Scène de violence conjugale

Otello - Berlin

Par Thierry Bonal | sam 09 Novembre 2013 | Imprimer
 
Avec son entrée orchestrale fracassante et ses puissants chœurs, le ton de cet Otello berlinois est donné dès les premières mesures. Dans la mise en scène d’Andreas Kriegenburg, l’importance du chœur est accentuée par son installation verticale et permanente au sein d'alvéoles figurant des lits superposés sur huit niveaux et conférant à la scène des allures carcérales. Oppression, tension et concentration sont ainsi palpables et forment un écrin visuel au drame conjugal qui se joue. Nul besoin d’autres effets scéniques pour camper le décor de ce complot autour du thème de la jalousie — morbide et perverse pour Iago, envieux des honneurs rendus aux autres, maladive et colérique pour Otello, soupçonnant injustement son épouse d’infidélité. Pourtant le metteur en scène ne résiste pas aux sirènes de la surabondance en incorporant des figurants qui affectent des pauses ou bien gesticulent sans raison.
Cette relative simplicité scénique est de nature à faire ressortir le jeu des personnages dont l’expressivité lyrique tendue à l’extrême est renforcée par les éclats — parfois proches de la stridence — de l’orchestre du Deutsche Oper mené sans ménagement par Donald Runnicles.
 
 
Projeté dans la tourmente sonore, le couple formé par José Cura (Otello) et Barbara Frittoli (Desdemone) s'avère du meilleur niveau. José Cura allie la vaillance vocale à la justesse du jeu. Son personnage impulsif et sanguin est d’autant plus crédible que le deus ex machina Iago (l’excellent Marco Vratogna qui allie une voix puissante et sombre au physique de l'emploi) se montre froid et calculateur. Barbara Frittoli est désarmante de simplicité et de pureté dans les scènes d’alcôve. Sa voix ductile à souhait s’enfle à l’envi ou se réduit à un clair filet notamment pour son « Ave maria » qui marque une pause bienvenue dans le tumulte instrumental ambiant.
En revanche Matthew Newlin peine à incarner un Cassio de poids. Son émission trop serrée ne lui permet pas de s’imposer ni de donner de l’importance à son personnage. A bien des égards les autres rôles que sont Rodrigo, Lodovico ou Montano (Clements Bieber, Ben Wager et Seth Carico) le surpassent.Bien qu’anecdotique l’intervention de Katarina Bradic en Emilia est remarquée en raison d'un timbre sombre et sonore.
 

 

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