L'effet Orliński

Récital Jakub Józef Orliński - Saint-Michel en Thiérache

Par Marcel Quillévéré | dim 30 Juin 2019 | Imprimer

Le Festival de Musique Ancienne et Baroque de Saint-Michel en Thiérache, au nord est du département de l’Aisne, s’est terminé en apothéose ce 30 juin. Jean-Michel Verneiges le dirige avec passion depuis 30 ans et la programmation est toujours du plus haut niveau. A chaque édition, le public fidèle remplit la superbe église abbatiale du XIIe siècle à l’acoustique exceptionnelle. Le rituel est toujours le même : les concerts ont lieu le dimanche, le premier commence à 11h30, puis tout le monde se retrouve soit sur les pelouses pour un pique-nique, soit dans le réfectoire de l’abbaye. Le deuxième concert commence à 16h30. Cette fois c’est l’orchestre du Poème Harmonique et ses cinq chanteurs solistes (à l’engagement vocal admirable) qui ont débuté la journée. Tous dirigés par Vincent Dumestre, avec cette rigueur et cette sensibilité qu’on lui connaît, qui vont droit au cœur du public. Gros succès.

A 16h30, le public se bouscule pour accueillir l’Ensemble il Pomo d’Oro dirigé par Francesco Corti et le contre-ténor Jakub Józef Orliński, après leur triomphe à la cathédrale de Bordeaux le 15 juin. Dès les premières phrases du Alma Redemptoris de Heinichen (1683-1729), le chanteur saisit l’auditoire par la beauté de son timbre, sa puissance aussi et l’impact immédiat de sa déclamation lyrique.  Dans le Stabat Mater de Vivaldi et surtout dans l’étonnant Tam Non splendet sol creatus de Nicola Fago (composé vers 1712), sa virtuosité fait merveille. Il possède un art du chant très sûr, une conduite du souffle sans faille qui lui permet de définir les voyelles avec précision et d’articuler les consonnes de telle manière qu’on ne perd pas un mot des très beaux textes italiens ou latins. L’homogénéité de sa voix sur toute la tessiture lui permet de jouer avec les couleurs et les nuances, alliant une vaillance impressionnante à des piani bouleversants. Sa présence en scène est celle d’un tragédien lyrique et nul doute que les théâtres d’opéras vont se l’arracher très vite si ce n’est déjà fait. De plus il a le physique d’un jeune premier, mais il n’en joue pas car il est d’une authenticité et d’une vérité rares, dignes d’un très grand artiste. L’émotion est donc sans arrêt au rendez-vous et le public l’acclame debout à la fin. Disons-le : c’est sans doute l’un des plus grands contre-ténors de notre époque.

 

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