Un peu chiche pour Aix

L'Enfant et les sortilèges - Aix-en-Provence

Par Christophe Rizoud | dim 08 Juillet 2012 | Imprimer
 
C'est la crise, on le dit, on le sait, on le sent, mais est-ce une raison pour représenter L'Enfant et les sortilèges dans une version de chambre alors que la fantaisie lyrique de Maurice Ravel n'avait encore jamais figuré à l'affiche du Festival d'Aix-en-Provence. Il nous semble que pour une première fois ce joyau du répertoire français aurait mérité davantage d'apparat. Non que la réduction pour piano à quatre mains, flûte et violoncelle réalisée par Didier Puntos soit indigne. Au contraire, on ne peut qu'admirer la maîtrise avec laquelle le pianiste et compositeur a transcrit en peu d'instruments l'éloquence orchestrale de la partition. Comme en 2007, date à laquelle on avait découvert au Théâtre de l'Athénee à Paris cette version miniature de L'Enfant et les sortilèges, on continue d'apprécier l'habileté avec laquelle a été préservée, par une combinaison de sonorités inhabituelles, la magie de l’écriture ravélienne. On reste surpris par la manière dont la scansion du piano, la grâce de la flûte et la chaleur du violoncelle, toutes ensemble mêlées, parviennent à restituer la palette de sentiments qui agitent l’œuvre : nostalgie, humour, tendresse, ironie, sarcasme, etc. Le tout au détriment, malheureusement, de la continuité du propos et de la mélodie dont Ravel disait (le programme généreusement distribué à tous les spectateurs le rappelle) : « C'est chez moi un parti-pris ».
Une frustration donc que, dans un tel contexte, le dispositif scénique imaginé par Arnaud Meunier ne parvient pas à compenser. La faute à l'éclairage qui, pour assurer la transition entre tous les numéros, est volontairement sombre, avec pour conséquence un passage de la chambre au jardin difficile à percevoir. La transposition de l'action d'un salon bourgeois vers un grenier « où sont entassés des objets comme autant de traces de l'enfance » réussit son effet. Le parti-pris esthétique inspiré à la fois de l'univers de Tim Burton et du carnaval haïtien est affaire de goût. Peu certain en revanche que tous les numéros soient lisibles pour qui ne connaît pas le livret de Colette et contestable enfin le choix de représenter l'Enfant complice plus que victime des sortilèges.
 
Un tel choix n'est pas pour disconvenir à Chloe Briot, qui interprète le rôle-titre. La silhouette est idéale, la prononciation irréprochable, le chant possède une douceur qui s'accomplit dans la poésie de « Toi, le cœur de rose » (envers et contre une spectatrice crachant, toussant et mouchant tout au long de l'air). Un tel Enfant ne peut être vraiment méchant. Quand il lui faut montrer son visage le plus odieux, il force sa nature et préfère se réfugier dans un parlando (« ça m'est égal ») qui allège le portrait au risque de l'affadir. Autour de la jeune chanteuse française a été réunie une distribution qui brille également par sa jeunesse. Comme à chaque fois que plusieurs rôles sont confiés à un même interprète, on note que le résultat n'est pas toujours égal. A chacun ses affinités vocales et théâtrales. Eve-Maud Hubeaux est une Maman d'une présence incontestable quand sa Tasse chinoise et surtout sa Libellule en imposent moins. Guillaume Andrieux est mieux sans chemise (le Chat) que sans pantalon (l'Horloge dont le baryton peine à épouser le débit affolé). Les gémissements du Chêne flattent le timbre de Jean-Gabriel Saint-Martin, son Fauteuil marque moins. Ainsi de suite, en fonction également de ses propres préférences. Comment par exemple ne pas retenir, avant la Chauve-souris et la Pastourelle, la Princesse de Clemence Tilquin. Son air avec ses arpèges chatoyants est le plus lyrique de la partition.
D'autant que de lyrisme, il sera peu question, la version de Didier Puntos n'autorisant pas, on l'a compris, l'épanchement sonore et l'effusion des timbres. A défaut, les quatre instrumentistes - Anne-Lise Teruel à la flûte, William Imbert au violoncelle, Michalis Boliakis et Didier Puntos, lui-même, au piano à quatre mains - s'emploient à respecter, non sans mal parfois, le rythme implacable imposé par la partition.

Version recommandée
Ravel: L’Enfant Et Les Sortilèges; L’Heure Espagnole | Compositeurs Divers par R.T.F. National Orchestre
 

 

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