Une comédie musicale pleine de langages

West Side Story - Paris (Châtelet)

Par Sylvain Angonin | mer 21 Novembre 2012 | Imprimer
 
Le Théâtre du Châtelet accueille une nouvelle fois West Side Story, un grand classique de la comédie musicale qui n'a pas pris une ride. L'intelligence de la combinaison musique, chant et danse justifie son succès. Quel beau projet que celui de Jerome Robbins qui voulait que tous les langages du corps humains servent un sujet universel.Le corps d'ailleurs se taille la part du lion. Gracieux, synchronisés, énergiques, les ballets, chorégraphiés par Joey Mckneely, restent des moments forts du spectacle. Les mouvements sont précis dans les moindres détails : tension dans les doigts, chevilles cassée vers l'intérieur de la jambe, ou encore pieds tendus y compris dans les situations les plus périlleuses. Investis dans leur personnage, les danseurs manifestent de réelles qualités théâtrales. Les regards se croisent, les corps communiquent et les intentions qui s'en dégagent inondent la salle.
En symbiose avec le plateau virevoltant, la musique de Leonard Bernstein résonne sous la direction de Donald Chan. Celui qui a dirigé le plus grand nombre de représentations de West Side Story depuis sa création s'avère méticuleux, soulignant le sens profond de chaque note ainsi que les subtilités d'une partition luxuriante aux influences musicales variées. La distribution réunie pour l'occasion est de haut vol. Andy Jones est un Riff convaincant, provocant et sobre. Pepe Munoz dans le rôle de Bernado, ne manque pas de séduire, bien au contraire. Remportant un succès bien mérité, Yanira Marin campe une Anita proche de l'idéal. Son timbre charnu est au service d'une incarnation multiple: de la femme enjouée à la femme déchirée. Elena Sancho Pereg se révèle particulièrement touchante en Maria. Criante de vérité par la pureté et l'innocence qu'elle dégage, elle excelle aussi sur le plan vocal avec des aigus brillants et des graves bien nourris. On ne peut pas en dire autant de Liam Tobin qui en Tony, ne semble pas très à l'aise. Bien qu'il veuille totalement investir le rôle, son jeu reste maladroit et sa voix peine à être contrôlée : on a frôlé l'accident sur le final de « Maria ». Heureusement, la vigilance accrue du chanteur fait oublier cet épisode fâcheux.
 
La scénographie épurée se compose des deux fameuses structures métalliques qui représentent les escaliers extérieurs des immeubles de l'Upper West Side new-yorkais. Conçus par Paul Gallis, ils se déplacent en toute fluidité sur le plateau selon les séquences. Afin de renforcer l'action et les sentiments des personnages, un écran en fond de scène projette des ambiances lumineuses ainsi que quelques photos en noir et blanc représentant le cœur de New-York. La dernière photo qui montre le lieu où est mort Tony s'anime par un travelling arrière ce qui ajoute du relief à l'espace scénique. Une ultime vision avant cette nouvelle fin tragique qui est celle du chef posant sa baguette et du public applaudissant : c'est déjà fini.
 

 

VOUS AIMEZ NOUS LIRE…

… vous pouvez nous épauler. Depuis sa création en 1999, forumopera.com est un magazine en ligne gratuit et tient à le rester. L’information que nous délivrons quotidiennement a pour objectif premier de promouvoir l’opéra auprès du plus grand nombre. La rendre payante en limiterait l'accès, a contrario de cet objectif. Nous nous y refusons. Aujourd’hui, nous tenons à réserver nos rares espaces publicitaires à des opérateurs culturels qualitatifs. Notre taux d’audience, lui, est en hausse régulière avoisinant les 160.000 lecteurs par mois. Pour nous permettre de nouveaux développements, de nouvelles audaces – bref, un site encore plus axé vers les désirs de ses lecteurs – votre soutien est nécessaire. Si vous aimez Forumopera.com, n’hésitez pas à faire un don, même modeste.