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	<title>War Requiem - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<title>War Requiem - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>BRITTEN, War Requiem &#8211; Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/britten-war-requiem-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 05:34:28 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Moins joué que ceux de Mozart, de Verdi, de Brahms ou de Fauré, le Requiem de Britten fait figure d’événement à chaque fois qu’on le programme. Question de densité d’abord : un orchestre symphonique et une formation de chambre, trois solistes, un chœur et un chœur d’enfants placent d’emblée le War Requiem dans la chambre des &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Moins joué que ceux de Mozart, de Verdi, de Brahms ou de Fauré, le Requiem de Britten fait figure d’événement à chaque fois qu’on le programme. Question de densité d’abord : un orchestre symphonique et une formation de chambre, trois solistes, un chœur et un chœur d’enfants placent d’emblée le <em>War Requiem </em>dans la chambre des œuvres-mondes, aux côtés des <em>Gurrelieder </em>de Schoenberg, de quelques symphonies de Mahler et peut-être de la <em>Babi Yar </em>de Chostakovitch. Mais question de sens surtout : écrite à l’occasion de la consécration de la nouvelle cathédrale de Coventry après les bombardements survenus en 1940, pièce maitresse d’un compositeur aussi peu disert sur sa propre foi qu’animé d’un fervent pacifisme, composition polymorphe où la forme liturgique est percée par les poèmes que la Première Guerre mondiale avait inspirée à Wilfred Owen, cette messe offre à ses auditeurs et à ses interprètes plus de questions que de réponses. L’alternance entre la solennité hiératique des chœurs et la théâtralité à nu des vers en anglais est si savamment dosée qu’elle fait voler en éclat tous les repères formels auxquels on voudrait s’accrocher, par habitude et par confort. L’ambiguïté culmine dans les toutes dernières pages, où un « In paradisum » rayonnant de sérénité s’achève pourtant sur les mêmes sons de cloche qui ouvraient le premier mouvement une heure et vingt minutes plus tôt ; comme si l’espérance, en somme, ne pouvait qu’achopper sur l’inévitable retour de la guerre et de la destruction.</p>
<p>Cette noirceur pourrait conduire les musiciens sur la voie de la violence, des grands écarts dynamiques, de l’expressionisme doloriste. Mais <strong>Mirga Grazinyte-Tyla</strong> fait ce soir un autre choix en recherchant la précision d’intonation et la justesse plutôt que le dramatisme et les décibels. Résultat de cette sobriété : les différentes séquences du <em>War Requiem </em>finissent par parler le même langage. Sous cette battue si précise, souvenirs de la guerre et prière en latin nous racontent une seule histoire de peine, de mort, d’espoir et de pardon.</p>
<p>Une histoire qui n’aurait pas ému, si elle avait été racontée par des musiciens moins inspirés. Mais le Philharmonique de Radio-France est, ce soir, admirable de constance et de clarté de timbres. Une fois passés quelques décalages au début du premier mouvement, le chœur de Radio-France se met à parler d’une même voix pour ne plus jamais se disjoindre, et se pare, dans le « Sanctus » et le « Libera me », de lumières éclatantes. La maîtrise, en coulisses juste en contrebas de la scène, apporte encore un surcroît de teintes diaphanes à ce paysage qui doit sans doute beaucoup au travail de longue haleine mené par<strong> Sofi Jeannin</strong>.</p>
<p>De la beauté sans ombre de ce tableau ressortent, comme en relief, des solistes particulièrement bien identifiés. Lors de la première de l’œuvre, en 1962, l’anglais Peter Pears, l’allemand Dietrich Fischer-Dieskau et la russe Galina Vichnevskaia devaient donner une dimension politique à l’événement et incarner, par leurs seules nationalités, la possibilité d’une réconciliation après la guerre. On sait que la soprano ne fut pas autorisée à quitter l’URSS pour cette représentation et qu’elle fut alors remplacée par Heather Harper avant de pouvoir l’enregistrer avec l’équipe de la création un an plus tard. Cet internationalisme a encore été respecté ce soir : <strong>Elena Stikhina</strong>, placée en haut avec le chœur, lance de sa voix cuivrée un véhément « Liber scriptus », et domine fièrement une partition dont elle ne redoute apparemment ni l’ambitus ni l’effectif qu’on lui demande, depuis le fond de scène, de surpasser. Sur le plateau, en face de l’orchestre de chambre dédié à leur partie « profane », <strong>Julien Behr</strong> et <strong>Florian Boesch</strong> s’emparent de leurs textes sans fausse pudeur pour faire vivre de vraies figures de théâtre. Le ténor français peut compter sur l’égalité de ses registres et la finesse de son legato pour dessiner de touchants portraits quand le baryton-basse autrichien sait alléger sa voix, parfois de façon surprenante, pour suspendre la salle à ses lèvres dans le récit d’affrontement et de réconciliation qui s’intègre au cœur du « Libera me ».</p>
<p>A l’issue de quelques secondes de silence recueilli et de plusieurs minutes d’applaudissements chaleureux, on quitte la Philharmonie en se souvenant que Mirga Grazinyte-Tyla sera, à partir de septembre prochain, et pour trois saisons, la première cheffe invitée du Philharmonique de Radio-France ; une collaboration qui nous vaudra, on l’espère, d’autres soirées d’une telle intensité !</p>
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		<title>BRITTEN, War Requiem — Barcelone</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/war-requiem-barcelone-un-requiem-peut-il-constituer-un-grand-spectacle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Oct 2021 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avant le lever du rideau, un court hommage à Edita Gruberova, chaleureusement applaudie par la salle entière, rappelle qu&#8217;elle fut l’une des reines du Liceu, où elle est venue chanter chaque année. La version scénique du War Requiem peut dès lors commencer, et dès le début on en est à se poser la question : pourquoi &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avant le lever du rideau, un court hommage à Edita Gruberova, chaleureusement applaudie par la salle entière, rappelle qu&rsquo;elle fut l’une des reines du Liceu, où elle est venue chanter chaque année.</p>
<p>	La version scénique du <em>War Requiem</em> peut dès lors commencer, et dès le début on en est à se poser la question : pourquoi mettre en scène un tel Requiem, comment justifier ce choix ? La réponse se trouve peut-être dans l’image la plus forte de la soirée, l’impressionnant duo final où, à l’instar de François Mitterrand et Helmut Kohl main dans la main le 22 septembre 1984 devant l&rsquo;Ossuaire de Douaumont à Verdun, le ténor et le baryton dans la même pose sont à la fois les acteurs et les témoins d’une réconciliation et d’une communion intense dans la foi de la paix retrouvée.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" height="312" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/211014-675ca_bofillcorrbd.jpg?itok=c_t5FkQy" width="468" /><br />
	© Photo Antoni Bofill</p>
<p>L’English National Opera s’était déjà essayé à mettre en scène un autre <em>Requiem</em>, celui de Verdi en décembre 2000. On en garde surtout le souvenir de très beaux éclairages, mais rien de bien précis pour le reste à part une certaine vacuité… La présente production du <em>War Requiem</em> a été créée à l’ENO en 2018 pour commémorer le centenaire de la fin de la Première guerre mondiale. La mise en scène de <strong>Daniel Kramer</strong>, au demeurant sobre, fait quand même la part belle à l’imagerie saint sulpicienne (prières agenouillées, rondes main dans la main…), avec de jolies fleurs quand il faut (vidéographies de <strong>Wolfgang Tillmans</strong>), une magnifique bataille de boules de neige éclairée de manière magique par <strong>Charles Balfour</strong> (« Holy »), et puis aussi des méchants avec des couteaux, et l’arrivée d’un cercueil, tout cela paraîtra à certains plutôt mièvre et primaire, mais en même temps à d’autres très esthétique…</p>
<p>	Car il n’est pas si facile de coller à la fois au domaine historique, aux souhaits du compositeur, et à notre vision des choses aujourd’hui. L’œuvre est pourtant bien connue et reconnue comme un chef-d’œuvre. Ce qui l’est moins, c’est l’évènement que ce Requiem commémore : l&rsquo;opération <em>Mondscheinsonate</em> (« Sonate au clair de lune »), nom de code donné par l’armée allemande au bombardement de la ville de Coventry dans la nuit du 14 novembre 1940 : près de 500 bombardiers larguent 500 tonnes de bombes, faisant près de 600 morts et 700 blessés. De la cathédrale Saint-Michel incendiée ne reste qu’un champ de ruines, conservé à côté de la nouvelle cathédrale consacrée le 30 mai 1962, cérémonie pour laquelle Britten reçut la commande de ce requiem.  Le compositeur décida de mêler des poèmes de Wilfred Owen, un soldat mort en 1918, avec la messe de Requiem de tradition latine. Britten, qui a toujours été pacifiste et objecteur de conscience, voyait dans cette œuvre une occasion de défendre ses convictions, et de manifester dans un but de réconciliation son rejet de la guerre et de ses atrocités.</p>
<p>	Les volontés de Britten, qui avait désigné un Anglais (Peter Pears) pour la partie de ténor, un Allemand (Dietrich Fischer-Diskau) pour celle de baryton et une Russe (Galina Vichnevskaïa, qui n’obtint pas son visa de sortie et fut remplacée par Heather Harper) pour celle de soprano ont été respectés, et de fait, on ne peut rêver plus belle distribution que celle de ce soir, certainement la plus parfaite que l’on puisse réunir aujourd’hui, autant par la qualité des voix, de l’interprétation, que de la profonde humanité qui émane de ces trois interprètes. <strong>Mark Padmore</strong>, formé à l’école des Passions de Bach, est un des grands spécialistes du <em>War Requiem</em>, dans lequel on l’a beaucoup entendu, comme dans d’autres œuvres de Britten. Ce soir dans un forme éblouissante, la voix incisive et sonore (« Day of wrath », « Father forgive »), il a en même temps offert des moments d’ineffable douceur, dans un souffle pianissimo (« Grant us peace »). De son côté, <strong>Matthias Goerne</strong>, élève de Fischer-Diskau, ne cherche pas à imiter son maître. Il exprime avec sa propre sensibilité ces textes souvent déchirants, et délivre la plus grande humanité dans « Be slowly lift up »). La voix, forte et vibrante, se fait alors infiniment caressante. Enfin, <strong>Tatiana Pavlovskaya</strong>, dont on connaît la belle carrière, est un choix également judicieux, tant elle s’est bien intégrée dans la production, par sa voix musicale et percutante qui se joue des <em>forte</em> de l’orchestre sans être jamais stridente (« On this day, this day of tears »), autant que par ses intonations toujours parfaitement en situation. Enfin, autres mentions d’excellence pour la direction du chef <strong>Josep Pons</strong>, l’orchestre du Liceu et les chœurs parfaitement en place dont on doit saluer l’impeccable travail de mise au point.</p>
<p>	Je laisse à chacun exprimer ses préférences. On aura compris que, malgré la beauté de ce spectacle, la version concert d’origine conserve ma préférence, car au-delà de la rigueur de l’ensemble, la production scénique impose des images qui se superposent à la musique, là où la pensée individuelle devrait rester vierge et libre. La meilleure preuve en est le silence qui perdure à la fin des exécutions en concert, alors qu’ici dès le rideau baissé la salle a immédiatement applaudi et crié comme à la fin de <em>La Traviata</em>, rompant l’indispensable recueillement. Deux visions opposées, deux résultats en antithèse.</p>
<p> </p>
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		<title>BRITTEN, War Requiem — Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/war-requiem-britten-paris-philharmonie-pour-qui-sonne-le-glas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claire-Marie Caussin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 May 2019 22:26:29 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On ne sait pas bien ce qui nous hante le plus à l’écoute du War Requiem de Britten : l’évocation saisissante du jugement dernier, les poèmes de Wilfred Owen – poète anglais, tué à vingt-cinq ans seulement, dans les derniers jours de la Première Guerre Mondiale – ou encore cette musique glaçante, traversée par de rares &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On ne sait pas bien ce qui nous hante le plus à l’écoute du <em>War Requiem </em>de Britten : l’évocation saisissante du jugement dernier, les poèmes de Wilfred Owen – poète anglais, tué à vingt-cinq ans seulement, dans les derniers jours de la Première Guerre Mondiale – ou encore cette musique glaçante, traversée par de rares touches de lumière.</p>
<p><strong>Daniel Harding</strong> s&#8217;empare en tout cas de la partition avec l’autorité et la hauteur de vue qu’on en espérait. Le geste est extrêmement précis, anticipatif, continu, comme animé par une pulsation intérieure ; mais le chef possède surtout une vision d’ensemble de l’œuvre où le <em>fortissimo</em> est rare et bien amené, par des effets de gradation ou de contraste. Face à lui un Orchestre de Paris aux musiciens investis et réactifs – si nombreux soient-ils ! – dont il parvient à tirer toute une palette de matières et de couleurs : de la douceur du début à l’intensité du finale, c’est tout un cheminement esthétique et émotionnel que les musiciens réalisent. </p>
<p>Le chœur de l’Orchestre de Paris fait preuve des mêmes qualités, et rarement a-t-on entendu un tel spectre de nuances avec un chœur aussi nombreux. Daniel Harding en exploite toutes les possibilités, et si les grands effets dramatiques sont spectaculaires, les <em>piano</em> quasi chuchotés sont peut-être plus saisissants encore.</p>
<p>A ces ensembles viennent s’ajouter trois solistes, et en premier lieu le ténor <strong>Andrew Staples </strong>qui introduit les poèmes de Wilfred Owen dans le Requiem par le très beau « What passing bells ». La voix est claire, l’énonciation simple et au service du texte qu’elle porte ; on sent un chanteur habité par chaque mot qu’il prononce, sans jamais le surcharger de sens. Son « Move him into the sun » est ainsi bouleversant de sincérité, dénué de tout artifice.</p>
<p><strong>Christian Gerhaher </strong>quant à lui emploie toutes les couleurs que lui offre sa voix : rendue parfois évanescente, ou au contraire pleine et sonore, le baryton plie son instrument à toutes les exigences du texte. On retiendra tout particulièrement sa longue intervention dans le « Libera me », profonde, engagée, ainsi que ses duos avec Andrew Staples, où les deux musiciens s’écoutent et s’accordent ensemble avec une belle attention.</p>
<p>Enfin, la soprano <strong>Emma Bell</strong> s’empare sans faillir des nombreux passages <em>forte</em> de la partition, avec une voix au timbre sombre mais à l’aigu acéré, le tout servi par une projection irréprochable et ô combien nécessaire dans cette œuvre.</p>
<p>On aurait difficilement pu espérer de meilleurs interprètes pour ce <em>War Requiem</em>, tant ils ont su rendre justice à la partition de Britten aussi bien qu’au livret, douloureux, haletant. On sort de cette soirée heureux d’avoir entendu une si belle musique, mais le cœur un peu lourd aussi. <em>Let us sleep now</em>.</p>
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		<title>War Requiem</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/requiem-new-age/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sylvain Fort]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Feb 2014 17:13:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Cela fait un bout de temps maintenant que l’Eglise répugne à commander à des grands compositeurs des œuvres liturgiques ambitieuses, préférant confier à d’obscurs gribouilleurs le soin de la fournir en chansonnettes livides. Résultat, on ne sait même plus où Dieu se cache dans les messes et Requiem nés de génération spontanée sous la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Cela fait un bout de temps maintenant que l’Eglise répugne à commander à des grands compositeurs des œuvres liturgiques ambitieuses, préférant confier à d’obscurs gribouilleurs le soin de la fournir en chansonnettes livides. Résultat, on ne sait même plus où Dieu se cache dans les messes et Requiem nés de génération spontanée sous la plume des plus grands — Verdi, bien sûr, mais aussi Dvorak, Penderecki, Schnittke, et tant d’autres. On me dira : si le diable se cache dans les détails, Dieu se cache dans la généralité — et peut-être en effet la simple ampleur de ces œuvres de Requiem est-elle vouée à faire surgir la Transcendance.<br />
			 </p>
<p>			Dans le cas de Britten, on se retrouve justement face à cette ambiguïté terrible : Britten fait dialoguer le texte latin du requiem avec les poèmes amers de Wilfred Owen, le tout pour évoquer l’écrasement d’une ville et la reconsécration d’une cathédrale. Plus rien n’est pur, tout est mêlé, une tache noircit l’Esprit, la Foi cependant demeure, etc. etc.</p>
<p>			Pour l’auditeur, il suffit de se laisser gagner par la musique, mais pour les interprètes, il semble difficile de faire l’économie du ton juste à trouver entre liturgie simple, lyrisme laïc, drame mystique ou fable humaine. <strong>Antonio Pappano</strong>, lui, a clairement fait son choix : nous sommes dans le grand geste lyrique et le <em>War Requiem</em> est une œuvre de réconciliation qui emporte sur son passage l’amertume et le deuil, pour faire triompher le souffle qui unit tout, la couleur qui reparaît.</p>
<p>			De là un élan certain dans cette interprétation. La générosité du chef italo-britannique abrase les amertumes et fait monter la fièvre lyrique : la musique l’emporte ; le malheur s’efface derrière le grand unisson des voix et des timbres ; plus rien ni grince ni crie, tout chante.</p>
<p>			C’est là une vision sympathique et même plaisante. Convaincante aussi. La belle voix d&rsquo;Anna Netrebko (une Russe, comme Vichnevskaïa) se fond dans cette esthétique comme une boule de vanille sur le chocolat chaud, <strong>Ian Bostridge</strong> fait tous ses efforts pour animer son organe serré et il y parvient sans trop nous faire de peine, enfin <strong>Thomas Hampson </strong>offre aux vers d’Owen la tranquille supériorité de son accent américain et de son chant de charme.</p>
<p>			Dans ce <em>War Requiem</em>, Dieu ne se cache nulle part : c’est l’humanité qui prend sa place, avec toute la conviction d’une lecture presque inconsciemment (ou pas) New Age. Le vrai malheur, là-dedans, c’est qu’au moment même où était publié cette version spirituellement correcte, Decca ressortait (en mode balle dans le pied) la version superbement remastérisée de ce même <em>War Requiem</em> dirigée par Britten, avec Fischer-Dieskau, Pears et Vichnevskaïa : et là, on sent passer l’ombre de la mort, on frémit touché par l’aile de l’Espérance, et partout, partout, on patauge dans l’angoisse et l’amertume la plus dense et humide qui soient. Pas très New Age.</p>
<p>			Et comme un malheur n’arrive jamais seul, Maris Janssons remettait lui aussi l’œuvre sur le métier et sortait chez BR Klassik une version hantée, funèbre, d’une modernité totale et cependant trouée, on pourrait même dire détrempée, d’inquiétude et de terreur.</p>
<p>			Bref, cette version d’Antonio Pappano qui aurait pu servir d’oasis à notre époque épuisée semble déjà un peu effacée par de plus authentiques métaphysiciens.</p>
<p>			 </p>
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		<title>BRITTEN, War Requiem — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/vive-la-guerre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 08 Jun 2013 17:34:40 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Vive la guerre qui a généré tant de chefs d’œuvre de l’art, de Jacques Callot à Goya, de Rubens à Otto Dix, qui parmi d’autres ont dénoncé les horreurs des conflits armés. Benjamin Britten est du nombre, et son War Requiem constitue également un appel douloureux pour une paix universelle bien utopique, et plus &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Vive la guerre qui a généré tant de chefs d’œuvre de l’art, de Jacques Callot à Goya, de Rubens à Otto Dix, qui parmi d’autres ont dénoncé les horreurs des conflits armés. Benjamin Britten est du nombre, et son <em>War Requiem</em> constitue également un appel douloureux pour une paix universelle bien utopique, et plus que jamais d’actualité.</p>
<p>
			L’exécution qu’en donne l’orchestre et les chœurs de Birmingham dirigés par <strong>Andris Nelsons</strong> est en tous points remarquable. Car au-delà de la direction sans faille d’un chef qui est en passe de devenir l’un des plus grand noms de sa génération, et qui fait briller l’œuvre de feux jusqu’alors inexplorés, les qualités de l’orchestre et des quelque 120 excellents choristes expriment tout une échelle d’émotions qui étreignent les solistes, et rejaillissent sur un public peu préparé à un tel choc.</p>
<p>			Rarement, depuis la création de 1962, les poèmes de Wilfred Owen ont été aussi bien servis. On retrouve un<strong> Mark Padmore</strong> beaucoup plus concerné que dans le récent <em>Opéra de Quat’sous</em> donné en cette même salle, mais sans atteindre au déchirement exprimé par Ian Bostridge (Châtelet 1999). Le baryton allemand <strong>Hanno Müller-Brachmann</strong>, élève de Fischer-Dieskau, n’imite en rien son maître et trouve des accents très personnels, notamment dans le Dies irae et le Libera me. Quant à la soprano canadienne<strong> Erin Wall</strong>, sa position scénique reculée ne l’empêche pas de dominer l’orchestre dans le Liber scriptus, tout en gardant une charge émotionnelle intacte, notamment dans le Lacrimosa.</p>
<p>			Près d’une minute de silence, à la fin, a salué – bien mieux que les applaudissements et cris qui ont suivi –, la communion qui s’est opérée entre les interprètes et le public.</p>
<p>			Tous ceux qui n’ont pas eu la chance d’être présents à ce concert d’exception pourront l’entendre sur France Musique le mardi 2 juillet 2013 à 20 h, ou se procurer le DVD du concert du cinquantenaire (30 mai 2012), filmé avec la même équipe dans la cathédrale de Coventry, captation qui a d’ores et déjà pris rang parmi les enregistrements de référence de l’œuvre (édition Arthaus).</p>
<p>			 </p>
<p>			 </p>
<p> </p>
<p> </p>
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<p> </p>
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<p> </p>
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		<title>BRITTEN, War Requiem — Paris (Pleyel)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/metzmacher-et-britten-le-choc-des-titans/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Francois Lesueur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Jan 2010 18:40:19 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le War Requiem, composé par Britten pour la consécration de la Cathédrale de Coventry en 1962 a beau être connu, il est rarement donné en France ; sa dernière exécution au Festival de St Denis datait de 2007. Saluons donc la direction de l&#8217;Orchestre de Paris pour avoir programmé cette œuvre monumentale qui devait être &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>          Le <em>War Requiem</em>, composé par Britten pour la consécration de la Cathédrale de Coventry en 1962 a beau être connu, il est rarement donné en France ; sa dernière exécution au Festival de St Denis datait de 2007. Saluons donc la direction de l&rsquo;Orchestre de Paris pour avoir programmé cette œuvre monumentale qui devait être à l’origine conduite par Richard Hickox et qui a finalement échu à Ingo Metzmacher, pour ses débuts avec cette phalange.</p>
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<p>Ardent défenseur de la musique du 20e siècle et de partitions contemporaines, Ingo Metzmacher n&rsquo;a conduit qu&rsquo;une fois ce requiem en succédant au pied levé à Mstislav Rostropovitch, le célèbre violoncelliste &#8211; devenu chef sur le tard &#8211; lui, l&rsquo;ami de Britten et de Peter Pears, mais également époux de la soprano Galina Vichnevskaïa, qui aurait dû créer le <em>War Requiem</em>, mais dont la présence en Europe fut interdite par les autorités russes. Heather Harper lui succéda, mais Galina Vichnevskaïa put tout de même participer à l&rsquo;enregistrement réalisé par Britten en janvier 1963 (Decca) avec comme à la création, Pears et Dietrich Fischer-Dieskau, deux solistes qui, selon l&rsquo;auteur, appartenaient aux deux pays – l’Angleterre, l’Allemagne – les plus meurtris par les conflits mondiaux. </p>
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<p>Totalement détruite après la seconde guerre mondiale, la Cathédrale de Coventry renaît donc de ses cendres en 1962 : Britten compose ce <em>War Requiem</em> dédié à la mémoire de soldats morts aux combats et pour lui donner une spécificité, choisit d&rsquo;insérer à la liturgie habituelle (en latin), les poèmes pacifistes de Wilfred Owen, tombé sur le champ de bataille une semaine avant l&rsquo;armistice de 1918, à 25 ans. </p>
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<p>A œuvre grandiose, dispositif équivalent : trois solistes vocaux, un grand chœur, un chœur d&rsquo;enfants, un orgue, un grand orchestre et un orchestre de chambre. <strong>Ingo Metzmacher</strong> est l&rsquo;homme de la situation. Solide, inspiré, il se montre dès les premières mesures du « Requiem aeternam » à la hauteur de nos attentes. L&rsquo;univers de désolation qu&rsquo;il dépeint, soutenu par un glas sinistre, est à la fois lourd et angoissant. Comme une lente procession à travers un paysage dévasté, le tissu orchestral auquel se joint rapidement les voix des enfants, puis celles des adultes, s&rsquo;éclaircit alors pour mieux mettre en avant la première intervention du ténor « What passing-bells for thoses who die as cattle ». Magnifiquement timbrée, fine de texture mais projetée avec mordant, la voix de <strong>Paul Groves</strong>, grave et dépouillée confère aux mots d&rsquo;Owen une beauté bouleversante, à la portée quasi surnaturelle. Peu après <strong>Matthias Goerne</strong>, moins familier de la langue anglaise que son confrère américain, compense ce léger handicap par un timbre chaud et enveloppant, tandis que l&rsquo;intensité et la sincérité de son interprétation accentuent la haine que manifeste le poète envers toute destruction, en déplorant la violence et la guerre. </p>
<p>Metzmacher manie avec adresse et virtuosité la matière orchestrale rutilante, souligne les étranges alliages de sonorités inventés par Britten pour traduire un certain malaise, joue avec les rythmes, les couleurs venues d&rsquo;extrême Orient, relève ici la pulsation cardiaque des timbales, là des stridences (« Liber scriptus »), ou encore les références à Mahler (« Dies irae »), par de puissantes attaques. <strong>Indra Thomas</strong>, placée en hauteur entre les chœurs et les solistes masculins, assume fièrement la partie réservée à la soprano, de sa voix large et vibrante, capable de tenir tête sans faiblir au flot parfois torrentiel de l&rsquo;orchestre. </p>
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<p>Emporté par la force dégagée par cette immense partition, où chaque instrument tient sa place et où chaque voix individuelle ou en groupe joue son propre rôle, Ingo Metzmacher semble avancer sans qu&rsquo;à aucun moment l&rsquo;architecture ne lui échappe. Le geste sûr, la pensée en éveil, il ajuste les masses avec clarté, maîtrise les flux, galvanise les chœurs pour édifier cette œuvre avec l&rsquo;héroïsme, l&rsquo;ambition et la cohésion indispensables. Si le chef parvient souvent à dompter le tumulte orchestral, il sait aussi révéler la délicatesse qui accompagne les poèmes d&rsquo;Owen et qui semble les faire flotter dans une atmosphère irréelle. Durant le « Libera me », d&rsquo;abord parcouru de terribles accents de panique venus du chœur, la voix de la soprano sort de cet apparent chaos avant celle du ténor, totalement esseulé (« It seems that out of battle I escaped »), qui reconnaît l&rsquo;adversaire comme ami. Puis le baryton confirme à son tour ce sentiment de compassion partagée. Le silence semble enfin revenu (celui des armes qui se sont tues) et la paix retrouvée ; « Let us sleep now » (« Dormons à présent ») répètent à l&rsquo;unisson ténor et baryton, pendant que les cloches se mettent à teinter, tel un glas conclusif et peu optimiste sur l&rsquo;avenir. Médusé, écrasé par tant d’émotion, le public reste muet pendant de longues secondes avant d’applaudir. Succès triomphal pour ce concert saisissant. </p>
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