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JONES & SCHMIDT, Les Fantasticks – Strasbourg

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Spectacle
17 novembre 2025
Le mur, le muet et la musique

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Les Fantasticks
Comédie musicale de Tom Jones & Harvey Schmidt
Livret et paroles de Tom Jones.
Musique de Harvey Schmidt
Inspiré de la pièce d’Edmond Rostand Les Romanesques.
Créée le 3 mai 1960 au Sullivan Street Playhouse de New York.
Adaptation française d’Alain Perroux.
Reprise.
Coréalisation avec le TJP CDN Strasbourg – Grand Est.

Détails

Mise en scène
Myriam Marzouki
Décors
Margaux Folléa
Costumes
Laure Mahéo
Lumières
Emmanuel Valette
Chorégraphie
Christine vom Scheidt

Luisa
Jessica Hopkins *
Matt
Artus Maël
El Gallo
Eduard Ferenczi Gurban *
Mme Hucklebee
Inès Prevet *
M. Bellomy
Pierre Romainville *
Le Muet
Quentin Ehret
Mortimer
Benoit Moreira Da Silva
Henry
Yann Del Puppo
Piano (en alternance)
Anaëlle Reitan *
Thibaut Trouche *
Harpe
Katia Vassor

 

* Opéra Studio de l’Opéra national du Rhin

Responsable musicale
Sandrine Abello

 

Strasbourg, TJP Grande Scène, vendredi 14 novembre 2025, 20h

On sait que le directeur de l’Opéra national du Rhin, Alain Perroux, est un grand amoureux du musical, qu’il célèbre d’ailleurs dans La Comédie musicale éditée chez l’Avant-Scène Opéra. On ne s’étonnera pas de revoir à l’affiche de la saison 25-26 The Fantasticks, déjà proposés en février 2024, en partenariat avec le Théâtre Jeune Public de Strasbourg, pour un spectacle qui avait alors rencontré un beau succès. C’est dans la version française adaptée par Alain Perroux lui-même d’après le livret de Tom Jones que le public est invité à découvrir ou revoir une œuvre curieusement méconnue en France. Pourtant, The Fantasticks détient le record de longévité de la pièce la plus longtemps à l’affiche à Broadway sans discontinuer, dans le même théâtre : 17162 représentations entre 1960 et 2002, avant qu’une hausse substantielle des loyers ne pousse le musical hors-ses-murs ; depuis 2004, la pièce est toujours au programme du même théâtre qui a pris le relais. Un succès qui ne manque pas d’attirer l’attention, d’autant que l’œuvre s’articule autour d’un simple piano accompagné d’une harpe, ainsi que cinq chanteurs, deux comédiens et un mime (chargé d’ailleurs de jouer, entre autres, le rôle d’un mur, la production ne s’encombrant pas d’accessoires superflus). En France, on ne connaît guère de cette œuvre qu’un seul air, surtout grâce à une célèbre publicité de café : le très mélancolique Try to remember. Pour ceux qui ont eu la curiosité d’aller découvrir le spectacle dans la Grande Scène du TJP Centre dramatique national, dans une configuration assez proche de celle de la production d’origine (200 places au lieu des 144 places initiales), il a été loisible de comprendre l’intérêt évident de l’œuvre tout en savourant la réussite de l’adaptation strasbourgeoise, tout à fait exquise et maîtrisée.

L’intrigue est familière et rappelle aussi bien Roméo et Juliette que Pyrame et Thisbé, les héros mythologiques qui se murmuraient des mots doux à travers les interstices d’un mur, pendant que leurs familles se détestent. En fait, c’est de la pièce Les Romanesques d’Edmond Rostand que l’histoire est inspirée. Parce qu’ils savent que les enfants font en général le contraire de ce qu’on leur demande, deux voisins ont l’idée de construire un mur séparant leur jardin respectif en feignant d’être brouillés. Évidemment, les deux jeunes gens vont tomber amoureux l’un de l’autre. Quelques péripéties plus tard, quand bien même ils se seront séparés après avoir découvert que leurs parents leur avaient menti, les deux tourtereaux vont convoler. Dans cette version mise en scène avec malice et brio, le tout mené tambour battant par Myriam Marzouki, les deux musiciens, le mime et le binôme de comédiens encadrent de jeunes chanteurs venus du monde lyrique, en l’occurrence les membres de l’Opéra Studio, ainsi qu’un tout jeune chanteur formé à la comédie musicale, tout ce petit monde brûle les planches et enchante le public. Curieusement, les quelques accessoires qui rappellent le théâtre de tréteaux minimaliste créent un univers très évocateur et foisonnant. La lune de carton et les confettis qui servent à évoquer la pluie, la neige et bien d’autres éléments encore suffisent à distiller un intense sentiment de poésie. Par ailleurs, l’impression de maîtrise, de travail intense des différents protagonistes et le professionnalisme à la Broadway qui se dégage de cette production achèvent de conquérir l’auditoire.

© Klara Beck

On saluera d’abord la performance de Jessica Hopkins dans le rôle de Luisa. La jeune soprano britannique n’a pas les seize ans du rôle, mais elle parvient à nous persuader de sa jeunesse, de sa fraîcheur tout comme de sa force de caractère. Le timbre est fruité, la technique déjà très mûre. On se réjouit en avance de la découvrir dans deux autres programmes à venir cette année (Les Mamelles de Tirésias et Les Noces de Figaro). En attendant, c’est son apparente facilité à se fondre dans l’univers de la comédie musicale qui étonne, avant d’apprendre qu’elle a été formée à cette technique très tôt. Elle qui vient d’arriver à Strasbourg se débrouille mieux que bien dans sa nouvelle langue d’adoption. Auréolé d’un superbe accent, son français est merveilleusement bien prononcé et l’on comprend tout ce qu’elle dit. Face à elle, Artus Maël incarne avec justesse et évidence le personnage de Matt, tout juste 19 ans, ce qui est exactement l’âge de ce très jeune comédien, déjà parfaitement rompu aux arts de la scène : chant, danse et diction, le tout avec grâce et élégance. Si la voix n’est pas toujours exactement posée, les moments où il est au diapason avec sa partenaire n’en sont que plus harmonieux et jouissifs. On est curieux d’assister à la suite de la carrière de ce jeune prodige. En mère manipulatrice mais bienveillante, Inès Prevet fait merveille. La mezzo est dotée d’une belle technique et d’une énergie qui fait plaisir à voir. Le ténor belge Pierre Romainville lui tient tête avec bonhomie et parvient à habiter son rôle avec panache. En bandit enjôleur et vaguement blasé, le baryton roumano-hongrois Eduard Ferenczi Gurban charme d’emblée son auditoire avec son « Souvenir tendre » (Try to remember) de sa voix agréablement posée magnifiée par un charisme nonchalant. Les deux comédiens, Benoit Moreira Da Silva et Yann Del Puppo, sont irrésistibles, notamment dans leur tirade reprise de Cyrano avec quelques couacs (Alain Perroux a choisi ce petit clin d’œil à Rostand plutôt que de reprendre les vers de Shakespeare de l’original). Mais, par-dessus tout, il faut louer la performance de Quentin Ehret, merveilleux comédien et idéal Muet. Quelque part entre le Strasbourgeois Mime Marceau, le célébrissime comédien allemand Heinz Rühmann avec lequel il partage une ressemblance physique troublante ou un Harry Langdon poétique et lunaire, le comédien formé à l’École du Théâtre national de Strasbourg est l’un des ajouts majeurs du spectacle où il est omniprésent, à la fois accessoire (entre autres le mur déjà cité), accessoiriste et observateur silencieux et mutique, mais qui n’en pense pas moins. Pianiste et harpiste sont sollicités sans cesse pendant deux longues heures (pour eux), donnant parfois la sensation d’être un orchestre à eux deux. La musique entraînante et séduisante d’Harvey Schmidt consolide le tout.

Le spectacle, conçu pour tous publics, mais également réduit à un format d’une heure pour les scolaires, est formaté pour être facilement repris sur différentes scènes. Il sera d’ailleurs notamment repris à Genève, le théâtre dont Alain Perroux va très bientôt être le directeur. En attendant, on ne peut qu’encourager le public à aller découvrir seuls, entre adultes ou en familles ce somptueux bijou, magnifique réussite où toutes les planètes semblent s’être parfaitement alignées pour cette formidable comédie musicale de poche.

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❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
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❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Les Fantasticks
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Musique de Harvey Schmidt
Inspiré de la pièce d’Edmond Rostand Les Romanesques.
Créée le 3 mai 1960 au Sullivan Street Playhouse de New York.
Adaptation française d’Alain Perroux.
Reprise.
Coréalisation avec le TJP CDN Strasbourg – Grand Est.

Détails

Mise en scène
Myriam Marzouki
Décors
Margaux Folléa
Costumes
Laure Mahéo
Lumières
Emmanuel Valette
Chorégraphie
Christine vom Scheidt

Luisa
Jessica Hopkins *
Matt
Artus Maël
El Gallo
Eduard Ferenczi Gurban *
Mme Hucklebee
Inès Prevet *
M. Bellomy
Pierre Romainville *
Le Muet
Quentin Ehret
Mortimer
Benoit Moreira Da Silva
Henry
Yann Del Puppo
Piano (en alternance)
Anaëlle Reitan *
Thibaut Trouche *
Harpe
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