Schied-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-195959"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>©  Geoffroy Schied  / Bayerische Staatsoper</sub></figcaption></figure>


<p>Ce plateau vocal offre des bonheurs divers. <strong>Nicholas Brownlee</strong> est un Wotan sonore, d’une parfaite aisance sur la totalité de la tessiture, bon acteur de surcroit, et notamment plein d’humour, avec une interprétation subtile et une fausse bonhommie. Le jeune baryton-basse (36 ans) qui avait heureusement sauvé<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/"> l’une des tristes soirées parisiennes</a> en remplaçant au pied levé un interprète souffrant, est décidément une valeur à suivre. <strong>Sean Panikkar</strong> (Loge) est l’autre point fort de cette distribution, avec un chant atypique, quasi belcantiste : on pense initialement à une version hypervitaminée de l’Arturo de <em>Lucia di Lammermoor</em> mais les moyens apparaissent vite plus importants, notamment en termes d’endurance. La voix est bien conduite, le chant expressif. Doté d’un physique avenant, le ténor américain, tout de noir vêtu, exprime ici toute « la beauté du Diable » par un mélange de séduction et de vilénie dissimulée. En Alberich, <strong>Martin Winkler</strong> offre une interprétation absolument phénoménale théâtralement, à la fois odieuse, grotesque et touchante. Objectivement toutefois, il faut bien reconnaitre que la plupart des aigus du rôle sont hors de sa portée, et que ces notes sont soit écourtées, soit discrètement caviardées. Son investissement dramatique lui vaut toutefois un beau triomphe public à l’applaudimètre. <strong>Ekaterina Gubanova</strong> est une Fricka à la projection un peu limitée et au timbre un peu rêche, avec une belle articulation toutefois. <strong>Wiebke Lehmkuhl</strong> est une Erda somptueuse, avec un vrai timbre de contralto, et une belle expressivité. La jeune <strong>Mirjam Mesak</strong> est une belle Freia, sans doute une voix à suivre. Le Fafner de <strong>Timo Riihonen</strong> est intéressant. <strong>Matthias</strong> <strong>Klink</strong> est excellent en Mime. Les Filles du Rhin sont confiées à de jeunes interprètes (<strong>Sarah Brady</strong>, <strong>Verity Wingate,</strong> <strong>Yajie</strong> <strong>Zhang</strong>), très satisfaisantes quoiqu’encore un peu vertes de timbre, bien chantantes et suffisamment sonores. Le reste de la distribution nous ont semblé en revanche un brin étriqué vocalement quoiqu&rsquo;investi dramatiquement.</p>
<p>Et la suite ? <em>Die Walküre</em> sera créée en juin prochain et il ne faudra surtout pas manquer le cycle complet, a priori en 2028. Et on croise les doigts pour que les nouvelles responsabilités de Tobias Kratzer en tant que directeur de l’Opéra de Hambourg ne viennent pas contrarier l’issue de ce projet !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-munich/">WAGNER, Das Rheingold — Munich</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold &#8211; Bâle</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-bale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tout commence le jour de la fête d’anniversaire du petit Siegfried. Ou plutôt non : l’histoire commence par la voix parlée de Brünnhilde, qu’on entend se demander comment tout cela a commencé. Remontant le fil de l’histoire familiale, elle va parvenir à se remémorer les récits que Wotan leur faisait quand ils étaient enfants.Ainsi, lors &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Tout commence le jour de la fête d’anniversaire du petit Siegfried. Ou plutôt non : l’histoire commence par la voix parlée de Brünnhilde, qu’on entend se demander comment tout cela a commencé. Remontant le fil de l’histoire familiale, elle va parvenir à se remémorer les récits que Wotan leur faisait quand ils étaient enfants.<br />Ainsi, lors de cette fête d’anniversaire à laquelle assistent Fricka (en tailleur Chanel), Donner et Froh (costumes d’aujourd’hui et petits chapeaux pointus ridicules), Siegmund (longs cheveux roux et peau de bête), Freia (en robe fleurie de jeune fille et qui traînera tout au long du spectacle trois ballons de baudruche dérisoires), Wotan (vaste manteau de peau d’ours) offrira au petit Siegfried (couronne en papier doré sur sa tête de gentil blondinet) un petit théâtre de marionnettes, ayant pour décor le Rhin et ses flots de carton-pâte. Il lui offrira aussi un petit dragon vert et une épée de bois. Tout cela sur une longue tenue des cordes graves venue du dessous de la scène.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_rheingold_khpringo_hoehn_025-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-190549"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nathan Berg © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un jeu avec les anachronismes et les allusions</strong></h4>
<p>À la fête assiste aussi une petite fille (blonde) de l’âge de Siegfried, Brünnhilde bien sûr, qui elle aussi fouillera dans le coffre à jouets pour en sortir un masque de loup – et on sait que Siegmund dira « Wolfe, der war mein Vater &#8211; Loup était mon père ». On voit que la lecture de <strong>Benedikt von Peter</strong> ne se soucie guère de chronologie et qu’elle ne fait qu’extrapoler cette querelle de famille qu’est <em>L’Or du Rhin</em> hors du temps et de l’espace. Elle joue des anachronismes, des anticipations, des allusions. Des espiègleries aussi. Après tout, ce prologue est aussi une manière d’<em>heroic fantasy</em> avant l’heure.</p>
<p>Wotan, qui au début apparaît comme un<em> Pater familias</em> envahissant et raconteur de contes fantastiques, se révèlera bientôt comme le roublard qu’il est, ne quittant jamais sa bouteille ni sa lance et toujours obsédé sexuel, d’où sa progéniture envahissante ; on le verra même disparaître sous la nappe de la table d’anniversaire en compagnie de trois femmes opulentes en robes à paillettes, dont on comprendra plus tard que ce sont les trois Nornes (du jamais vu, semble-t-il) et il en ressortira le pantalon sur ses chaussures. Admettons.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_rheingold_gpringo_hoehn_068-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-190546"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Wotan entre Siegmund et Fricka © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<p>Cette table toute en longueur sera un vaste plateau à tout faire. Quant au décor, il se réduit à une vaste carcasse de maison sur la gauche, qui sera le Walhalla, et à un arbre énorme à droite, où se balance pour l’heure une Brünnhilde adolescente. Tout au long de <em>Rheingold</em>, cette jeune Brünnhilde sera présente sur le plateau, assistant à tout l’imbroglio avec les Géants, à la bagarre avec Alberich, à son renoncement à l’amour, etc. Elle sera là aussi pour voir apparaître trois sirènes sous la forme de trois grandes marionnettes, soutenues chacune par trois manipulateurs, et un énorme crapaud (là aussi c’est une anticipation, puisque c’est bien plus tard qu’Alberich, grâce à son heaume magique, prendra l’aspect d’un batracien, mais de taille normale…)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_rheingold_gpringo_hoehn_119-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-190547"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Michael Laurenz (Loge) © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un son presque comme à Bayreuth</strong></h4>
<p>La salle du théâtre de Bâle n’a pas de fosse d’orchestre. C’est une salle de théâtre moderne, sans charme particulier, mais sonnant bien. On a donc imaginé de faire presque comme à Bayreuth, c’est-à-dire de mettre l’<strong>Orchestre symphonique de Bâle</strong> sous la scène, et son chef aussi, sans visibilité autre que par un système de vidéo. De même pour les chanteurs qui ne voient <strong>Jonathan Nott</strong> que par le truchement de cinq écrans. Ce n’est pas tout à fait la fosse de Bayreuth, le son arrive notamment par des grilles au milieu de la scène, mais on s’approche de l’effet diffus, fondu, mystérieux, voulu par Wagner, de sorte que soient privilégiés (c’est le cas) le jeu des acteurs et les mots du « poème ».</p>
<p>Acoustiquement l’effet est plus qu’intéressant. La scène des Filles du Rhin (toutes trois remarquables, chacune en longue robe noire sous sa « sirène » de tissu) est magnifique d’animation et de piquant sous la baguette rapide, nerveuse, acérée de Jonathan Nott. On ne perd rien de la richesse de couleur virtuose du début, de l’étagement des sonorités, avec ce son monophonique que désirait Wagner : au lieu de l’effet gauche-droite, horizontal en somme, que donne la fosse d’orchestre, on a ici un effet qu’on dira vertical, c’est-à-dire l’étagement des sonorités, de l’aigu des flûtes jusqu’à la profondeur tellurique des contrebasses et des trombones.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_rheingold_gpringo_hoehn_056-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-190544"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Le crapaud-Alberich et les Filles du Rhin © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<p>Cela ne rendra que plus déconcertant d’ailleurs le fait que la voix d’Alberich ne vienne pas de ce crapaud gigantesque, mais de quelque part en haut à gauche ; de même que sera un peu gênant le décalage entre la lenteur des déplacements des sirènes ondulant tout autour de la scène et la prestesse, le foisonnement bigarré, l’élan de la conception sonore de Jonathan Nott.</p>
<p>Point fort de cette production, outre les bifurcations, suggestions, décalages d’une lecture ironique du texte wagnérien : une direction d’acteurs extrêmement serrée. Une approche véritablement théâtrale. La géographie particulière de la salle, l’extrême proximité des chanteurs-acteurs et des spectateurs induit un jeu tout en détails, la moindre mimique d’un Wotan prenant une force&nbsp; et une épaisseur humaine singulière (ces Dieux sont décidément très humains). Et quand le jeu devient hyper-théâtral (celui de Loge, par exemple, puisque c’est l’esprit du rôle), le naturel des enfants suffit à rétablir la balance.</p>
<h4><strong>Un Wotan formidable</strong></h4>
<p>La distribution est dominée par la grande voix de <strong>Nathan Berg</strong>, Wotan formidable, d’une autorité et d’une projection considérables, de surcroît excellent dans la veulerie, la duplicité, la morale chancelante (et la cruauté) du personnage. Non seulement la voix a l’ampleur et la profondeur, mais il manie avec aisance la conversation en musique, phrasant et accentuant avec verve les arguties du bonhomme, dans la longue querelle avec Fricka (<strong>Solenn&rsquo; Lavanant Linke</strong>), qui chante remarquablement, mais dont la stature vocale n’a peut-être pas le côté Cosima du rôle.</p>
<p>(Ici, on ouvrira une parenthèse pour dire que le lendemain, comme on le verra, non seulement Nathan Berg éclairera Wotan de toute autre manière dans la <em>Walkyrie</em>, et enrichira encore le portrait, mais que Solenn&rsquo; Lavanant Linke, dans sa grande plaidoirie furibarde du deuxième acte, y montrera une puissance, une autorité, une implacabilité nouvelles).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/nathan_berg_photo_ingo_hoehn-1024x684-1.jpeg" alt="" class="wp-image-190553"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nathan Berg © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<p>Les deux géants sont étonnants : si Fafner a la corpulence d’un bâtisseur en chemise écossaise, Fasolt est un grand escogriffe en salopette aux longs cheveux filasses, plutôt maigrichon. En revanche <strong>Hubert Kowalczyk</strong> a une grande voix de baryton-basse, aux phrasés remarquables, qui rivalise avec celle, de grand format, de son associé Fafner, <strong>Runi Brattaberg</strong>. Il va sans dire que l’on n’essaie nullement par quelque artifice de les faire apparaître plus grands que la normale.</p>
<h4><strong>Sarcasmes et sournoiserie</strong></h4>
<p>Autre point fort d’une distribution décidément très homogène, le Loge de haut vol de <strong>Michael Laurenz</strong> : coiffure peroxydée, costume beurre frais, il est un parfait rusé, intrigant, sarcastique, hyperactif, âme damnée de roman populaire, sournois et manipulateur. Ses glapissements pour convaincre Wotan de descendre au Nibelung reprendre l’or à Alberich sont particulièrement réjouissants. Ténor de caractère, il chantera dans peu de jours Mime à Vienne. Ici, Mime, excellent lui aussi, c’est <strong>Karl-Heinz Brandt</strong>, et dans les quelques répliques qu’il a en surgissant du Nibelung, avec ses airs de vieil intellectuel craintif et malmené par Alberich, il dessine une silhouette touchante (ce qui fait regretter de ne pas pouvoir être présent pour le premier acte de Siegfried et le voir dans la scène de la forge).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/bb068b56bf1103f496276b3320be95653e5094df_773209228-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190555"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Brünnhilde et les personnages du petit théâtre © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<p>Non moins remarquables, le ténor lyrique clair et très projeté de Froh (<strong>Ronan Caillet</strong>) et le baryton très chaud de Donner (<strong>Michael Borth</strong>) dont les « Héda ! Hédo ! » lors de l’entrée au Walhalla seront retentissants. Très amusante, disons-le au passage, cette entrée solennelle (et un peu grotesque) sur un pont de chaises de cuisine alignées, toute la famille (dysfonctionnelle) des Dieux s’abritant sous des parapluies noirs…<br />Autres idées réjouissantes de cette mise en scène joueuse : la tête de dragon et sa queue (dans une esthétique de dragon chinois) surgissant furtivement du rideau, comme une concession à l’imagerie wagnérienne d’autrefois, ou l’évocation du Nibelheim, Wotan fracassant le plancher de scène à grands coups du marteau de Donner (marteau avec lequel Fafner trucidera Fasolt, première victime de la folie de l’or).<br />Quant à cet or, venu d’un Nibelheim qui restera souterrain, ce sera un amoncellement de plats, de ciboires, de moules à gâteaux, de candélabres, dont on recouvrira le corps de la pauvre Freia en échange de sa liberté…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tb_rheingold_gpringo_hoehn_149-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-190548"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>La vaisselle d&rsquo;or © Hoehn</sub></figcaption></figure>


<p>Au total, c’est une grande réussite que de concilier le côté théâtre contemporain, volontairement un peu <em>cheap</em> et au second degré, et par exemple l’amertume sublime, la défaite humiliée d’Alberich, dont <strong>Andrew Murphy</strong>, qui n’a peut-être pas toute la noirceur qu’il faudrait pour le personnage, mais qui a la qualité d’avoir une voix proche de celle de Wotan, fait bien ressortir, derrière la cupidité et le désir de pouvoir (et surtout d’éternité) l’humanité profonde.</p>
<p>Non moins touchante, l’apparition fragile, dans d’étranges oripeaux, de Erda, incarnée par <strong>Hanna Schwarz</strong>, dont la voix n’a rien perdu de son pouvoir d&rsquo;émotion, elle qui fut la Fricka de Chéreau, il y a cinquante ans…</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-bale/">WAGNER, Das Rheingold &#8211; Bâle</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>L’Or du Rhin maudit à l&#8217;Opéra de Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/lor-du-rhin-maudit-a-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Feb 2025 12:45:01 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l’annulation de Ludovic Tézier dont le premier Wotan était très attendu, après les désillusions causées par la mise en scène affligeante de Calixto Bieito, après l’aphonie de Ian Patterson sans remplaçant prévu pour venir à son secours, après la confusion dans les annonces entre Nicholas et Lawrence Brownlee, les grandes et petites misères de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/ludovic-tezier-ne-chantera-pas-lor-du-rhin-a-lopera-de-paris/">l’annulation de <strong>Ludovic Tézier</strong></a> dont le premier Wotan était très attendu, après <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/">les désillusions causées par la mise en scène affligeante de <strong>Calixto Bieito</strong></a>, après <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/panne-de-wotan-dans-lor-du-rhin-a-paris/">l’aphonie de <strong>Ian Patterson</strong> sans remplaçant prévu pour venir à son secours</a>, après <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/un-tenor-rossinien-en-wotan-a-lopera-de-paris/">la confusion dans les annonces entre Nicholas et Lawrence Brownlee</a>, les grandes et petites misères de ce premier volet de la Tétralogie wagnérienne se poursuivent.</p>
<p>L’abus de pommes sur le plateau, certaines broyées d’une seule main par <strong>Matthew Cairns</strong> – <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/42e-international-hans-gabor-belvedere-singing-competition-jurmala/">jeune ténor remarqué au Belvedere l’an dernier</a> – s’avère dangereux pour la santé des chanteurs. Hier, 11 février, <strong>Kwangchul Youn</strong>, l’excellent interprète de Fasolt, a glissé sur un des fruits qui jonchent le sol. La chute ne semble pas avoir eu de conséquences physiques fâcheuses – Wotan merci ! La dramaturgie, seule, en a pris un coup, puisqu’à rebours des rapports de force entre les personnages, c’est Loge qui a aidé l’ainé des Géants à se relever.</p>
<p>L’incident, s’il reste au stade de l’anecdote, constitue une mise en garde à l’intention des metteurs en scène. Les transpositions, déformations et autres élucubrations scéniques peuvent-elles s&rsquo;exercer au risque de mettre en danger les artistes ? Anathème à Calixto Bieito !</p>
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		<item>
		<title>Un ténor rossinien en Wotan à l&#8217;Opéra de Paris ?</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/un-tenor-rossinien-en-wotan-a-lopera-de-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Feb 2025 19:31:47 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=breve&#038;p=182137</guid>

					<description><![CDATA[<p>Suite aux déboires du baryton-basse Iain Paterson (et surtout du public) lors de la représentation désastreuse du Rheingold de dimanche dernier (narrée ici par notre consoeur Audrey Bouctot), on pouvait s&#8217;interroger sur le remplacement probable du chanteur britannique, au moins pour la représentation de mercredi prochain (une soirée AROP à laquelle participent des mécènes). En &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/breve/un-tenor-rossinien-en-wotan-a-lopera-de-paris/"> <span class="screen-reader-text">Un ténor rossinien en Wotan à l&#8217;Opéra de Paris ?</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="295" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2025-02-03-a-19.34.48-1024x295.png" alt="" class="wp-image-182143"/></figure>


<p>Suite aux déboires du baryton-basse <strong>Iain Paterson</strong> (et surtout du public) lors de la représentation désastreuse du <em>Rheingold</em> de dimanche dernier (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/panne-de-wotan-dans-lor-du-rhin-a-paris/">narrée ici par notre consoeur Audrey Bouctot</a>), on pouvait s&rsquo;interroger sur le remplacement probable du chanteur britannique, au moins pour la représentation de mercredi prochain (une soirée AROP à laquelle participent des mécènes). En parcourant la distribution affichée sur le site de l&rsquo;Opéra de Paris, on découvre avec stupeur un nouveau nom en alternance pour le rôle de Wotan, celui de <strong>Lawrence Brownlee</strong>, par ailleurs à l&rsquo;affiche du très belcantiste <em>I Puritani</em> de Vincenzo Bellini, donné à Bastille en alternance avec l&rsquo;ouvrage de Richard Wagner. </p>
<p>Ne fantasmez pas à l&rsquo;idée d&rsquo;une version de l&rsquo;<em>Or du Rhin </em>avec contre-fa : il s&rsquo;agit plus probablement d&rsquo;une confusion avec <strong>Nicholas Brownlee </strong>de la troupe de l&rsquo;Opéra de Francfort, qui y interprète le rôle-titre de <em>Macbeth</em> depuis début décembre, la dernière ayant eu lieu le 1e février. Le chanteur américain a déjà interprété Wotan (à Munich notamment) et doit le rechanter en juillet à cette même Bayerische Staatsoper. Est-il bien raisonnable de se faire succéder aussi rapidement la tessiture de baryton-basse avec celle, nettement plus aiguë, de baryton Verdi ? Rappelons que Ludovic Tézier, initialement prévu en Wotan,<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/ludovic-tezier-ne-chantera-pas-lor-du-rhin-a-lopera-de-paris/"> avait dû jeter l&rsquo;éponge en raison d&rsquo;une méchante grippe</a> l&#8217;empêchant de participer  aux répétitions : quand ça veut pas, ça veut pas.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/breve/un-tenor-rossinien-en-wotan-a-lopera-de-paris/">Un ténor rossinien en Wotan à l&rsquo;Opéra de Paris ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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