Entre deux Quickly

Récital - Paris (Bastille)

Par Christian Peter | jeu 07 Mars 2013 | Imprimer
 
Entre deux représentations de Falstaff où elle triomphe actuellement en Mrs Quickly, Marie-Nicole Lemieux a offert au public de l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille un récital dont le programme à la fois original et ambitieux était axé sur des mélodies composées au tournant du vingtième siècle, que l’on a peu souvent l’occasion d’entendre au concert. Honneur aux femmes, en cette veille du 8 mars : la première partie fait une large place à la compositrice Alma Malher avec six des quatorze Lieder qu’elle a laissés à la postérité. Elève de Zemlinsky et fille d’un peintre de renom, Alma Schindler avait épousé Gustav Mahler en premières noces mais dans son œuvre, ce sont surtout les influences de Brahms et de Wagner que l’on peut déceler. Wagner dont l’influence est également perceptible dans les pages des trois autres musiciens de ce programme.
Très élégante dans une superbe robe bleu nuit ornementée de strass, Marie-Nicole Lemieux, visiblement amincie, s’avance nu pieds sur la scène. Entre deux fous rires, elle explique au public qu’elle a oublié ses chaussures à son hôtel avant d’attaquer sans transition « Die stille Stadt », avec une voix percutante qui emplit soudain tout l’amphithéâtre. Cueillie à froid, la cantatrice semble avoir du mal à contrôler ses grands moyens. De fait, elle donne de ces Lieder une interprétation « musclée » sans pour autant occulter les différents affects qu’elle est censée exprimer. Pourtant l’on aurait souhaité davantage d’abandon dans « Bei dir ist es traut » ou de mélancolie dans « Der Erkennende » dont l’aigu forte sur le mot « mein » sonne comme un cri. En revanche, les premiers vers de« Erntelied » mettent en valeur le somptueux registre grave de la contralto. Après avoir donné une bouleversante interprétation de l’adagio pour cordes de Guillaume Lekeu, le Quatuor Psophos se joint à Daniel Blumenthal pour conclure cette partie avec « La Chanson perpétuelle » d’Ernest Chausson, dans sa version pour voix, piano et quatuor à cordes, dont Marie Nicole Lemieux offre une vision extravertie qui culmine sur un aigu triomphant.
La seconde partie s’ouvre sur les superbes Sea Pictures d’Edward Elgar dont Janet Baker a gravé jadis une belle version avec orchestre, sous la direction de Sir John Barbirolli. Marie-Nicole Lemieux qui semble avoir retrouvé le contrôle de sa voix, en livre une interprétation à la fois sensible et nuancée, portée par l’accompagnement subtil de Daniel Blumenthal. On apprécie les délicates demi-teintes que la cantatrice propose dans « Sea slumber song », la mélancolie dont son timbre parvient à nimber l’élégiaque « In haven », la légèreté avec laquelle elle décrit le « Sabbath morning at sea », et la rondeur retrouvée de son aigu à la fin de « The swimmer ». Une grande réussite à laquelle contribue la complicité évidente qui unit depuis de nombreuse années la contralto à son pianiste.
Suivent trois mélodies de Guillaume Lekeu avec, pour deux d’entre elles, la participation de l’excellent Quatuor Psophos. Le climat mortifère de « Sur une tombe » contraste avec le rythme guilleret de « Ronde » : dans cette mélodie, qui n’est pas sans évoquer une comptine, la cantatrice parvient à alléger sa voix jusqu’à lui donner des sonorités enfantines. Enfin « Nocturne » avec ses couleurs crépusculaires, vient conclure en beauté cet excellent programme.
En bis, «L’ Heure exquise » précède une splendide « Invitation au voyage », l’un des chevaux de bataille de Marie-Nicole Lemieux qui décide ensuite de redonner le « Nocturne » de Lekeu, permettant ainsi au quatuor Psophos de partager avec elle et Daniel Blumenthal, l’ovation finale.
Ce concert est diffusé sur France Musique le jeudi 14 mars de 14h à 16h dans le cadre d'une journée spéciale Marie-Nicole Lemieux (plus d'informations).
 
 
 
 

 

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