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Scène Émergente – Orange (Chorégies)

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Spectacle
15 juillet 2023
Sous les étoiles

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

 

 

Détails

PROGRAMME

Mozart, La finta Semplice, « Che scompiglio, che flagello » air de Giacinta (Floriane Hasler)

Haendel, Serse, « Frondi tenere…Ombra mai fu » (Rémy Brès-Feuillet)

Haendel, Giulio Cesare, « Più amabile belta », duo Giulio Cesare – Cleopatra (Emy Gazeilles-Rémy Brès-Feuillet)

Schubert, Impromptu op.90 n.3 (Maximilien Celles)

Verdi La traviata ,« È strano… Sempre libera » air de Violetta (Emy Gazeilles)

Rossini,  L’italiana in Algeri, « Cruda sorte » air d’Isabella (Floriane Hasler)

Haendel, Rinaldo, « Venti turbini prestate » air de Rinaldo (Rémy Bres-Feuillet)

Paladilhe, « Au bord de l’eau » (duo Emy Gazeilles – Floriane Hasler)

Massenet, Werther, « Va, laisse couler mes larmes », air de Charlotte (Floriane Hasler)

Gounod, Faust, « Ah! je ris de me voir si belle en ce miroir » air de Marguerite (Emy Gazeilles)

Weill, « Je ne t’aime pas » Chanson (Rémy Brès-Feuillet)

Traditionnel, Chanson provençale (Emy Gazeilles)

Bizet, L’Arlésienne La farandole (Kira Parfeevets, Paulin Reynard)

Saint-Saëns, El Desdichado (Boléro), Chanson espagnole (Floriane Hasler, Emy Gazeilles, Rémy Brès-Feuillet)

Emy Gazeilles, soprano

Floriane Hasler, mezzo-soprano

Rémy Brès-Feuillet, contre-ténor

Maximilien Celles, piano

Kira Parfeevets, piano

Paulin Reynard, flûte et tambourin

Théâtre des Princes, Orange, jeudi 13 juillet 2023, à 21h

 

« Débuter n’est pas un défaut ». On connait désormais ce leitmotiv de Jean-Louis Grinda, emprunté d’ailleurs à son père, qui a motivé la création de cette Scène Emergente, partie intégrante désormais des Chorégies d’Orange qui ouvrent la voie aux jeunes voix. En ce jeudi soir, le théâtre des Princes accueillait trois jeunes chanteurs dans un programme qui ne craint pas la transversalité temporelle, visitant les répertoires du 18e au 20e siècle. La soprano Emy Gazeilles est une habituée des Chorégies, de Pop the Opera en 2017 aux deux dernières éditions de Musique en fêtes. La mezzo-soprano Floriane Hasler, a été distinguée d’un quatrième prix au concours Reine Élisabeth et débutait hier soir aux Chorégies, tout comme le contre-ténor Rémy Brès-Feuillet lequel renoue avec la tradition de l’école anglaise, où à la pyrotechnie vocale, il privilégie le style et les nuances.

Ne craignant pas la comparaison, ce dernier ouvre d’ailleurs audacieusement le programme par le célèbre « Ombra mai fu », dans lequel se sont illustrés de nombreux contre-ténors. Le jeune artiste se sort toutefois avec brio de ce qui aurait pu avoir des allures de piège, en nous livrant une interprétation habitée, chaque phrasé, legati et crescendi, distillés dans un chant pur débarrassé de toute fioriture inutile. Dans « Venti turbini prestate » de Rinaldo, Rémy Brès-Feuillet fait montre d’une grande aisance dans les vocalises périlleuses de cet air. Ses trilles sont délicats et son chant d’une grande sobriété. Le chanteur possède un timbre rare et une vocalité de contraltiste qui lui permet de distiller dans son chant une riche palette de couleurs tant dans le registre aigu que dans le grave, d’une belle intensité. La flexibilité de la voix lui permet également d’épouser avec talent d’autres répertoires. Ainsi, dans la chanson intimiste « Je ne t’aime pas » de Kurt Weill, il cultive l’art consommé du dire, tant chanté que parlé et se distingue comme un fin mélodiste. Dans la fragilité et la retenue, le chanteur s’abandonne aux mots auxquels il confère tout le relief voulu et dont le raffinement donne ici une parure subtile et bouleversante à une étreinte fulgurante qui se meut en rupture brutale. Rémy Brès-Feuillet est un interprète rare, et il convient de le suivre de près dans l’avenir.

Lors de la finale du Concours Reine Elisabeth nous avions été impressionnés par la voix de la mezzo-soprano Floriane Hasler. Ce que nous avons pu entendre sur la Scène Émergente confirme cette première impression d’écoute. D’emblée, dès son premier air « Che scompiglio, che flagello » de La Finta Semplice, on est interpellé par la maturité de l’artiste. Son charisme, sa posture lui permettent autant d’incarner que de chanter ses personnages d’un soir. De sa voix au timbre rond, chaleureux et homogène, aux beaux graves profonds, elle excelle dans « Cruda sorte » d’Isabella de L’Italienne à Alger. Elle est ici magnifique d’expressivité et de legato. Loin d’un exercice de style destiné à se mettre en avant, la jeune artiste semble n’avoir comme seul dessein que de restituer la vérité d’un personnage au plus près de l’essence de l’œuvre. Tragédienne et comédienne, elle donne corps, avec maestria, aux émotions contrastées d’Isabella. De même, dans l’air de Charlotte « Va, laisse couler mes larmes » de Werther, elle exalte une infinie mélancolie dans un halo de lumière. Le registre en clair-obscur lui sied à merveille. Timbre chaud et exalté, voix ambrée, elle est bouleversante dans cet aveu que sa voix porte bien au-delà des mots et des notes dans une émotion pure et authentique. Floriane Hasler est une jeune artiste qu’il conviendra de ne pas lâcher du regard tant elle est prometteuse.

Quant à la régionale de l’étape, comme l’a rappelé Jean-Louis Grinda en préambule du spectacle, Emy Gazeilles, elle avait manifestement avec elle l’ardent soutien de la salle, les Avignonnais s’étant mobilisés en masse pour l’applaudir. Nous avions pu remarquer ses qualités vocales en Gilda dans le duo avec Diego Godoy en duc de Mantoue dans le dernier Musiques en fête. Ici, dans le duo de Giulio Cesare, elle distille le juste dosage entre élégance et virtuosité, servi par un legato soigné. En outre, une délicate connivence est particulièrement palpable entre la jeune soprano et Rémy Brès-Feuillet, avec cette complémentarité idéale d’un soprano aérien et d’un contre-ténor tout en intériorité, aux timbres suffisamment différenciés, pour donner pleinement vie et crédibilité au couple Cléopâtre/César. Emy Gazelles se distingue aussi dans un registre plus léger qui se marie bien avec son profil de colorature, tant en solo dans une chanson traditionnelle du répertoire provençal, qu’en duo avec Floriane Hasler dans « Au bord de l’eau » de Paladhile, et en trio dans « Chanson Espagnole » de Camille Saint-Saëns. En revanche, on sera plus réservé sur son interprétation de « E strano…Sempre libera » de La Traviata et de l’air de Marguerite de Faust. La démonstration vocale et les aigus, appuyés et amplifiés ne suffisent pas. Pour incarner Violetta, il faut savoir en effet restituer le vécu frivole du personnage mais aussi donner corps à un cœur à l’agonie. Et il manque ici l’amplitude, la maturité, une profondeur dans la caractérisation nécessaire pour habiter pleinement le personnage. Même dans sa désinvolture apparente, Violetta ne minaude pas, elle porte en elle une fêlure, une douleur dite avec l’âme. De même Marguerite est une personnage plus profond qu’il n’y paraît, et qui avant même l’air des bijoux exprime dans la ballade du Roi de Thulé tout le mystère des légendes nordiques. Les qualités vocales de la chanteuse sont évidentes. Mais sa tessiture de colorature léger se prêterait davantage au répertoire mozartien (Despina de Cosi Fan Tutte par exemple), d’Offenbach, de Messager ou même d’Hervé qui a écrit de sublimes partitions pour de vraies voix d’Opéra. Emy Gazeilles en a l’étoffe et le talent.

La pianiste Kira Parfeevets qui accompagne les jeunes artistes dans un style enlevé et nerveux sait à l’évidence épouser les articulations, les touchers, les phrasés pour s’accorder au chant et à l’esprit de chaque pièce. Elle s’associe également avec efficacité à la flûte et au tambourin de Paulin Reynard, Directeur de production aux Chorégies d’Orange et par ailleurs excellent musicien, dans une adaptation inspirée de l’Arlésienne de Bizet. On soulignera également l’Impromptu de Schubert par le très prometteur jeune Maximilien Celles qui, à l’âge de 16 ans, fait déjà preuve d’une grande maturité et d’une certaine assurance d’ailleurs, puisque que c’est suite à un courrier adressé aux Chorégies pour participer à Musiques en Fêtes, qu’il a été retenu in fine pour la Scène Émergente !

Les rives de la jeunesse sont salvatrices, elles nous poussent toujours et encore à la découverte, c’est sans doute pourquoi on court avec bonheur, en l’occurrence ici à Orange, vers ces parenthèses musicales privilégiées qui nous amènent sous les étoiles exactement.

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Mozart, La finta Semplice, « Che scompiglio, che flagello » air de Giacinta (Floriane Hasler)

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Haendel, Giulio Cesare, « Più amabile belta », duo Giulio Cesare – Cleopatra (Emy Gazeilles-Rémy Brès-Feuillet)

Schubert, Impromptu op.90 n.3 (Maximilien Celles)

Verdi La traviata ,« È strano… Sempre libera » air de Violetta (Emy Gazeilles)

Rossini,  L’italiana in Algeri, « Cruda sorte » air d’Isabella (Floriane Hasler)

Haendel, Rinaldo, « Venti turbini prestate » air de Rinaldo (Rémy Bres-Feuillet)

Paladilhe, « Au bord de l’eau » (duo Emy Gazeilles – Floriane Hasler)

Massenet, Werther, « Va, laisse couler mes larmes », air de Charlotte (Floriane Hasler)

Gounod, Faust, « Ah! je ris de me voir si belle en ce miroir » air de Marguerite (Emy Gazeilles)

Weill, « Je ne t’aime pas » Chanson (Rémy Brès-Feuillet)

Traditionnel, Chanson provençale (Emy Gazeilles)

Bizet, L’Arlésienne La farandole (Kira Parfeevets, Paulin Reynard)

Saint-Saëns, El Desdichado (Boléro), Chanson espagnole (Floriane Hasler, Emy Gazeilles, Rémy Brès-Feuillet)

Emy Gazeilles, soprano

Floriane Hasler, mezzo-soprano

Rémy Brès-Feuillet, contre-ténor

Maximilien Celles, piano

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Théâtre des Princes, Orange, jeudi 13 juillet 2023, à 21h

 

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