Haut les chœurs !

Fidelio - Baugé

Par Catherine Jordy | mar 02 Août 2011 | Imprimer
Après une représentation vibrante de La Bohème, l’équipe du festival de Baugé rempile le lendemain avec Fidelio, dans un tout autre genre. Comme pour la veille, le parti pris de la mise en scène est classique : costumes d’époque aux couleurs chatoyantes harmonieusement équilibrées, chanteurs bien dirigés et expressifs, peu d’accessoires devant une toile peinte en noir et blanc représentant des briques évoquant un maillage ou des entraves : l’ambiance de la prison est très simplement mais efficacement rendue par la directrice artistique, Bernadette Grimmett, qui sait décidément recréer un univers avec trois fois rien. Curieuse idée, cependant, que de ne pas avoir de rideau et laisser voir tous les changements de scène s’opérer par des bénévoles qui démontent et remontent le décor à vue : ce qui pourrait casser le rythme et gâcher le spectacle ne fait que renforcer l’impression de convivialité et de proximité avec le public.
Un public qui ovationne une troupe d’artistes dont la ferveur enflamme l’auditoire pourtant soumis à rude épreuve. Mal à propos, la pluie perturbe le pique-nique dans les jardins du château mais sans faire de grands dommages : si quelques-uns se réfugient sous la tente, la plupart (vraisemblablement Anglais) savourent tranquillement leur champagne et dégustent les spécialités angevines sous les parapluies avec un flegme délicieux à contempler. Légèrement plus dérangeante, la pluie qui tambourine sur le toit du théâtre, sans concurrencer toutefois un volume sonore et une acoustique très favorables. Si l’orchestre commence par peiner à restituer la qualité symphonique et le liant de la partition ô combien complexe de Beethoven – la composition de la formation, une trentaine d’instruments, y est sans doute pour quelque chose – son chef, Philip Hesketh, parvient cependant à insuffler l’énergie et la sensibilité nécessaires à l’oeuvre.
La distribution vocale brille par sa jeunesse mais l’allemand est prononcé avec un fort accent britannique ce qui, on le concède, ne doit gêner que les germanophones, peu nombreux dans la salle. Susan Parkes campe une Leonore tout en intensité dramatique à qui il manque encore un peu de stabilité. Mario Sofroniou propose un Florestan herculéen (on ne peut s’empêcher de sourire quand il est question de « prisonnier cadavérique » dans le livret) au timbre raffiné et à la facilité apparente dans les passages les plus ardus. Christopher Adams interprète un Rocco sympathique qui s’acquitte honnêtement de sa tâche. Simon Thorpe nous emporte dans des colères mieux que convaincantes et Peter Brooke (dans un costume mi-Napoléon, mi-Nelson…) fait frémir dès son apparition de deus ex machina. Le charisme et la noblesse de ce personnage font regretter de ne pas pouvoir l’entendre plus afin de mieux apprécier l’étendue de ses talents. Pour compléter ce plateau vocal, la ravissante Sirkka Lampimäki compose une Marzelline adorable à la voix dont on a envie de dire qu’elle est jolie comme un cœur. Une bien belle surprise…
Et n’oublions pas les chœurs, remarquables, qui magnifient la soirée par leur homogénéité. Il s’agit des chœurs de l’opéra d’Angers, remerciés au moment de la fusion Angers Nantes, mais également de jeunes éléments prometteurs appelés à être solistes dans les productions à venir de Baugé. « O welche Lust » est simplement somptueux et le finale particulièrement exalté. Il fallait oser s’attaquer à une œuvre aussi difficile dans le contexte d’un festival aux moyens modestes : on ne peut que respecter le résultat…
 
 
 

 

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