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	<title>Die Winterreise - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<lastBuildDate>Fri, 06 Feb 2026 06:47:53 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Die Winterreise - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>SCHUBERT, Winterreise &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-winterreise-par-peter-mattei-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Feb 2026 05:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour rendre compte vraiment d’un récital aussi parfait, la meilleure solution serait de le donner à entendre. C’est un peu la vieille image de la carte et du territoire. Néanmoins, essayons.Mais comment donner une idée d’une telle infinité de détails, mais surtout d’émotions, de micro-évènements, de grands élans, d’attitudes, de gestes, de suggestions, de beautés &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour rendre compte vraiment d’un récital aussi parfait, la meilleure solution serait de le donner à entendre. C’est un peu la vieille image de la carte et du territoire. Néanmoins, essayons.<br />Mais comment donner une idée d’une telle infinité de détails, mais surtout d’émotions, de micro-évènements, de grands élans, d’attitudes, de gestes, de suggestions, de beautés vocales, de paysages, d’impressions – et d’abord celle de vivre un moment unique.</p>
<h4><strong>Le sentiment que tout peut arriver</strong></h4>
<p>Unique peut-être aussi pour les deux artistes, <strong>Peter Mattei</strong> comme<strong> Daniel Heide</strong>, car constamment on a le sentiment que tout se passe <em>ici et maintenant</em>. Que cette interprétation n’aura lieu que ce soir, que tout a été réfléchi, travaillé, préparé, mûri (au fil d’une vie peut-être), mais que ce soir tout peut arriver.<br />Les concerts de Fischer-Dieskau qu’on peut voir en vidéo donnent cette impression de tout pour le tout, de ce soir comme jamais, de liberté totale, de re-création d’une œuvre. On est sur des sommets semblables.</p>
<p>Surprise d’abord du premier lied, <em>Gute Nacht</em>. On ne sait pourquoi, on s’attendait à un tempo rapide, à un départ exalté. Mais non, c’est d’emblée la plongée dans un monde intérieur.<br />Encore que sans cesse on passera de cette introversion à une extériorisation faite de mise à distance, d’auto-ironie, de sarcasme, tout cela très rapide, furtif, estompé à peine esquissé, avec une virtuosité constante. Mais sans jamais qu’on ait l’impression d’une fabrication. Tout est à la fois bouleversant et surprenant.</p>
<h4><strong>Un timbre somptueux</strong></h4>
<p>Et d’emblée le timbre si juvénile, la longueur de cette voix, si claire dans le registre supérieur et si veloutée quand elle est descend dans le grave, le <em>legato</em> constant, et cette technique incroyable qui rend le chanteur absolument libre d’improviser – ou de donner l’impression qu’il improvise, car comment savoir ? Peut-être que tout est minutieusement construit pour donner l’impression du fortuit. <br />Le bruit court que de nombreuses répétitions ont précédé ce concert. Pour parvenir à une telle fusion entre Peter Mattei et Daniel Heide. Ce dernier lui aussi en état de grâce, jouant d’un Bösendorfer à la sonorité légère et d’un toucher allégé, suspendu au moindre changement de tempo ou de dynamique du chanteur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="762" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Inken-Stabell-Krahe.jpg-copy-1024x762.jpeg" alt="" class="wp-image-208050"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Die Krähe, vue par Ingrid Stabell</sub></figcaption></figure>


<p>C’est à la fois un voyage intérieur et un grand moment de théâtre. Mais d’un théâtre sans fard et sans truc, d’une nécessité physique. Peter Mattei bouge, fait un pas de côté, revient, s’accroche au couvercle du piano, plie ses genoux et son immense silhouette, semble prendre à témoin un auditeur au premier rang, livre un combat avec lui-même, se ressaisit, plonge à nouveau en lui-même. Sismographe de ses émotions.</p>
<h4><strong>Un catalogue d’états d’âme</strong></h4>
<p>Vocalement, c’est éblouissant.<br />On va du charme melliflu de la dernière strophe de <em>Gute Nacht</em> (le moment où on passe de <em>ré</em> mineur à <em>ré</em> majeur) au ton de sarcasme et à l’amertume dans <em>Die Wetterfahne</em>.<br />Puis c’est comme un catalogue d’états d’âme que feuillette le marcheur : noirceur aux confins du grave de <em>Gefrorene Tränen</em> (Larmes glacées) sur les notes piquées du piano ; urgence du combat avec soi-même, théâtre intérieur tragique de <em>Erstarrung</em> (et le piano souffle en rafales comme un vent d’hiver)… Alors surviennent le <em>rubato</em> exquis, les graves voluptueux, la souplesse, le ton de ballade du <em>Lindenbaum</em> (le piano disparaît pianissimo dans le lointain).. <br />Puis la méditation à mi-voix de <em>Wasserflut</em>, la reprise en voix mixte, les pianissimos de rêve, l’ineffable beauté du timbre… Peter Mattei distille tout cela et le Bösendorfer de Daniel Heide lui répond en écho comme dans un rêve, le temps s’arrête…</p>
<h4><strong>Une technique belcantiste</strong></h4>
<p>Quel est ce sentiment qui blêmit <em>Auf dem Flusse</em> ? Est-ce l’amertume, la rancœur (contre l’aimée qui l’a déçu) ? Oh, ces « Mein Herz », qui brisent le cœur, celui de l’auditeur… Et le galop sardonique de <em>Rückblick</em> pour se délivrer…. ou le belcantisme élégant, de <em>Irrlicht</em>, le détachement, le fatalisme que feint un instant le Wanderer (ici la prestance de Peter Mattei agit comme un rappel de son Don Giovanni…)</p>
<p>La ligne se fait parfois serpentine comme le ver qui lui ronge le cœur (<em>Rast</em>), elle s’interrompt pour un silence (et le pianiste est aux aguets), de même que se suspend le charme langoureux de <em>Frühlingstraum</em> pour un moment d’effroi, mais quels mots trouver pour dire le rêve de bonheur qui immobilise la troisième strophe, cette voix qui se fait impalpable, ces pianissimos immatériels, ce chemin vers le silence…</p>
<h4><strong>Paradoxal hédonisme</strong></h4>
<p>Maniérisme, est-on parfois tenté de penser, en se souvenant de lectures plus âpres, ou plus monolithiques, ou pathétiques. Il y a quelque chose de viennois dans ce raffinement, cette délicatesse, ces <em>affetti</em> capricieux, cette douleur qui se pare d’amabilité.</p>
<p>Mais on ne va tout de même pas lui reprocher d’avoir une voix si belle… ni le grand lyrisme dépouillé d’<em>Eisamkeit</em>, ni de prêter un éclat doré aux « Mein Herz » de <em>Die Post</em>.<br />À cette candeur, répondra la fierté presque bravache de <em>Der greise Kopf</em> et son ironie noire (« Elle est si loin, ma tombe ! ») ou le <em>mezza voce</em> suave du « Krähe, wunderliches Tier » de <em>La Corneille</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="739" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Caspar_David_Friedrich_-_Winterlandschaft_mit_Kirche_Dortmund-1024x739.jpg" alt="" class="wp-image-208051"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Caspar David Friedrich : Winterlandschaft mit Kirche</sub></figcaption></figure>


<p>C’est sans doute dans <em>Letzte Hoffnung</em> que l’on s’approche le plus de Dietrich Fischer-Dieskau : sur le piano pointilliste, la balance délicate entre l’humeur sarcastique, l’auto-dérision et la beauté hédoniste de la voix, l’expansion royale des <em>forte</em>, est d’une ambiguïté splendide. Ou comme dans <em>Im Dorfe</em>, ce penchant à donner une couleur, une intention à chaque syllabe.</p>
<p>Homme de théâtre d&rsquo;abord, Peter Mattei veille à toujours surprendre, à empoigner l’auditeur, prêtant un héroïsme bravache, proche de l’ivresse, à <em>Der stürmische Morgen</em>. Ce jeune homme qui marche à la mort a du panache. Il se fait sardoniquement tendre pour évoquer dans<em> Tauschung</em> la chimère d’une âme charitable qui l’accueillerait.</p>
<h4><strong>Un lyrisme désemparé</strong></h4>
<p>Mais soudain, tout va changer pour les cinq derniers lieder du voyage. Le Wanderer prend conscience au milieu de <em>Der Wegweiser</em> (« Le poteau indicateur ») qu’il doit se rendre « en un lieu inconnu / dont n’est jamais personne revenu ». Le rythme de la marche se ralentit, le silence gagne, la voix descend vers le piano puis le pianissimo (mais sans détimbrer !), la mélodie devient horizontale, le piano répète obstinément la même note comme pour annoncer un glas.<br />La voix perd ses accents héroïques pour donner à <em>Das Wirtshaus</em> le ton d’un choral, elle n’est plus que lyrisme désemparé. La bravoure inutile de <em>Mut</em> aura l’allure d’un dernier sursaut, avant l’hallucination de <em>Die Nebensonnen</em>, déjà testamentaire.</p>
<p>Pendant toute cette séquence mortifère, Peter Mattei tient la gageure de supprimer tous les effets, de délaisser la marqueterie théâtrale dont il avait joué en virtuose jusque là, pour n’être plus que dépouillement, mais sans rien perdre de l’ébouriffante beauté de sa voix, de sa plénitude, et de sa diction impeccable. <em>Prima la musica</em> ou <em>prime le parole</em> ? Impossible à dire.</p>
<p>Cette beauté, cette clarté, cette lumière, mais une lumière blafarde, comme si la brume tombait, seront là encore dans <em>Der Leiermann</em>, un joueur de vielle lévitant entre terre et ciel. Allègement de la voix, passage en voix mixte, vibrato impalpable, galbe de la mélodie, tout cela défie l’analyse. Tant pis pour l’analyse. Les chants désespérés, décidément…</p>
<p>Quoi qu’il en soit, est-ce l’entente superbe des deux artistes, l’éblouissante démonstration de maîtrise de l’un (et sa gravité), la ferveur attentive de l’autre, restera le souvenir d’un moment suspendu, envoûtant, inoubliable.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-winterreise-par-peter-mattei-geneve/">SCHUBERT, Winterreise &#8211; Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>SCHUBERT, Winterreise &#8211; Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-winterreise-rennes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Sep 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Rentrée hors les murs pour l&#8217;opéra de Rennes qui, après un Rinaldo en plein-air, propose une soirée autour du Winterreise de Franz Schubert dans le cadre des journées du Matrimoine et du Patrimoine. Cette production de l&#8217;Ensemble Miroirs Étendus, avec lequel la Maison bretonne collabore régulièrement, transforme les vingt quatre poèmes mélancoliques de Wilhelm Müller &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Rentrée hors les murs pour l&rsquo;opéra de Rennes qui, après un <em>Rinaldo</em> en plein-air, propose une soirée autour du <em>Winterreise</em> de Franz Schubert dans le cadre des journées du Matrimoine et du Patrimoine.</p>
<p>Cette production de <strong>l&rsquo;Ensemble Miroirs Étendus</strong>, avec lequel la Maison bretonne collabore régulièrement, transforme les vingt quatre poèmes mélancoliques de Wilhelm Müller en un colloque sentimental et métaphysique à deux voix, qui, contrairement à celui de Verlaine, ne se tournent pas vers leurs amours défuntes. Il s&rsquo;agit plutôt d&rsquo;un dialogue intérieur où musicien et poète laisseraient leurs parts féminines et masculines s&rsquo;exprimer tour à tour.</p>
<p>Le vaisseau à trois nefs du théâtre du vieux Saint-Étienne, ancienne église déconsacrée, superbement décatie, se prête idéalement au propos. Avec raison, Matthieu Rietzler – directeur de l&rsquo;opéra – n&rsquo;imaginait pas un autre écrin pour ce spectacle qui fait « vibrer le patrimoine de musique ». La pierre à nu compose un écho intime au cycle de Lieder. La déambulation des artistes dans cet espace dépouillé n’est pas sans évoquer certaines toiles hivernales de Caspar David Friedrich comme <a href="https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/11/Caspar_David_Friedrich_-_Klosterruine_im_Schnee.jpg"><em>le cloître en ruine sous la neige</em></a>.</p>
<p>Les deux interprètes tentent d&rsquo;inventer un chemin dans cette désolation sans pour autant dialoguer directement. D&rsquo;ailleurs, un troisième interlocuteur s&rsquo;invite sur scène sous la forme d&rsquo;un clin d&rsquo;oeil à <em>2001, l&rsquo;Odyssée de l&rsquo;espace</em>, avec les lumières faisant écho à l&rsquo;écran de surtitrage qui ne se contente pas de gérer les traductions mais interfère également dans la narration. Il n&rsquo;est pas certain que ces commentaires écrits apportent tant à la représentation si ce n&rsquo;est quelques sourires auxquels l&rsquo;on n&rsquo;est pas habitué chez Schubert alors que des tenues de scène un peu plus élaborées que les fades basiques jean/pull auraient eu un attrait supplémentaire, d&rsquo;autant plus que la dimension visuelle du spectacle est très travaillée.<br />Les lampes de l&rsquo;unique rampe latérale multiplient les jeux d&rsquo;ombre et la rythmique lumineuse du plateau. Soulignant une atmosphère ou jouant au contraire à contretemps, s’effaçant parfois totalement pour laisser les interprètes dans la pénombre – à l&rsquo;inverse de ce que l’on attend naturellement sur scène – elles créent une poésie singulière, comme une étrange respiration, ajoutant une indéniable profondeur de champ qui enrichit le propos au delà des mots.</p>
<p>Les deux chanteurs s&#8217;emparent chacun de l&rsquo;un des cahiers du recueil mais l&rsquo;ordre choisis pour les mélodies est celui du poète Wilhelm Müller. Une alternative que l&rsquo;on peut questionner puisque Franz Schubert, lui, souhaitait intercaler les morceaux composés dans un second temps. Ceci dit, l&rsquo;interprétation à deux voix permet de suivre à la fois le cheminement du poète et celui du musicien et ne nuit finalement aucunement au plaisir du spectateur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/©Martin-Noda-Hans-Lucas-2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-199971"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Martin Noda Hans Lucas</sup></figcaption></figure>


<p>A <strong>Victoire Bunel</strong> le premier cahier: Intense dans <em>Erstarrung</em> ou<em> Mut</em>, si douce dans <em>Der Lindenbaum</em>, jouant merveilleusement des nuances pour porter l&rsquo;émotion dans <em>Rückblick</em> ou <em>Rast</em>, elle bénéficie d&rsquo;une émission simple, directe, au service d&rsquo;une interprétation dépourvue d’une quelconque afféterie. La diction est limpide et la conduite de la phrase absolument remarquable : rarement l&rsquo;allemand ne coule avec un tel legato chez un artiste dont ce n&rsquo;est pas la langue natale.</p>
<p>Sans démériter pour autant, <strong>Jean-Christophe Lanièce</strong> n&rsquo;a pas la même stabilité sur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;ambitus, des aigus plus tendus, un médium parfois trop mat qu&rsquo;il compense par une belle expressivité : la danse fragile du feu follet de <em>Taüschung</em> nous touche autant que l&rsquo;enlisement dans la pénombre de <em>Der Wegweiser</em> avant que <em>Die Nebensonnen</em> ne nous déchire le cœur.</p>
<p><strong>Romain Louveau</strong>, directeur artistique de la compagnie, joue l&rsquo;ensemble du cycle par cœur avec une formidable délicatesse. Alternativement éteint ou ivre de chagrin, sa sensibilité se mâtine de tendresse comme dans <em>Frühlingstraum</em> ou <em>Die Krähe</em>, de fébrilité comme dans <em>Die Wetterfahne,</em> de passion comme dans<em> Erstarrung</em>.<br />L&rsquo;écoute attentive des chanteurs, la compréhension commune, très fine, de chaque morceau s&rsquo;impose tout au long de la soirée. L&rsquo;indéniable osmose entre les interprètes se confirme lorsque l&rsquo;on sait qu&rsquo;ils préparent ensemble actuellement un second opus cette fois autour du <a href="https://www.atelierlyriquedetourcoing.fr/schubert-le-chant-du-cygne-29-mai-2026"><em>Schwanengesang</em></a>.</p>
<p>L&rsquo;opéra de Rennes, qui avait déjà accueilli une très belle version dansée du <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/winterreise-rennes-loeuvre-au-noir"><em>Voyage d&rsquo;hiver</em></a> en 2020, proposera pour sa part une nouvelle incursion dans le répertoire du Lied les 2 et 3 décembre prochains avec le <a href="https://www.opera-rennes.fr/fr/evenement/le-pelerinage-de-la-rose"><em>Pélerinage de la Rose</em></a> de Robert Schumann lors d&rsquo;un concert dessiné mis en voix par l&rsquo;Ensemble Mélisme(s).</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-winterreise-rennes/">SCHUBERT, Winterreise &#8211; Rennes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>SCHUBERT, Die Winterreise &#8211; Chantilly</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-die-winterreise-chantilly/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marcel Quillevere]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Sep 2025 06:24:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créés en 2021 sous l’impulsion du Prince Amyn Aga Khan et du pianiste Iddo Bar-Shaï, le festival des « Coups de Cœur » au Château de Chantilly a débuté cette saison, les 13 et 14 septembre, par un hommage au baryton Matthias Goerne, l’un des plus grands chanteurs allemands de Lieder. Accompagné par Iddo Bar-Shaï, il a &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Créés en 2021 sous l’impulsion du Prince Amyn Aga Khan et du pianiste <strong>Iddo Bar-Shaï</strong>, le festival des « <em>Coups de Cœur</em> » au Château de Chantilly a débuté cette saison, les 13 et 14 septembre, par un hommage au baryton <strong>Matthias Goerne</strong>, l’un des plus grands chanteurs allemands de Lieder. Accompagné par Iddo Bar-Shaï, il a interprété le samedi, dans le Dôme des Grandes Écuries du château, <em>Le Voyage d’Hiver</em> de Schubert (Le lendemain étant consacré à une sélection de Lieder de Mahler avec l’Orchestre National de Lille sous la direction de <strong>Joshua Weilerstein</strong>). Matthias Goerne, a coutume de dire que <em>Le voyage d’Hiver</em> est l’œuvre qu’il a sûrement le plus chantée et son interprétation a singulièrement évolué au cours des ans.</p>
<p>Curieusement cette version pour voix grave et piano ne s’est imposée qu’après la seconde guerre mondiale, la version du baryton-basse Hans Hotter et du pianiste Gerald Moore en 1954 étant devenue légendaire. En réalité, c’est pour la voix de ténor de son ami Johann Michael Vogl que Schubert, malade et désespéré, avait composé <em>Le Voyage d’hiver</em> en 1827. C’est au ténor Peter Schreier qu’on doit les premières interprétations de la partition originale jusqu’à son fameux récital au Semper Oper de Dresde avec Sviatoslav Richter en 1985. Schubert utilise la tonalité mineure et des thèmes simples comme inspirés de complaintes populaires avec, au piano, des rythmes obsédants et de courts motifs qui se réduisent jusqu’au désespoir final, invitant plutôt l’interprète à une belle intériorité. Matthias Goerne préfère, lui, une autre approche très extravertie, une théâtralité débordante totalement assumée, une déclamation parfois outrancière. Sa voix, sonore et vaillante dans le grave, résonne dans l’enceinte du Dôme des Écuries avec force, voire avec violence, à la mesure du désespoir qu’exprime le narrateur du <em>Voyage d’Hiver</em>. Lors de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/winterreise-par-goerne-et-pires-gstaad/">son récital à Gstaad en août 2023</a>, Charles Sigel avait déjà parlé de la « puissance presque sauvage » de Matthias Goerne. Au Dôme des Écuries à Chantilly, c’est encore plus le cas. L’auditeur est à la fois désarçonné et impressionné d’autant que cette expressivité véhémente n’est pas en faveur de la ligne vocale : le grave sonore et profond de la voix ne semble pas en accord avec le médium et l’aigu, ce dernier émis en une sorte de falsetto éclatant. A ses côtés le pianiste Idor Bar-shaï est le juste opposé. Le contraste est fort et passionnant. Son interprétation est bouleversante dès le prélude du premier Lied. C’est donc au piano qu’il revient d’exprimer la <em>Sehnsucht</em> de Schubert, cette nostalgie propre au romantisme allemand, que Bar-Shaï exprime avec une émotion rare et un toucher à la fois délicat et profond notamment dans les appels désespérés, sur deux notes ascendantes, qui parcourent les dix premiers chants, dont le célèbre<em> Lindenbaum</em> (<em>Le Tilleul</em>). Bar-Shaï est tout aussi puissant dans les Lieder plus vifs ou plus dramatiques comme le poignant <em>Ruckblick</em> quand le voyageur, loin de la ville, entre dans la solitude extrême. C’est dans la deuxième partie que Matthias Goerne est particulièrement saisissant en particulier dans la tessiture de basse de<em> Irrlicht</em> (<em>le Feu follet</em>) où le voyageur évoque à nouveau sa mort, et dans la vision hallucinée de <em>Die Nebensonnen</em> (<em>Les trois soleils</em>) précédant la solitude finale face au <em>Leierman</em>, vieux joueur de vièle abandonné de tous. Matthias Goerne se penche alors sur le piano, sa voix s’estompant peu à peu dans un murmure.</p>
<p>Le nombreux public, extrêmement attentif au cours de toute la soirée, a réservé un accueil chaleureux aux deux interprètes. Le Prince Amyn Aga Khan, dont on connaît le grand humanisme et l’immense culture, a fait spécialement le voyage.</p>
<p>Le week-end du 11 et 12 octobre prochain il ne faut surtout pas rater les concerts dirigés par Leonardo García Alarcón et la Capella Mediterranea, en particulier l’opéra <em>Acis et Galatée</em> de Haendel, à nouveau dans le Dôme des Grandes Écuries. A noter qu’à la gare de Chantilly-Gourvieux une navette attend les spectateurs pour les conduire au concert !</p>
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		<title>SCHUBERT, Die Winterreise &#8211; Schwarzenberg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-die-winterreise-schwarzenberg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 Aug 2025 03:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une exceptionnelle Belle Meunière dimanche soir, ce deuxième cycle de Schubert présenté par Konstatin Krimmel et Ammiel Bushakevitz, devant le même public, suscitait évidemment beaucoup d’attentes. Le Winterreise contient une dimension d’ordre métaphysique (elle est moins présente dans Schöne Müllerin), les deux artistes allaient-ils rééditer leur exploit, dans un répertoire à la fois plus long, &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-die-winterreise-schwarzenberg/"> <span class="screen-reader-text">SCHUBERT, Die Winterreise &#8211; Schwarzenberg</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une exceptionnelle <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-schone-mullerin-schwarzenberg/">Belle Meunière dimanche soir,</a> ce deuxième cycle de Schubert présenté par <strong>Konstatin Krimmel</strong> et <strong>Ammiel Bushakevitz</strong>, devant le même public, suscitait évidemment beaucoup d’attentes. Le <em>Winterreise</em> contient une dimension d’ordre métaphysique (elle est moins présente dans <em>Schöne Müllerin</em>), les deux artistes allaient-ils rééditer leur exploit, dans un répertoire à la fois plus long, plus intense et dramatiquement plus consistant ? La réponse est oui !</p>
<p>Nous ne reviendrons pas sur les qualités vocales exceptionnelles de Konstantin Krimmel, elle ne se sont pas estompées en deux jours, ni sur la complicité et la complémentarité surprenante qu’il entretient avec son pianiste, qui sont totales et exemplaires.</p>
<p>Le cycle commence tout en douceur, comme si toute la fatigue de l’hiver accablait déjà le chanteur, et le piano dans ses premières notes donne l’impression de prendre le train en marche, presque par effraction, de nous dévoiler une musique qui pré-existait, de rejoindre une aventure déjà commencée. On le sent d’emblée, la route va être douloureuse et longue. Le discours monte rapidement en intensité, mais tout le premier Lied est donné dans une atmosphère de grande simplicité et d’extrême douceur : tout un monde intérieur nous est offert, accessible dès les premières mesures. D’un Lied à l’autre le ton bien entendu va varier, entre désespoir, colère, résignation, et de temps en temps une magnifique lumière d’espoir, et au sein de chaque mélodie, beaucoup de contrastes, une dynamique très large dont Krimmel se sert pour relancer l’intérêt de l’auditeur, mettre un vers en exergue ou maintenir la pression dramatique qui sous-tend tout le cycle. Dès que le texte s’y prête, Krimmel interprète les personnages du récit, s’implique dans la narration, met du relief dans son discours, ce qui lui permet à d’autres moments de se ménager des élans de grande poésie (<em>Der Lindenbaum</em>, par exemple, ou <em>Auf dem Flusse</em>). L’auditeur est en prise directe avec la nature, si présente dans les textes de Müller, du fait que la salle ouvre côté jardin par de grandes baies vitrées sur la vallée, que le soir et quelques lourds nuages obscurcissent, en résonance directe avec le texte.</p>
<p>Le piano contribue de façon superbe, et techniquement parfaite, à établir chaque atmosphère, complètement dans le texte, lui aussi, et sans aucun effet démonstratif. <em>Rückblic</em>k est donné avec beaucoup de contraste entre les vers haletant du début et la tendresse du passage central ; dans <em>Irrlicht</em>, Bushakevitz trouve une couleur adéquate pour chaque strophe et répond ainsi à toutes les propositions du chanteur dont le discours est proprement poignant. Le cycle se poursuit, nouveaux contrastes dans <em>Rast</em>, où les phrases sont énoncées pianissimo, puis reprises en force, sentiment de fausse quiétude dans <em>Frühlingstraum </em>et de désespoir complet dans <em>Einsamkeit. </em>Sans interruption aucune, les musiciens entament la seconde partie du cycle sur un ton un peu plus positif, vite dissipé. Les menaces, les humeurs sombres se succèdent les unes aux autres, Krimmel développe un legato superbe dans <em>Die Krähe</em>, débouchant sur un crescendo impressionnant – la voix est pleine de réserves. On retrouve ce même lyrisme superbe et désespéré dans <em>Letze Hoffnung</em>, et un ton plutôt grinçant dans <em>Im Dorfe</em>, après un début narratif et contenu. <em>Stürmische Morgen</em> est l’occasion de montrer à nouveau toute l’ampleur et toute la puissance de la voix dans un climat proche de la terreur. Comme une petite danse innocente – à prendre au second degré – <em>Taüschung</em> introduit la dernière partie du cycle, les cinq Lieder les plus sombres : <em>Der Wegweiser</em>, où la fatigue du chemin, le rythme de la marche au piano, et une lente mélodie désespérée soutenue par un légato sublime expriment en un poignant oxymore à la fois le chemin parcouru et l’immobilisme ;<em> Das Wirthaus, </em>teinté d’amertume où pointe aussi la délectation morose, maintient peu ou prou la même atmosphère. <em>Mut</em>, sonne comme un cri éclatant, conduisant le voyageur vers le surnaturel (<em>Die Nebensonnen</em>) ; serait-il en train de perdre l’esprit ? Le chant est magnifique et poignant, complètement désespéré. La roue de la vielle, (<em>Der Leierman</em>) est aussi celle du cycle. Elle tourne quoi qu’il advienne, immuable, la plupart ne l’écoutent pas mais ceux qui l’entendent y voient l’expression du désespoir le plus sombre. Ce <em>Winterreise</em>  se termine en douceur, comme il avait commencé, par un long silence. Jamais il n’aura autant emporté son public, tant les émotions sont sincères, proches du texte, chantées avec simplicité et authenticité. Aucun geste inutile, aucun ornement, aucun effet de manche ou cabotinage, rien que la seule puissance de la musique et de la poésie, servies avec humilité et un talent fou.</p>
<p>Récompensés par des tonnerres d’applaudissement, les deux artistes très émus salueront longuement, mais ils en resteront là, et c’est très bien ainsi. La pluie n’a pas cessé, chacun s’en retourne chez lui dans la nuit noire, bouleversé par l’expérience, confronté à lui-même, comme il se doit.</p>
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		<title>SCHUBERT, Winterreise &#8211; Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-winterreise-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Mar 2024 10:51:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comme tous les chefs-d’œuvre, parfois illustrés dans les arrangements les plus variés, voire dans des mises en espace ou en scène, le Winterreise que nous propose l’Opéra de Saint-Etienne interroge à plus d’un titre. Il y a dix ans, William Kentridge proposait une version scénique, au Festival d’Aix-en-Provence. Nous en sommes très loin, malgré la &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme tous les chefs-d’œuvre, parfois illustrés dans les arrangements les plus variés, voire dans des mises en espace ou en scène, le <em>Winterreise </em>que nous propose l’Opéra de Saint-Etienne interroge à plus d’un titre. Il y a dix ans, William Kentridge proposait une version scénique, au Festival d’Aix-en-Provence. Nous en sommes très loin, malgré la scénarisation du récital. Le Théâtre Copeau, attenant à l’opéra, offre un cadre intime, favorable à l’échange, au partage. La scène figure un salon de la fin du XIXe siècle : un grand Pleyel ancien trône sur un tapis, au centre du plateau, le pianiste face au public. Un fauteuil de part et d’autre, une banquette et un guéridon, éclairé d’une lampe ancienne, sur lequel reposent une bouteille et un verre, quelques livres, cela suffira à nous entraîner au plus près de la musique. Ainsi est recréé le cadre d’un salon, lieu d’élection du lied, dont les épanchements intimes s’accommodent difficilement aux vastes salles de concert dont nous sommes familiers. Les discrètes variations de l’éclairage participeront à la dramaturgie. Le chanteur, élégant, svelte, entre en scène. Il troque son costume de ville pour une robe de chambre et des chaussures d’intérieur. Nous sommes ses invités, même s’il ne nous offre pas le breuvage (eau colorée !) dont il se délecte. Après une attente bienvenue, c’est <em>Gute Nacht</em>… Entre quelques groupes cohérents de lieder, leur inspiration, leur texte, leur illustration seront présentés avec une rare concision, allant à l’essentiel (1), témoignant une intelligence approfondie de l’œuvre.</p>
<p>Même si chacun de nos lecteurs fait son miel de <em>Winterreise</em>,  illustré par nos plus grandes voix, peut-être est-il utile de rappeler quelques faits que la célébrité du chef d’œuvre et la notoriété des interprètes ont souvent occultés. Ce n’est qu’en 1819 que le premier de ses lieder (<em>Des Schäffers Klagelied</em>, D 121) fut chanté en public, alors qu’il en écrivait depuis plus de huit ans (<em>Hagars Klage</em>, la plainte d’Agar, D. 5, 1811). Ainsi Schubert avait-il pris l’habitude de chanter ses nouvelles compositions en s’accompagnant, dans un cadre intime. Leur destination première n’était pas la salle de concert mais l’exécution conviviale, en famille ou entre amis. Michael Vogl, le créateur de Pizarro (dans l’ultime version de <em>Fidelio</em>) auquel Schubert se liera, leur donnera plus tard le plus large écho, participant à la diffusion de quelques-uns de ses joyaux alors que les éditeurs mirent longtemps avant de s’y intéresser.</p>
<p>Malgré son parcours maitrisien et sa pratique musicale constante, à en croire les témoignages, Schubert, qui chantait dès sa dix-neuvième année dans tous les registres &#8211; ténor, baryton comme falsettiste contrefaisant les voix féminines – avait une émission assez limitée, frêle. Rien de tel ce soir : <strong>Jérôme Boutillier</strong> a construit patiemment sa carrière pour figurer maintenant parmi les plus grands barytons de sa génération. Pianiste d’origine, nourri de la tradition viennoise, chef de chant avant d’atteindre à la célébrité comme chanteur lyrique, il ne cherche pas à se hisser dans le cercle étroit des grands <em>Liedersänger</em> de l’histoire : le propos est de nature différente. Son projet, fruit d’années de réflexion, d’étude et de travail, lui a permis de s’approprier toutes les composantes du miracle <em>Winterreise</em>. Ainsi chante-t-il et joue-t-il tout par cœur, citant tel ou tel passage du poème lors de sa présentation. Il n’est pas une nuance, un accent qui soient omis, le respect du texte est plus scrupuleux que jamais, pour une vie constante, une expression naturelle, sans pathos ajouté.</p>
<p>Même si la plupart des chanteurs sont d’habiles pianistes, on n’imaginait pas une maîtrise aussi extraordinaire du clavier : l’articulation, les touchers, les couleurs (à quand un piano-forte viennois des années 1830 ?), la conduite des lignes, la puissance du jeu, tout force l’admiration. La voix et le piano sont plus que jamais un même personnage. Sans jamais la moindre ostentation, la palette expressive la plus large, est mise au service du texte. La voix, bien timbrée, est remarquablement projetée, aux nuances infinies, avec le souci constant de l’intelligibilité de la narration. Car Jérôme Boutillier, en pleine possession de ses moyens, est un conteur hors pair, comme sa lumineuse présentation en témoigne. Nulle emphase, ni affectation ou recherche de « beau son », crémeux, velouté, le naturel et la vérité. Le propos est différent, quelque peu étranger aux lectures qui nous sont familières. L’aisance, le naturel, la souveraine liberté en sont les maîtres mots, servis par l’égalité des registres, avec des pianissimos filés, des aigus éclatants comme déchirants. Comédien autant que chanteur et pianiste, Jérôme Boutillier est une présence, dont la séduction est réelle, jusqu’au regard direct, qui suit le vol des corneilles, (<em>Rückblick</em>), l’auditoire est captivé.</p>
<p>Chanteur lyrique pour l’essentiel de son activité, attaché comme tel à la dramaturgie, il nous renvoie à celle du poète, Wilhelm Müller, qui impose dans son ultime version du recueil, un ordre qui dérange nos habitudes, comme si nous avions affaire à un livret d’opéra remanié. Si l’auditeur oublieux ou ignorant de l’ordre traditionnel ne peut qu’adhérer à la proposition (2), le schubertien fervent, comme l’historien documenté, sont bousculés dans leur confort, devant intégrer cette nouvelle organisation, qui témoigne d’une profonde intelligence du texte, littéraire comme musical.</p>
<p>Rappelons que le premier cahier, un tout achevé, s’inscrit dans le droit fil de <em>Die schöne Müllerin</em>. C’est l’opposition entre le souvenir du bonheur et la réalité d’un hiver du cœur, thème romantique s’il en est. Le second cahier, huit mois après l’achèvement du premier (3), d’une homogénéité rare, est centré sur le désespoir métaphysique. C’est le voyage de la vie, à la fin inexorable, glaciale, silencieuse. Des correspondances sont évidentes, c’est à une vision métaphysique, quasi nietzschéenne avant l’heure que l’illustration schubertienne nous invite. Il est courant que la plupart des chanteurs abordent le cycle comme s’il s’agissait d’un ensemble construit comme tel, homogène de vingt-quatre lieder, bien que les circonstances de composition, les textes, et – surtout – leur illustration, différencient clairement les deux cahiers. Dans cette nouvelle organisation, fondée sur la dramaturgie, disparaît la césure centrale, au profit d’une progression cohérente.</p>
<p>Le pari était un peu fou que d’oser chanter les 24 lieder d’une traite, en s’accompagnant – magistralement -, tout en explicitant ponctuellement, de façon concise, les textes, leur lecture et leur organisation. Jérôme Boutillier l’a gagné et renouvelle fondamentalement à la fois l’approche du cycle, de ses conditions de réalisation, comme du récital, dans sa forme comme dans son esprit. Nous n’énumérerons pas les pièces : retenons qu’aucune n’est affectée de la moindre faiblesse, avec les sommets bien connus, dont nous retiendrons – arbitrairement – <em>Erstarrung</em>, chanté comme si l’encre en était encore fraîche, un <em>Lindenbaum</em> solaire, <em>Auf dem Flusse</em> pudique, construit, un puissant <em>Im Dorfe</em>,  au piano superbe,  un <em>Wegweiser</em> mystique et désabusé, un <em>Frühligstraum </em>halluciné. On croit redécouvrir l’ouvrage, même si chacune des mélodies nous en est familière. L’intensité dramatique, comme l’émotion ne nous quitteront pas, pour culminer avec <em>Mut</em>, d’une incroyable puissance, puis le <em>Leiermann</em>, épuisé, plus dépouillé que jamais (4). Longtemps après le concert, les mélodies et les images fortes ne nous ont pas abandonné, nous sommes encore dans le mystère, renvoyant les plus belles interprétations que nous avions en mémoire à l’état de souvenirs.</p>
<p>Une salle comble, conquise, ne ménage pas ses ovations après avoir retenu son souffle durant cette inoubliable performance, dans ses significations anglaise comme française. En attendant que d’autres occasions permettent au plus large public de partager ce moment exceptionnel de force et d’émotion, ceux qui auront la chance de se rendre le 8 Juillet prochain, au festival lyrique de Montperreux (Doubs) ont une promesse de bonheur.</p>
<pre>(1) y compris la référence au figuralisme élaboré de l’écriture pianistique, renvoyant opportunément à Bach. 
(2) Dietrich Fischer-Dieskau, sans jamais la mettre en pratique, proposait l’ordre suivant (p. 329 de son « Schubert und seine Lieder ») : 1-5, 13, 6-8, 14-21, 9-10, 23, 11-12, 22, 24. On le relira avec intérêt, comme Ian Bostridge, André Tubeuf, sans oublier l’étude concise et documentée de Jacques Chailley (Leduc, 1975). 
(3) Schubert note explicitement « Fine » après <em>Einsamkeit</em>. 
(4) Quel dommage que des applaudissements intempestifs se manifestent avant que la résonance de l’ultime accord, pianissimo s’épuise, rompant l’envoûtement dont nous étions captifs !</pre>
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		<title>SCHUBERT, Winterreise (NoMadMusic)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/schubert-winterreise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Nov 2023 07:44:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La solitude, le voyage sans retour, l’errance dans le froid glacial, peuplée des souvenirs heureux, chacun connaît le climat si particulier de ce Winterreise, d’un Schubert exténué, au terme de sa brève existence. La fascination constante qu’exerce le cycle sur les interprètes, comme sur le public, est sans équivalent. Lister les grandes voix qui y &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La solitude, le voyage sans retour, l’errance dans le froid glacial, peuplée des souvenirs heureux, chacun connaît le climat si particulier de ce <em>Winterreise</em>, d’un Schubert exténué, au terme de sa brève existence. La fascination constante qu’exerce le cycle sur les interprètes, comme sur le public, est sans équivalent. Lister les grandes voix qui y ont résisté serait certainement plus aisé que de compter toutes les autres, avec d’innombrables gravures. Après les figures tutélaires du Commandeur – Dietrich Fischer-Dieskau – et de Hans Hotter, tous les <em>Liedersänger</em> s’y sont risqués. Même si barytons et basses sont les plus nombreux, les ténors en ont fait leur miel (1).</p>
<p>Chaque chef-d’œuvre offre une richesse d’éclairages et de niveaux de lecture singuliers (2). On ne peut approcher <em>Winterreise</em> sans une maturité affirmée&nbsp;: le&nbsp;<em>Gute Nacht</em> sur lequel il s’ouvre n’est pas un bonsoir ordinaire, ce sont des ténèbres d’une mort misérable qui vont hanter le recueil. Nos partenaires l’ont compris et cet enregistrement, «&nbsp;succession de petits miracles, que seul, l’arrêt sur image lié à l’épidémie [de COVID] aura rendu possible&nbsp;», en porte la marque. Ce <em>Gute Nacht</em> &#8211; <em>mässig, in gehen der Bewegung</em> [modéré, en mouvement] &#8211; toujours interroge&nbsp;: la marche régulière qu’installe la rythmique peut y être lue de bien des manières, de l’accablement pesant à un mouvement animé, dans des tempi allant du simple au double. Ici, l’élan résolu prévaut, avec de subtiles et infimes variations du tempo. L’émission vocale légère et claire confirme un art consommé du phrasé et de l’articulation. La diction sera toujours habitée, pour un discours riche et ambigu, un art de la lecture critique et de l’appropriation du texte de Wilhelm Müller. La qualité expressive&nbsp;est constante : Aucune dramatisation superflue, ni afféterie, on n’est ni au théâtre ni dans un salon parisien. Paysage naturel et paysage intérieur s’y combinent, s’y confondent avec une appropriation totale de chacun de nos interprètes. La palette dynamique est très large, avec des tempi particulièrement retenus (7. <em>Auf dem Flusse</em>, 8. <em>Rückblick</em>, 14. <em>Der greise Kopf</em>, ainsi que les cinq derniers, <em>der Wegweiser, das Wirtshaus, Mut, die Nebensonnen, der Leiermann</em>), s’accordant bien aux plus animés.</p>
<p>La rêverie éveillée comme l’animation du <em>Lindenbaum</em> sont admirables, <em>Frühlingstraum</em>, rêve d’un printemps de bonheur, s’exalte pour finir désabusé. Est-il un cycle dont la richesse des climats puisse être plus opulente&nbsp;? L’étrangeté de <em>Irrlicht</em>, celle des <em>Nebensonnen </em>sont sans équivalent. Le dépouillement, la nudité de<em> Im Dorfe, </em>du fascinant<em> Leiermann </em>nous étreignent. Le souvenir de la chevauchée, de l’allégresse des sonneries du cor de postillon de <em>Die Post</em>, à laquelle succède l’angoisse du présent… Il faudrait citer chaque pièce et en souligner combien il est difficile de surpasser cette traduction habitée.</p>
<p>La voix de <strong>Cyrille Dubois</strong> épouse et rend justice à chaque lied, à chaque période ou mot, avec les moyens que l’on connaît&nbsp;: elle sait s’assombrir (<em>Die Krähe</em>)<em>, </em>traduire les fugaces éclairs de bonheur, l’épuisement comme la révolte (<em>Der stürmiche Morgen</em>, <em>Mut&nbsp;!</em>). La longueur de souffle autorise le modelé des phrasés, toujours le chant vit, avec ses bouffées d’émotion contenue (<em>Rast</em>). L’auditeur est captivé. La marche inexorable et le voyage intérieur du <em>Wegweiser</em> [poteau indicateur] nous bouleversent.&nbsp;Le piano d’<strong>Anne Le Bozec</strong>, sans être analytique, nous révèle toute la richesse de la partition, avec un naturel confondant&nbsp;: l’évidence, la poésie, la plénitude, un jeu fluide, qui sait ce qu’est la révolte, la véhémence, comme la tristesse accablée ou la résignation. A-t-on jamais mieux servi <em>Letzte Hoffnung</em> (n°16), à la métrique singulière, frémissant dans ses accentuations et phrasés ? La complicité des deux interprètes est manifeste, forgée par leur longue fréquentation commune de l’œuvre.</p>
<p>Pour avoir patiemment réécouté les enregistrements de la plupart des ténors cités, on serait tenté de recomposer le cycle avec leur contribution, pièce après pièce, en fonction du texte et de ses goûts. L’ensemble pêcherait par les incohérences tonales (beaucoup transposent), les timbres (du chanteur comme du piano) très disparates, et par l’absence trop flagrante d’unité. La présente gravure se situe le plus souvent tout en haut du tableau (3). L’émotion y est constante. Il faudra maintenant compter ce <em>Voyage d’hiver</em> parmi les versions de référence.</p>
<pre>(1) Avant Cyrille Dubois accompagné par Anne Le Bozec : John Vickers, Ernst Haefliger, Peter Schreier, Ian Bostridge, Christophe et Julian Prégardien, Jonas Kaufmann, Jan Kobow, entre autres.&nbsp;
(2) L’amateur comme le curieux liront ou reliront avec profit l’approche qu’en proposent Ian Bostridge (chez Actes Sud), après Dietrich Fischer-Dieskau (<em>Schubert und seine Lieder</em>, Stuttgart, DVA, 1996, non traduit, différent du volume publié par Robert Laffont en 1979).
(3) Avec celle, demeurée trop confidentielle, de Jan Kobow et Christophe Hammer au piano-forte https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/winterreise-printanier/</pre>
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		<title>SCHUBERT, Winterreise &#8211; Gstaad</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/winterreise-par-goerne-et-pires-gstaad/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Aug 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un Voyage d&#8217;hiver tempétueux, hagard, dégingandé, échevelé… Sur le papier, le mariage était intrigant : Maria João Pires et Matthias Goerne, la si délicate schubertienne, tellement menue qu’un souffle de vent l’emporterait, et au piano la lumière même, avec le grand baryton dramatique, monumental, proférateur sombre s’il en est. Cela méritait qu’on y allât voir. &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Un <em>Voyage d&rsquo;hiver</em> tempétueux, hagard, dégingandé, échevelé… <br>Sur le papier, le mariage était intrigant : <strong>Maria João Pires</strong> et <strong>Matthias Goerne</strong>, la si délicate schubertienne, tellement menue qu’un souffle de vent l’emporterait, et au piano la lumière même, avec le grand baryton dramatique, monumental, proférateur sombre s’il en est. Cela méritait qu’on y allât voir. On ne fut pas déçu, mais d’autres le furent : « Ça ne fonctionne pas, il n’y a pas eu de fusion, ils ne sont pas ensemble, je ne suis pas entré(e) dedans… »</p>
<p>Au contraire, on fut saisi, touché, par la puissance presque sauvage de Goerne et par le désassorti de leur compagnonnage. Preuve à nouveau qu’on ne devrait jamais écouter les autres, notamment les autres critiques, à la sortie d’un concert. Mais rester seul avec son émotion. Surtout ne pas entrer dans le piège des comparaisons, les « il était mieux avec Untel… », les « je me souviens de… »<br>Prendre un concert tel qu’il est. Un chanteur à tel moment de sa vie, de sa voix… Lui faire crédit de ce qu’il donne (les vingt-quatre lieder de <em>Winterreise</em>, le cadeau n’est pas mince), avec tout le bagage de savoir qu’il transporte, et les lézardes que le temps dessine sur toutes choses. Et dans un tel cycle, dont le sujet est le passage du temps et le cheminement vers le terme du voyage, semblables blessures ne sont-elles pas l’esprit même de la musique ? Et le possible déséquilibre du duo, une richesse de plus ?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RFX_1476-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-138999"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Matthias Goerne et Maria Joao Pires, Gstaad, 6 août 2023 © Gstaad Menuhin Festival</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Les merveilles de Pires</strong></h4>
<p>Dès les premières notes au piano de <em>Gute Nacht</em>, tout Schubert est dans le toucher de Maria João Pires, ce mélange indicible de pudeur, de simplicité, de franchise, d’évidence, de rondeur. Et surtout le poids juste donné à chaque note, une manière d’avancer et de poser des accents dont on sent intuitivement qu’ils sont les bons aux bons endroits… Des accents qu’on ne se souvient pas avoir déjà perçus. Ce sentiment, on l’aura sans cesse au fil du concert, de découvrir des notes, des contrechants, de petites combinaisons, des petits riens qu’on n’avait jamais entendus. L’impression de notes <em>trouvées</em>. Et cette manière de varier chacune des reprises du thème de la marche…</p>
<p>Matthias Goerne à l’évidence n’a pas encore trouvé sa voix. Le timbre semble rugueux, blessé, le visage douloureux, préoccupé, et comme toujours il bouge sans cesse, s’agite, balaie du regard le plafond, les premiers rangs, semble chercher ses notes hautes dans les fresques délavées de la chapelle. Expression éperdue en accord avec les premiers mots « Fremd bin ich eingezogen – Étranger je suis arrivé »…</p>
<p>Et souvent comme <em>Die Wetterfahne</em> reviendra l’alternance presque brutale entre une violence héroïque, hirsute et grondante, et des allègements, des passages en voix mixte (ici sur <em>Dach</em> et sur <em>laut</em>). Comme s’il fallait pallier par l’exacerbation des contrastes, un surlignage des effets, l’érosion du velours de naguère.<br>Pires, elle, met en lumière tour à tour les notes piquées de <em>Gefrorne Tränen</em>, ou les vagues d’arpèges d’<em>Erstarrung</em> – donnant l’impression qu’elle veut imposer son tempo, mais que Goerne ne veut pas la suivre ; plus tard dans <em>Der Lindenbaum</em> elle suggèrera des échos en variant insensiblement la palette des timbres, tout en glissant d’impondérables ralentis, suggérant un appel d’oiseau par un jeu sur trois notes jamais mis en valeur avant elle, dirait-on.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RFX_1374-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-138996"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Matthias Goerne, Gstaad, 6 août 2023 © Gstaad Menuhin Festival</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>La dentellière et le colosse</strong></h4>
<p>En effet, on a l’impression qu’ils ne jouent pas tout à fait le même jeu. Elle, toute en raffinements, lui ombrageux, violemment expressif, portant tout son poids de tragique… Si certains interprètes dosent savamment la progression du Wanderer vers l’inéluctable, Goerne s’immerge tout de suite et tout entier dans le drame. S’il s’essaie parfois à une manière de bonhomie, et presque d’ironie comme dans <em>Wasserflut</em>, très vite les duretés de la voix, ce timbre de rogomme dont il joue pour l’expression reviennent sans transition. Et les postludes que distille Pires toute en subtilités semblent vouloir faire contrepoids à ce grand théâtre expressionniste.</p>
<p>À combien de reprises aura-t-on envie d’arrêter la pianiste, de réentendre le prélude fatidique d’<em>Irrlicht</em> ou les contrechants acidulés qu’elle y débusque, ou tous ces préludes qui semblent tisser des liens entre <em>Winterreise</em> et la sonate en <em>si</em> bémol, ou la cavalcade éperdue de <em>Rückblick</em>, les guirlandes nostalgiques qu’elle fera se balancer sur « Ich traümte von bunten Blumen » dans <em>Frühlingstraum</em>…</p>
<p>Tout cela en arrière-plan du pathétique grandiose des « Mein Herz » d’<em>Auf dem Flusse</em>, ou de la violence de <em>Rückblick</em>, de notes parfois âpres, de la mélodie ascendante, très escarpée, de <em>Rast</em>, de douceurs retrouvées et qu’on n’espèrera plus, qui sembleront comme des incisions… De suavités inattendues, et alors comme dans <em>Die Post</em>, alors que Pires se fera trompettante à souhait, on croira voir l’apparition d’un double de Goerne : un vieil enfant rêveur et désespéré, un colosse éperdu, et le timbre soudain retrouvera un instant toute sa beauté, – émotion fugitive.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RFX_1445-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-138998"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Maria Joao Pires, Gstaad, 6 août 2023 © Gstaad Menuhin Festival</sup></figcaption></figure>


<p>Parfois, oui, la voix semble ressuscitée, ainsi dans les douceurs de&nbsp;«&nbsp;Und hab’ mich sehr gefreuet&nbsp;» (<em>Der greise Kopf</em>) et dans cette manière supérieure de dire les mots, mais parfois tout semble décousu, déchiré, comme dans <em>Letzte Hoffnung</em>, où, sur les notes piquées du piano, la voix va jusqu’au cri, avant l’espoir du dernier vers, et alors sur le visage puissant on croit lire comme une prière.</p>
<h4><strong>Une seconde couche de pathétique</strong></h4>
<p>Ce n’est assurément pas de beau chant qu’on parlera. La voix de Goerne semble se démultiplier en plusieurs voix qui se raboutent assez mal. Au pathétique de Schubert, se superpose une seconde couche de pathétique, celui de ce timbre sur lequel le temps a fait son œuvre pernicieuse. À la douleur de <em>Winterreise</em> s’ajoute la souffrance qu’on croit entendre derrière une voix qui se fait grondante puis humble et contrite : dans <em>Im Dorfe</em>, le piano frémit, tremble lugubrement pour suggérer les chiens, leurs chaînes, l’angoisse, et la voix se sert de toutes les ruses apprises à l’opéra pour sonner tour à tour ample ou menue. Et toujours ces yeux qui semblent chercher partout, dans le regard des spectateurs médusés ou dans les lambris du plafond, on ne sait quelle issue.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_4551-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-138994"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Matthias Goerne et Maria Joao Pires, Gstaad, 6 août 2023 © Gstaad Menuhin Festival</sup></figcaption></figure>


<p>Tout semble s’immobiliser pour <em>Das Wirthaus</em>, cette auberge ambigüe qui se confond avec un cimetière. Le prélude se ralentit à l’extrême, tout semble suspendu comme au début de la sonate D. 960, Pires suggère le dénuement, l’hébétude, une brume incertaine et Goerne l’aspiration à mourir. Il y a de la grandeur dans l’expression de ce désespoir, comme il y aura une manière d’héroïsme bravache dans la chanson au bord de la tombe qu’est <em>Mut !</em> (Courage !).</p>
<h4><strong><em>Lasciate ogni speranza</em></strong></h4>
<p>Le dénouement est proche et le dénuement extrême. C’est le moment où l’on est au-delà du chant. Le piano sonne comme un glas dans l’énigmatique <em>Die Nebensonnen</em>, la voix se détimbre pour suggérer l’épuisement de toute espérance, le colosse n’est plus que douceur, compassion, fraternité. Pires trouve des couleurs inédites pour faire entendre l’aigreur de la vielle du <em>Leiermann,</em> et quelle fragilité dans la manière dont Goerne implore le « Wunderlicher Alter ».</p>
<p>Testamentaire, cette lecture de <em>Winterreise</em> ? Le mot traverse l’esprit un instant, pendant le long silence qui suit les derniers appels du piano. Puis dans le tintamarre des applaudissements s’entendra l’urgence de briser une angoisse étouffante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RFX_1529-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-139003"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Matthias Goerne et Maria Joao Pires, Gstaad, 6 août 2023 © Gstaad Menuhin Festival</sup></figcaption></figure>
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		<title>SCHUBERT, Die Winterreise — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-voyage-dhiver-paris-tce-beaute-de-lame/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Jan 2023 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’affaire semble entendue : dans le Lied, il y a les chanteurs qui seraient d’authentiques spécialistes, et ceux qui, venant de l’opéra, le chantent par exception, pour ne pas dire par effraction. Les premiers sont des intellectuels austères et sourcilleux. Les seconds, des comédiens, prompts à verser dans une théâtralité plus extérieure. Classification un peu rapide, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’affaire semble entendue : dans le Lied, il y a les chanteurs qui seraient d’authentiques spécialistes, et ceux qui, venant de l’opéra, le chantent par exception, pour ne pas dire par effraction. Les premiers sont des intellectuels austères et sourcilleux. Les seconds, des comédiens, prompts à verser dans une théâtralité plus extérieure. Classification un peu rapide, qui ne rend jamais justice aux meilleurs représentants de ces deux bords et qui relève avant tout d’un malentendu sur ce qu’est le Lied : de la poésie en musique, certes, mais qui peut porter autant d’intensité dramatique que l’opéra – lequel ne requiert pas forcément des histrions grandiloquents. Avec <strong>Peter Mattei</strong>, les frontières se trouvent, ainsi, magnifiquement brouillées. Dans aucune de ses incarnations scéniques, que ce soit chez Mozart, chez Tchaïkovski, chez Wagner, chez Verdi, le baryton suédois n’a pu être pris en défaut d’élégance ou de justesse stylistique. Et son <em>Winterreise</em> porte avant tout la même exigence de musicalité. Dès « Gute Nacht », la clarté de la ligne de chant, la perfection du <em>legato</em>, la longueur du souffle saisissent. Le timbre, absolument inaltéré, continue de dispenser des harmoniques à foison, écrin de velours aux graves moelleux et aux aigus toujours clairs, encore juvéniles. La technique permet de jouer sur tout le clavier des nuances, en gardant intacte l’intégrité du son, qui ne se débraille pas dans le <em>forte </em>ni ne détimbre dans le <em>piano</em>.</p>
<p>Pure jouissance vocale ? Non, car ce qui nous est donné ici, c’est, comme l’écrivait Victor Hugo, « la beauté de l’âme qui se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps » (ou de la voix, ajoute témérairement votre serviteur). Rien de narcissique ou de démonstratif ici, mais une célébration permanente du génie mélodique et de l’inventivité de Franz Schubert : les variétés de phrasé, qui n’excluent pas quelques libertés avec le rythme, sans que l’intelligibilité s’en ressente, trouvent dans chaque mélodie son juste poids expressif, et sa part dans l’ensemble du cycle. Ce sont les fantastiques accélérations de « Erstarrung », intenses mais pas tout à fait hallucinées (car le promeneur n’en est pas encore là, à ce stade de son voyage), l’émerveillement sincère du « Lindenbaum », où le temps se suspend, les allègements impalpables de « Irrlicht » et de « Rast », dont l’enchaînement dans un même souffle forme comme un cycle dans le cycle, le sarcasme de « Die Post », jamais surpris ou scandalisé, déjà bien fataliste. Car tout ce qui suivra est logique, évident : « Die Krähe » est le début d’une fin vers laquelle on progresse implacablement. On ne prend même plus la peine de moquer les bourgeois dans « Im Dorfe », on constate simplement qu’on n’est déjà plus de ce monde. Bien que pas toujours irréprochable dans les triolets et les doubles-croches les plus rapides, le piano de <strong>David Fray </strong>est à l’avenant de l&rsquo;engagement de Mattei, refusant de tenir pour acquis le tempo ou la nuance qui pourrait tomber sous les doigts, à la recherche constante  de la vérité nue contenue dans chaque mesure. « Der Leiermann », concentré comme rarement, libère les ovations d’une salle bouleversée – à peine perturbée, à plusieurs reprises, par ce qui semblait être les interférences d’un appareil auditif : on pardonne bien volontiers à son propriétaire, car ce qui se jouait sur scène valait la peine d’être entendu.</p>
<p> </p>
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		<title>SCHUBERT, Die Winterreise — La Côte-Saint-André</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-voyage-dhiver-la-cote-saint-andre-insondable-profondeur-et-emotion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 Aug 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est des concerts qui marquent durablement la mémoire de ceux qui les ont vécus. Celui qui a été offert au public du Festival Berlioz en est. On avait oublié que Philippe Cassard, schubertien confirmé, accompagnateur renommé, n’avait abordé ces dernières années les Lieder de Schubert que de façon ponctuelle. Pourtant, en des temps déjà &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est des concerts qui marquent durablement la mémoire de ceux qui les ont vécus. Celui qui a été offert au public du Festival Berlioz en est. On avait oublié que <strong>Philippe Cassard</strong>, schubertien confirmé, accompagnateur renommé, n’avait abordé ces dernières années les Lieder de Schubert que de façon ponctuelle. Pourtant, en des temps déjà reculés, depuis 1993, le Viennois d’adoption avait régulièrement donné ses trois cycles, avec Wolfgang Holzmair. De surcroît, il a enregistré des Lieder avec Natalie Dessay. C’est dire sa familiarité ancienne à ce répertoire, transmis par Eric Werba. Quant à <strong>Samuel Hasselhorn</strong>, dont on se souvient de la consécration au Concours Reine Elisabeth de 2018, il a enregistré essentiellement des Lieder de Schumann, sauf erreur. Il avait répondu en mai dernier aux questions de Clément Tailla (<a href="/actu/samuel-hasselhorn-un-recital-de-lieder-est-la-chose-la-plus-belle-et-la-plus-difficile-quun">Samuel Hasselhorn : « un récital de Lieder… »</a>). Cette rencontre suscitait donc autant d’interrogations que d’espoirs, et le plus nombreux public avait envahi l’église de La Côte Saint-André.</p>
<p>Non seulement, il n’est pas une indication de la partition qui soit omise, mais, surtout, l’appropriation du Lied par chacun des interprètes comme leur absolue connivence suscitent une lecture inspirée, où le sens profond de la poésie se traduit par de subtiles inflexions, qui renouvellent son approche, malgré les centaines de gravures léguées par leurs prédécesseurs, des plus illustres aux plus modestes. Nous sommes proprement emportés, tenus en haleine par la force expressive de cette écoute.</p>
<p>Outre ses qualités d’émission, Samuel Hasselhorn est un conteur hors pair : pas un mot qui ne soit intelligible, projeté avec force ou murmuré dans un registre médian ou extrême. Ce qui était devenu ordinaire, voire banal, au fil des écoutes répétées, prend ce soir un sens renouvelé, comme si l’encre de Schubert était encore fraîche. Son engagement est absolu, comme s’il devait nous livrer son ultime témoignage.</p>
<p>Dès le <em>Gute Nacht</em>, qui ouvre le cycle (*), l&rsquo;auditeur est frappé par le renouvellement des couleurs – vocales comme instrumentales – au fil des couplets. A la relecture de mes notes, il est malaisé de citer tel ou tel Lied, si ce n’est en fonction de ma familiarité au cycle, car aucun ne laisse indifférent, du caractère tourmenté que prend <em>Die Wetterfahne</em> (la girouette), au frisson qui nous parcourt lorsque les larmes gelées coulent (<em>Gefrorne Tränen</em>). Le piano, fluide et ses beaux contrechants d’<em>Erstarrung</em> (endormissement), l’émission superbe des aigus du célèbre <em>Lindenbaum</em> (Tilleul), avec une reprise finale transfigurée, tout passionne.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/20220821.0183.festival.berlioz.cbruno.moussier_winterreise_2.jpg?itok=6llwr9vs" title="Philippe Cassard et Samuel Hasselhorn © Bruno Moussier" width="468" /><br />
	Philippe Cassard et Samuel Hasselhorn © Bruno Moussier</p>
<p>Il me faut résister à l’envie de recopier les pages de mon carnet. Chacun des interprètes met ses moyens exceptionnels au service de l’expression la plus juste, la plus fidèle du poème et de sa musique. La rythmique soulignée de <em>Wasserflut</em> (inondation), les phrases vocales sculptées, burinées comme des eaux-fortes de <em>Auf dem Flusse</em> (sur la rivière), le drame qui se joue dans <em>Rückblick</em> (regard en arrière), authentique scène lyrique d’une incroyable force, on est subjugué par tout ce que l’on découvre dans des œuvres que l’on croyait bien connaître…</p>
<p>Puisqu’il n’est pas question de poursuivre l&rsquo;énumération des 24 Lieder, force m’est de vous livrer mes préférences, de façon totalement subjective. Dans l’ordre, <em>Frühlingstraum</em> (rêve de printemps), seul moment radieux, où l’insouciance, le souvenir du bonheur fugace éclaire le cycle, <em>Die Krähe</em> (la corneille), à la force dramatique fascinante, <em>Im Dorfe</em> (au village), nocturne où les aboiements des chiens troublent un illusoire sommeil, l’accablé et funeste <em>Wegweiser</em> (poteau indicateur) d’une ascèse poignante, les trois derniers, <em>Mut </em> (courage) dont la puissance désespérée, révoltée et le jeu pianistique fascinent, <em>Die Nebensonnen </em>(les faux soleils), hallucinés, et, pour conclure, <em>Der Leierman</em> (le vielleux), où la misère radote, obsédante, inexorable, <em>morendo</em>, dans la plus absolue solitude, dépouillée.   </p>
<p>La réussite musicale apparaît pleinement aboutie. Mais n’est-on pas au-delà de toute musique ? Sans omettre de souligner la performance physique que constitue l’enchaînement des 24 mélodies, si exigeantes. Pas de césure entre les deux cahiers, pas un instant de suspension – en dehors de ceux qu’appelle la trame narrative – ne serait-ce que pour se désaltérer. Malgré la profusion de l’offre discographique, appelons de nos vœux l’enregistrement qui fixera ces moments où le temps est suspendu et la beauté évidente, palpable, chargée d’émotion.</p>
<p>A peine un mois après son anniversaire (le 12 septembre), Philippe Cassard soufflera ses 60 bougies le 11 octobre à la Cité de la Musique, avec ses amis les plus fidèles. Samuel Hasselhorn sera de la fête et y donnera des extraits de <em>Schwanengesang</em>. Un rendez-vous à ne pas rater !</p>
<p>(*) <em>Des Baches Wiegenlied</em> (la berceuse du ruisseau) qui ferme <em>Die schöne Müllerin</em> s’achève sur « Gute Nacht ! », formule répandue dans la musique allemande. Est-ce le fruit du hasard que le cycle suivant s’ouvre sur elle ?</p>
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		<title>SCHUBERT, Die Winterreise — Monte-Carlo</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-voyage-dhiver-monte-carlo-un-inoubliable-hiver/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Andre Peyregne]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Feb 2022 07:02:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/un-inoubliable-hiver/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Sur la Côte d’Azur, le printemps s’est installé. Le mimosa est en fleur, les citronniers ploient sous le poids des fruits. En se rendant à Monaco, on voit la mer scintiller sous une lumière qui annonce la saison nouvelle. C’est en ces circonstances que nous sommes allés entendre le&#8230; Voyage d’hiver. Ce cycle de Lieder &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sur la Côte d’Azur, le printemps s’est installé. Le mimosa est en fleur, les citronniers ploient sous le poids des fruits. En se rendant à Monaco, on voit la mer scintiller sous une lumière qui annonce la saison nouvelle. C’est en ces circonstances que nous sommes allés entendre le&#8230; <em>Voyage d’hiver</em>.</p>
<p>Ce cycle de Lieder de Schubert, qui est parmi les plus bouleversants de l&rsquo;histoire de la musique, était chanté par l’un de ses plus grands interprètes, <strong>Matthias Goerne.</strong></p>
<p>On perçoit au long de cette œuvre toute la mélancolie de Schubert – cet homme mort à 31 ans qui, toute sa vie, a recherché l’amour et a rencontré la mort.</p>
<p>Vingt quatre Lieder s’enchaînent, allant de la sublime douceur de « Gute Nacht » (« Bonne nuit ») à la totale douleur du « Leiermann » (« Joueur de vielle »).</p>
<p>Matthias Goerne, qui chante ce cycle depuis deux décennies, qui l’a enregistré plusieurs fois, le connaît par cœur, dans ses moindres inflexions. Il est émouvant à entendre et fascinant à voir.</p>
<p>Sa voix de velours suit les méandres de la musique, passe en un instant du murmure à l’éclat, nous emporte dans une sorte de rêve. Variant ses intonations, il donne vie à de multiples personnages, comme si on était dans un opéra.</p>
<p>Tout en chantant, il semble sous l’emprise d’un envoûtement. Il faut voir ce bon géant dessiner de sa main la courbe de la musique, se hisser sur la pointe des pieds pour accompagner une note aiguë, s’accouder sur la caisse du piano dans un mouvement de recueillement. Prenant en lui toute la douleur contenue dans ses Lieder, on le voit tituber comme un fauve blessé. Il nous joue la mort de Boris sur les harmonies de Schubert ! Fascinant spectacle !</p>
<p>Au piano,<strong> Markus Hinterhäuser,</strong> est un accompagnateur parfait. Il a une sonorité qu’on pourrait qualifier de « son Schubert ». Il suit le chanteur dans toutes ses inflexions, ses rubatos, ses colères. Voilà de vrais compagnons de voyage.</p>
<p>Quel bel hiver nous avons passé !</p>
<p> </p>
<p>
	 </p>
<p>
	 </p>
<p>
	 </p>
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