<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>La clemenza di Tito - Oeuvre - Forum Opéra</title>
	<atom:link href="https://www.forumopera.com/oeuvre/la-clemenza-di-tito/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.forumopera.com/oeuvre/la-clemenza-di-tito/</link>
	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sat, 02 May 2026 15:50:29 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9.4</generator>

<image>
	<url>https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/cropped-Favicon-32x32.png</url>
	<title>La clemenza di Tito - Oeuvre - Forum Opéra</title>
	<link>https://www.forumopera.com/oeuvre/la-clemenza-di-tito/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>MOZART, La Clemenza di Tito – Zurich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 May 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=212636</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pene Pati, Lea Desandre, Damiano Michieletto, Marc Minkowski, on était venu à Zurich attiré par une série de grands noms qui nous semblaient valoir le voyage, on n’a pas été déçu, si ce n’est – un peu et fugitivement – par l’un d’entre eux, on y reviendra, mais c’est d’une inconnue pour nous jusqu’alors, mais &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-zurich/"> <span class="screen-reader-text">MOZART, La Clemenza di Tito – Zurich</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-zurich/">MOZART, La Clemenza di Tito – Zurich</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Pene Pati</strong>, <strong>Lea Desandre</strong>, <strong>Damiano Michieletto</strong>, <strong>Marc Minkowski</strong>, on était venu à Zurich attiré par une série de grands noms qui nous semblaient valoir le voyage, on n’a pas été déçu, si ce n’est – un peu et fugitivement – par l’un d’entre eux, on y reviendra, mais c’est d’une inconnue pour nous jusqu’alors, mais dont Forum Opéra a narré les quelques récentes performances mozartiennes, que la surprise est venue, et même la révélation : on veut parler de <strong>Margaux Poguet</strong> (remplaçant Jeanine De Bique initialement prévue), qui incarne une impressionnante Vitellia. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/laclemenzaditito_khp_tonisuter_0858-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-212806"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Margaux Poguet © Toni Suter</sub></figcaption></figure>


<p><em>La Clemenza di Tito</em> traîne une image disons en demi-teintes. Parmi les opéras de Mozart, cet avant-dernier pâtit d’une légende un peu grise : fruit d’une commande officielle, pour le couronnement de Leopold II à Prague, écrit très vite (en dix-huit jours dit-on), opera <em>seria</em>, genre alors déjà passé de mode, vieux livret de Metastase déjà mis en musique maintes fois, rafistolé par Mazzolà, composé par Mozart non seulement à l’arraché, mais sans savoir jusqu’au dernier moment qui le chanterait (hormis le ténor), lui qui composait toujours sur mesure pour des voix, et finalement utilisant deux castrats, ce qui ne correspondait plus à ses envies en 1791, bref, mis à part une demi-douzaine d’airs en effet magnifiques, un opéra à problèmes.</p>
<p>C’est sans doute le mouvement « historiquement informé » (Marc Minkowski préfère parler, la formule est à retenir, de « sentiment d’authenticité ») qui a ramené la <em>Clemenza</em> en pleine lumière, s’intéressant à des personnages et à un scénario naguère comparés en leur défaveur aux parfaites réussites mozartiennes.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/laclemenzaditito_khp_tonisuter_0607-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-212640"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Andrew Moore, Pene Pati, Lea Desandre © Toni Suter</sub></figcaption></figure>


<p>La représentation de l’Opernhaus est magnifique, et le premier mérite en revient peut-être à Minkowski. Avant le rideau, alors que la salle est encore presque vide, on le voit, spectacle rare, dans la fosse, tournant les pages de sa partition, bavardant avec les musiciens, habitant les lieux, impatient d’en découdre. Il connaît bien cette maison, cette salle « à taille humaine », où il a déjà dirigé huit productions. Une salle où, voici des lustres, Harnoncourt et Ponnelle ont initié le renouveau baroque, – et le nouveau directeur <strong>Matthias Schulz</strong> entend renouer avec cette histoire, on l’a vu <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-in-egitto-zurich/">avec le récent <em>Giulio Cesare in Egitto</em></a>. Il y a ici un orchestre spécialisé dans ce répertoire,<strong> la Scintilla,</strong> qui poursuit cette recherche et joue sur instruments anciens, ce qui n’était pas le cas du temps d’Harnoncourt, un orchestre qui, avec le chef, sera le grand vainqueur à l’applaudimètre, et c’est dire ! eu égard à la qualité du plateau.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="678" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/laclemenzaditito_khp_tonisuter_0145-1024x678.jpeg" alt="" class="wp-image-212805"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Andrew Moore, Lea Desandre, Margaux Poguet © Toni Suter</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Train d&rsquo;enfer</strong></h4>
<p>Minkowski dirige l’ouverture sur un tempo foudroyant, les bois rivalisent d’agilité, les cordes envoient leurs gammes descendantes à un train d’enfer, on prend le risque d’un accident (il n’y en aura pas), tandis qu’on voit un personnage entrer sur scène avec des airs d’espion, sortir d’un attaché-case des micros, deux ou trois, qu’il cache sous le canapé (style 1960) ou sous un fauteuil, enfiler des écouteurs, claquer dans ses doigts pour voir si le son passe. Cet homme, on le devinera vite, c’est Publio, l’homme de l’ombre, le chef de la police de Tito. Ce ne sera pas sa seule entourloupette, la dernière à l’extrême fin de la pièce sera de taille… Damiano Michieletto, très astucieusement, modifie ce personnage pour en faire une manière de manipulateur secret (on croit qu’il sert Titus, en réalité il ne sert que lui-même, on le verra), en tout cas ces micros auront aussi l’utilité de gommer quelques faiblesses du livret (la raison de l’échec de la machination).</p>
<p>Apparaît Vitellia, très énervée contre Titus, qui non seulement a été du complot contre son père Vitellius, mais de surcroît lui préfère Bérénice. Très énervée aussi contre Sesto (Lea Desandre qui avec ses cheveux courts et sa silhouette fluette évoque furieusement Timothée Chalamet, – encore lui !) Margaux Poguet, grand soprano lyrique et tempérament de flamme, est d’une énergie ravageuse dans son récitatif. La réponse de Lea Desandre l’est tout autant, leurs voix sont aussi projetées l’une que l’autre et leur ardeur fait de ces scènes d’exposition capitales, mais parfois fastidieuses; un vrai moment de théâtre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/laclemenzaditito_khp_tonisuter_0481-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-212637"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Pene Pati et (à l&rsquo;extrême-droite) Lea Desandre © Toni Unger</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>D&rsquo;abord les relations entre les personnages</strong></h4>
<p>La mise en scène de Damiano Michieletto ne s’intéresse pas, ou si peu, à l’aspect politique de l’opéra. Le décor le situe dans un vague modernisme impossible à situer dans le temps ni dans l’espace. Ce Capitole ressemblerait plutôt à un conseil d’administration, et cet empereur à un PDG tourmenté. Ce sont les relations complexes, changeantes, d’amitié, d’amour, de manipulation, de domination, mais aussi de mansuétude entre les personnages qui prévalent pour le metteur en scène. <br />L’air de Vitellia, « Deh se piacer mi voi », devient un air de séduction plutôt corsé, aux sous-entendus sexuels explicites, Vitellia assise et Sesto la tête posée sur ses jambes : « Si tu veux m’avoir, fais ce que je te dis ». Margaux Poguet en fait une démonstration de brio, avec coloratures (brillantes, mais surtout expressives), sons filés, descentes dans le grave (voix longue et homogène), contrôle des pianissimos et des accents, vocalise du haut en bas de la tessiture.</p>
<p>Ce début se déroule devant une grande paroi de stratifié brunâtre, style immeuble de bureau, qui tournera sur elle-même (les mouvements de l’inusable tournette zurichoise seront constants) pour révéler une grande salle de réunion, où sur un rythme de marche (Minkowski fait rutiler les vents) des sénateurs sont en train de voter (dans un beau vase de bronze d’allure antique qui contraste avec le Revox où Publio continue de tout enregistrer).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/laclemenzaditito_ohp_tonisuter_4481-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-212652"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Pene Pati et Lea Desandre © Toni Suter</sub></figcaption></figure>


<p>Pene Pati dès son récitatif « Romani, unico oggetto », puis son aria, « Del più sublime soglio », semble un peu en deçà de ce qu’on aurait pu espérer, en recherche de son cantabile, par exemple sur le « tormento e servitù » maintes fois répété. De sorte que l’air n’a pas tout à fait la mélancolie attendue. En revanche sa résolution de faire le bien du peuple aura de la force dans son aria suivante, « Ah, se fosse intorno al trono », même si certains <em>forte</em> sembleront quelque peu hirsutes.</p>
<p>Il dessine un personnage d’une grande douceur poétique, avec on ne sait quoi de sincère et d’engoncé (ce veston qu’il n’arrête pas de déboutonner et reboutonner, très <em>body language</em>), de gracieux et de pataud. C’est dans ses récitatifs <em>secco</em> ou accompagnés que nous l’aurons trouvé à son meilleur, juste de sentiment, de respiration, ainsi dans « Grazie , O Numi del Ciel », le moment où la jeune Servilia – qu’il veut épouser – lui révèle qu’elle aime Annio depuis toujours.</p>
<h4><strong>Lea Desandre superbe dans son premier Sesto</strong></h4>
<p>On devine que Damiano Michieletto a tisonné ses interprètes pour que les récitatifs soient gorgés de tension, de sève, voire de violence. Ainsi le dialogue furibard où Vitellia invective Sesto de n’être pas encore passé à l’acte, et où elle lui transmet le sac de voyage dont elle ne sépare pas et dont Sesto extrait une bombe artisanale, une machine infernale dont l’écran clignote : Lea Desandre dans l’aria de Sesto, « Parto, ma tu ben mio », en dialogue avec la clarinette obligée superbe de souplesse et d’expression de <strong>Robert Pickup</strong>, dont les accents font tellement penser au Concerto pour clarinette, offre une magnifique démonstration de maturité vocale et expressive. La plénitude de la voix, le grand legato, la puissance dramatique, l’émission constamment soutenue, les crescendo-decrescendo, tout y est, et Minkowski à la fois la suit dans les passages rêveurs, les rallentandos magnifiques, et soutient vigoureusement le discours musical. Les changements de tempo dans la réexposition (un <em>messa di voce</em> superbe sur « guardami »), puis le brio étourdissant de l’allegro assai final (trois coloratures et quelques trilles à tomber), tout cela vaudra au mezzo une ovation mémorable.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/laclemenzaditito_khp_tonisuter_0966-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-212643"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sesto (Lea Desandre) et sa machine infernale © Toni Unger</sub></figcaption></figure>


<p>Juste après, surviendra le coup de théâtre qui bouleverse l’action et les caractères : Tito a décidé de ne plus épouser la petite Servilia, mais la terrible Vitellia. Cependant la machination est lancée, il est trop tard pour rattraper Sesto. Trouvaille de Michieletto, on va voir Publio faire enfiler à un figurant un gilet pare-balles puis l’affubler du manteau bleu et du chapeau noir qu’on a vus à Tito…</p>
<h4><strong>Pré-Verdi, pré-romantique</strong></h4>
<p>La fin du premier acte va être brillante, un <em>finale</em> mozartien d’une forme différente de celle mise au point dans les<em> Noces</em> ou<em> Cosi</em>, mais tout aussi efficacement théâtral. D’abord un <em>terzetto</em> où Vitellia monte à des sommets d’angoisse et de tourment (ce sont ses mots) tandis que Publio et Annio ne comprennent pas la raison de son trouble. Tous trois sont portés par l’ostinato orchestral, un rythme syncopé bourré d’énergie, et des alternances forte-piano, que Minkowski et la Scintilla saturent d’électricité,</p>
<p>Le morceau d’ensemble de la dernière scène, le grand quintette avec chœur – dont Minkowski note qu’il préfigure Verdi – donnera à entendre dans un crescendo dramatique le désespoir de Sesto, contraint d’assassiner son ami, puis l’hébétude de Vitellia dans le <em>recitativo accompagnato</em>, « Oh di, che smania è smania », le premier de l’opéra, bouillonnant de désarroi, de fièvre, de pulsation rythmique, nouvel exemple d’entente parfaite entre l’esthétique de Minkowski et la fougue de Margaux Poguet.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="676" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/laclemenzaditito_khp_tonisuter_1231-1024x676.jpeg" alt="" class="wp-image-212644"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lea Desandre, Margaux Poguet © Toni Unger</sub></figcaption></figure>


<p>On entendra les Ah ! du chœur qui « à dix reprises, dans une audacieuse suite d’accords de septième diminuée nous propulsent au cœur même du romantisme » (Minkowski). On verra Sesto se dissimuler derrière un rideau, poignarder (le faux) Titus assis à son bureau et la victime s’effondrer au premier plan ; alors montera sur un tempo soudain immobile la déploration funèbre des Romains , « Oh giorno di dolor », qui sonne déjà comme un requiem : le <strong>Chor der Oper Zürich</strong>, superbe d’ampleur et de précision comme toujours, est ici tour à tour magnifique de violence dans les éclats et de velouté dans les pianissimos.<br />La dernière image du premier acte montrera derrière un rideau écarté la bombe à retardement, suspendue à la muraille et toujours clignotant…</p>
<h4><strong>Prises de rôles</strong></h4>
<p>C’est pendant l’entracte que l’explosion a lieu. Une énorme béance dans la muraille, un tas de cendres et de gravats, le canapé et le fauteuil ravagés par l’incendie, un éclairage blafard. C’est dans ce décor détruit que Mozart insère, comme un baume, une scène d’amitié : l’air d’Annio, « Torna di Tito a lato », incitant Sesto à retourner auprès de Tito lui montrer sa fidélité. <strong>Siena Licht Miller</strong>, au beau timbre, très chaud, y est parfaite de phrasé, d’homogénéité vocale, de <em>legato</em>, de style mozartien comme dans toutes ses interventions, notamment un peu plus tard dans l’aria « Tu fosti tradito », aux vocalises périlleuses. À remarquer que, comme pour ses cinq partenaires, c’est une prise de rôle.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="679" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/laclemenzaditito_ohp_tonisuter_4319-1024x679.jpeg" alt="" class="wp-image-212650"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Siena Licht Miller (Annio) et Pene Pati © Toni Unger</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Ce que dégage Pene Pati</strong></h4>
<p>On verra Tito se pencher sur Sesto gisant à terre, Pene Pati suggérant avec finesse l’embarras et la bonté de l’empereur, sa gêne que les membres de sa cour qu’on distingue au fond de la scène ne le voient alors qu’il serre son ami dans ses bras. Dans toute cette scène, la subtilité de la direction d’acteurs de Michieletto, sa manière d’amener la clémence, trouvent en Pene Pati et Lea Desandre des interprètes délicats, et le rondo, « Deh per questo istante solo », qu’elle chantera sur les gravats sera, par son intensité, la beauté des phrasés, le timbre incandescent, la douceur des pianissimos, les rallentandos (suivis par Minkowski), puis la fougue palpitante de l’allegro, les coloratures exaltées, une merveille de vie et de passion.</p>
<p>Sur la fin de cet air, on aura vu Sesto se dévêtir de ses vêtements, rester en sous-vêtements puis enfiler la combinaison grise de prisonnier qu’on lui aura jetée.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="678" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/laclemenzaditito_khp_tonisuter_2091-1024x678.jpeg" alt="" class="wp-image-212645"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Pene Pati © Toni Unger</sub></figcaption></figure>


<p>Autre image forte, Pene Pati, dans une lumière jaune, franchissant l’ouverture de la grotte que l’explosion a ouverte dans le mur, et marchant au milieu des corps des victimes, tout en chantant l’aria, « Se all’impero », où il sera magnifique d’héroïsme, d’agilité, et surtout de demi-teintes dans l’<em>andantino</em> central, très intériorisé, avant une reprise allegro aux coloratures virtuoses, et une éclatante coda.</p>
<h4><strong>Coup de théâtre final</strong></h4>
<p>Après l’air de Servilia, modeste en apparence (52 mesures) où celle-ci enjoint Vitellia de sauver Sesto (c’est son frère), mais important parce qu’il entraînera le grand revirement final, – air chanté joliment par <strong>Yewon Han</strong> –, va venir le morceau de bravoure de Vitellia : d&rsquo;abord un récitatif <em>accompagnato</em> tout en contrastes, tour à tour intériorisé ou violent, puis le rondo, « Non più di fiori », avec cor de basset obligé à nouveau joué par Robert Pickup, un cor de basset qui est en somme le fantôme de Sesto, qui donnera à Margaux Poguet l’occasion de montrer toute sa palette, plénitude du medium, graves noirs à la Lady Macbeth, aigus de <em>spinto</em>, vocalises cinglantes, et surtout une manière d’habiter le rôle, comme hallucinée, avec une présence saisissante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="679" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/laclemenzaditito_ohp_tonisuter_4761-1024x679.jpeg" alt="" class="wp-image-212656"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Margaux Poguet © Toni Unger</sub></figcaption></figure>


<p>Le tableau final tutoiera le Grand Guignol et évoquera les scènes d’injections létales dans les quartiers de condamnés à mort des USA : des chaises pour le chœur venu assister au spectacle, une civière à roulettes où l’on attache Sesto, des bourreaux en blouses d’infirmiers préparant une seringue…</p>
<p>La vigueur trompetante du chœur « Che del ciel » n’en mettra que mieux en valeur la délicatesse de Pene Pati, superbe de fragilité (voulue…) et de tendresse blessée dans son récitatif, « Sesto, de’ tuoi delitti », où il sera interrompu par Vitellia s’auto-accusant d’être la cause de tout. Leur échange tout en silences, puis le nouvel accompagnato de Tito, « Ma che giorno è mai questo », où Pene Pati, furieusement ponctué par Minkowski, sera magnifique d’éclat, précèdera le sextuor avec chœur en do majeur, célébrant la réconciliation générale.</p>
<p>La réconciliation ? Non ! Car tandis que l’on entendra rutiler toutes ces voix, pardon de <em>spoiler, </em>on verra l’infâme Publio (<strong>Andrew Moore</strong>, impeccable vocalement dans le rôle du méchant qu&rsquo;on ne soupçonnait pas) s’emparer de la seringue, verser son contenu dans un verre, le tendre à Tito, qui, candide comme toujours, le sirotera d’un trait, avant de s’écrouler, mort, sur les résonances ultimes de l’accord final.</p>
<p>Conclusion agréablement grinçante (qui aurait sans doute fait frémir Leopold II, deux ans après la prise de la Bastille…) à une <em>Clemenza</em> qui aura tenu les spectateurs en haleine vraiment d’un bout à l’autre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="703" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/laclemenzaditito_khp_tonisuter_2841-1024x703.jpeg" alt="" class="wp-image-212647"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Siena Licht Miller, Lea Desandre, Pene Pati, Yewoo Han, Andrew Moore © Toni Unger</sub></figcaption></figure>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-zurich/">MOZART, La Clemenza di Tito – Zurich</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Vienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-vienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 06:56:37 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=210520</guid>

					<description><![CDATA[<p>Il y a beaucoup de bonnes choses dans la nouvelle mise en scène de cette Clemenza di Tito au Staatsoper de Vienne signée Jan Lauwers. Une intégration intelligente de la danse à la dramaturgie, avec des mouvements qui approfondissent l&#8217;action sans la gêner : la pauvre Bérénice est malmenée jusqu&#8217;à la nausée par des danseurs &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-vienne/"> <span class="screen-reader-text">MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Vienne</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-vienne/">MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Vienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a beaucoup de bonnes choses dans la nouvelle mise en scène de cette <em>Clemenza di Tito</em> au Staatsoper de Vienne signée <strong>Jan Lauwers</strong>. Une intégration intelligente de la danse à la dramaturgie, avec des mouvements qui approfondissent l&rsquo;action sans la gêner : la pauvre Bérénice est malmenée jusqu&rsquo;à la nausée par des danseurs qui figurent sans doute l&rsquo;opinion publique romaine. Une stylisation des costumes et de l&rsquo;éclairage qui modernise l&rsquo;oeuvre tout en la gardant lisible. Les tenues évoquent un Orient 3.0, dans des tons crème du plus bel effet. La décoration est minimaliste, mais cela convient bien à cette tragédie antique, froide comme le marbre. Il y aussi de belles trouvailles, comme l&rsquo;idée de faire apparaître Tito en fauteuil roulant après la tentative de meurtre contre lui, ou les mouvements du chœur inspirés du hip hop pour donner un coup de jeune au peuple de Rome. Les projections vidéos puisées dans Eisenstein sont pertinentes et bien calibrées. Hélas, la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu&rsquo;elle a, et ces efforts méritoires n&rsquo;arrivent pas à maintenir durablement l&rsquo;intérêt. Coincé par le temps et un sujet qui ne l&rsquo;inspirait que très partiellement, Mozart n&rsquo;est parvenu qu&rsquo;à réussir la partie musicale de son œuvre. S&rsquo;ils sont dotés de sublimes arias, et d&rsquo;ensemble encore plus divins, les personnages restent de carton-pâte. L&rsquo;action languit, et devient parfois franchement confuse. Même le public viennois, pourtant expert, se morfond lors des interminables récitatifs, et votre serviteur a vu de ses yeux presque toute sa rangée de sièges piquer du nez à plusieurs moments.</p>
<p>Et pourtant, <strong>Pablo Heras Casado</strong> s&#8217;emploie à gorger la partition d&rsquo;une vie que son texte lui refuse. Il transforme sa fosse d&rsquo;orchestre en un volcan en fusion. Loin du Mozart ronronnant qu&rsquo;on affectionne souvent à Vienne, les <strong>Wiener Philharmoniker</strong> se laissent bousculer avec un plaisir évident. Ils répondent avec allégresse à la battue contrastée du maestro espagnol, et le dialogue entre les pupitres fourmille de vie. Précision, vigueur, cohérence, dramatisme : toutes les cases sont cochées, et les deux solistes distingués par Mozart (clarinette et cor de basset) se couvrent de gloire dans des phrases qui combinent virtuosité et cantabile le plus exquis.</p>
<p>Beaucoup de nectar à butiner aussi du côté des chanteurs : le Tito de <strong>Katleho Mokhoabane</strong> est d&rsquo;une délicatesse et d&rsquo;une précision qui raviront les gourmets les plus exigeants. On est loin des ténors héroïques, mais que de probité, de finesse et de soie dans ce chant, ce timbre d&rsquo;une douceur infinie, ces vocalises ourlées avec un art consommé. Tout au plus regrettera-t-on un léger manque de puissance dans le final, mais le Sud-Africain vient d&rsquo;avoir 30 ans, il aura largement le temps de développer sa projection. Le Sesto d&rsquo;<strong>Emily D&rsquo;Angelo</strong> a lui aussi le timbre parfait pour le rôle : tendre et androgyne, avec une moirure dans les graves qui rappelle un peu Jennifer Larmore. On aurait une titualire idéale s&rsquo;il n&rsquo;y avait comme une gêne dans la façon d&rsquo;habiter le rôle. Est-ce la faute d&rsquo;une mise en scène à laquelle D&rsquo;Angelo n&rsquo;adhère pas ? Toujours est-il qu&rsquo;elle semble gênée aux entournures dans sa façon d&rsquo;arpenter la vaste scène du Staatsoper. Et son corps ne semble connaître qu&rsquo;une seule position : face au public, avec la tête inclinée vers la gauche, ce qui est non seulement lassant a force d&rsquo;uniformité mais empêche aussi la voix de se déployer comme elle le devrait. Dommage.</p>
<p>Il n&rsquo;y a que des éloges à décerner au reste de l&rsquo;équipe : la Vitellia d&rsquo;<strong>Hanna-Elisabeth Müller</strong> privilégie l&rsquo;humanité dans son rôle, loin du venin habituel, jusqu&rsquo;à un « Non piu di fiori » qui est un condensé de pénitence et d&rsquo;oblation, où le dialogue avec le cor de basset nous emmène sur les cimes de la poésie mozartienne. Le couple Annio (<strong>Cecilia Molinari)</strong> &#8211; Servilia (<strong>Florina Illie</strong>) est touchant de grâce et de juvénilité, avec des voix saines et bien appariées. Formant un contraste appréciable avec toute cette dentelle musicale, le Publius mâle et tonnant du Brésilien <strong>Matheus Franca</strong> laisse déjà percevoir le Sarastro qu&rsquo;il donne sur d&rsquo;autres scènes. Sa raucité rappelle un Matti Salminen, qui savait lui aussi se maintenir constamment sur la ligne de crête qui sépare l&rsquo;expressionisme du classicisme.</p>
<p>On terminera par un très léger regret, celui de ne pas avoir entendu le <strong>chœur du Staatsoper</strong> au mieux de sa forme. La faute à une mise en scène qui le fait bouger un peu trop ? Un programme des jours précédents ou suivants trop chargé ? Une méforme d&rsquo;un soir ? Dommage que l&rsquo;orchestre en fusion de Heras-Casado n&rsquo;ait pas eu dans la masse chorale un interlocuteur à sa hauteur.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-vienne/">MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Vienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Discothèque idéale : Mozart – La Clemenza di Tito (Gardiner, Archiv – 1991)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-mozart-la-clemenza-di-tito-gardiner-archiv-1991/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Camille De Rijck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Mar 2026 14:27:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=breve&#038;p=208957</guid>

					<description><![CDATA[<p>On connait la suite : démission, contrition, et retour en catimini. Mais comme, dans une discographie, il n&#8217;est pas interdit de distinguer l&#8217;artiste de son œuvre, rendons à notre chef atrabilaire l&#8217;hommage qui lui revient de droit. La Clemenza de Gardiner est, de loin, la plus belle. On trouvera ténor plus chatoyant, plus coloré, plus &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-mozart-la-clemenza-di-tito-gardiner-archiv-1991/"> <span class="screen-reader-text">Discothèque idéale : Mozart – La Clemenza di Tito (Gardiner, Archiv – 1991)</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-mozart-la-clemenza-di-tito-gardiner-archiv-1991/">Discothèque idéale : Mozart – La Clemenza di Tito (Gardiner, Archiv – 1991)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On connait la suite : démission, contrition, et retour en catimini. Mais comme, dans une discographie, il n&rsquo;est pas interdit de distinguer l&rsquo;artiste de son œuvre, rendons à notre chef atrabilaire l&rsquo;hommage qui lui revient de droit. <em>La Clemenza</em> de Gardiner est, de loin, la plus belle. On trouvera ténor plus chatoyant, plus coloré, plus doué dans l’art subtil des coloratures, mais cela n&rsquo;est rien en comparaison de la profondeur et de la musicalité d&rsquo;<strong>Anthony Rolfe Johnson.</strong> Lui manquera une réelle autorité dans quelques pages, mais pour combien de moments d&rsquo;émotion paroxystique, y compris dans le récitatif le plus modeste ? Il suffit d&rsquo;entendre le ténor britannique dans le finale de l’œuvre pour mesurer la blessure que lui cause sa propre clémence. <br />En plein feu d&rsquo;artifice baroque, aller chercher <strong>Julia Varady</strong> – Mme Fischer-Dieskau – déjà plongée à l&rsquo;époque dans des emplois bien plus larges est un coup de génie. Elle ne fait qu&rsquo;une bouchée d&rsquo;un personnage réputé inchantable, en lui conférant la coloration sombre de sa voix mais sans jamais renoncer à sa réserve aristocratique. <br />Quant à <strong>Anne-Sofie von Otter</strong> ? Elle est, comme toujours, la perfection même. On la capte ici au sommet de ses capacités vocales. Chacune de ses apparitions est un enchantement. Gardiner et ses <strong>English Baroque Soloists</strong> ont l&rsquo;intelligence de se garder d&rsquo;ajouter du drame au drame. Le chef britannique, dramaturge inné, tisse un drame qui laisse aux larmes le temps de couler, ainsi celles de <strong>Sylvia McNair</strong> qui est, comme toujours, exemplaire. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="355" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vers-la-discotheque-ideale-2-1024x355.png" alt="" class="wp-image-207785"/></figure>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-mozart-la-clemenza-di-tito-gardiner-archiv-1991/">Discothèque idéale : Mozart – La Clemenza di Tito (Gardiner, Archiv – 1991)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MOZART, La Clemenza di Tito &#8211; Nice</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-nice/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Feb 2026 05:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=207626</guid>

					<description><![CDATA[<p>En choisissant La clemenza di Tito pour sujet de l’opéra qui serait créé à l’occasion de son couronnement comme roi de Bohême, Léopold II s’inscrivait dans l’histoire, puisque sa référence était un souverain ayant réellement existé. Il annonçait ainsi à ses sujets son intention de régner en s’inspirant de ce modèle humain. En acceptant de &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-nice/"> <span class="screen-reader-text">MOZART, La Clemenza di Tito &#8211; Nice</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-nice/">MOZART, La Clemenza di Tito &#8211; Nice</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En choisissant <em>La clemenza di Tito </em>pour sujet de l’opéra qui serait créé à l’occasion de son couronnement comme roi de Bohême, Léopold II s’inscrivait dans l’histoire, puisque sa référence était un souverain ayant réellement existé. Il annonçait ainsi à ses sujets son intention de régner en s’inspirant de ce modèle humain. En acceptant de composer la musique de cette œuvre, Mozart réalisait probablement un projet personnel, puisque selon Carl de Nys l’air de Vitellia « Non più di fiori… » était écrit des mois avant cette commande impériale. Faut-il s’en étonner ?</p>
<p>L’histoire de celui qu’on appelle Tito en italien est celle d’une ascension morale : fils de l’empereur Vespasien, il seconde sans états d’âme connus le gouvernement brutal de son père. Or quand il lui succède, ses contemporains sont témoins d’une métamorphose :  confronté aux désastres de l’éruption du Vésuve, puis à un incendie qui dévaste Rome, il secourt  les victimes de toutes les manières, et d’abord en renonçant à s’approprier les biens des disparus comme le faisaient ses prédécesseurs. Et au lieu de persécuter ses opposants, il les traite avec mansuétude, si bien qu’à sa mort prématurée il laisse la réputation d’un dirigeant idéal. Pour Mozart, devenu franc-maçon par conviction et non par opportunisme, ce cheminement altruiste est l’exemple de la conversion morale à laquelle chacun doit tendre pour devenir un homme digne de ce nom.</p>
<p>Dès lors, pourquoi les créateurs du Lab ont-ils fait de Vitellia leur héroïne ? Ils ont imaginé une suite à l’œuvre. Avant le début de l’opéra, autour d’une table à l’avant-scène, une journaliste annonce l’arrivée de Vittoria Vitelli, qui vient de publier un livre intitulé « Comment ne pas devenir première dame », tandis qu’ une inscription en lettres capitales proclame « LE COURAGE DE VITELLIA ». Impeccablement coiffée et strictement vêtue bcbg, elle déclare renoncer à la politique. Quand la musique retentit enfin, le spectateur doit comprendre que l’histoire va être présentée selon le point de vue de Vitellia, que des vidéos nous montreront dans sa résidence, loin des autres. Ces images révèleront son ambition secrète, exercer le pouvoir suprême. Si le lecteur arrive à suivre, il comprend que la simultanéité – puisque Vitellia est sur les écrans vidéo quand les autres sont sur scène – ajoute de la complexité sans éclairer sur le thème défini par le titre. (Ce n’est d’ailleurs pas le seul motif de perplexité : pourquoi Tito est-il présenté comme pourrait l’être le président de la république en France, drapeau tricolore, collier de la Légion d’honneur ?)</p>
<p>Courageuse, Vitellia ? Une tête politique ? La scène d’exposition est pourtant claire : c’est une femme profondément égoïste qui ne complote pas pour des motifs politiques mais par ressentiment personnel. Cousine de l’Hermione racinienne, elle en partage les réactions émotionnelles incontrôlées et contradictoires : jalouse, menteuse, irrationnelle, raciste – Bérénice, une étrangère ! – cette ambitieuse forcenée qui convoite passionnément les privilèges du pouvoir n’aime qu’elle-même et sa réputation lui importe plus que tout. La montrer songeuse devant les portraits d’empereur n’éclaire pas le sujet : la clémence de Tito est-elle une posture stratégique ou une conviction sincère ?</p>
<p>Ici, une parenthèse : l’image bcbg qui lui est donnée, associée aux prises de vues consenties par la direction du Negresco, fait d’abord penser à la regrettée Jeanne Augier qui en fut l’âme pendant près de soixante ans. Il reste singulier que Nice soit devenue le cadre de l’histoire racontée. On y voit une femme seule dans divers endroits – c’est Bérénice – et Vitellia elle-même s’y  promène à Cimiez. Il y a même, en lieu et place des défilés prévus par le livret, des danses par un groupe en costume provençal. S’agissant d’une coproduction, faut-il comprendre que ces ingrédients niçois constitueront l’exotisme pour le public de Limoges, ou seront-ils remplacés par leurs équivalents locaux ? Pour les autres scènes, le décor est minimaliste, sans aucune référence à l’Antiquité hormis des bustes dont l’un représente peut-être Vitellius, un des éphémères empereurs qui se succédèrent l’année de la mort de Néron, et qui mourut lapidé par les Romains.</p>
<p>La Vitellia du livret a-t-elle une opinion sur l’usage politique de la clémence ? Elle n’est pas du genre à pardonner, il y faut une magnanimité qui lui est étrangère. A moins d’en tirer profit ? En adoptant son point de vue la mise en scène insinue que c’est par calcul que Tito est clément, et que sa sincérité est suspecte. La preuve ? Il annonce que l’or recueilli pour lui élever un temple doit être donné aux victimes du Vésuve. Donc le collier qui représente ce trésor devrait disparaître, or on le reverra, et on comprend  pourquoi les conjurés dispersent des placards qui l’accusent de mentir. Or le Tito du livret est scrupuleusement honnête. Parce qu’il est tout puissant, il peut annihiler ses adversaires ou du moins les réduire au silence. Mais justement il ne le fait pas. Sa clémence, c’est l’équivalent de la miséricorde divine : elle n’exclut pas ses ennemis, parce qu’il y a toujours une bonne raison de pardonner. Elle n’a aucun rapport avec le pardon accordé par un président américain à ses partisans condamnés par la justice. Tito, lui,  peut tout craindre de ceux qu’il amnistie, mais il prend le risque, non par calcul politique mais au nom de l’humanité que ses adversaires et lui ont en commun. Est-ce ce parti pris ou la complication du spectacle par l’insertion des vidéos ou les interventions nombreuses des machinistes modifiant à vue le dispositif scénique en disposant ou en retirant les accessoires du décor,  aux saluts, des huées nombreuses ont fait jeu égal avec les enthousiastes qui ont acclamé l’équipe du Lab.</p>
<p>Par bonheur, la musique et le chant ont répondu aux attentes et ainsi atténué la déconvenue scénique. L’orchestre sonne avec la légèreté ou la gravité nécessaire, mais sans lourdeur, avec une justesse rythmique dont on peut remercier <strong>Kirill Karabits</strong>. Marches solennelles, émois intérieurs, tumulte de l’incendie, anxiété dévorante ou tendresse partagée, les affects divers suggérés par les lignes et les timbres sont aisément perceptibles dans cette lecture où l’analyse et la sensibilité se fondent. Précision des cordes, présence chantante du clavecin, volutes de la clarinette, au moins ces plaisirs survivent-ils. Les artistes des chœurs ne sont pas en reste, actifs pour leur figuration scénique, d’une belle homogénéité et d’une juste expressivité.</p>
<p>Cette homogénéité se retrouve chez les solistes. On a connu des Publio a la voix plus profonde mais celle de <strong>Gabriele Sagona </strong>est sonore, bien projetée, et sa stature lui confère la présence imposante qu’on suppose à un chef des prétoriens. La mise en scène le montre rôdant çà et là, contribuant ainsi à donner de l’ampleur au personnage. Les jeunes premiers, Annio et Servilia, sont touchants comme on l’attend. <strong>Coline Dutilleul</strong>, que l’on a vue d’abord lancer l’entretien avec l’auteur Vitellia Vitelli, transmet la spontanéité et la sincérité de ce personnage dévoué à Tito ; la voix est un peu claire mais bien placée, aussi agile et souple qu’il convient, et l’allure juvénile va de pair avec les élans post-adolescents que Mozart lui a donnés. <strong>Faustine de Monès</strong> n’a rien à lui envier sur le plan de la fraîcheur de la voix et la justesse des accents ; si son costume initial d’employée de bureau n’a rien de particulièrement séduisant, elle dévoilera, d’abord malgré elle, ensuite sciemment, des dessous qu’elle porte à ravir. Était-ce nécessaire dramatiquement, cela pourrait se discuter, mais on ne discutera pas la qualité du chant.</p>
<pre style="text-align: center;"><strong><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/La-Clemence-de-Titus-Anais-Constant-Vitellia.-Photo-Julien-Perrin-1294x600.jpg" /></strong>© Julien Perrin</pre>
<p>Sesto, l’amoureux transi qui perd la tête entre sa soumission à sa tyrannique maîtresse et sa dévotion envers son ami dont la puissance le couvre de bienfaits, trouve en <strong>Marion Lebègue</strong> une interprète des plus convaincantes. Un collier de barbe et un complet veston l’aident à composer l’allure masculine du personnage. Dans la première scène, nervosité, trac, la voix déconcerte car elle sonne trop claire et sans ampleur, et puis elle s’échauffe, s’enfle, s’épanouit, retrouve ses couleurs, et elle se déploiera ainsi jusqu’à la fin, délivrant un mémorable « Parto, ma tu, ben mio… » et un non moins impressionnant de charge émotive « Deh, per questo istante solo… » où elle court de toute son extension, ce lâcher-prise libérant l’élan et lui assurant tout son impact sur l’auditeur conquis.</p>
<p>La cruelle Vitellia apparait donc sous les traits d’une maîtresse femme, qui sous une apparence impeccablement lisse dissimule les frustrations amères qui l’engagent sur la voie d’un complot homicide. <strong>Anaïs Constans </strong>s’est-elle amusée à composer ce personnage ? En tout cas elle joue le jeu sans fléchir, et pour elle pas de temps mort, la voix répond dès le début et gardera souplesse et fermeté superbes jusqu’à la fin,  escaladant les cimes et dévalant sans peine apparente jusqu’aux graves profonds requis pour le redoutable « Non più di fiori ». Cette solidité, cette fermeté, cette ampleur, s’accordent à cette Vitellia qui dissimule à l’extérieur les désirs qui la tourmentent.</p>
<p>Pour le rôle-titre, <strong>Enea Scala </strong>a les prérequis techniques et s’adapte à la mise en scène, qui laisse planer le doute sur la pureté des motifs de la clémence de Tito, qui serait moins le fruit de sa réflexion sur l’indulgence nécessaire envers faiblesses humaines que l’option calculée d’une attitude qui crée des obligés et contribue ainsi à neutraliser l’opposition. Sa voix vigoureuse et étendue lui permet d’affronter crânement l’écriture et son jeu de scène nous a semblé suggérer efficacement l’ambigüité du personnage dans ce spectacle, en particulier avec son effigie, ambigüité entretenue par les inscriptions récurrentes où la clémence devient un projet, voire une injonction, et donc un moyen subtil de coercition. Tito serait-il l’ancêtre de Big Brother ? Décidément perverse cette approche !</p>
<p>Mais voici qu&rsquo;à l&rsquo;instant du triomphe, quand le chœur final demande aux Dieux de protéger les jours de Tito et de conserver ainsi à Rome son bonheur, Vitellia qui vient de serrer les mains à la ronde quitte les lieux et on voit Tito chanceler puis s&rsquo;effondrer dans une posture quasi-foetale sous le pupitre installé pour son allocution. Noir, rideau, et les réactions mentionnées plus haut se libèrent, unanimement chaleureuses pour la fosse et les chanteurs.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-nice/">MOZART, La Clemenza di Tito &#8211; Nice</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Récital Franco Fagioli – Paris (Théâtre des Champs-Elysées)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-franco-fagioli-paris-theatre-des-champs-elysees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 16 Oct 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=201776</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le public d&#8217;Île-de-France a de la chance avec Franco Fagioli : depuis 2006 (Tolomeo au TCE), on a pu l&#8217;entendre régulièrement à Paris, Versailles ou encore Poissy dans des opéras, le plus souvent en version concert, et dans nombre de récitals (une dizaine environ rien que ces dix dernières années). Ses apparitions accompagnées au piano &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-franco-fagioli-paris-theatre-des-champs-elysees/"> <span class="screen-reader-text">Récital Franco Fagioli – Paris (Théâtre des Champs-Elysées)</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-franco-fagioli-paris-theatre-des-champs-elysees/">Récital Franco Fagioli – Paris (Théâtre des Champs-Elysées)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le public d&rsquo;Île-de-France a de la chance avec <strong>Franco Fagioli</strong> : depuis 2006 (<em>Tolomeo</em> au TCE), on a pu l&rsquo;entendre régulièrement à Paris, Versailles ou encore Poissy dans des opéras, le plus souvent en version concert, et dans nombre de récitals (une dizaine environ rien que ces dix dernières années). Ses apparitions accompagnées au piano font toutefois figure d’exception : pour nous, c’était en tout cas une première, et probablement aussi pour le chanteur. Comme on le sait, cet exercice est nettement plus ardu que celui d’un concert soliste avec accompagnement d’orchestre. La voix est pour ainsi dire mise à nu : le legato doit être impeccablement soutenu, les faiblesses éventuelles ou la méforme ne peuvent être dissimulées, etc. Par ailleurs, il n’y a pas de pièces orchestrales pour se reposer entre les différents morceaux. Enfin, dans la pratique, si l’artiste peut donner un peu moins de voix car il n’a pas a lutter contre la puissance d’un orchestre, il doit aussi chanter plus longtemps (ici, deux parties d’environ 47 et 50 minutes bis compris). Après plus de 20 ans de carrière internationale, ce format était donc un nouveau défi pour le chanteur. Pour ce concert, le contre-ténor argentin, a choisi un programme balayant trois siècles de musique, voire quatre en comptant les bis, démontrant une fois de plus son insatiable curiosité musicale et son intelligence à servir des répertoires différents et sans cesse renouvelés. </p>
<div>
<p>Le récital s’ouvre en douceur avec le <em>Seicento</em> italien et Francesco Cavalli. Le chanteur offre une voix charnue et sensuelle dans le « Delizie contente, che l’alma beate », extrait de <em>Giasone</em>, dans une interprétation d&rsquo;une douce poésie (créé par un ténor, le rôle est ordinairement chanté par des contraltos masculin ou féminin). Changement d’ambiance avec Alessandro Scarlatti et l’air brillant « Già il sole del Gange » extrait de l&rsquo;improbable <em>L’honestà negli amori. </em>De cet opéra, la postérité n&rsquo;a retenu que cet extrait, l&rsquo;air très secondaire d&rsquo;un page qui regarde se lever le soleil. Pour l&rsquo;anecdote, la distribution de la création est restée inconnue à ce jour : on ne sait donc même pas si ce page était un soprano féminin ou un castrat soprano. On retrouve ici le Franco Fagioli virtuose, mais avec aussi un bas médium un peu sec où la voix semble parfois accrocher, et des reprises de souffle un peu bruyantes. L&rsquo;aria « Intorno all’idol mio », tiré de l&rsquo;<em>Orontea </em>d&rsquo;Antonio Cesti (chanté à la création par un soprano féminin), suivi de la mélodie d&rsquo;Antonio Lotti « Pur dicesti, o bocca bella » combinent toutes deux des exigences dramatiques et belcantistes. L&rsquo;interprétation est là encore d&rsquo;une émotion contenue tandis que les nombreux trilles sont parfaitement battus, exercice dans lequel le chanteur excelle décidément comme personne. Fagioli sait également alléger son émission, par exemple pour exprimer la douceur d&rsquo;un baiser dans l&rsquo;ariette de Lotti. Premier morceau de bravoure de la premier partie, « Venti, turbini », extrait du <em>Rinaldo</em> de Haendel, créé par le castrat Nicolini, est pris à un tempo rapide rendant encore plus spectaculaire encore l&rsquo;agilité du contre-ténor, avec notamment une vocalise jusqu&rsquo;au si naturel (à vue de nez). Toutefois, la voix n&rsquo;est là encore pas toujours exempte de raucités dans le médium. Le magnifique « Sposa, non mi conosci », extrait de la <em>Merope</em> de Geminiano Giacomelli et écrit pour la castrat Farinelli, est interprété avec une émotion à fleur de peau. Le chanteur y fait preuve d&rsquo;une belle longueur de souffle, d&rsquo;un legato exceptionnel et de belles variations de couleurs. Après le XVIIe siècle, nous passons au classicisme mozartien avec <em>La Clemenza di Tito</em> et à un autre morceau de bravoure pour clore la première partie, « Parto, parto ». Le rôle de Sesto est aujourd&rsquo;hui chanté par des mezzo sopranos féminins, mais il fut créé par le castrat Domenico Bedini : en attendant une évolution sociétale peu probable, un contre-ténor y est donc tout aussi légitime aujourd’hui qu’un mezzo traditionnel. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lopera-seria-pris-au-serieux/">Fagioli connait bien l&rsquo;œuvre pour l&rsquo;avoir déjà chantée intégralement</a>. Il y offre une nouvelle fois une composition remarquable, tour à tour tragique dans la déclamation et agile dans l’émission : une virtuosité sans faille qui n’est jamais gratuite ou prosaïquement hédoniste, mais toujours au service de la construction dramatique du personnage et de la représentation de la complexité de ses sentiments.</p>
</div>
<p>La seconde partie est consacrée au répertoire du XIXe siècle. Fagioli chante avec finesse des mélodies de Bellini puis Donizetti : quoique charmante, l’interprétation de telles pages par un contre-ténor reste toutefois un brin exotique comparée au naturel d’une voix traditionnelle italienne. Extrait de <em>La Donna del Lago</em> de Gioachino Rossini, « Mura felici » est le premier morceau de résistance de la seconde partie. Rappelons que le rôle de Malcom fut écrit pour mezzo-soprano et non pour contre-ténor. Franco Fagioli y est certes nettement plus en voix que lors de son récent Arsace de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-semiramide-rouen/"><em>Semiramide</em></a> (un autre rôle de mezzo), mais, même impeccable de virtuosité et frémissant d&rsquo;une émotion tout en finesse, le chanteur pâtit nécessairement de la comparaison avec les grandes références du passé, aux voix plus larges et avec davantage de rondeur dans le médium (Marilyn Horne, pour ne pas la citer). Reconnaissons toutefois que son puissant double si naturel conclusif est d&rsquo;une audace confondante ! Concluant le récital, l’extrait de l&rsquo;<em>Andronico</em> de Saverio Mercadante, écrit pour le castrat Giovanni Battista Velluti, est totalement convaincant et enthousiasmant, la scène étant conclue cette fois par un spectaculaire contre-ut.</p>
<p>Michele D’Elia offre un accompagnement presque fusionnel avec le chanteur. Deux pièces solistes nous permettent de mieux gouter son talent : la sonate K347 de Domenico Scarlatti, tour à tour vive et poétique, et la réjouissante (pour peu que l’on connaisse bien l’œuvre de Gioachino Rossini) « Marche et réminiscences pour mon dernier voyage » extraite de ses <em>Péchés de vieillesse pour piano</em> : une sorte de <em>Tableaux d&rsquo;une exposition</em> dans laquelle le compositeur s’autocite en passant en revue quelques unes de ses mélodies les plus célèbres, tout en les détournant avec son ironie habituelle.</p>
<p>Deux bis viennent un peu faiblement compléter le programme. Beaucoup découvriront le compositeur argentin Carlos Guastavino au travers de sa mélodie « La rosa y el sauce » : la musique en est agréable mais une introduction exposant le thème du poème n’aurait pas été superflue pour l’apprécier davantage (1). Venant clore la soirée, le tube « Non ti scordar di me » n’apportera pas grand chose à la gloire du chanteur, d’autant qu’il n’est pas ici porteur d’un double sens comme lorsqu’il est interprété <a href="https://www.youtube.com/watch?v=JK1FmkaApko">par des chanteurs en fin de carrière</a> : la mélodie d’Ernesto de Curtis sera toujours mieux défendu par des voix au timbre plus corsée, des chanteurs qui ne reculent pas devant un surcroit de sentimentalisme, tandis que l’art de Fagioli est d’abord fait de virtuosité, de délicatesse et d’élégance, comme il nous l&rsquo;aura une fois de plus prouvé à l&rsquo;occasion de ce récital.</p>
<p>On signalera, pour le regretter, un horaire inhabituel, à rebours des habitudes du public parisien.</p>
<pre><span style="color: #080809; font-family: inherit;">1. On se plaint que le grand public fuit désormais les récitals avec piano, sauf stars à l’affiche. Force est de constater que l'on ne fait pas grand chose pour l’aider à revenir. Autrefois, les <em>Lundis de l’Athénée</em> permettait de suivre les concerts, salle partiellement éclairée, avec une feuillet imprimé dont les spectateurs tournaient bruyamment les pages. C</span><span style="color: #080809; font-family: system-ui, -apple-system, BlinkMacSystemFont, .SFNSText-Regular, sans-serif;">’</span><span style="color: #080809; font-family: inherit;">était un moindre mal et un surtitrage systématique serait aujourd'hui plus efficace : on ne peut raisonnablement attendre du public qu’il connaisse toutes les mélodies de la terre ou qu’il comprenne toutes les langues, à supposer d’ailleurs que le chanteur soit constamment intelligible !</span></pre>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-franco-fagioli-paris-theatre-des-champs-elysees/">Récital Franco Fagioli – Paris (Théâtre des Champs-Elysées)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Rétrospective Forumopéra 2024</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/retrospective-forumopera-2024/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Dec 2024 15:59:46 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=breve&#038;p=180141</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chers lecteurs de Forumopéra, voici quelques chiffres retraçant l&#8217;activité de votre site préféré pour 2024. Les 33 rédacteurs de Forumopéra ont chroniqué pour vous durant cette année 504 spectacles soit presque 10 compte-rendus chaque semaine. Sur ces 504 spectacles, 140 étaient des concerts, récitals, symphonies, messes, bref, 364 étaient des opéras. Ils ont chroniqué des &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/breve/retrospective-forumopera-2024/"> <span class="screen-reader-text">Rétrospective Forumopéra 2024</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/breve/retrospective-forumopera-2024/">Rétrospective Forumopéra 2024</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Chers lecteurs de Forumopéra, voici quelques chiffres retraçant l&rsquo;activité de votre site préféré pour 2024.<br />
Les 33 rédacteurs de Forumopéra ont chroniqué pour vous durant cette année 504 spectacles soit presque 10 compte-rendus chaque semaine.<br />
Sur ces 504 spectacles, 140 étaient des concerts, récitals, symphonies, messes, bref, 364 étaient des opéras.<br />
Ils ont chroniqué des œuvres de 116 compositeurs différents. Les compositeurs les plus chroniqués ont été : Verdi : 41, Puccini : 31, Wagner : 29, Mozart : 24, Rossini : 19, Haendel : 19, Strauss 18, Donizetti : 13.<br />
Les opéras les plus chroniqués ont été : <em>Tosca</em> : 8, <em>Madama Butterfly</em> : 7, <em>Tristan</em> : 7, <em>Traviata</em> : 6, <em>Walküre</em> : 6, <em>Carmen</em> : 6, <em>La Bohème</em> : 6, <em>La Clemenza</em> : 5, <em>Così fan tutte</em> : 5, <em>Nabucco : 5</em>.<br />
Vos rédacteurs ont été présents dans 111 villes de 19 pays, y compris l’Argentine, les USA, la Turquie, la Lettonie, la Norvège, la Pologne grâce à nos globe-trotters !<br />
Les villes où Forumopéra a chroniqué le plus de spectacles : Paris : 98, Bruxelles : 14, Toulouse : 14, Versailles : 13, Berlin : 12, Genève : 12, Salzbourg : 11, Munich : 10<br />
C’est bien sûr en France que Forumopéra a été le plus présent : 289 spectacles chroniqués, loin devant l’Allemagne : 44, l’Italie : 38, la Suisse : 31, la Belgique : 28, l’Autriche : 26.<br />
De plus, vous avez pu lire 548 brèves, les chroniques des sorties de 103 livres et CD/DVD, sans compter les interviews, dossiers, actualités et éditos.<br />
Toute l&rsquo;équipe de Forumopéra vous remercie infiniment pour votre fidélité, vous souhaite une excellente et très lyrique année 2025, tout en vous donnant rendez-vous dans nos colonnes pour de nouvelles aventures musicales.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/breve/retrospective-forumopera-2024/">Rétrospective Forumopéra 2024</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>78e Concours de Genève &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/concert-de-la-finale-du-concours-de-geneve-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Oct 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=175038</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le concours de chant de Genève se distingue, parmi d’autres, car les vainqueurs sont déjà connus avant le début du concert final. Pour cette 78e édition ils étaient trois, sur 71 inscrits, et leur classement dépendait de cette prestation décisive, classement déterminant pour les prix officiels et les sommes correspondantes, respectivement 20000, 12000 et 8000 &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/concert-de-la-finale-du-concours-de-geneve-geneve/"> <span class="screen-reader-text">78e Concours de Genève &#8211; Genève</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/concert-de-la-finale-du-concours-de-geneve-geneve/">78e Concours de Genève &#8211; Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le concours de chant de Genève se distingue, parmi d’autres, car les vainqueurs sont déjà connus avant le début du concert final. Pour cette 78e édition ils étaient trois, sur 71 inscrits, et leur classement dépendait de cette prestation décisive, classement déterminant pour les prix officiels et les sommes correspondantes, respectivement 20000, 12000 et 8000 francs. L’attente était grande et le public nombreux dans la salle du Grand Théâtre.</p>
<p>Première à chanter, la Polonaise <strong>Barbara Skora</strong> est une séduisante sirène blonde qui pourrait être la petite fille de Geneviève Page. Le petit film qui l’a présentée laissait entendre un timbre capiteux. Aussi est-on déçu par une projection faible et une voix qui manque de rondeur, dans l’air des lettres de <em>Werther. </em>Le « Parto, parto » de Sesto dans <em>La Clemenza di Tito</em> est très musical mais la vocalise manque de délié. Quant à la cavatina de Rosina du <em>Barbiere </em>elle reste jolie quand elle devrait être incisive. On saura plus tard qu’entre la demi-finale et la finale a surgi un souci de santé et qu’elle avait songé à ne pas se présenter. Patricia Petibon, la présidente du jury, saura trouver les mots pour la réconforter lors de la remise des prix.</p>
<p>Lui succède <strong>Jungrae Noah Kim</strong>, baryton coréen récent vainqueur du Concours du Belvédère. Sa pratique de la scène à l’Opéra Studio de Zurich lui a donné un aplomb manifeste, et il semble posséder une grande capacité de concentration, à le voir rentrer en lui-même pour passer d’un air à l’autre. Chantant successivement en russe, en italien et en allemand, il déploie une voix solide et souple. Qu’il exprime le rêve de Yeletsky dans « Ya vas Lyublyu », la colère du comte dans « Hai già vinta la causa » ou la nostalgie de Fritz dans « Mein Sehnen mein Wähnen » de <em>Die tote Stadt, </em>il est d’une grande justesse expressive et nuance avec une belle musicalité. Nous l’aurions bien vu premier prix exæquo.</p>
<p>Dernière à apparaître, <strong>Chelsea Marilyn Zurflüh, qui </strong>a été aussi membre de l’Opéra Studio de Zurich, est une autre sirène, brune et souriante. Sa voix paraît aussitôt plus grande, mieux projetée que celle de sa concurrente, manifestement elle est en pleine santé. Et elle a eu de surcroît l’intelligence de composer un programme où elle ne doit à aucun moment lutter contre l’orchestre, qui devient un écrin. Si l’air de Cléopâtre « Da tempeste il legno infranto » laisse un peu sur sa faim, jusqu’à la reprise où les ornements valorisent la ductilité et l’étendue de la voix, celui de Pamina « Ach, ich fühl’s » captive par une intensité expressive dépourvue de pesanteur, proprement touchante, avant les pyrotechnies de la scène « Ah, tardai troppo…O luce di quest’anima » tirée de <em>Linda de Chamounix</em>. Quelques reflets métalliques dans l’extrême aigu quand il est donné en force ne nuiront pas à son triomphe, puisqu’elle remporte le grand prix et le prix du public, ainsi qu’un engagement à paraître sur la scène du Grand Théâtre lors d’une prochaine saison.</p>
<p>En prélude à l’exhibition des concurrents, l’orchestre de la Suisse Romande, sous la direction d’Alevtina Ioffe, avait interprété avec la verve et la finesse nécessaires l’ouverture des <em>Nozze di Figaro</em>. Les musiciens ont soutenu et accompagné au mieux les chanteurs et la nombreuse assistance les a chaleureusement remerciés par de longs applaudissements.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/concert-de-la-finale-du-concours-de-geneve-geneve/">78e Concours de Genève &#8211; Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-hambourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=173022</guid>

					<description><![CDATA[<p>Beaucoup de belles choses dans cette nouvelle production de La clémence de Titus présente à Hambourg depuis avril dernier. Beaucoup de partis pris aussi dans la vision de la metteuse en scène néerlandaise Jetske Mijnssen, pour un résultat qui pourrait bien ne pas contenter les puristes, mais qui offre une relecture dynamisante de l’ultime chef-d’œuvre &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-hambourg/"> <span class="screen-reader-text">MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Hambourg</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-hambourg/">MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Hambourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Beaucoup de belles choses dans cette nouvelle production de <em>La clémence de Titus</em> présente à Hambourg depuis avril dernier. Beaucoup de partis pris aussi dans la vision de la metteuse en scène néerlandaise <strong>Jetske Mijnssen</strong>, pour un résultat qui pourrait bien ne pas contenter les puristes, mais qui offre une relecture dynamisante de l’ultime chef-d’œuvre mozartien.<br />
Mijnssen prend un évident plaisir à montrer et démonter les rouages, les arcanes, les coulisses du pouvoir. Titus ici, costume trois pièces-cravate, est l’évident avatar de l’homme de pouvoir et au pouvoir. Empereur, roi, président, ministre, dirigeant ? Qu’importe, c’est la situation et l’exercice du pouvoir qui sont scrutés ici, sous beaucoup, si ce n’est sous toutes ses formes. « Toute ressemblance avec un personnage existant ou ayant existé… », cela est laissé à l’appréciation du spectateur qui pourrait bien avoir sa petite idée.<br />
Le mécanisme de l’exercice du pouvoir est décortiqué selon quatre paradigmes affichés comme au fronton des lieux où tout se décide.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/01_La-clemenza-di-Tito_c_Hans-Joerg-Michel-1294x600.jpg" alt="" width="703" height="326" />
© Hans Jörg Michel</pre>
<p>« Delizia » tout d’abord, la joie, la fête, les relations qui se nouent dans l’urgence, dans la danse, l’alcool et ses excès. C’est ce que montre la scène initiale qui se joue pendant l’ouverture. Titus et Bénénice forment un couple heureux, mais l’annonce par Publius (qui n’est autre ici que le garde du corps) que Titus devient empereur change tout. Titus renonce alors à Bérénice, la renvoie sans autre forme de procès et paie ainsi un premier prix fort à son accession au pouvoir.<br />
« Potenza » ensuite, le pouvoir lui-même, les ors du palais, l’exercice au quotidien. Les conseillers qui s’agglutinent autour de Titus, le pressent de signer, de décider, de trancher, ce cabinet qui le rend fou, qui devient son cauchemar, qui l’isole entièrement. L’image d’un Titus désespéré, assis seul sur une chaise en position fœtale, est une belle allégorie de la déflagration que représentent les responsabilités insurmontables qui s’abattent sur lui. Mais la « potenza » ce sont aussi les relations hommes-femmes et les dérives qui se jouent à l’intérieur même des lieux de pouvoir, les entreprises de séduction, les trahisons. « Tradimento » justement : au second acte, la trahison est mise en scène, et comment ! Le Capitole qui brûle (vraiment), les petitesses et les petits arrangements, les ordres et les contre-ordres, tout cela ressemble à une – plutôt bonne – série Netflix et ses multiples rebondissements. Et puis enfin la « clemenza », cette improbable indulgence de l’homme de pouvoir trahi mais qui passe l’éponge. Ou plutôt qui renonce à l’obstacle, qui renonce à comprendre les rouages du mécanisme qui a conduit à ce que l’un de ses plus proches le trahisse. En effet, non seulement Titus renonce à exécuter Sextus, qu’il menace jusqu’au dernier moment d’un pistolet, mais, dans une ultime hallucination, retourne l’arme contre lui quand retentit le dernier accord ; Titus a démontré qu’il n’était pas l’homme de la situation de pouvoir, que la barre était en quelque sorte trop haute et que l’ambition du pouvoir ne crée pas forcément les capacités à l’exercer.<br />
On pourra reprocher à cette proposition décidément captivante d’avoir voulu être parfois trop démonstrative. Faire creuser à Sextus sa propre tombe dans le Capitole en ruine fait sourire plus qu’autre chose, et voir Titus planter l’arbre de la réconciliation avant de se tirer une balle dans la tête fait de lui un personnage falot, plus que naïf, qui dessert plutôt la démonstration.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/10_La-clemenza-di-Tito_c_Hans-Joerg-Michel-1294x600.jpg" alt="" width="699" height="324" />
© Hans Jörg Michel</pre>
<p>En revanche, le parti pris de supprimer les trois quarts des récitatifs secs, s’il peut fortement irriter sur le papier, se révèle au final convaincant. Ne sont conservés que les dialogues indispensables à la compréhension de l’intrigue (tous les récitatifs accompagnés sont bien sûr maintenus) et l’action se retrouve resserrée.<br />
Dans une salle du Staatsoper Hamburg où bien des rangs sont inexplicablement clairsemés, la proposition musicale est de bonne tenue. <strong>Ben Glassberg</strong> à la tête du Philharmonisches Staatsorchester Hamburg et des chœurs prend beaucoup de soin à rendre lisible la partition et faire en sorte que chaque partie soit bien mise en avant. Les tempi sont appropriés ; le « Parto, parto » est pris très lentement et ponctué de silences bienvenus. On aurait aimé, pour cette aria ô combien attendue, que la clarinette donne l’intégralité de sa partie – aussi  redoutable fût-elle.<br />
<strong>William Guanbo Su</strong> est parfait en Publio garde du corps. Sa stature aussi imposante que sa voix de basse sonnante fait que le personnage est parfaitement crédible. Il aurait fallu plus de nuances dans le chant de la Servilia d’<strong>Olivia</strong> <strong>Boen</strong>, très à l&rsquo;aise dans son jeu, mais où la ligne de chant reste cantonnée dans le mezzo forte et où la justesse est parfois prise en défaut. <strong>Kady Evanyshyn</strong> rend bien les tourments qui ne cessent de harceler l’esprit d’Annio. La Vitellia de <strong>Tara Erraught</strong> est à la hauteur de l’enjeu. Ses deux grandes arias rendent la complexité du personnage avec une autorité de bon aloi. Les graves sont bien posés, la tessiture respectée et elle reçoit de justes ovations à l’issue d’un « Non più di fiori » émouvant. Magnifique Sesto porté par <strong>Angela Brower</strong> dont le « Parto, parto » est tout empreint des nuances attendues. Enfin le Tito d’<strong>Oleksiy Palchykov </strong>est à la fois l’ambitieux conquérant et le potentat défait, incapable de se sortir seul des difficultés où il est intriqué. Le premier acte est moins réussi que le second, faute à une voix manquant singulièrement de souplesse (quasiment sans vibrato dans les aigus <em>forte</em>). La seconde partie est très réussie à l’image d’un « Se all’impero, amici miei » de toute beauté.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-hambourg/">MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Hambourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MOZART, La clemenza di Tito – Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Oct 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=174533</guid>

					<description><![CDATA[<p>Aviel Cahn, directeur du Grand Théâtre de Genève, a frappé un grand coup il y a 3 ans en proposant à Milo Rau de mettre en scène La clemenza di Tito. Directeur jusqu’à cette année du NTGent et programmé au Festival d’Avignon, au Festival d’Automne ou au Théâtre de la Colline, Milo Rau est un &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-geneve/"> <span class="screen-reader-text">MOZART, La clemenza di Tito – Genève</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-geneve/">MOZART, La clemenza di Tito – Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Aviel Cahn, directeur du Grand Théâtre de Genève, a frappé un grand coup il y a 3 ans en proposant à Milo Rau de mettre en scène <em>La clemenza di Tito</em>. Directeur jusqu’à cette année du NTGent et programmé au Festival d’Avignon, au Festival d’Automne ou au Théâtre de la Colline, Milo Rau est un metteur en scène acclamé dans le milieu du théâtre contemporain, mais il ne s’était à l’époque encore jamais essayé à l’opéra. Le choix était <em>a priori </em>déroutant, puisque le <em>Manifeste de Gand</em> – sorte de programme esthétique et politique de Rau – stipule qu’un spectacle s’inscrivant pleinement dans la réalité sociale et politique de son époque ne doit pas être l’adaptation littérale d’un texte classique. Il doit accueillir sur scène des artistes non professionnels et doit pouvoir présenter un décor susceptible d’être transporté dans un unique camion de déménagement. Des conditions difficilement applicables à une production d’opéra, donc.</p>
<p>En 2021, cette <em>Clemenza di Tito</em> n’avait hélas pas pu être donnée en public, Covid oblige, mais <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-clemenza-di-tito-streaming-geneve-traitement-de-choc-streaming/">une captation vidéo avait permis de la présenter malgré tout en streaming à un public virtuel</a>. Après avoir été défendu sur les scènes de Luxembourg, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-anvers/">Anvers</a>, Gand et Vienne, ce spectacle peut donc enfin être apprécié là où il aurait dû être créé, à Genève, quelques mois après la création en janvier dernier sur cette même scène de <em>Justice</em>, partition contemporaine d’Hèctor Parra écrite en étroite collaboration avec Milo Rau et le librettiste Fiston Mwanza Mujila.</p>
<p>Si <em>Justice</em> s’inscrit pleinement dans la réalité contemporaine par son sujet et son langage musical et dramaturgique, ce n’est pas le cas du livret de <em>La clemenza di Tito</em>, qui paraît bien éloigné des préoccupations habituelles de Milo Rau. Le spectacle commence pourtant, bien avant l’ouverture de l’œuvre de Mozart, par la prise de parole à l’avant-scène d’un homme qui nous annonce être « le dernier des Genevois ». Il nous explique qu’il est célibataire, sans enfant, qu’il a déjà été figurant dans d’autres spectacles sur cette même scène et que c’est lui qui a installé tous les tapis rouges des couloirs du Grand Théâtre. Deux femmes (qu’on apprendra être des chamanes) s’approchent de lui et lui arrachent le cœur. L’homme tombe à terre et l’interprète de Titus, Bernard Richter, entame le dernier récitatif de l’opéra, celui qui a justement pour sujet la clémence de l’empereur.</p>
<p><figure id="attachment_174943" aria-describedby="caption-attachment-174943" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-174943 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025A020_Clemence_de_Titus_G_20241014_GTG_Magali_Dougados_MG_0267-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-174943" class="wp-caption-text">© Magali Dougados</figcaption></figure></p>
<p>Dans la suite de l’action présentée sous nos yeux, on ne comprend pas toujours clairement qui est qui et qui fait quoi : la frontière entre la fiction et la réalité s’estompe à partir du moment où un texte présente à l’arrière-scène quelques éléments biographiques des chanteurs, tandis qu&rsquo;un caméraman les filme en direct sur le plateau et retransmet leurs images sur un tissu blanc portant l’inscription <em>Kunst ist Macht</em> (« l’art est pouvoir »). Ce que l’on finit par saisir, c’est que Titus est représenté comme un leader qui s’intéresse de près à l’art, ou bien comme un artiste qui s’intéresse de près à la politique : un artiste « engagé ». Le décor se compose de deux espaces juxtaposés : une salle de musée d’un côté et un campement de réfugiés de l’autre, desquels on va et vient grâce à une tournette. Sur les cimaises du musée s’accumulent progressivement des œuvres directement issues de ce qui se passe dans le camp de réfugiés, ainsi que des reproductions d’œuvres célèbres créées en direct par les artistes sur scène. Titus est donc représenté comme un artiste vampirique qui se nourrit de la souffrance du peuple pour en extraire de l’émotion et de la force plastique. Membre de l’élite culturelle, il contient le mécontentement des laissés-pour-compte en sublimant leur souffrance dans des œuvres d’art, agissant comme une consolation.</p>
<p>Dans cette vision, Titus est finalement clément par réalisme politique : s’il ne punit pas Vitellia et Sesto, c’est parce qu’il ne veut pas froisser le peuple et sa « cour » d’admirateurs béats. Pour parvenir à cette conclusion, Milo Rau fait une lecture contextuelle de <em>La clemenza di Tito</em>, en se rapportant à son cadre de création. Créée en 1791, alors qu’en France la Révolution fragilise l’Ancien Régime, l’œuvre est une commande de l’empereur Léopold II à l’occasion de son couronnement comme roi de Bohème à Prague. La partition ne fut pas appréciée de l’empereur et l’impératrice la qualifia de<em> porcheria tedesca</em> (« cochonnerie allemande »). Le public praguois ne l’apprécia vraisemblablement pas plus, mais Mozart avait été choisi non parce qu’il était estimé de Léopold II, mais parce qu’il était admiré des Praguois.</p>
<p>Il est difficile de dire si cette <em>Clemenza di Tito</em> est une proposition réussie, mais c’est un spectacle qui interroge, propose, déplace, et c’est déjà beaucoup. La production souffre en fait principalement de la surcharge d’idées et d’informations essaimées sur le plateau. L’opéra est une forme qui accumule de nombreux paramètres aussi bien visuels (l’action scénique et les surtitres) qu’auditifs (la partie orchestrale, le chant et le texte) et Milo Rau s’évertue à ajouter des images, des vidéos, des textes qui viennent densifier ce qui constitue déjà un feuilleté de sens. Son geste présente cependant une force théorique indéniable qui vient bousculer nos représentations de la forme opératique. Par exemple, à la fin de l’œuvre, plusieurs airs sont interprétés tour à tour par les chanteurs à l’avant-scène, flanqués devant un micro, se passant de main en main le cœur du dernier Genevois. En fond de scène, l’écran retransmet des images captées en-dehors de la représentation : elles mettent en avant les dix-neuf figurants assis sur le plateau et s‘accompagnent d’un texte qui partage avec nous des éléments intimes et touchants de leur vie. Pendant ce temps, le texte du livret n’est plus surtitré et l’attention du spectateur est attirée, comme le sont les insectes photophiles, par la lumière de l’écran. Une sorte de lutte s’instaure entre la classe des figurants et celle des chanteurs/personnages, au cœur d’une action initiale qui peut être réduite à une lutte de pouvoir entre aristocrates, bien éloignée donc des préoccupations du spectateur ordinaire.</p>
<p><figure id="attachment_174948" aria-describedby="caption-attachment-174948" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-174948 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025A020_Clemence_de_Titus_G_20241014_GTG_Magali_Dougados_MG_0569-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-174948" class="wp-caption-text">© Magali Dougados</figcaption></figure></p>
<p><span style="font-size: revert;">Cependant, en s’intéressant  presque exclusivement au dispositif politique de l’œuvre, à son contexte de production et en souhaitant à tout prix amener sur le plateau la réalité contemporaine, Milo Rau laisse un peu de côté la richesse du texte et surtout la puissance de la musique de Mozart, qui développe et analyse les émotions humaines de manière étonnante (on pense bien sûr notamment au « Parto, parto » de Sesto, d&rsquo;un foisonnement musical et textuel vertigineux). La forme de l’</span><em style="font-size: revert;">opera seria </em><span style="font-size: revert;">nous apparaît aujourd’hui bien éloignée de nos canons esthétiques et on peut regretter que certains veuillent absolument lisser ce type d’esthétique </span><em style="font-size: revert;">étrange</em><span style="font-size: revert;"> pour les rendre plus « concrètes » ou « réelles », plutôt qu’y voir une sorte de contre-modèle. Ajoutons que Mozart a composé cette œuvre alors qu’il était malade et ruiné et qu’il n’est pas impossible que la clémence de l’empereur Titus représentait sincèrement pour lui une utopie politique, et non le couronnement du cynisme et de l’hypocrisie.</span></p>
<p>À la fin de la représentation, le spectateur sort de la salle un peu désabusé, comme s’il venait d’assister aux funérailles de l’opéra et de l’art en général. Milo Rau semble nous tendre un miroir et nous dire que l’opéra n’est pas une forme pour notre temps, car c’est le règne du mensonge, de l’illusion, de la manipulation, de l’utopie impossible. Mais le constat est d’autant plus nihiliste que le metteur en scène peut lui-même être associé à la figure de Titus, cet artiste qui se sert de la souffrance des autres pour son travail. D&rsquo;abord, l&rsquo;art engagé apparaît <em>in fine</em> comme une aporie, donc la proposition de Milo Rau s&rsquo;annule elle-même. De plus, il fait venir sur une scène d’opéra de nombreux figurants qui ont connu et traversé des situations de vie difficiles, mais ils ne font finalement pas grand-chose dans le spectacle et peuvent vite apparaître comme un prétexte. Enfin, la scène de pendaison au début du deuxième acte pose plusieurs questions, comme elle en posait dans son spectacle <em>Familie</em>, qui s’achevait sur une quadruple pendaison. Le spectateur est sidéré par ce qu’il voit, mais il sait que c’est un trucage, que les comédiens sur le plateau ne sont pas réellement pendus (bien heureusement), qu’il s’agit là d’une illusion théâtrale. Non dénoncée comme telle, comme Milo Rau avait pu pourtant le faire dans<em> La Reprise</em>, cette image choc qui voudrait nous faire croire qu’on a apporté la violence du réel sur le plateau ne fait que rendre suspect de machination tout le reste de ce qui est représenté sur scène. On est là face à un retour du refoulé théâtral.</p>
<p><figure id="attachment_174950" aria-describedby="caption-attachment-174950" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-174950 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025A020_Clemence_de_Titus_GP_20241009_GTG_Magali_Dougados__MG_0065-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-174950" class="wp-caption-text">© Magali Dougados</figcaption></figure></p>
<p>Face à un objet scénique si singulier et riche, on en oublierait presque de parler de musique… Pourtant, la distribution réunie à Genève accomplit de belles choses. <strong>Bernard Richter</strong> est un Titus pleinement engagé dans la proposition scénique du metteur en scène et il impressionne par son investissement physique. La voix est solidement projetée et le timbre à la fois moelleux et claquant. Seules quelques incertitudes d’intonation dans les aigus viennent parfois fragiliser une ligne qui constitue sinon un très élégant modèle de chant mozartien. Des problèmes de justesse, c’est aussi ce qui vient parfois entacher le chant de <strong>Serena Farnocchia</strong>, Vitellia à la voix capiteuse et puissante. Elle apporte beaucoup de soin à donner toutes ses dimensions à ce rôle impossible et, si les graves sont d’abord un peu confidentiels dans la première partie, ils déploient toute leur noirceur dans son rondo « Non pìu di fiori ». Absente de la distribution en 2021, contrairement aux deux interprètes précédents, <strong>Maria Kataeva</strong> confirme sa place parmi les grandes mezzos de notre époque. Le timbre est séduisant, les vocalises impeccablement exécutées et le tempérament de feu de la chanteuse lui permet de livrer un portrait frémissant et infiniment touchant du jeune patricien romain. Dans le rôle de Servilia, la jeune soprano ukrainienne <strong>Yuliia Zazimova</strong> est une révélation. Son timbre fruité fait des merveilles et la chanteuse possède une présence scénique certaine. À ses côtés, <strong>Giuseppina Bridelli</strong> convainc moins en Annio : l’interprète est engagée et sait faire preuve de musicalité, mais le vibrato instable fragilise considérablement le phrasé et la ligne de chant. <strong>Justin Hopkins</strong> prête sa voix sombre à Publio, capitaine des gardes très éloquent.</p>
<p><strong>Tomáš Netopil</strong> dirige l’<strong>Orchestre de la Suisse romande </strong>avec une grande probité stylistique : l’orchestre sonne parfois comme un orchestre sur instruments d’époque, mais sa lecture reste finalement assez classique dans ses intentions musicales et ses climats sonores. Les différentes atmosphères de l’œuvre sont élégamment rendues, avec un sens du contraste bienvenu, et il veille à accompagner la voix des chanteurs avec discrétion et prévenance. Enfin, <strong>le Chœur du Grand Théâtre de Genève</strong>, réduit à son rôle de groupies bourgeoisement vêtues gravitant autour de Titus, n’apparaît que très discrètement dans l’œuvre de Mozart et encore plus dans cette mise en scène, mais chaque intervention est juste et expressive.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-geneve/">MOZART, La clemenza di Tito – Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-salzbourg-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Aug 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=170493</guid>

					<description><![CDATA[<p>C’est une longue histoire d’amour qui unit les troupes de Cecilia Bartoli à La Clémence de Titus. Commencée il y a plus de deux ans par une tournée de concerts – sans mise en scène donc – dont l’étape liégeoise avait retenu notre attention , elle avait trouvé son aboutissement au festival de Pentecôte à &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-salzbourg-2/"> <span class="screen-reader-text">MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Salzbourg</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-salzbourg-2/">MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Salzbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est une longue histoire d’amour qui unit les troupes de <strong>Cecilia Bartoli </strong>à <em>La Clémence de Titus</em>. Commencée il y a plus de deux ans par une tournée de concerts – sans mise en scène donc – dont<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-clemenza-di-tito-liege-la-tablette-de-titus/"> l’étape liégeoise avait retenu notre attention</a> , elle avait trouvé son aboutissement au festival de Pentecôte à Salzbourg en mai dernier, dans une mise en scène de Robert Carsen. C’est cette même production qui est reprise cet été encore, avec un succès bien mérité.</p>
<p>Le moins que l’on puisse dire est que la production a fait bien des progrès au cours de ces deux années. L’orchestre du Prince-Monaco, celui-là même que Bartoli a fondé et qui lui est spécifiquement dédié puisqu’il l’accompagne quasiment dans tous ses projets, était hier soir particulièrement bien équilibré et sonnait, dans l’acoustique très favorable du palais du festival, comme un phalange de tout premier plan.</p>
<p style="text-align: left;">L’élément le plus faible de la distribution a été remplacés très avantageusement, et le casting vocal forme dès lors une équipe bien équilibrée et de très haut niveau, nous y reviendrons.</p>
<p>Mais c’est l’intervention de <strong>Robert Carsen</strong> qui mérite ici nos plus grandes louanges. Travaillant avec intelligence sur les éléments objectifs du livret, il construit pour chacun des personnage une identité forte, cohérente, crédible et intéressante, en ce compris les rôles souvent relégués au second plan que sont le couple formé par Annio et Servilia ou celui de Publio qui prennent ici pleinement leur part du drame.</p>
<p>Dans la vision de Carsen, Titus est un être fort et juste, avide de vérité, qui se place délibérément au-dessus des passions humaines et de leur petitesse, et qui s’érige dès lors en modèle pour nous tous. Un modèle issu des lumières, en quelque sorte, notion chère à Mozart, même si elle est anachronique quand on l&rsquo;applique aux héros de l’antiquité. Sa clémence est l’outil par lequel se forge son attitude, et qui lui donne tout son sens. Aucune faiblesse donc, chez ce personnage central, mais au contraire une figure exemplaire soumise à la réflexion de chacun, en pleine cohérence et dignité.</p>
<p>Les autres rôles autour de lui, à des degrés divers, incarnent des passions plus ou moins coupables : l’ambition pour Vitelia, la trahison par faiblesse pour Sesto, mais aussi le remords, ou au contraire des vertus bien rares : l’honnêteté et la franchise pour Servilia – le rôle y gagne beaucoup en profondeur – soutenue par Annio. De Publio, Carsen fait le grand organisateur de l’intrigue, froid et lucide, le seul qui entrevoit la fin avant les autres.</p>
<p>Tout cela tient particulièrement bien la route, permet le déroulé du spectacle indépendamment de la transposition dans le monde contemporain (celui du pouvoir, entre conseil des ministres et parlement) dans un décor tout noir magnifiquement éclairé. Le rapprochement est évident entre l’incendie du Capitole à Rome en l’an 80 et les événements du Capitole de Washington le 6 janvier 2021. Carsen n’évite pas le rapprochement, il le suscite, en joue, y trouve sens et s’en nourrit.</p>
<p>Par ailleurs, le metteur en scène évacue également la question du genre, toujours un peu problématique dans une distribution qui comprend deux rôles travestis, en faisant de Sesto et d’Annio des femmes, tout simplement, sans rien changer au livret. Les scènes de séduction n’en sont pas moins vraisemblables, ni moins émouvantes.</p>
<p>Sur le plan de la réalisation scénique, Carsen travaille par tableaux successifs qui s’enchaînent au gré des récitatifs, la fluidité de l’ensemble étant malheureusement parfois un peu compromise par les applaudissements du public, après chaque air ou presque, qui viennent interrompre l’action en cours.</p>
<p>Cecilia Bartoli (Sesto) dont on ne s’étalera pas, une fois de plus, à vanter les mérites, reste la reine incontestée des vocalises tout en souplesse, des aigus filés auxquels elle donne toutes les couleurs qu’elle veut, du sens de l’à-propos, d’un constant engagement scénique et d’une grande rigueur musicale, sans doute soutenue par le grand nombre de représentations que compte aujourd’hui cette production. Le challenge pour une artiste de cette trempe est évidemment de ne pas décevoir, de se maintenir au meilleur niveau, ce qu’elle fait à la perfection, une fois encore.</p>
<p>Autour d’elle, stimulés par la qualité de l’ensemble, chacun s’attache à donner le meilleur de lui-même, ce qui donne une distribution très homogène : le Titus de <strong>Daniel Behle</strong> est particulièrement satisfaisant, en raison de la caractérisation du personnage, mais aussi par sa solidité vocale et son timbre à la fois viril et nuancé ; ce ténor – qui à ses heures est aussi compositeur – fait d’ailleurs dans le monde germanique une très solide carrière, tant en concert que sur scène.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" title="la-clemenza-di-tito-2024-c-sf-marco-borrelli-023-scaled" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/la-clemenza-di-tito-2024-c-sf-marco-borrelli-023-scaled-1-1294x600.jpg" alt="">Cecilia Bartoli &amp; Alexandra Marcellier © SF/ Marco Borelli</pre>
<p>La Vitelia d’<strong>Alexandra Mercellier</strong> est elle aussi très solide, avec une grande puissance vocale et une belle virtuosité. La voix est un peu dure cependant, mais cela ne messied pas à la conception du rôle, une incarnation presque caricaturée de l’ambition professionnelle, encore renforcée par le costume, bottes et jupe de cuir, chemisier échancré, la panoplie complète d’une angoissée prête à tout pour réussir ! Et lorsqu’elle s’aperçoit que Sesto ne l’a pas trahie, lorsque soudain l’émotion, le remords s’emparent du personnage, ce que la musique de Mozart traduit si bien, elle trouve les couleurs qu’il faut pour s’ouvrir au sentiment.</p>
<p>Très attachante du début à la fin, <strong>Mélissa Petit</strong> prête sa voix à Servilia, pour qui Carsen semble avoir une grande tendresse. Au lieu du fade soprano qu’on entend si souvent et malgré le costume ingrat d’une secrétaire un peu cruche, elle donne beaucoup de caractère au rôle, l’investit intelligemment, et réussit à en faire l’incarnation du courage, de l’authenticité et de la droiture. Dans la même veine, <strong>Anna Tetruashvili</strong> qui chante Annio s’en tire fort bien également.</p>
<p>On s’attachera aussi à souligner l’excellente prestation des chœurs, nombreux, parfaitement intégrés à la mise en scène, d’une justesse et d’un engagement scénique irréprochables.</p>
<p><strong>Ildebrando D’Arcangelo</strong> enfin prête sa voix particulièrement bien timbrée et sa présence scénique bien affirmée au rôle de Publio, auquel Carsen donne finalement le dernier mot dans une fin très inattendue. Dans le dernier tableau, ce vaste chœur qui chante l’apothéose de Titus, le metteur en scène nous livre le fin mot de sa vision de la pièce : aux termes d’un complot qui semble ourdi par Publio, l’empereur est lâchement assassiné sous les coups de couteaux de ceux-là mêmes qui chantent ses louanges. Le rapport de force, le goût de l’intrigue et du pouvoir l’emportent sur la générosité magnanime, le sens de la justice ou simplement la grandeur, les valeurs des lumières sont bafouées. La chemise tachée de sang, Titus s’écroule et meurt, tandis que Vitelia s&rsquo;assoit sur le trône, dans une scène théâtrale complètement inédite. Cette entorse faite à l’histoire (Titus est mort de fièvre en 81…) n’en est pas moins d’une très grande force dramatique et relance l’intérêt à la toute fin du spectacle, à un moment où tout semblait joué.</p>
<p>Pessimisme ou réalité, chacun jugera…</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-salzbourg-2/">MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Salzbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
