Somptueux mais inégal

Récital Sonya Yoncheva, Marin Yonchev - Paris (TCE)

Par Christian Peter | ven 01 Juin 2018 | Imprimer

Trois jours après Montpellier, c’est au Théâtre des Champs-Élysées que Sonya Yoncheva propose au public parisien son récital consacré à Verdi, accompagnée par le même orchestre et le même chef. Si notre perception du concert concorde sur bien de points avec celle de notre confrère Maurice Salles, notre ressenti par rapport à la direction d’orchestre est plus mitigé. En début de soirée, l’ouverture des Vêpres siciliennes prise par Daniel Oren dans un tempo plutôt lent a paru brouillonne et la strette qui la conclut plus tonitruante que dramatique. Heureusement le chef se rattrape dès l’air d’entrée de la Leonora du Trouvère dans lequel il parvient à créer une atmosphère nocturne chargée de poésie et de mystère. Si l’ouverture tant de fois rabâchée de La Force du destin demeure sans surprise, celle, plus rarement jouée de Luisa Miller, tout en contraste, capte davantage l’attention tout comme le prélude mortifère du dernier acte de La Traviata qui met en valeur les cordes impeccables de l’Orchestre National de Montpellier Occitanie.

Très élégante dans une superbe robe en mousseline jaune pâle, Sonya Yoncheva subjugue d’emblée l’auditoire avec un « Tacea la notte placida » somptueux. Les couleurs chatoyantes du timbre, l’ampleur de la voix, le phrasé impeccable de la cantatrice font merveille dans cette page déclamée avec une noblesse chargée d’émotion. Dommage que la vocalise finale qui culmine habituellement sur un ut brillant destiné à mettre en valeur l’aigu des divas, soit expédiée en vitesse sans même dépasser le si. La cabalette avec ses notes piquées est négociée avec habileté. C’est dans les extraits d’ouvrages qu’elle a déjà interprétés sur la scène que la soprano bulgare se montre le plus à son aise, ainsi sa grande scène de Luisa Miller, rôle qu’elle a abordé avec succès au Metropolitan Opera en avril dernier, constitue l’un des sommets de la soirée tant l’adéquation du chant aux différents affects dramatiques du personnage est indéniable. Déchirante est la prière « Tu puniscimi o Signore » Tandis que « A brani o perfido » a des accents de révolte désespérés. Entre ces deux pages, le jeune Marin Yonchev, frère de la cantatrice, qui fait également partie de la tournée, chante un extrait des Lombards avec application et une manifeste volonté de bien faire  qui le rendent touchant en dépit d’une voix ténue à la projection limitée. On le retrouvera plus à son aise en fin de concert, soutenu par sa sœur, dans les deux duos de La Traviata. La première partie s’achève avec un « Pace mio Dio » qui laisse une impression mitigée. Est-il bien raisonnable pour une jeune cantatrice à la voix de lirico spinto de se confronter à la Leonora de La Force du destin écrite pour un authentique soprano dramatique ? Certes, il ne s’agit que d’un air mais celui-ci pousse la chanteuse aux limites de ses moyens dans l’aigu, notamment dans la dernière partie. De plus tout le monde attend le si pianissimo sur la phrase « In van la pace » mais Yoncheva qui – et c’est là son talon d’Achille – n’est pas à même de le donner, se réfugie dans un mezzo forte d’une justesse approximative.

En début de seconde partie, on retrouve l’écho de la magnifique Elisabeth de Don Carlos que Sonya Yoncheva a interprétée en début de saison à l’Opéra Bastille. Vêtue d’une robe plissée noire elle propose un « Toi qui sus le néant » de toute beauté dans lequel elle fait valoir de magnifiques graves aux accents callassiens mais la diction française laisse par moment à désirer. Le second air d’Odabella dans Attila « O nel fuggente nuvolo », moins exposé que son air d’entrée, permet à la soprano de mettre en valeur son superbe legato dans cette cantilène empreinte de nostalgie et constitue sans réserve un autre sommet de la soirée. C’est avec le duo de l’acte trois entre Violetta et Alfredo que s’achève le programme. En grande habituée du rôle, Yoncheva s’y montre particulièrement poignante. En bis, nous aurons droit à l’inusable « Libiamo » suivi d’une reprise de « Tacea la notte placida » accueillie par une ovation debout de la part du public qui n’a retenu de cet air que les passages les plus sublimes.

 

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