La maturité triomphante

Récital Juan Diego Flórez - Paris (TCE)

Par Christian Peter | dim 12 Novembre 2017 | Imprimer

Habitué de la série des Grandes Voix depuis de nombreuses années, Juan Diego Flórez fait son retour sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées avec un programme dont la première partie est entièrement consacrée à des extraits de son dernier album dédié à Mozart. Dans les cinq airs qu’il interprète le ténor se montre plus investi encore qu’au disque, admirablement accompagné par l’excellent Orchestre de Chambre de Lausanne sous la direction souple et précise de Joshua Weilerstein qui constitue l’un des atouts de la soirée. Le jeune chef américain a retenu la leçon des baroqueux sans en adopter les excès. Ses tempos sont rapides mais non précipités et les instruments – modernes – sonnent avec une plénitude dépourvue de toute sécheresse. Force est de constater que l’on gagne au change par rapport à l’ensemble La Scintilla, estimable pourtant, qui avait participé à l’enregistrement.

La soirée commence par un gag involontaire : vêtu d’un pantalon et d’une veste dépareillés le ténor s’excuse de sa tenue et explique que son costume de scène a été oublié à son hôtel. Le public s’en amuse et l’incident est réparé dès le deuxième air, « Il mio tesoro », dans lequel Juan Diego Flórez impose un Don Ottavio plus viril qu’à l’accoutumée, avec un chant chargé de testostérone, un art du legato et une virtuosité sans faille.

Son Alessandro (Il re pastore) est de la même eau, quant à son Tamino élégant et racé, il est d’une irrésistible séduction. Notons au passage une prononciation de l’allemand tout à fait honorable. La partie s’achève avec un « Fuor del mar » ébouriffant. Le chanteur ayant choisi la version la plus complète, celle qui comporte de périlleuses vocalises qu’il exécute avec une technique irréprochable tout en se permettant le luxe d’y ajouter des ornementations.

La seconde partie contient des airs d’opéras qui témoigne de la volonté affichée par le ténor péruvien de faire évoluer son répertoire, sans pour autant renoncer à son compositeur de prédilection, Rossini, dont il propose une interprétation magnifique de l’air de Rodrigo « Che ascolto ? Ahimé » tiré d’Otello, toute en délicatesse et nostalgie dans la partie lente avec, dans la partie rapide, une aisance qui confirme que la voix n’a rien perdu de sa souplesse.  

Suivent deux extraits des Contes d’Hoffmann, un ouvrage que le chanteur s’apprête à aborder à l’Opéra de Monte Carlo prochainement, qui montrent un medium plus étoffé et un registre grave plus consistant qu'autrefois. Néanmoins la chanson de Kleinzach l'oblige à pousser parfois sa voix dans le registre aigu.

Avec Puccini, nous sommes bien loin du répertoire qui a fait la gloire de Juan Diego Flórez. Il n’en propose pas moins une « gelida manina » éblouissante, gorgée de soleil et couronnée par un contre-ut insolent de facilité.

C’est avec Verdi que s’achève le programme. Le Duc de Mantoue d’abord que le ténor a déjà à son répertoire et Oronte (Les Lombards ) dont la cavatine « La mia letizia infondere », subtilement phrasée, est suivie d’une cabalette chantée avec une facilité désarmante.

Le chef se montre tout aussi à son affaire dans ces divers répertoires comme en témoignent un prélude du dernier acte de La Traviata poignant et une méditation de Thaïs toute en délicatesse, rehaussée par le violon raffiné de François Sochard.

Les bis sont l'occasion pour le ténor de plaisanter avec le public afin de créer avec lui une plus grande complicité. Le premier est un clin d’œil à ce qui fut longtemps l’un de ses rôles fétiches, Tonio dans La Fille du régiment et les neuf contre-ut de « Pour mon âme » dont il ne fait qu’une bouchée, puis s’accompagnant lui-même à la guitare, il interprète deux chansons sud-américaines, dont l’incontournable « Cucurrucucú paloma » orné de sons filés dans l’aigu du plus bel effet, avant d’entamer avec tout l’orchestre un « Granada » retentissant.

 

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