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WAGNER, Der fliegende Holländer – Toulon

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Spectacle
20 février 2026
Retour du Hollandais à Toulon

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Richard Wagner
Opéra romantique en trois actes
Sur un livret du compositeur, d’après Heinrich Heine
Création à Dresde, Théâtre royal, le 2 janvier 1842

Détails

Version de concert

 

Der Holländer (le Hollandais)
Anton Keremidtchiev

Senta
Dorothea Herbert

Erik
Brenden Gunnell

Daland
Tobias Schabel

Mary
Ahlima Mhamdi

Der Steuermann (le timonier)
Matthieu Justine

 

Chœur de l’Opéra de Toulon, renforcé par le Chœur de l’Opéra national Montpellier Occitanie

Orchestre de l’Opéra de Toulon

Direction musicale
Victorien Vanoosten

Toulon, Opéra, Palais Neptune, 17 février 2026, 20h

Toulon aura dû attendre trente ans avant que le Hollandais revienne. Cette fois, c’est au port, ou presque, au Palais Neptune, qu’il accoste, puisque l’opéra est en pleine rénovation. Comme à l’accoutumée, la version de concert dans laquelle il nous est proposé appelle des conditions particulières d’écoute : si d’imperceptibles détails sont mis en valeur, généralement étouffés en fosse, les équilibres internes comme avec les voix sont sensiblement modifiés. Victorien Vanoosten, dont les qualités de chef lyrique sont reconnues, revient à Wagner, après un programme donné ici même il y a un an. Toujours attentive au chant et à la continuité des enchaînements, sa direction ménage de beaux moments. Certainement lui est-on redevable de l’esprit qui anime cette lecture, car point ne suffit de juxtaposer d’excellents interprètes pour constituer une équipe cohérente. Cependant, l’ouverture et les passages tumultueux ou paroxystiques nous laissent perplexes. En effet, le placement traditionnel des cuivres sur scène leur confère une puissance, une agressivité singulière, les bois paraissent acides, dépourvus de rondeur et d’articulation, le tout au détriment des cordes, qui séduiront seulement lorsqu’elles seront libérées de l’oppression des vents. La pâte orchestrale manque de tension et les progressions, pourtant bien conduites, ne nous emportent pas toujours. La complexe alchimie de la version de concert est un exercice redoutable. Mais, ne boudons pas notre plaisir : la dynamique, la cohésion des chœurs et de l’orchestre sont au rendez-vous, les atmosphères restituées avec justesse (la fête, les moments intimes…). Nul doute que la seconde aura tiré les leçons de cette première.

Ce soir, si les premiers rôles sont familiers de l’ouvrage, Mary et le pilote, tous deux français, l’abordent pour la première fois. Comme signalé, on pouvait redouter un assemblage éphémère de voix, et, miraculeusement, il n’en fut rien. Si les trois moments lyriques (1) au cœur de l’ouvrage sont superbement servis, nous nous situons à un niveau d’excellence rare. Aucun ne démérite, du plus humble choriste ou instrumentiste aux premiers rôles.

Anton Keremidtchiev, rarissime en France, connaît bien Der fliegende Holländer pour en avoir chanté les deux rôles de baryton basse (Le Hollandais et Daland). Damné perpétuel, intense sans jamais tomber dans la grandiloquence, dont l’autorité impérieuse et la noblesse se conjuguent avec la douceur d’âme et la détresse, voici un très grand Hollandais. Noir, impassible, accablé et terrifiant, son air d’entrée est un moment d’exception, qui ne peut conduire qu’à la compassion de l’auditeur. Attentif à donner à chaque mot son poids juste, toujours intelligible, son chant, généreux, trouve les couleurs – de l’airain au velours sombre – pour traduire son tourment comme sa rédemption. Son duo avec Senta, peut-être le sommet de subtilité et d’émotion du drame, est conduit magistralement, soutenu par une direction complice. La progression depuis la mélodie entonnée a cappella jusqu’à la plénitude extatique, où les voix s’unissent idéalement, restera gravée dans les mémoires. Wagnérienne accomplie, Dorothea Herbert campe une Senta idéale d’éloquence lyrique, juste, vraie, émouvante. Il est vrai qu’elle s’est pleinement approprié le rôle (2). La palette expressive, la voix ductile qui trouve la pureté et la justesse d’émission pour traduire son évolution emportent pleinement l’adhésion. La ballade, évidemment attendue, est une magistrale leçon : l’intense progression des trois couplets, soulignée par un orchestre attentif, nous émeut profondément. Tobias Schabel est familier de Daland, souvent chanté. La roublardise du maquignon, son appât du gain sont justes, sans excès. Son sens de la mélodie, son legato, une égale maîtrise de toute la tessiture, lui permettent de donner une vie singulière au Norvégien, dont la personnalité et le caractère font le pendant négatif du Hollandais. Seule relative faiblesse de cette brillante distribution, Brenden Gunnell, dont la voix conserve de réelles qualités de heldentenor, a passé l’âge d’incarner un Erik juvénile, même en version de concert. Sa cavatine est techniquement irréprochable, d’un engagement constant, mais où sont l’énergie, la jeunesse du timbre du bon garçon, désespéré, qui n’a pas compris la fascination qu’exerce sur Senta le fantastique héros byronnien ? La mezzo franco-marocaine Ahlima Mhamdi, que l’on ne connaissait que dans un répertoire français de toute autre nature, retrouve Wagner (3) pour notre grand bonheur. Sa Mary est exceptionnelle de vérité vocale et dramatique. Elle a la puissance attendue pour ne jamais être couverte par l’orchestre et les chœurs, qui ne la ménagent pas. La voix est non seulement ample et égale, elle a la tessiture, les couleurs et la projection que requiert le rôle. Son élocution est irréprochable. Lors de son dialogue avec les fileuses et Senta, elle fait jeu égal avec cette dernière. Après Stanislas de Berbeyrac (récent Siegmund), voici qu’un autre de nos excellents ténors ose un nouveau défi, sorte de grand écart, en passant de Belmonte au Steuermann. Matthieu Justine aborde Wagner pour la première fois en prenant le gouvernail. Vigueur et poésie caractérisent chacune de ses interventions, et notre chanteur parvient à donner à son personnage une réalité qui dépasse son air, fort bien conduit au demeurant, y compris dans sa seconde strophe où, après les coups de boutoir de la tempête, son chant se morcèle sous l’effet de la fatigue. Nul doute que cette première approche ne conduise notre valeureux ténor vers des emplois plus conséquents.

Les chœurs fusionnés avec ceux de l’Opéra national de Montpellier, riches d’une cinquantaine de chanteurs pleinement engagés, forcent l’admiration, par leur cohésion, leur précision et leur élocution allemande, exigeante et parfois d’un débit très rapide. Depuis les matelots – exemplaires – qui ouvrent et ferment le premier acte, jusqu’au célèbre « Steuermann, lasst die Wacht », en passant par le chœur des fileuses, c’est remarquable.

Une soirée d’où l’on ne sort pas indemne tant les émotions vous poursuivent longuement après la fin du concert. Peut-on espérer que Montpellier, qui a participé à cette incontestable réussite au travers des chœurs que dirige Noëlle Gény, offre à son public, au Corum, ce chef-d’œuvre servi avec de telles voix et un tel engagement ?

  • 1. Le récit du Hollandais au I, la ballade de Senta et leur duo au II. 
    2. Elle l’a chanté récemment à Wiesbaden et Linz, auparavant. De Bayreuth aux plus grandes scènes, sauf en France, elle chante les grands rôles wagnériens. Nous avions eu le bonheur de l’apprécier à Besançon, dans les Quatre derniers lieder de Strauss. 
    3. Elle avait chanté Flosshilde dans Götterdämmerung à Genève en 2019.

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❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Richard Wagner
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Sur un livret du compositeur, d’après Heinrich Heine
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