Les Aztèques, c’est le Pérou !

The Indian Queen - Poissy

Par Jean-Marcel Humbert | jeu 31 Mars 2011 | Imprimer
Selon une mode qui semble se répandre de plus en plus, Paul Agnew présente le spectacle avec verve et une délicieuse pointe d’accent anglais : « Ce n’est pas un concert, mais rassurez-vous, ce n’est pas non plus un opéra (rires dans la salle). Il s’agissait à l’origine d’une musique de scène pour une pièce de théâtre. Mais sans la pièce, la musique est incompréhensible. Et malheureusement, la pièce de théâtre est tout aussi incompréhensible. nous avons donc décidé de réécrire un texte moderne, avec un présentateur qui raconte l’action et la musique. » Ainsi se définit le « semi-opéra », selon la formule créée par Roger North, contemporain de Purcell. Purcell dont il s’agit de la troisième œuvre d’un genre que les Arts Florissants ont déjà bien exploré avec King Arthur et The Fairy Queen.
Le livret est basé sur la rencontre aussi agitée qu’improbable entre Aztèques et Incas que, pour les besoins de l’action, l’auteur a faits voisins. Zempoala, reine des Aztèques, est amoureuse du général inca Montezuma : un magicien, une vision, un sacrifice humain, une reine qui se trucide et un mariage d’amour, on ne s’ennuie pas chez les précolombiens. Dans la fort belle salle 1935 de l’hôtel de ville de Poissy, à l’acoustique parfaite, Raphaëlle Saudinos a concocté une mise en espace dynamique entre fauteuil blanc et tapis rond rouge brique. L’actrice, qui a présenté à Avignon une adaptation de Carmen remarquée, interprète (voix parlée) la reine malheureuse sur un texte modernisé et distancié juste ce qu’il faut, un peu genre pastiche des « Feux de l’amour », ce qui détend l’atmosphère par rapport à l’effroyable tragédie qui se déroule… Elle a l’autorité nécessaire pour réussir un exercice difficile : susciter l’intérêt et retenir l’attention. Bien sûr, elle emploie des effets évoquant quelque peu l’art de Sarah Bernhardt, mais peut-être doit-il en être ainsi.
Les jeunes chanteurs des Arts Florissants sont tous excellents. Callum Thorpe, basse aux belles sonorités, est particulièrement présent. Les deux sopranos Emmanuelle De Negri et Katherine Watson ont de très jolies voix, parfaitement adaptées à leur emploi, et les deux ténors, Sean Clayton et Nicolas Watts ne déméritent en rien. Les chœurs sont tout à fait excellents, et la direction de Paul Agnew, à la fois nerveuse et précise, met bien en valeur les voix et les belles sonorités de l’orchestre des Arts Florissants, dont la qualité n’est plus à vanter. Un concert-spectacle à la fois agréable et bien mené, qui sait ménager de très jolis moments.
Jean-Marcel Humbert

 

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