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MAHLER, Lieder eines fahrenden Gesellen – Colmar

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Spectacle
7 juillet 2024
Mahler en excellente compagnie

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Détails

Richard Wagner
Lohengrin : Prélude du premier acte

Gustav Mahler
Lieder eines fahrenden Gesellen

César Franck
Symphonie en ré mineur

 

Stéphane Degout, baryton

Orchestre symphonique de la Monnaie

Direction musicale
Alain Altinoglu

 

Colmar, Festival international de Colmar, 5 juillet 2024, Eglise Saint Matthieu, 20h30

 

 

 

Après avoir pris les rênes du Festival international de Colmar l’an passé, Alain Altinoglu y a invité ses musiciens de l’Orchestre symphonique de la Monnaie. Le concert inaugural (1), centré sur les Lieder eines fahrenden Gesellen de Mahler, est introduit par le prélude de Lohengrin, et s’achève sur la symphonie en ré mineur de César Franck, que les musiciens d’Outre-Quiévrain ont dans leurs gênes. Le chef, qui l’affectionne tout particulièrement, vient de l’enregistrer avec son autre orchestre, celui de la Radio de Francfort. C’est donc sous le signe du romantisme, pleinement épanoui, puis tardif, que se place ce concert.

Le prélude du premier acte de Lohengrin, d’une plénitude et d’un frémissement rares, n’appelle que des éloges. L’orchestre est fusionnel, aux cordes aériennes, transparentes, lyriques, avec des bois et des cuivres somptueux. La progression-amplification est conduite avec maestria, pour atteindre au grandiose et s’épuiser tout aussi remarquablement. Une leçon de direction, dont les appuis autorisent des valeurs pointées d’une précision enviable.

Stéphane Degout, après une saison des plus riches, termine par ce cycle, subjectif, douloureux (2), qui correspond à une expérience passionnée, dont il est l’expression artistique (écrivait en substance Bruno Walter). Dès l’introduction orchestrale du premier lied, « Wenn mein Schatz Hochzeit macht » [Quand ma bien-aimée aura ses noces], avec ses gruppetti caractéristiques, on est saisi, et jamais l’attention ne se relâchera. On ne présente plus notre grand baryton, tant il nous a habitués à l’excellence. La tenue vocale, la beauté du timbre, la générosité de l’émission, le soutien de la ligne sont au service d’un texte habité. Chaque mot, chaque membre de phrase trouvent tout leur sens, sans ostentation, et l’émotion est au rendez-vous. On oublie que seul le texte du premier vient du recueil collecté par Brentano et Von Arnim (des Knaben Wunderhorn) et que le troisième s’éloigne de ce registre populaire cher aux romantiques, tant l’unité du cycle est profonde. « Ich hab’ ein glühender Messer » [J’ai un couteau à la lame brûlante], désespéré [« O weh ! »], profondément dramatique, avec l’évocation du regard, de la chevelure de la fiancée pour seule rémission, nous est aussi douloureux que le meurtre de Marie par Wozzeck. Il était déjà question des deux yeux bleus. Nous les retrouvons dans l’ultime lied du cycle [« Die zwei blauen Augen von meinem Schatz »], intense et résigné. Le concert a été enregistré par Arte, et il faudra en surveiller la diffusion pour revivre ces moments exceptionnels.

Un généreux bis répond aux rappels insistants d’un public enthousiaste : « Zu Straßburg auf der Schanz » (Sur les remparts de Strasbourg) du Knaben Wundernhorn (3). L’introduction de clarinette est déjà un régal. L’accablement du jeune soldat en marche vers l’échafaud, pour un crime non précisé, est inexorable, puissant, émouvant, il pourrait être un résumé de l’art de Mahler. Ce soir, Stéphane Degout nous en offre une lecture ardente, en parfaite cohérence avec les quatre précédents lieder.

Bien que quasi contemporains, des années 1880, le cycle de Mahler et la symphonie de César Franck relèvent de deux esthétiques différentes. Le premier hérite de la tradition viennoise, chambriste, schubertienne, alors que la seconde s’inscrit dans la mouvance lisztéenne, germanique. A la sensibilité exacerbée, délicate, fragile, douloureuse comme forte, succède le flamboiement d’une œuvre plus puissante que jamais, tourmentée, drue, massive. En effet, loin des convenances parfois paresseuses, à l’opposé de la belle prestation de Louis Langrée (avec les musiciens de Liège), distanciée, objective, Alain Altinoglu a choisi de lui restituer sa sève, sa lumière, son énergie, quitte à oublier parfois le « non troppo » des tempi. Jamais la dynamique ne se démentira, avec la versatilité des mouvements voulue par Franck, et jamais l’ennui ne trouvera place. Nous sommes emportés par le souffle d’un romantisme authentique, fiévreux, exalté, lyrique, paroxystique, bien loin des lectures édulcorées. La pâte sonore est somptueuse et la phalange bruxelloise se situe au plus haut niveau, qu’il s’agisse des soli (le cor anglais du début de l’allegretto) ou des tutti fiévreux, exaltés. La virtuosité de l’ensemble est rare, avec une précision millimétrée des incises, la plus large palette de nuances (Franck l’élargit du triple piano au triple forte), une écoute mutuelle et une conduite des lignes qui forcent l’admiration. Un seul organe chante, gémit, se déchaine jusqu’au triomphe jubilatoire de la coda finale. Du beau travail, construit, cohérent, dont le flux est constant, comme la vie.

(1) Cette soirée d’ouverture est dédiée à Hubert Niess et à Marianna Chelkova, le premier, disparu en avril dernier, avait œuvré plusieurs décennies au rayonnement de Colmar, et au Festival, qu’il avait dirigé jusqu’en 2020. Marianna Chelkova, sa compagne disparue, était un des pivots du Festival, et contribuait à son rayonnement international. 
(2) « Lieb und Leid » [Amour et peine] chante le compagnon errant dans le dernier lied, ce sont bien là les deux composantes psychologiques et littéraires qui ont présidé au recueil. 
(3) Lieder und Gesänge, Vol.3 n°1

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Colmar, Festival international de Colmar, 5 juillet 2024, Eglise Saint Matthieu, 20h30

 

 

 

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