Comme la vérité sortant du puits …

La Traviata - Clermont-Ferrand

Par Roland Duclos | sam 19 Octobre 2013 | Imprimer
 
Comme la vérité sort du puits, La Traviata est sortie de la fosse d’Orchestre de l’Opéra de Clermont sous la conduite d’Amaury du Closel samedi 19 octobre. Une première au lendemain de l’inauguration de cette salle à l’italienne entièrement restaurée. Avec une capacité accrue côté fosse, le test acoustique était des plus attendus. Le rapport avec la scène et la salle se révèle plutôt flatteur et un orchestre — le Symphonique de Thessalonique en l’occurrence— peut s’affirmer sans faire écran aux solistes. Cette formation majoritairement composée de jeunes musiciens répond avec conviction et non sans enthousiasme aux injonctions du chef désormais familier de la saison lyrique clermontoise. Du Closel affiche une conception verdienne allant droit au but grâce à une rythmique rigoureuse au service d’une concision rhétorique ne négligeant aucun détail orchestral. On oublie la rectitude des cordes parfois sujettes à caution et les attaques que bouscule la ferveur de l’engagement dans les tutti. Et en dépit de quelques décalages avec le plateau, le travail du chef s’avère être plus que probant. Notamment de par sa vigilance de chaque instant pour être en phase avec les voix. Il sait au mieux tirer profit de l’enthousiasme de ses troupes qui, pour paraître un peu fougueuses, savent au moins rendre communicatif leur engagement. Une tendance largement partagée par le plateau vocal dans son ensemble.
La Violetta de Noriko Urata assure très honnêtement l’essentiel du rôle. C’est-à-dire la grâce de l’héroïne blessée, de la femme trahie dans sa quête d’un absolu amoureux. Médium souple et timbre non dénué de sensualité : la jeune soprano sait nous convaincre avec suffisamment de technique et d’émotion qu’elle a compris les enjeux stylistiques de son personnage. Mais côté éloquence virtuose, elle peine dans le haut du registre où elle court vainement après quelques aigus mal assumés. Les fameux contre-uts de la fin de l’acte I ont quelque peu tendance à s’étrangler et les « volate staccato » à s’épuiser en cours de route. Il eut été préférable que sa Violetta reste en adéquation avec ses capacités au lieu de vouloir passer en force en sortant de son ambitus et se faisant, s’exposer sans précaution. Et surtout inutilement. Pourtant Noriko Urata possède suffisamment de charisme vocal et de talent de tragédienne pour être crédible sans prétendre aux performances d’une « Donna di prima forza » souhaitée par Verdi.
 
En face d’elle, Xin Wang campe avec beaucoup d’assurance un Alfredo plein de mordant mais sans surdimensionnement héroïque ou affectations souvent déplacés dans ce rôle. L’instinct musical est là, porté par une légèreté et une aisance d’émission d’une belle tenue. Le profil vocal le plus en conformité avec les exigences verdiennes de son personnage revient sans doute au Germont de Pierre-Yves Pruvot. Baryton aux graves riches et charnus, il distingue chromatisme et accents propres à chaque scène, jouant avec élégance des demi-teintes et des nuances de dynamique. Comment oublier la juste émotion de la cabalette « No, non udrai » ? Enfin pour être bref, le rôle de Gaston n’en révèle pas moins la qualité de timbre et la vaillance d’un François Lilamand, ténor plus que prometteur.
En résumé une Traviata qui aligne de beaux tempéraments vocaux, portée qui plus est par une mise en scène intelligente et d’une impeccable rectitude dramatique. Pierre Thirion-Vallet structure à travers la verticalité de décors d’une radicale sobriété, l’implacable progression de la tragédie en devenir et à la fois accomplie. Car d’entrée la fête prend des allures de danse macabre assumée en annonçant la tragédie future comme un long flash-back : Violetta mourante regarde passer son double bientôt cerné de ses invités lugubrement maquillés. Elle revit alors les derniers épisodes de son existence depuis sa rencontre avec Alfredo. Ingénieux procédé dont la tension dramatique tient de bout en bout le spectateur en haleine.
 

 

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