Une reprise de marbre

La Clemenza di Tito - Paris (Garnier)

Par Christophe Schuwey | mer 27 Novembre 2013 | Imprimer
 
La Clémence de Titus revient à l’opéra de Paris, dans la production désormais établie de Willy Decker. Le compte-rendu de Laurent Bury lors de la création conserve toute son actualité quant à la mise en scène. Jolie, avec ce que cela suppose d’inoffensif, elle fait voir des choses rarement montrées, tel que le départ de Bérénice, ce qui rend le personnage de Titus plus subtil et plus humain. On regrette, en revanche, que plusieurs intentions louables soient si mal réalisées. On ne citera que l’ubuesque couronne de carton qui se voudrait une critique du pouvoir, mais dont l’incongruité annule toute l’efficacité. Surtout, cette reprise un peu brouillonne conduit à des prestations scéniques inégales. Si certains personnages émergent, crédibles, d’autres, malheureusement, semblent errer sans but autour de l’immense bloc de marbre qui trône sur la scène.
C’’est le cas, notamment, de Tamar Iveri, qui passe quelque peu à côté de son rôle. Peu de noirceur, beaucoup de pas hésitants, et une intonation qui se cherche à plusieurs reprises. Dommage parce que l’instrument est riche, beau, et qu’il ne manquait pas tant pour créer une terrible et irrésistible Vitellia. Si le jeu de Maria Savastano en Servilia ne convainc pas non plus, son chant, en revanche, parvient à émouvoir la salle, en un moment de grâce. Plus effacée vocalement, Hanna Esther Minutillo trouve pourtant le ton qui convient à Annio. En Sextus, Stéphanie d’Oustrac, qui avait déjà endossé ce rôle à la création de la présente production, trouve une palette d'expressions tout aussi riche dans les tourments et la douleur que dans la fougue amoureuse. Saimir Pirgu, offre avec bonheur un Titus assez idéal : le cisèlement d’un Padmore allié au timbre chaleureux et brillant qu’on connaît au ténor albanais, pour un empereur juvénile et solaire dont se révèle autant le charme et la bonté que la douleur.
Aidé par un orchestre de l’Opéra de Paris en bonne forme, Tomas Netopil propose une lecture de la partition précise et ingénieuse au risque parfois de s'égarer dans trop de subtilités. A l’image de la mise en scène, les bonnes idées affluent, mais ne convainquent pas toujours. Ce soir, la clémence de Titus n'est pas vraiment advenue, ni en tant que grâce, ni en tant que drame…
 

 

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